Valentin, une histoire d’amour

IIIe siècle après Jésus Christ, sous le règne de l’empereur Claude II, Théophraste, un médecin renommé d’Alexandrie, décide de prendre sous son aile un jeune apprenti prénommé Valentin. Quelques années plus tard, nous retrouvons Valentin à Rome. Devenu un médecin hors pair, il va s’élever dans la société et, pour le meilleur et pour le pire, va faire la rencontre de Julia, la fille aveugle d’un directeur de prison.

Qui était saint Valentin ? A-t-il existé ? Y a-t-il eu plusieurs individus derrière le saint ? Personne ne le saura jamais.

Du récit peu scientifique relaté 1000 ans après les faits par Jacques de Voragine dans sa « légende dorée », Chet Raymo ne retient que l’époque et la fille aveugle d’un fonctionnaire romain.

Il fait de Valentin un personnage crédible, un libre penseur (un peu trop moderne peut-être) évoluant dans un empire décadent. Il observe avec curiosité la progression rampante du christianisme qui, très peu gênée par les fauves des cirques auxquels ses adeptes sont jetés en pâture, poursuit inexorablement sa course.

Certes, le style n’est pas extraordinaire (la faute du traducteur ?) mais l’action est bien rythmée et l’histoire d’amour est bien belle. Au début, j’ai goûté ce roman comme j’ai goûté à 15 ans les jolis romans d’aventure un peu naïfs de René Barjavel. Mais il ne faut pas s’y tromper. Au-delà du récit épique, il y a toute une réflexion historico-philosophique très intéressante sur l’avènement du christianisme et sur ce qu’à pu être l’existence des premiers saints du calendrier.

Il y a aussi dans l’ouvrage des préoccupations plus contemporaines. Derrière la critique des jeux du cirque, on devine sans peine une mise en garde contre les pouvoirs pervers des médias et, à travers le regard que l’auteur porte sur la société romaine, on perçoit une recherche dépourvue de manichéisme sur les rapports complexes qu’entretiennent « religion », « sagesse » et « fanatisme ».
Un très beau livre à lire seul ou même à deux.
Valentin, une histoire d’amour
Chet Raymo
Belfond
2007

Edouard

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Une promenade magique dans Paris

Si vous êtes amoureux de Paris, si vous êtes intéressé par les sciences occultes sans vouloir toutefois leur donner plus d’importance qu’elles n’en ont et si vous pensez que Da Vinci Code est à l’ésotérisme ce que McDonald est à la cuisine, ce livre est fait pour vous.

L’ouvrage n’est pas un roman, mais une sorte d’essai-guide que l’on déguste en deux temps. L’essai tout d’abord vous initiera au BABA des sciences occultes : alchimistes, templiers, francs-maçons…ils sont tous là, remis dans leur contexte historique. Certes, les frontières entre ces différentes confréries sont poreuses et les symboles qu’elles utilisent sont souvent les mêmes, mais de là à imaginer une fille cachée du Christ ou un complot international des forces du mal, il y a de la marge.
Pour illustrer ces propos, l’auteur se réfère à un certain nombre d’édifices parisiens qui s’inscrivent dans un triangle (forcément) dont les côtés sont « Notre-Dame », « le parc Monceau » et « le Champ-de-Mars ». Ainsi, l’initiation aux sciences occultes ne passe pas par d’obscures ruelles de Belleville ou de Montmartre, mais par le Paris du tourisme, du luxe, de la consommation et du pouvoir.
Une fois la lecture terminée, maintenant armé pour jongler avec les différents concepts de l’univers de la magie, vous pourrez aborder la deuxième phase en utilisant le livre comme un guide touristique et en vous rendant à pied aux 12 (forcément) « stations ».
L’intérêt de cette deuxième partie n’est pas uniquement d’aller voir sur place les différents monuments cités dans l’ouvrage, mais de prendre conscience de l’environnement dans lequel ils s’inscrivent.
Ainsi, après avoir vu le diable de l’église Saint-Merri, les colonnes de Buren, l’Ouroboros du Louvre et les reliques d’une utopie morte au parc Monceau, vous prendrez conscience de l’hétérogénéité et de la relativité de ces symboles. Comme moi, peut-être vous laisserez vous charmer par d’autres symboles et entrerez dans une pagode l’espace d’un quart d’heure, pour voir une exposition photo sur les intérieurs chinois.
Ce qui vous marquera ensuite, c’est le peu d’intérêt accordé par les Parisiens à cette forêt de symboles. Si on peut comprendre que les enfants qui font de la voiture à pédale au champ-de- Mars ne s’intéressent pas à l’édifice révolutionnaire qui se dresse devant leurs yeux ; que penser de la foule stationnée devant l’entrée du 117 boulevard Saint-Germain, attendant dans le froid les dernières prouesses d’Harry Potter et ne voyant pas le compas et l’équerre au-dessus de la porte d’entrée de l’immeuble ?
Votre parcours se terminera à la fontaine Saint-Michel où, comme vous vous y attendrez, personne ne s’intéressera aux efforts déployés par l’archange pour maîtriser les puissances démoniaques. En rentrant chez vous, vous vous demanderez si tous ces symboles ne sont pas en fait les témoins du besoin universel de l’homme de croire en une autre réalité. Vous comprendrez alors que vous faites maintenant partie du cercle des initiés.

    Edouard     

      

Une promenade magique dans Paris

Philippe Cavalier

2010 Anne Carrière

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Poulet aux prunes

L’histoire se passe à Téhéran en 1958. Nasser-Ali, marié et père de deux enfants est musicien : joueur de Tar (sorte de banjo iranien). N’arrivant plus à jouer, il décide de changer d’instrument, jusqu’au jour où il se rend compte que le problème ne vient pas de l’instrument, mais de lui-même. Petit à petit, une idée germe dans sa tête : il va se suicider. La BD est le récit des 7 jours qui précèdent l’acte fatal que nous ne verrons pas et qui sera présenté sous forme d’un rêve.

Marjane Satrapi, l’auteur du génial Persépolis qui, en 2003, a élevé l’art de la bande dessinée jusqu’à un sommet rarement atteint (et qui, à mon avis n’a d’égal que Maus d’Art Spiegelman) nous offre une bande dessinée bien triste et pour tout dire franchement déprimante. Poulet aux prunes fait penser à « J’ai 28 ans et qu’ai-je fait de ma vie » sans l’humour, l’autodérision, la critique sociale et le brin d’optimisme qui donnaient du croustillant à l’ouvrage de Gérard Lauzier.

Cette histoire ne donne pas envie de se marier, ne donne pas envie d’avoir des enfants et ne donne pas envie d’avoir une activité artistique. En deux mots, elle ne donne pas envie de vivre : normal pour un récit qui a « le suicide » pour thème principal.

Même si l’histoire est bien racontée, si le dessin est original et si Satrapi continue à faire découvrir à l’occident les traditions de la société iranienne, un malaise subsiste après en avoir terminé la lecture. Un auteur a-t-il le droit de dire, même avec talent, que la vie est sans issue alors même qu’elle peut paraître comme telle pour beaucoup de lecteurs ? Bien entendu, la réponse est une question d’éthique. Pour moi, c’est non.

Poulet aux prunes
Marjane Satrapi
2008

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Edouard

Bienvenue à zombieland

Dans un futur qui pourrait être aujourd’hui, suite à l’absorption de hamburgers contaminés, la quasi-totalité de la population des États-Unis est devenue un troupeau de morts-vivants cannibales. Dans cet univers hostile, les rares survivants tentent…de survivre.
C’est ainsi qu’un ado asocial et un brin paranoïaque croise la route d’un vieux cow-boy à qui on ne la fait pas et de deux sœurs traqueuses. Comme les zombies, les membres de la petite troupe semblent perdus, jusqu’à ce qu’ils redécouvrent le plaisir de vivre ensemble.

Pas besoin d’être très futé pour comprendre le message qui se cache derrière le scénario, mais le réalisateur a l’habileté de ne faire qu’effleurer la corde de la critique sociale pour tout miser sur l’aspect comique de la chose. L’humour de « Bienvenue à Zombieland » est celui des bonnes comédies américaines du moment (si vous avez vu « Very bad trip »…): quelques grammes de finesse dans une montagne de tartes à la crème.
On s’amuse beaucoup à suivre les aventures de nos héros au milieu de ces monstres aussi sanguinolents que pitoyables, aussi prédateurs que victimes. En effet, les zombies, qui ne brillent pas plus par le goût que par l’esprit, n’ont pas beaucoup de chance de survivre aux assauts des quatre héros surentraînés.
La cerise sur le gâteau, c’est l’intervention du génialissime Bill Murray (trop courte, mais ça fait aussi partie de l’aspect comique de la chose) qui a trouvé une technique de survie imparable : se déguiser en faux zombie.

Une autre bonne idée du réalisateur est de situer la dernière partie du film dans un parc d’attractions abandonné, ressuscité pour un temps par la petite troupe de survivants que les zombies ne tardent pas à rejoindre, au milieu des manèges, des trains fantômes et des stands de tir à la carabine.

Pour finir, encore un petit mot sur les zombies. N’étant pas particulièrement fan d’horreur et de gore, je n’avais jamais vu de film de zombies. Pas grand-chose sur Wikipédia, sinon que l’origine de ces morts-vivants serait à rechercher dans la mythologie vaudou.
À l’inverse des vampires, les zombies n’ont pas eu leur Bram Stoker et on devra attendre 1978 pour que le réalisateur Georges A Romero se décide à les faire sortir de l’ombre.
J’ai heureusement un collègue de bureau, fan du genre, qui m’a donné les rudiments indispensables à la constitution d’une culture « zombie ». Ces rudiments ne cassent pas trois pattes à un canard, mais peu importe finalement puisque cette brute sanguinaire, stupide et individualiste trouve aujourd’hui toute sa place dans la société de consommation.

Edouard

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