Edition et débroussailleuse

Bon, c’est très bien de savoir en quoi consiste le travail d’un éditeur, mais ce n’est pas ça qui va te dire qui sera ton éditeur. Pour le trouver, je ne saurais trop conseiller le guide « comment se faire éditer » de la revue lire avec lequel j’ai travaillé (le guide 2009, mais le 2010 pourrait bientôt sortir).
Au-delà de conseils pratiques et de témoignages d’écrivains et d’éditeurs, ce guide comporte un annuaire d’environ 80 pages recensant l’ensemble des éditeurs français et quelques un situés dans des pays francophones (Suisse, Belgique, Québec).
Pour élaborer une stratégie d’approche des éditeurs, il convient de rechercher ceux qui pourraient vous éditer. En effet, si vous écrivez un livre sur la physique quantique, inutile de l’envoyer à un éditeur spécialisé dans les guides touristiques.
Si comme moi, vous souhaitez faire éditer un « roman », vous trouverez 80 éditeurs de roman, sans compter ceux que le guide qualifie d’ « éditeurs de littérature générale ».
Il conviendra donc de s’interroger sur la particularité de son ouvrage pour y voir un peu plus clair.
Pour ma part, c’est un roman policier. Je retombe à 23 occurrences : chiffre nettement plus raisonnable.
Comment prioriser ? On entre dans la stratégie et c’est maintenant à chacun d’élaborer la sienne. Pour ma part, étant parisien, j’ai séparé les éditeurs parisiens (17) des éditeurs provinciaux (2), étrangers (1) et des éditeurs en ligne (2). À l’intérieur des 17, j’ai commencé par ma maison d’édition « coup de cœur » avant de passer aux grosses maisons d’édition (5) et enfin aux petites (11). En effet, ayant statistiquement 10 fois moins de chance d’être édité par une grosse maison (une chance sur mille) que par une petite (une chance sur cent), autant commencer par les grosses.
Ce classement doit permettre de planifier l’envoi des manuscrits (papier, c’est mieux), mais il conviendra de s’adresser aux maisons de manière personnalisée. À cet effet, chacune dispose d’un site internet.
Ce dont je viens de parler est la méthode officielle de recherche d’un éditeur. N’hésitez pas à activer les réseaux parallèles. Pour cela, parlez de votre projet autour de vous, intéressez-vous à l’univers du livre… Comme partout, et peut-être plus qu’ailleurs, les relations sont essentielles.

Edouard

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Qu’est ce qu’un éditeur?

Dans mon imaginaire, un éditeur, c’est un homme corpulent d’une cinquantaine d’années avec un gros cigare, un peu dans le genre de M. de Mesmaeker dans Gaston Lagaffe : un homme uniquement intéressé par le profit commercial qu’il peut tirer d’une œuvre et qui a un droit de vie ou de mort sur l’écrivain.
En essayant d’en savoir un peu plus sur ce personnage, je suis tombé sur un ouvrage intitulé « j’ose éditer mon livre », écrit par Lorenzo Soccavo. Ce livre, qui traite de l’auto-édition, s’adresse à des personnes qui n’ont pu s’introduire dans l’univers de l’édition traditionnelle ou qui, pour diverses raisons (financières, idéologiques…) souhaitent s’en écarter et décident de faire publier leurs ouvrages par leurs propres moyens. Ce livre décortique toutes les facettes de l’édition et permet de comprendre ce qu’est le métier d’éditeur. Pour être autoéditeur, il faut maîtriser les connaissances techniques nécessaires à la construction de l’ « objet livre », il faut maîtriser le cadre juridique de l’univers du livre (propriété intellectuelle, fiscalité…) et il faut être un bon communiquant au moins autant qu’un bon commerçant. Bien entendu, cela va sans dire, il faut aussi être un bon écrivain.
Mes frêles épaules, autant que moi, ont été effrayées par ce travail monumental et cette lecture m’a vivement encouragé à me tourner dans un premier temps vers l’édition classique, appelée aussi « édition à compte d’éditeur ». Cependant, elle n’aura pas été vaine et me permet de comprendre qui j’aurai en face de moi si un jour, je l’espère, je suis amené à rencontrer un éditeur. Pour la suite l’édition 2009 de « Comment se faire éditer » apparaît beaucoup plus adaptée à ma situation.

Edouard

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Au fond des bois

1865, Joséphine vit avec son père, médecin d’un petit village alpin. Un beau dimanche, à la sortie de l’église, le regard de la jeune fille croise celui d’un être crasseux qui l’observe de loin. Cet étrange personnage va parvenir à s’introduire chez le médecin où il dévoilera ses singuliers pouvoirs magiques. Contre toute attente, il va séduire Joséphine qui va le suivre dans un feet-movie à travers la montagne. Arrêté, le paysan va être jugé pour sorcellerie.

Une histoire très intéressante, sur le mystère et la magie (noire ?) de tout rapport amoureux que François Truffaut aurait certainement aimé réaliser.

Nahuel Perez Biscayart est époustouflant dans le rôle du paysan, sorte de mélange entre l’Ugolin de Manon des sources et le Gollum du seigneur des anneaux ; mi-simple d’esprit, mi-génie du mal.

On ne peut malheureusement pas en dire autant d’Isild Le Besco qui surjoue son éternel numéro d’oie blanche rongée par le vice que l’on retrouve dans ses autres films. Elle paraît en effet terriblement moderne. Parachutée du XXIe siècle au milieu des rustiques montagnards des années 1850, elle semble aussi perdue dans cet univers que Jacquouille et le comte de Montmirail le furent au XXe. Jacquot voulait sans doute insister sur les différences sociales de l’époque, mais c’est un peu too much, on n’est pas chez Ken Loach.

L’une des premières scènes d’envoûtement frise aussi le grotesque et, en la voyant, on ne peut s’empêcher de penser à Winona Ryder dans Beetle-juice. Restent la très belle plastique de l’actrice et son visage surgi d’un tableau d’un peintre flamand.
Cependant, tout comme Benoît Jacquot n’est pas le réalisateur d’ « Adèle H », Isild le Besco n’est ni Scarlett Johansson, ni Isabelle Adjani qui, dans le film de Truffaut, campait une Adèle aussi folle que bouleversante.

Au fond des bois reste donc un film inégal, tant par sa réalisation que par sa distribution, mais qui se laisse cependant regarder.
Edouard

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Vous allez rencontrer…

Il y a trois catégories de Woody Allen :

– Les perles, comme dernièrement « match point » et « Vicky, Cristina, Barcelona » ;
– Les comédies, comme « le sortilège du scorpion de jade » ou « meurtre mystérieux à Manhattan » ;
– Les Woody, qui sont une éternelle variation sur des couples qui se font et qui se défont et que l’on confond un peu tous.

Comme « Whatever works » l’année dernière, « vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu » appartient à la dernière catégorie. Comme je n’ai retenu aucun des prénoms des personnages, je vais désigner chacun d’eux par une lettre :

A est marié avec B. Il a décidé de plaquer la médecine pour l’écriture. Après un premier grand succès, il sèche et passe ses journées à attendre le coup de fil d’un éditeur en regardant C, sa belle voisine, par la fenêtre de sa chambre. Pour faire bouillir la marmite, B travaille comme secrétaire dans une galerie d’art où elle rêve d’un amour défendu avec D son patron.
E et F, les parents de B, sont divorcés. E, son père, se berce d’illusions dans les bras de G, une call-girl qui dilapide son immense fortune. F, sa mère, s’est réfugiée dans l’alcool et l’occultisme. H, sa voyante, lui prédit une rencontre avec un bel et sombre inconnu…

Bref, du concentré de Woody qui s’autoparodie en épurant les scènes de tout suspens concernant les sentiments et les intentions de chacun.
Alors, rien de nouveau ?
Si, car deux Woody ne sont jamais exactement les mêmes. La première grande nouveauté, c’est l’absence de toute référence à un personnage qui constitue habituellement l’un des éléments indispensables de la catégorie : le psy.
L’autre nouveauté est une profonde mélancolie. On est loin du joyeux libertinage des premiers Woody et des interminables digressions des suivants. Le précédent opus pouvait se traduire en français par « du moment que ça marche… » ; le titre de « vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu» aurait pu être « ça ne marche plus ».
Et si la recherche du conjoint idéal était un exercice stupide et vain, semble-t-il nous dire ? Et si les charlatans dont parle B à sa mère étaient en fait les psychanalystes et non les voyants ?
Alors, c’est le dernier de la catégorie ?
Peut être pas, la dernière scène nous suggère que tout n’est peut être pas fini. Nous verrons bien l’année prochaine. Peut être que Carla Bruni-Sarkozy, qui jouera dedans, aura le rôle d’une femme s’épanouissant dans la fidélité…Sacré Woody.

Edouard

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Papa Néandertal?

En prévision de la sortie, mercredi prochain d’ « AO, le dernier Néandertal » de Jacques Malaterre, France 3 a programmé hier soir à une heure impossible (22h45), un documentaire présentant la grande découverte de l’année : la preuve génétique de l’interfécondité entre Sapiens et Néandertal. Télérama, un magazine que je respecte beaucoup, cassait complètement cette émission en se focalisant sur un extrait du film dans lequel on voit papa/Néandertal et maman/Sapiens…jouer au papa et à la maman. C’est vrai, cette scène n’a absolument aucun intérêt (on sait comment ça marche). De même, l’idée de faire déambuler un faux néandertalien dans Paris pour démontrer que personne n’y fait attention est un peu débile. Enfin, la présentation idéalisée de Néandertal en « gentil sauvage », ainsi que la conclusion sur l’acceptation de la différence, est assez niaise.

Ceci dit, ces grosses ficelles permettent de faire passer une réalité scientifique (la coexistence aujourd’hui entre des espèces de Sapiens différentes sur la surface du globe) sur laquelle il est délicat de communiquer puisqu’elle touche à la notion de « race ». Elles permettent aussi de tordre le cou à l’idée reçue du massacre de Néandertal par Sapiens. Malgré toutes ses imperfections et maladresses, cette émission a donc eu le mérite de dire la vérité.
À mon avis, cela lui donne une valeur beaucoup plus grande que des présentations plus brillantes, mais qui nient cette découverte majeure, comme la vidéo de 6 minutes du très médiatique paléoanthropologue Pascal Picq, que l’on trouvait hier sur le site du journal « Le Monde ».

Edouard

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L’aliéniste

Avant l’avènement de la médecine moderne, un psychiatre s’appelait un aliéniste.
Les seuls médicaments à sa disposition: le chloral et la cocaïne. L’histoire racontée ici commence en 1896. John Moore, un journaliste, aidé de Laszlo Kreizler (l’aliéniste), tente de débrouiller une série de crimes dans un New York sordide à souhait. Avec une
jeune femme ambitieuse et deux frères plutôt folkloriques, ils vont former un quintette assez créatif. Tout cela avec la bénédiction de Théodore Roosevelt, le futur président encore préfet à l’époque. C’est bien raconté, bien traduit, un roman policier
moderne dans une période qui ne l’est pas (encore). Sigmund Freud prendra la relève un peu plus tard. Mais ce sera une autre histoire.

Amitiés enquêteuses,
Guy (29/09/2012)

New York : 1896. Dans un quartier chaud de Manhattan, on retrouve les corps horriblement mutilés de jeunes garçons. Pour faire face à l’inefficacité de ses services ; Théodore Roosevelt, alors préfet de police de la ville, fait appel à l’aliéniste (nom donné aux psychiatres à l’époque) Laszlo Kreizler et au journaliste d’investigation criminelle John Moore. La petite équipe que vont constituer les deux hommes va se lancer à la poursuite du meurtrier en faisant usage de méthodes considérées alors comme peu orthodoxes.

Plus qu’un « grand roman », l’aliéniste est un livre qui présente un « grand intérêt ». L’ouvrage (pas loin de 600 pages) ne nous fait pas seulement découvrir la physionomie de l’île à la fin du XIXe siècle, mais nous mène aussi au cœur des débats idéologico-scientifiques qui secouaient alors les États-Unis. Enfin, il décortique le mythe du « serial killer » créé par les journalistes londoniens dans les années 1880, lors de l’affaire « Jack l’Éventreur ».

Caleb Carr s’est très bien documenté : c’est peu dire. Trop ? Non, si on décide de prendre le livre comme une sorte d’essai vulgarisé. Oui, si l’on recherche surtout une intrigue romanesque. L’action est très lente à se mettre en marche et, après les 200 premières pages, ne voyant toujours rien venir, c’est presque avec surprise qu’on la voit tout à coup prendre forme.

L’intérêt principal du livre réside donc pour moi dans le côté « essai ». Qu’est-ce qu’un tueur en série ? Un homme normal corrompu par la société ou un être diabolique qui ne mérite pas de faire partie du genre humain ? Kreizler et ses acolytes pensent qu’ils font partie de la première catégorie et, en traquant leur proie, ils cherchent aussi (et surtout ?) à étayer leur thèse. Ce qui est en jeu, ce n’est rien de moins que les bases de l’identité du pays : le rêve américain. Admettre que des conditions socio-économiques peuvent encourager de telles déviances, c’est admettre qu’il n’y a pas d’égalité face à la réussite sociale.

En conclusion, l’auteur met en évidence le fait que le serial Killer est aussi nécessaire à l’équilibre de la société américaine que celle-ci l’est au sien (si toutefois, on peut parler d’ « équilibre » pour un tueur en série).
Bref, on pouvait arriver aux mêmes conclusions en lisant un album des schtroumpfs : Gargamel est indispensable à l’équilibre du village et les petits êtres bleus donnent un sens à sa vie.

Edouard

L’aliéniste

Caleb Carr

2008

Pocket

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Edition et chatterton

Je viens d’en parler, je suis allé poster vendredi dernier mon manuscrit afin de pouvoir bénéficier d’une protection juridique minimum grâce au cachet de la poste. Dans « j’ose éditer mon livre » de Lorenzo Soccavo que je suis en train d’éplucher (le livre, pas l’auteur), ils disent de ne pas oublier de mettre du scotch sur le rabat de l’enveloppe: ce que je n’ai pas manqué de faire. En allant fiévreusement chercher mon recommandé hier soir, j’ai trouvé mon enveloppe à moitié déchirée sur l’un des côtés. Que c’est il passé exactement ? Quels événements dramatiques ont bien pu aboutir à ce résultat ? Sans doute l’œuvre d’un facteur maladroit et violent ? Le fils improbable de Jacques l’éventreur et de Pierre Richard. On peut tout imaginer…peut-être une idée pour un prochain roman.
Donc, premier enseignement de mes aventures éditoriales : en envoyant un manuscrit par la poste, ne pas oublier de scotcher aussi les côtés de l’enveloppe. Je progresse…

Edouard

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Faire sortir le petit oiseau

J’en ai rêvé pendant des années, je l’ai enfin terminé. C’est vrai, terminer un roman, ce n’est pas encore être écrivain, mais quand même… c’est un début. Un roman après le premier point final, c’est encore un bébé dans le ventre de sa mère. Certains le gardent toute leur vie comme un journal intime. D’un certain côté, je peux comprendre : on peut passer sa vie à retravailler le même roman. D’autres réservent la lecture uniquement à leurs proches. D’autres enfin décident de chercher un éditeur. J’appartiens à cette catégorie.
Pourquoi chercher un éditeur ? Pour devenir riche et célèbre ? S’il est rare de devenir célèbre grâce à la littérature, il est encore plus rare de devenir riche et, si l’on veut écrire, mieux vaut avoir un autre boulot pour rester zen. À cet effet, la lecture d’ « illusions perdues » de Balzac apparaît comme un antidote salutaire contre tous les fantasmes qui entourent la littérature et qui, pour ma part, me bercent depuis mon adolescence. Bref, autant me le dire tout de suite : « je ne serai jamais riche et célèbre grâce à l’écriture ». Ce que je recherche tout de même, c’est une reconnaissance littéraire, au moins par un éditeur. Bon, il ne faut pas me voiler la face, au fond de moi-même, je sais que je continuerai toujours un peu à me faire des films…c’est humain.
Donc, chercher un éditeur, c’est décider un jour de se séparer de sa progéniture et, rapidement, comme l’on met des vêtements chauds à un enfant pressé d’aller jouer dans la neige, on pense à la protection de l’ouvrage. Dès cette étape, il faut trouver le juste milieu entre naïveté et paranoïa.
Tant que le roman n’a pas quitté le disque dur, ça ne semble pas nécessaire de le protéger ou alors, on est déjà dans la paranoïa. L’astuce dont on m’avait parlé et que j’ai revue depuis sur internet est de s’envoyer une version papier de l’ouvrage. D’accord, ce n’est pas le dépôt légal, mais c’est quand même mieux que rien. Pour moi, c’est chose faite et j’irai récupérer mon recommandé lundi.
Pour une protection un peu plus solide, il y a le dépôt à la société des gens de lettres (SGDL), rue du Faubourg Saint Jacques à Paris, en face de l’hôpital Cochin. J’y suis hier passé pour voir. C’est un lieu superbe et un peu intimidant, surtout pour un écrivain en herbe. Déposer à la SGDL, n’est-ce pas un peu être un homme de lettres ? Non, bien entendu, mais j’espère y trouver des gens qui pourront me donner des conseils. C’est un début de réseau : un harpon sur l’univers du livre dans lequel l’éditeur n’est qu’un personnage. Donc, probablement le mois prochain, je déposerai mon manuscrit à la SGDL.
Depuis huit jours, l’oiseau s’est envolé vers mon premier relecteur (qui est une relectrice). Je sais seulement qu’il est bien arrivé. Il me manque déjà…

Edouard

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L’univers impitoyable de l’édition

Je viens de terminer mon premier roman et compte bien un jour le faire publier.
Cet article ouvre la rubrique « édition » de « général Lee ». Elle me permettra de mettre mes idées en ordre, de faire partager mes découvertes d’un monde que je ne connais aujourd’hui qu’à travers « la petite marchande de prose » de Daniel Pennac et « illusions perdues » de Balzac. J’espère aussi apporter des réponses à d’autres auteurs qui se posent les mêmes questions que moi.
Cette rubrique commence donc par le commencement : la réalisation de la première version d’un roman et se terminera, je l’espère, par la publication. Peut-être aussi qu’elle ne se terminera jamais.
À très bientôt

Edouard

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L’ombre du vent

1945 : Barcelone. Daniel Sempere, 11 ans, est introduit par son père dans un lieu fantasmagorique : le cimetière des livres oubliés. Là, il devra en choisir un parmi les milliers dont plus personne ne se souvient. Le hasard voudra qu’il tombe sur « l’ombre du vent » d’un certain Julián Carax qui va guider le reste sa vie.

L’ombre du vent est un livre très attachant. Ce qu’il y a de plus beau, c’est la langue. Zafón, comme beaucoup d’auteurs de langue espagnole, lie avec majesté les situations les plus sordides aux visions merveilleuses, les haines profondes aux passions exaltées et le grotesque à la sagesse.

Le plus, c’est aussi Fermín, le chétif et non moins invulnérable comparse de Daniel qui va l’accompagner sur les traces de Julián Carax.

L’ancrage historique n’est pas très détaillé, même si on devine l’ombre de Franco derrière le terrible inspecteur Fumero. Sans trop insister, Zafón, l’espace de quelques centaines de pages, ressuscite une époque révolue de l’histoire de l’Espagne, pour le meilleur et pour le pire.

Ce qui est peut-être un peu plus faible, c’est la structure globale du roman. Certains personnages, comme l’aveugle Clara, semblent se rattacher difficilement à l’intrigue. Les magnifiques développements sur la famille Aldaya (qui font penser aux « Amberson » d’Orson Welles) noient un peu l’histoire. Cependant, ces faiblesses contribuent aussi au charme du livre.

« L’ombre du vent » peut aussi être vu comme un long poème en prose sur la marche inexorable du temps et sur l’oubli. Un roman qui semble faire écho au vers d’Apollinaire : « les souvenirs sont cors de chasse dont meurt le bruit parmi le vent ».

Edouard

Carlos Ruiz Zafón
2001

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