Ecriture et relecteurs

Une fois les remarques de forme prises en compte, je me suis trouvé en possession d’un roman tout propre. Quand l’envoyer aux maisons d’édition ? Votre premier relecteur vous aura peut être fait quelques remarques sur le fond, mais il faut avoir conscience du fait qu’il est très difficile pour lui d’être en même temps attentif à la forme et au fond, surtout s’il y a un gros travail sur la forme. Il serait possible d’en rester là et d’envoyer tel quel le roman à un éditeur en se disant, « vaille que vaille… »
Certains auteurs pressés par le temps, n’auront pas d’autres choix que de suivre cette voie expéditive. Pour les autres, il me semble plus enrichissant de ne pas s’arrêter là.
L’intérêt d’avoir entre les mains un roman propre sur la forme est de rendre la critique sur le fond plus aisée. Personnellement, j’ai fait le choix d’une deuxième phase de relecture et j’ai choisi quelques relecteurs en leur demandant de se prononcer avant tout sur le fond.
Il y aura inévitablement une part d’affectif dans le choix des relecteurs de cette seconde phase, mais ce choix doit être aussi stratégique. Attention, une personne affectivement trop proche risque d’être gênée dans sa lecture, justement à cause de cette proximité affective. Le choix de relecteurs étant ou ayant été en lien avec le monde des livres (éditeur, écrivain…) est bien entendu judicieux, mais celui d’un relecteur qui ne lit jamais peut aussi être intéressant. Enfin, si vous avez dans votre entourage un professionnel de la « recherche de la petite bête », n’oubliez surtout pas de l’intégrer à l’équipe. Pour votre plus grand plaisir et le sien, il traquera avec zèle les incohérences qui subsistent encore ici et là.
– Combien de relecteurs ?
– Plus d’un, bien entendu, mais pas trop non plus. Pour ma part j’en ai pris cinq et je pense que c’est un maximum.
– Qu’est ce que tu vas faire de toutes ces remarques ?
– Souvent, elles se recoupent ou se complètent. Parfois, elles se contredisent. Pour pouvoir les prendre en compte, je suis obligé de me poser des questions fondamentales. Qu’est ce que je veux dire au lecteur ? Quel message je veux lui faire passer ?
– Mais ces questions, tu ne te les étais pas posées avant ?
– Non, pas vraiment. C’est mon premier roman. J’avais décidé d’écrire ce roman parce que je voulais écrire un roman. Je n’imaginais pas pouvoir en écrire un autre.
– Et…
– Maintenant, je vais écrire le roman que je veux écrire. C’est celui-là que je vais envoyer aux éditeurs.

Edouard

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Raiponce

Quand Raiponce vient au monde, les soldats du roi partent à la recherche d’une plante magique qui sauvera sa mère d’une mort certaine. La reine sera sauvée et les cheveux de la petite fille hériteront des pouvoirs de la plante. Pour que la magie opère, ils ne doivent pas être coupés. C’est pour cette raison que la princesse est enlevée peu de temps après sa naissance par une sorcière en quête de jeunesse éternelle.
Raiponce restera 18 ans enfermée en haut d’une tour jusqu’au jour où Flynn Rider, le bandit le plus recherché du royaume, décide de s’y réfugier.

Le scénario du dernier Disney ne manque pas d’originalité. C’est vrai, il n’est pas totalement made in Hollywood puisqu’il est inspiré d’un conte écrit au 17e par une aristocrate française. Il n’en reste pas moins que l’adaptation ne manque pas de charme. Le charme de la princesse bien entendu, aussi hardie qu’ingénue et qui nous déchire le cœur avec ses grands yeux. Flynn est peut-être un peu fade. Comme bandit, il fait pale figure comparé à ceux de la bande de malfrats fêlés qui viennent en aide aux tourtereaux. La palme revient à Maximus, le cheval de Flynn qui a…une personnalité bien à lui.
Les chansons sont bien placées et la 3D ne fait pas trop mal à la tête.
Les psychanalystes y verront sans doute aussi une charge pour l’émancipation des jeunes filles et contre le pouvoir néfaste des mères abusives.

Mais il y a autre chose dans Raiponce, une chose que l’on pense entrevoir derrière cette histoire étrange de cheveux magiques sans que l’on parvienne toutefois à la définir clairement : une magie que l’on cherche finalement plus à goûter qu’à dévoiler.

Un très beau dessin animé pour petits et grands.

Edouard

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Edition et destin

Bientôt quatre mois que j’ai commencé cette chronique. Certains de mes fidèles lecteurs commencent peut-être à s’impatienter et se demandent : qu’est ce qu’il attend ? Si tel est le cas, ils auront bien raison de se poser la question. Moi-même, je me demande si ce luxe de précautions ne cache pas en fait quelque chose de plus profond. Une angoisse ? La peur de se faire jeter par les maisons ? La peur de ne pas être reconnu ? Et si ses peurs n’étaient en fait rien comparées à deux autres : la peur d’être reconnu ? La peur de trouver un éditeur ?
Oui, c’est angoissant et grisant, l’inconnu. C’est angoissant d’entrer dans un monde où vos premiers pas risquent fort d’être maladroits puisque c’est un monde que vous ne connaissez pas.
Avant d’aller plus loin, je souhaite souligner le fait que jusqu’à maintenant, j’ai essayé d’avoir une vision raisonnée de la démarche éditoriale. Plus on avance, plus cette vision semble abstraite. A-t-elle vraiment un sens si elle ne tient pas compte des mille et un concours de circonstances, heureux hasards et malchances qui font qu’un livre va être édité ou non (plantage d’ordinateur, mail qui ne fonctionne pas, courrier perdu, rencontres inattendues, conseils de dernière minute…) ?
Il est bien entendu difficile de schématiser ses aléas, tant ils sont particuliers à chaque auteur. Pour illustrer mes propos, je souhaite toutefois rapporter un événement singulier que je ne vois pas à qui attribuer, sinon à une facétie du destin.
Il y a une semaine, j’ai été contacté par une maison d’édition allemande : les éditions universitaires européennes. Ce n’était pas pour l’édition de mon roman, cela eut relevé du surnaturel. L’ouvrage qui intéressait « les éditions universitaires européennes » était…mon mémoire de fin d’études . Il s’agit là d’un ouvrage réalisé en 2001 au titre hautement romantique : « la rédaction de mémoires en défense devant les juridictions administratives ». 9 ans !! Je l’avais presque oublié. Retrouver la version informatique ne sera pas chose facile. Comment m’ont-ils trouvé ? Pourquoi moi ?
Ce livre ne verra peut-être jamais le jour. Il n’en reste pas moins que, d’une manière totalement inattendue, me voilà concrètement lié au monde de l’édition.
PS Message aux lecteurs du blog. Ce blog n’étant pas un forum, je ne répondrai pas publiquement aux commentateurs. Par contre, je me ferai un plaisir de leur répondre en particulier. Pour cela, l’usage d’« écrivez-moi » ( tout en bas de la colonne de gauche) me semble idéal.

Edouard

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La position du tireur couché

Martin Terrier, fils d’un prolo alcoolique, n’a jamais connu sa mère. Pour les beaux yeux d’Alice, une bourge du lycée, il quitte sa province et se donne 10 ans pour arriver à un niveau social digne de sa bien-aimée. Il deviendra soldat, puis mercenaire et enfin tueur à gages sous le pseudonyme de « Christian ». Quand le glas des 10 ans sonne, Martin se rend compte qu’on ne sort pas d’un milieu tel que le sien comme d’une boulangerie.

Après « le petit bleu de la côte ouest » en 2005, Jacques Tardi adapte à nouveau en BD un classique de Jean-Patrick Manchette. Les amoureux du roman noir seront comblés. Le noir, c’est tout d’abord le trait incomparable du dessinateur, particulièrement efficace pour illustrer le récit. Le noir, c’est ensuite les codes du genre : violence, sexe, alcool, complot qui dépassent l’individu…le noir, c’est enfin une critique amère sur la cruauté des rapports amoureux et sur le déterminisme social.
Finalement, Martin avait un petit cœur beaucoup trop mou (comme dirait Olivia Ruiz) et était beaucoup trop naïf pour naviguer dans le milieu dans lequel il voulait se faire un nom.
Pour résumer, on pourrait dire que « la position du tireur couché » est une sorte de « cauchemar américain ».

Une seule lecture de la BD n’est pas suffisante pour s’imprégner de toute sa saveur, elle doit être dégustée en trois fois comme le thé des touareg qui, de tasse en tasse, est amer comme la mort, sucré comme la vie et doux comme l’amour. A lire, relire et rerelire sans modération.

La position du tireur couché
Manchette-Tardi
2010

Edouard

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Le Floch fait plouf!

Les fidèles de France2 sont maintenant habitués aux acrobaties du marquis de Ranreuil alias Nicolas le Floch, le commissaire costumé, héros du diplomate et écrivain Jean-François Parot, qui officie dans le Paris de Louis XV. Hier, une fois n’est pas coutume, Nicolas était envoyé dans la campagne bordelaise pour résoudre le mystère d’une série de meurtres perpétrés, au dire de quelques paysans…par une bête sortie des enfers.

La ressemblance de cet épisode avec l’histoire archiexploitée de la bête du Gévaudan n’aura échappé qu’aux moins de 10 ans. Pour que l’intrigue ne se résume pas à un vulgaire copier/coller du « pacte des loups », le réalisateur ajoute quelques éléments de son cru. Autour de la bête rendue encore plus bête par son maître, un aristocrate dépravé, sadique et impuissant, les cinéphiles auront ainsi retrouvé de nombreuses références allant des « chasses du comte Zaroff » à « Thelma et Louise » en passant par « Nosferatu ». Les fans de Mylène Farmer et les trentenaires nostalgiques du clip de « pourvu qu’elles soient douces » y auront certainement aussi trouvé leur compte avec la rousse flamboyante sadomasochiste et non moins fatale qui campe une méchante vraiment très méchante qui a une copine nécrophile (un peu too much ?).

L’ensemble est divertissant, il est vrai, mais manque cruellement d’originalité. Une belle salade de fantasmes pour téléspectateurs du vendredi soir fatigués par leur semaine de boulot.

Edouard

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Brooklyn follies

Fin des années 90, Nathan Glass, sexagénaire usé par la vie et en rémission d’un premier cancer, débarque à Brooklyn pour poursuivre une vie dont il n’attend plus grand-chose. Par le plus grand des hasards, il retrouve Tom, son neveu et ex-meilleur espoir de la famille, qui est devenu obèse et vendeur dans une librairie. Avec Harry, le patron de Tom, un ancien taulard homosexuel, l’oncle et le neveu vont former un beau trio sans avenir jusqu’au jour ou Lucy, la fille de la sœur de Tom, va faire son apparition.

J’avais entendu parler de Paul Auster, mais je n’avais jamais rien lu de lui. C’est chose faite et je ne suis pas déçu du voyage.

Brooklyn follies commence comme un remake du big Lebowski des frères Coen dans lequel on aurait fait jouer des personnages d’Almodovar. Cela ne dure cependant pas et Paul Auster fait évoluer l’intrigue en souplesse pour l’amener vers quelque chose de plus joyeux qui fait penser à la saga Malaussène de Daniel Pennac. Ce livre pourrait ainsi se résumer dans la phrase de Malraux : « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie ».

Brooklyn follies, c’est aussi une réflexion sur l’Amérique telle qu’elle était juste avant le 11 septembre, une Amérique brinquebalante et rapiécée qui était déjà bien mal en point avant l’effondrement des Twin Towers.

Bref, un ouvrage bien écrit, faussement désabusé, tendre, fin et plein d’humour dans lequel l’auteur n’hésite pas à jouer avec le lecteur.

Brooklyn follies
Paul Auster
2008
Le livre de Poche

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Ecriture et orthographe

La relecture est l’antichambre de la démarche éditoriale. Relire, c’est tout d’abord relire soi-même, mais il y a un moment où l’on sent que ce n’est plus suffisant, un moment où on prend conscience de la frontière indéfinissable qui sépare l’auteur du lecteur. Quand le premier relecteur a terminé son travail, il devient par là même propriétaire d’une vision de l’ouvrage. Une vision que l’auteur pourra comprendre, mais ne pourra jamais vraiment partager. Chacun aura sa stratégie de relecture. Moi, j’en ai choisi une à trois niveaux.
Pour le premier niveau, j’ai trouvé une personne qui a de bonnes connaissances en orthographe. Avis à ceux qui comme moi, étaient abonnés au 0/20 en dictée quand ils étaient à l’école : prendre le taureau par les cornes !! De nombreux moyens existent et je ne saurais trop recommander la lecture de « se réconcilier avec l’orthographe » d’Eddy Toulmé, téléchargeable sur numilog, et qui est très bien fait.
Soigner son orthographe, c’est une question de respect pour son premier relecteur qui, d’ailleurs, verra mieux les fautes si elles sont peu nombreuses. C’est aussi commencer à penser aux maisons d’édition qui seront d’autant plus bienveillantes que le texte envoyé sera soigné. Une fois cette traque aux fautes achevée, il restera peut-être quelques coquilles qui seront corrigées au second niveau.

Edouard

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Une promenade magique dans Paris

Si vous êtes amoureux de Paris, si vous êtes intéressé par les sciences occultes sans vouloir toutefois leur donner plus d’importance qu’elles n’en ont et si vous pensez que Da Vinci Code est à l’ésotérisme ce que McDonald est à la cuisine, ce livre est fait pour vous.

L’ouvrage n’est pas un roman, mais une sorte d’essai-guide que l’on déguste en deux temps. L’essai tout d’abord vous initiera au BABA des sciences occultes : alchimistes, templiers, francs-maçons…ils sont tous là, remis dans leur contexte historique. Certes, les frontières entre ces différentes confréries sont poreuses et les symboles qu’elles utilisent sont souvent les mêmes, mais de là à imaginer une fille cachée du Christ ou un complot international des forces du mal, il y a de la marge.
Pour illustrer ces propos, l’auteur se réfère à un certain nombre d’édifices parisiens qui s’inscrivent dans un triangle (forcément) dont les côtés sont « Notre-Dame », « le parc Monceau » et « le Champ-de-Mars ». Ainsi, l’initiation aux sciences occultes ne passe pas par d’obscures ruelles de Belleville ou de Montmartre, mais par le Paris du tourisme, du luxe, de la consommation et du pouvoir.
Une fois la lecture terminée, maintenant armé pour jongler avec les différents concepts de l’univers de la magie, vous pourrez aborder la deuxième phase en utilisant le livre comme un guide touristique et en vous rendant à pied aux 12 (forcément) « stations ».
L’intérêt de cette deuxième partie n’est pas uniquement d’aller voir sur place les différents monuments cités dans l’ouvrage, mais de prendre conscience de l’environnement dans lequel ils s’inscrivent.
Ainsi, après avoir vu le diable de l’église Saint-Merri, les colonnes de Buren, l’Ouroboros du Louvre et les reliques d’une utopie morte au parc Monceau, vous prendrez conscience de l’hétérogénéité et de la relativité de ces symboles. Comme moi, peut-être vous laisserez vous charmer par d’autres symboles et entrerez dans une pagode l’espace d’un quart d’heure, pour voir une exposition photo sur les intérieurs chinois.
Ce qui vous marquera ensuite, c’est le peu d’intérêt accordé par les Parisiens à cette forêt de symboles. Si on peut comprendre que les enfants qui font de la voiture à pédale au champ-de- Mars ne s’intéressent pas à l’édifice révolutionnaire qui se dresse devant leurs yeux ; que penser de la foule stationnée devant l’entrée du 117 boulevard Saint-Germain, attendant dans le froid les dernières prouesses d’Harry Potter et ne voyant pas le compas et l’équerre au-dessus de la porte d’entrée de l’immeuble ?
Votre parcours se terminera à la fontaine Saint-Michel où, comme vous vous y attendrez, personne ne s’intéressera aux efforts déployés par l’archange pour maîtriser les puissances démoniaques. En rentrant chez vous, vous vous demanderez si tous ces symboles ne sont pas en fait les témoins du besoin universel de l’homme de croire en une autre réalité. Vous comprendrez alors que vous faites maintenant partie du cercle des initiés.

    Edouard     

      

Une promenade magique dans Paris

Philippe Cavalier

2010 Anne Carrière

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Potiche

1977 : Robert Pujol (Fabrice Luchini), PDG d’une usine de fabrication de parapluies dans une petite ville de Seine-et-Marne (77), mène ses employés avec une poigne de fer. Il délaisse sa femme (Catherine Deneuve), qu’il trompe avec sa secrétaire (Karin Viard). Sa fille (Judith Godreche) soutient son père corps et âme tandis que son fils, résolument à gauche, désapprouve totalement son attitude ultralibérale. Cette petite mécanique bien huilée se grippe lorsque les employés de l’usine décident de faire grève. C’est alors qu’apparaît un nouveau personnage : le maire communiste (Gérard Depardieu), ancien amant d’une nuit de la femme de Pujol.

Ne vous y méprenez pas, « potiche » n’est pas une critique sociale, mais un vaudeville, façon 21e siècle. L’originalité n’est donc pas à chercher dans le scénario. Ce n’est pas non plus dans les dialogues qu’on la trouvera : Ozon n’est ni Feydeau ni Guitry. Deux répliques de Luchini seulement font à peine sourire : « casse-toi pauvre con » et « travailler plus pour gagner plus ».

Reste le jeu des acteurs, l’esthétique et l’hommage à une époque.
Les acteurs semblent s’en donner à cœur joie et on est content de les voir s’amuser. La palme revient bien entendu à notre Gégé national et à Catherine Deneuve qui, en 1980, étaient déjà amants dans « le dernier métro ».
L’esthétique, c’est la marque du réalisateur depuis « 8 femmes ». Tous les décors sont aseptisés au maximum et viennent renforcer le côté « théâtre de boulevard » du film. On pense aussi aux comédies musicales et bien entendu : aux « parapluies de Cherbourg ».
L’époque, c’est les années Giscard, époque où les idéaux de 68, mis à mal par la crise pétrolière, commençaient à s’effriter. C’était aussi la grande époque des comédies sociales et l’on pense notamment à celles dans lesquelles jouait Pierre Richard (« le jouet » en 76, « le coup du parapluie » en 80) en éternel anarchiste rêveur et Bernard Blier en patron impitoyable.

Potiche est donc un film léger et agréable à regarder, sans plus.

Edouard

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Buried

Irak, 2006. Paul Conroy, 34 ans, employé d’une société privée de convoyage, reprend connaissance dans une grande caisse en bois qui a tout d’un cercueil. Pour communiquer vers l’extérieur, il ne dispose que d’un téléphone portable.

Le scénario est archisimple et l’idée est séduisante. Depuis « Kill-Bill », les scènes dans lesquelles le héros est enterré vivant sont devenues cultes et ne se limitent plus aux films d’horreur. L’idée de faire un film entièrement sur ce sujet était audacieuse.

La première minute du film, qui se déroule dans le noir, est particulièrement éprouvante. On est bien dans la veine de Tarantino et l’on est presque déçu de ne pas voir Uma Thurman lorsque le Zippo de Conroy finit par s’allumer.
Après le premier quart d’heure qui réussit à maintenir le suspens, on commence à se demander comment Rodrigo Cortès va s’y prendre pour nous tenir en haleine pendant les 80 minutes restantes. C’est alors qu’intervient le téléphone portable et le film se met petit à petit à quitter l’univers du thriller pour glisser vers une critique de l’intervention américaine en Irak. Plus on progresse dans l’intrigue, moins on pense à « Kill-Bill» et plus on pense à « No man’s land » du bosniaque Danis Tanović qui dénonçait en 2001 l’absurdité du conflit yougoslave.
Plus le film progresse et moins on sait plus sur quel pied danser, n’y où on est, au propre comme au figuré. En effet, les activités étant nécessairement limitées dans un cercueil, le réalisateur joue un peu avec les dimensions de la caisse pour servir le scénario.

L’idée de « Buried » est originale, mais la mise en scène souffre incontestablement d’un manque de savoir-faire (c’est peut-être aussi l’acteur qui est pas très bon). L’avant-dernière scène, à la limite du supportable, l’est d’autant moins que l’on ne comprend pas bien son utilité. Incapable de nous faire ressentir l’angoisse croissante de Paul, le réalisateur se sent obligé d’ajouter du trash au trash.

Bref, « Buried » sonne comme un pari raté au terme d’une soirée trop arrosée, à l’issue de laquelle Cortès aurait reçu le gage de réaliser un film dont l’intrigue se déroulerait entièrement dans une caisse en bois. En l’occurrence, je trouve le résultat très moyen. Il est vrai cependant qu’il est difficile d’avoir un avis définitif sur un genre qui, à ma connaissance, n’a d’égal que le vidéo-clip de « close to me » des Cure, qui se passe intégralement à l’intérieur d’un placard. Peut-être que d’autres réalisateurs tenteront l’expérience, donnant ainsi naissance à un nouveau genre cinématographique : le « close-movie ».

Edouard

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