Inception

Dom Cobb a un don singulier, celui d’influer sur la destinée des gens en s’immisçant dans leurs rêves. Il utilise ce talent peu commun pour des activités peu légales. Sur un vol très long courrier, du genre Los Angeles-Sidney, Dom et son équipe se chargent de changer la destinée d’un homme d’affaires en trafiquant les rêves de son fils.

J’y suis vraiment allé en traînant les pieds. J’avais vu Leonardo Dicaprio et Marion Cotillard faire la promo à la télé et comme je venais de voir Leonardo dans Shutter Islande et que je ne peux pas blairer Cotillard, ça m’a presque dissuadé.

Le scénario ne me disait pas trop non plus. Cette histoire, qui sentait le « Matrix » des frères Wachowski et l’« eXistenz » de Cronenberg, ne semblait pas devoir faire avancer le schmilblick.

Si j’avais fait attention au réalisateur, je me serai dit que quand même, Chrisopher Nolan, le réalisateur de « mémento » et de « the dark night », pourrait peut-être faire quelque chose du concept. Mais je n’avais pas fait attention.

Inception aura donc été pour moi une très bonne surprise. Nolan fait évoluer le concept des « mondes imbriqués » qui ne se content pas de coexister, mais s’influencent mutuellement. À chaque monde est associé un univers explosif et original qui semble échappé de « James Bond » ou de la série des « Ocean… » Le petit plus, c’est le dernier niveau, un niveau qui nous rappelle que ces « mondes » sont pilotés par un être humain avec ses faiblesses, ses doutes et ses contradictions.

Cerise sur le gâteau, on voit finalement assez peu Marion Cotillard.
Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Meurtriers sans visage

Dans la campagne suédoise, un couple de fermiers est sauvagement assassiné. Kurt Wallander mène l’enquête. Seul indice de départ, la femme, quelques minutes avant de rendre le dernier souffle, a prononcé le mot « étranger ».

Ce qui m’a d’abord sauté aux yeux, c’est que le roman était terriblement mal écrit : style lourd, longueurs, dialogues sans originalité, quelques phrases qui ne veulent rien dire, fautes de français et nombreuses coquilles y compris dans l’orthographe même du nom « Wallander ». Cela m’a d’autant plus surpris que je venais de lire « Les chaussures italiennes », le dernier opus de Mankell que j’ai trouvé d’une grande beauté poétique. Dans les 100 dernières pages, on retrouve un peu du style des « chaussures ».
Quelles explications donner ? Tout d’abord, il y a sans doute une question de traducteur : Philippe Bouquet, le traducteur de « Meurtriers sans visage », n’est sans doute pas aussi bon qu’Anna Gibson qui traduira presque tous les autres romans de l’auteur (je me demande même si elle n’a pas traduit la dernière partie de « Meurtriers sans visage »).
Une explication aussi peut venir de Mankell lui-même puisque ce roman, écrit en 1991, figure en tête de la série des « Wallander » et, de manière plus générale, en tête de sa bibliographie : presque 20 ans se sont écoulés entre les deux livres.

Pour apprécier le roman, il faut se replonger dans l’immédiate après guerre froide, pleine de craintes et d’incertitudes…un monde oublié, un monde sans téléphones portables, sans internet et qui commence à peine à utiliser les tests ADN : le moyen-âge.

La personnalité de Wallander ressemble à celle de beaucoup d’enquêteurs de polars : le flic solitaire, alcoolique et divorcé qui a des problèmes relationnels avec son père et sa fille et qui drague le procureur (une femme : on n’est pas chez Almodovar). Les autres personnages ne sont pas non plus très marqués et semblent interchangeables (la fille et le père de Wallander sortent tout de même du lot).

Alors quoi ? Une dernière partie qui fait basculer le tout dans le roman noir avec une poursuite lugubre et sous la pluie au milieu d’une foire de la campagne suédoise ? Un engagement politique sans manichéisme qui préfigure un peu Stieg Larsson ? On sent un frémissement et, sans se l’expliquer vraiment, on a envie de lire la suite de la série, ne serait-ce que pour savoir comment les personnages principaux vont évoluer.

Meurtriers sans visage
Henning Mankel1
1991

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Poulet aux prunes

L’histoire se passe à Téhéran en 1958. Nasser-Ali, marié et père de deux enfants est musicien : joueur de Tar (sorte de banjo iranien). N’arrivant plus à jouer, il décide de changer d’instrument, jusqu’au jour où il se rend compte que le problème ne vient pas de l’instrument, mais de lui-même. Petit à petit, une idée germe dans sa tête : il va se suicider. La BD est le récit des 7 jours qui précèdent l’acte fatal que nous ne verrons pas et qui sera présenté sous forme d’un rêve.

Marjane Satrapi, l’auteur du génial Persépolis qui, en 2003, a élevé l’art de la bande dessinée jusqu’à un sommet rarement atteint (et qui, à mon avis n’a d’égal que Maus d’Art Spiegelman) nous offre une bande dessinée bien triste et pour tout dire franchement déprimante. Poulet aux prunes fait penser à « J’ai 28 ans et qu’ai-je fait de ma vie » sans l’humour, l’autodérision, la critique sociale et le brin d’optimisme qui donnaient du croustillant à l’ouvrage de Gérard Lauzier.

Cette histoire ne donne pas envie de se marier, ne donne pas envie d’avoir des enfants et ne donne pas envie d’avoir une activité artistique. En deux mots, elle ne donne pas envie de vivre : normal pour un récit qui a « le suicide » pour thème principal.

Même si l’histoire est bien racontée, si le dessin est original et si Satrapi continue à faire découvrir à l’occident les traditions de la société iranienne, un malaise subsiste après en avoir terminé la lecture. Un auteur a-t-il le droit de dire, même avec talent, que la vie est sans issue alors même qu’elle peut paraître comme telle pour beaucoup de lecteurs ? Bien entendu, la réponse est une question d’éthique. Pour moi, c’est non.

Poulet aux prunes
Marjane Satrapi
2008

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Edouard

Salade de coudes

coudes.1290285646.jpg

L’été est enfin là (un peu trop peut-être). À nous soleil, barbecues, farniente, coquillages, crustacés, plages abandonnées et…salades de coudes.
Et oui, depuis quelques semaines, je voue un amour passionné pour ses grosses pâtes qui semblent surgies de l’atelier d’un plombier nain.
Recette du jour pour 2/3 personnes.
Ingrédients :
100 g de coudes
1 Oignon
1 Citron
2 tomates
1 boîte de maïs
100 g de feta
Menthe, cerfeuil…
Sel
Huile d’olive
Faites cuire les pâtes et, dans une poêle, faites dorer l’oignon coupé en rondelles dans un peu d’huile d’olive.
Dans un saladier, ajoutez les tomates coupées en morceaux, le jus du citron et tous les autres ingrédients.
Mélangez bien le tout après y avoir incorporé les pâtes et l’oignon, laissez refroidir quelques minutes.
Laissez le saladier deux heures au frigidaire.
Dégustez, c’est divin.
PS : si vous avez pratiqué une activité physique juste avant : c’est encore meilleur.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Eric Woerth: un homme « sportif »

Cette année encore, j’ai assisté aux rencontres de la modernisation de l’État. Eric Woerth, un habitué des « rencontres », devait initialement intervenir mardi matin. Lundi, on me donne un nouveau programme à l’entrée qui reportait d’un jour cette intervention.
Ce matin, compte tenu de la violence des assauts politico-médiatiques qui l’avaient encore frappé la veille, un doute sérieux quant à son éventuelle participation planait au-dessus de l’amphi principal de la maison de la chimie.
Finalement, il est arrivé (presque à l’heure), au milieu d’un essaim de photographes et de journalistes.
Une fois sur l’estrade et avant même d’avoir ouvert la bouche, il fut unanimement applaudi par l’assemblée, sans doute soulagée de ne pas s’être déplacée pour rien.
Eric Woerth n’était pas venu parler de l’affaire Bettencourt et était là pour donner sa vision du fonctionnaire de 2020. Après un bref exposé « adaptabilité-mobilité », se fût au tour des « questions-réponses » :
– Que pensez-vous de la votation helvétique ?
– Ne me parlez pas de la Suisse…pas en ce moment. Je ne connais pas ce pays.
(rires)
Un peu plus tard.
– Avez-vous peur d’engager une réforme globale du statut des fonctionnaires ?
– Oh, vous savez, il y a peu de choses qui me font peur.
(rires)
Il y avait quelque chose de presque magique chez cet homme attaqué de toute part et jonglant avec son public, les journalistes et les photographes qui le mitraillaient sans cesse. C’était presque beau : une magie pareille à celle qu’on voit parfois chez les vraies équipes de foot.
Cet homme, sans doute pas aussi noir que le prétendent ses détracteurs, mais peut-être pas aussi blanc que l’imaginent ses supporters, je l’ai trouvé simplement « sportif ».

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Suicide collectif

2-0, un score qui sonne comme une claque monumentale et qui risque de faire oublier le fameux 3-0 de 98.

On sent que Raymond retient ses larmes : il n’a pas les mots. Que dire ? Certes, le Mexique n’est pas l’Allemagne, l’Italie ou le Brésil, mais tout de même une équipe jeune, dynamique et pleine d’avenir. Est-ce si honteux de se faire battre par les Mexicains ? Non, si cela avait été plus loin dans la compétition. Non, si la défaite n’intervenait pas après un 1-0 de mauvais augure contre la Chine et un nul contre l’Uruguay.

Pour comprendre, il faut peut être remonter à la source, c’est-à-dire la qualification et à la triste main de Thierry Henry. Et si depuis cette main, un sentiment diffus de culpabilité s’était emparé de l’équipe de France, accusée de tricherie par toute la planète ?

Et si, sachant que de toute façon elle serait attendue au tournant, l’équipe de France avait décidé de ne pas prendre le tournant ?

Ces hypothèses, si elles ont une quelconque réalité, ne sont probablement pas conscientes, mais on y pense fortement en se remémorant la deuxième mi-temps : des joueurs sans volonté et qui sont là sans être là. Manque de cohésion, certainement, mais pas seulement.
Ce phénomène anormal, Domenech l’a ressenti probablement lui aussi. Déboussolé, il ne trouve rien à dire de plus au journaliste que ces six mots qu’il répète plusieurs fois comme pour essayer de leur trouver un sens qu’il ne saisit pas lui-même : « c’est plus qu’une déception ».

Mais pour l’entraîneur, cette défaite a aussi une autre signification. Difficile de trouver une sortie de piste plus offensante. Entre les deux mi-temps, il a dû briefer ses joueurs et on sent un mieux au début de la deuxième… qui retombe vite comme un soufflet , comme s’ils avaient voulu le sanctionner.

Il reste tout de même un match contre l’Afrique du Sud, mais on n’y croit plus. On voit déjà les joueurs descendre l’oreille basse de l’avion à Orly.

Que faire ? Oublier la coupe du monde 2010, oublier Domenech, penser à Laurent Blanc qui va prendre le relais, penser à 2014 et souhaiter au Mexique d’aller très loin dans la compétition pour que la blessure soit moins profonde.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

 

IronMan II

Je n’avais pas aimé le I. Ne me demandez pas pourquoi je suis allé voir le II. Difficile à expliquer. Peut-être qu’il y avait quelque chose que j’avais espéré percevoir dans le premier opus. Ce quelque chose, on le retrouve dans les premières minutes. L’apparition d’Anthony Stark se faisant retirer son armure sur scène accompagné de « Starkettes » et devant un public en délire est assez géniale. Le concept de base est intéressant : Anthony Stark n’est pas une sorte de Largo Winch le jour et Iron Man la nuit, mais il est Iron Man et Largo Winch de jour comme de nuit. Comment arrive-t-il à gérer cette double identité permanente ? La réponse est « très mal ». Ce concept est malheureusement noyé sous un flot confus qui fait rapidement ressembler le film à une parodie de Bioman qui fera rire au 14e degré les trentenaires nostalgiques de la grande période du club Dorothée et des Musclés.

Difficile de raconter l’histoire tant le scénario est un grand n’importe quoi. Anthony Stark, plus golden boy que superhéros, héritier d’un groupe industriel d’armement, se bat avec l’armée américaine qui veut acheter son armure magique. Au même moment, au fin fond de la Sibérie, un vieillard meurt après avoir donné à son fils (Mickey Rourke) ses dernières recommandations. On ne sait trop pourquoi, Mickey (qui n’a pas vraiment le physique slave) décide de se construire une armure magique bien à lui et d’aller tuer Anthony Stark. On le retrouve sur la piste du grand Prix de Monaco, déguisé en très très méchant. Va alors s’engager une poursuite mettant en scène d’un côté le Russe et le concurrent de Stark et de l’autre Iron Man, accompagné de sa fidèle Peper (le seul personnage bien) et d’une femme « couteau suisse » tombée du ciel: Scarlett Johansson qui surjoue affreusement (peut être est ce du second degré, mais on a du mal à savoir…).

Bref, c’est un grand gloubi-boulga sans queue ni tête, à regarder à la rigueur quand il passera dans un an sur canal+ ou dans deux ans sur M6.

Un point positif quand même, la bande son même si à mon goût le volume est beaucoup trop fort : de « London Calling » à « Highway to hell » en passant par « Another one bites the dust », les grands classiques du rock sont là.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.



Le voyage des cendres

Hector Van Bollewinkel, parrain de la mafia belge de New York, en phase terminale d’un cancer généralisé, décide de se faire sauter la cervelle.
Dans son testament, il lègue sa fortune à ses deux petits enfants (un garçon et une fille de 10-12 ans) à condition qu’ils aillent répandre ses cendres dans son plat pays natal. Le chauffeur qui devait les accompagner ayant eu un brutal empêchement, c’est Canardo, cousin de la veuve du truand, qui va prendre le relais. Dans ce road movie au pays du grand Jacques, ils sont accompagnés par Frida, une Flamande rose aux formes généreuses chargée de parfaire l’éducation des deux marmots.

Le dernier album des aventures de Canardo, le détective crasseux à tête de canard de Benoît Sokal est un très bon cru. Dès avant la première planche, un détail saute aux yeux : le bar de Fred et son ambiance enfumée au milieu de laquelle apparaît Clara, la femme fatale des premiers albums a disparu. Mais l’énorme changement tient aux habitudes de notre canard bien aimé. S’il fume toujours, il ne boit plus.

Dans les premières planches deux canettes de Klutch vides sont pourtant bien visibles derrières le pare-brise de la Cadillac blanche, mais après, plus rien. Ce sevrage semble doper la libido du détective qui finit par tomber dans les bras de Frida (plutôt moteur dans l’affaire). Bref, on est rassuré par le nouveau mode de vie de Canardo qui est bien meilleur pour sa santé. Ce qui fait la réussite de cet album, ce n’est pourtant pas l’ajout de quelques planches un peu hot ni la vraisemblance du scénario. Comme toujours, ce sont les dialogues qui arrachent la mise et les réparties des jumeaux new-yorkais, faussement blasés et ultras vulgaires font mouche à tous les coups. Mais ce qui est émouvant et qui fait sortir cet album du lot, c’est le regard affectueux de Sokal sur son pays. Il est beaucoup question de Flamands et de Wallons dans cette histoire et on ne peut que compatir avec son militantisme pour l’unité de ce petit pays qui tient au moins autant par ses artistes que par son roi.

Le voyage des cendres
Sokal
2010

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Mon amie Nane

Georges Bernanos restera toujours pour moi un auteur un peu hermétique, mais je sais maintenant au moins de qui il veut parler dans les premières lignes de « Sous le soleil de Satan » quand il dit « Voici l’heure qu’aima P.J Toulet… ».
Paul-Jean Toulet est né à Pau en 1867, mais il a aussi vécu à l’île Maurice et à Alger. C’est sans doute cette connaissance de l’étranger qui donne à « Mon amie Nane » une saveur un peu exotique qui fait penser aux BD d’Hugo Pratt.

Nane était une « demi-mondaine », comme on disait alors ou une « horizontale » comme on disait au XIXe siècle. Aujourd’hui, les plus méchants diraient que c’était une « poule de luxe ». Les plus compréhensifs, que c’était tout simplement une « femme libérée » et Marc Lavoine lui trouverait bien entendu les yeux revolver.
Nane était une « demi-mondaine » plus légère que fatale. Aujourd’hui, on la trouverait même un peu « blonde ».

Son histoire nous est racontée par l’un de ses amants qui nous fait part, non sans humour, du charme, mais aussi des inconvénients de cette relation évanescente.

En fait, l’histoire importe peu, car Paul-Jean Toulet, avant d’être un romancier, est un grand poète. Son style est si fluide et si pétillant qu’on se laisse submerger par l’enchevêtrement des mots et des phrases sans vraiment prendre le temps d’essayer de suivre le fil de l’intrigue.

Je me souviendrai cependant de la fin de « Mon amie-Nane » qui, comme beaucoup d’histoires de courtisanes, se termine par le mariage de Nane. Le dernier échange épistolaire, d’une grande profondeur, entre Nane et l’amant-narrateur nous oblige à revoir toute leur liaison sous un jour nouveau.

Bref, Paul-Jean Toulet est un grand écrivain qui a marqué la littérature française, et spécialement celle du début du XXe siècle, au même titre que des auteurs comme Proust et Céline. À ce titre, les efforts fournis par Jean d’Ormesson, depuis les années 80, pour faire redécouvrir cet écrivain d’une incroyable modernité sont pleinement justifiés.

Edouard

Mon amie Nane
Paul-Jean Toulet
1905

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Les chaussures italiennes

Sur une île de la mer Baltique, Fredrik Welin, 66 ans, chirurgien en retraite, vit seul avec une chienne et une chatte. Son seul lien avec le monde, Jannson, un facteur hypocondriaque qui vient régulièrement se faire « soigner » et, occasionnellement, lui apporter du courrier.
Un beau jour apparaît sur l’île une femme qu’il va suivre pour en rencontrer une seconde qui lui fera rencontrer un homme et un peintre mort depuis des siècles. La rencontre des deux femmes lui donnera envie d’en rencontrer une troisième qui lui en fera rencontrer quelques autres.

Au départ, je m’étais fait offrir « Les chaussures italiennes » pour découvrir en version papier l’univers de l’inspecteur Wallander, le héros de Mankell incarné à l’écran par Kenneth Branagh.

J’ai donc forcément été un peu déçu de découvrir qu’il ne s’agissait pas d’une enquête policière et au bout de quelques pages, j’ai d’autant plus hésité à continuer ma lecture que la vie monotone de Friedrik me donnait une impression de déjà lu. Quand la première femme est apparue, j’ai tout de même décidé de continuer.

Les femmes des « Chaussures italiennes » ne sont pas des bimbos superficielles, des mères de famille exemplaires ou des executive women échappées d’un écran de télévision. Ce sont des femmes de tous âges dotées de fortes personnalités et durement éprouvées par la vie. Des femmes fortes aux faiblesses insoupçonnées, et vice-versa. Certaines se relèvent de tout, d’autres pas.

Elles entrent et sortent de la vie du sexagénaire un peu comme dans un moulin et sans vraiment sembler le bouleverser. Friedrik n’est pas un Dom Juan. Il paraît même un peu fleur bleue pour son âge et les relations qu’il entretient avec ses femmes sont des plus platoniques. Il les regarde tomber du ciel un peu surpris, mais sans plus. Toutes ces femmes font des « chaussures italiennes » un livre au parfum vaguement onirique, singulier et attachant, profondément mélancolique aussi, qui parle d’accidents, de maladie, de vieillesse et de mort. Un livre qui touchera sans doute moins les 7 ans que les 77 ans et qui, je l’espère, aura une suite, comme la fin semble nous l’indiquer.
Charles-Edouard

Les chaussures italiennes
Henning Mankell
2009

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.