Phèdre

Phèdre est l’ épouse de Thésée, la sœur d’Ariane et la demi-soeur du Minotaure. Elle est amoureuse d’Hippolyte, son beau fils que Thésée a eu avec Antiope, la reine des amazones. Hippolyte est lui amoureux d’Aricie qui l’aime en retour, mais qui appartient à une lignée ennemie de son père. La mort de Thésée ayant été annoncée, Phédre déclare sa flamme à Hippolyte qui reste froid à ses attentes. Quand elle apprend que l’annonce de la mort de Thésée était une erreur, elle s’affole en pensant à ce qu’Hippolyte pourrait dire à son père et décide, sur les conseils de sa confidente, Oenone, de dire à Thésée que son fils lui a fait des avances. On est dans la tragédie et tout ça finira mal pour tout le monde.

J’ai longtemps fait la fine bouche avec les liseuses, mais je reconnais que pour lire les classiques téléchargeables gratuitement sur internet, c’est pas mal. Phèdre était pour moi une redécouverte puisque j’étais tombé dessus à l’oral du bac de français.. À 17 ans, j’avais été devant Phèdre comme une poule devant un cure-dent.

On a beaucoup parlé du mal que les hommes pouvaient faire aux femmes ces derniers temps, mais l’inverse est malheureusement possible aussi. C’était vrai au XVIIe et ça l’est encore aujourd’hui.

Phèdre est un peu perdue, essentiellement gouvernée par ses passions. Indécise, elle se repose entièrement sur Oenone pour prendre des décisions qu’elle lui reproche ensuite. Thésée me semble pour sa part, être un personnage hypocrite et narcissique. Jouissant d’une immense notoriété, du fait de ses nombreux exploits, en particulier sa victoire sur le Minotaure, il se permet aussi de jouer le père la morale en tout cas dans la mesure où les écarts de ses proches pourraient égratigner son image. Il a quand même séduit Ariane pour qu’elle lui tienne le fil à l’entrée du labyrinthe du Minotaure, pour la laisser ensuite tomber et n’a pas été un modèle de fidélité en trompant Phèdre avec Antiope. Je trouve qu’il devrait balayer devant sa porte avant de faire des leçons aux autres, mais bon, c’est le roi. Thésée est aussi très impulsif et réagit au quart de tour à ce que lui dit Oenone sans essayer d’en savoir plus.

Il est vrai que tout ça n’est que le fait des dieux. Phèdre est possédée par Venus, on parle aussi de Neptune et de beaucoup d’autres. Les mortels sont en fait des pantins à la merci des caprices divins et sont donc des éternels irresponsables. La notion de « libre arbitre », telle qu’on la conçoit aujourd’hui, n’existait pas dans la pensée antique. Elle n’apparaît qu’avec Saint Augustin à partir du Vème siècle. Je ne sais pas comment un individu du XVIIe siècle voyait cette pièce de théâtre. L’influence de l’antiquité et de la mythologie était encore très forte. Pour ma part, je n’ai pas prêté beaucoup d’attention aux dieux. Quoi qu’il en soit…  

Cette pièce tout entière à jamais immortelle,

Brille pour l’éternité au sommet de l’Olympe,

Faisant fi des tourments du fragile mortel,

Qui pour rester sur Terre se tortille et s’agrippe.

Édouard

Jean Racine

1677

Le procès contre Mandela et les autres

Le 11 juin 1964, Nelson Mandela est condamné à perpétuité en Afrique du Sud.
Le procès n’avait pas été filmé, mais entièrement enregistré. Un dessin animé illustre les extraits de la bande sonore. Le tout est entrecoupé par des entretiens des différents protagonistes du procès ou de leurs descendants.
« Libérez Mandela ! » est une phrase qui a bercé mon enfance. J’entendais les gens la prononcer, je la voyais écrite sur les murs. J’ai fini par comprendre que s’il fallait le libérer, c’est qu’il devait être prisonnier, mais je ne savais pas bien qui était Mandela et pourquoi il était en prison. Quand il a été libéré en 1990, j’étais enfin en âge de comprendre et j’ai partagé la liesse populaire.
À l’origine, il y avait l’apartheid, un régime qui reposait sur une stricte séparation entre les blancs et les noirs et sur l’infériorité institutionnalisée de ces derniers. Ce régime n’a été aboli qu’en 1991. C’est sans doute pour ça qu’on nous parlait tout le temps de l’apartheid en cours d’anglais. On avait regardé « cry freedom » au collège.
Le début du documentaire insiste sur les liens idéologiques entre nazisme et apartheid. Le nazisme, comme on le sait, n’était pas un phénomène isolé et s’intégrait dans un vaste réseau mondial de racisme institutionnalisé. Des mouvements identiques existaient avant les années 30, d’autres perdurèrent… jusqu’en 1991 ! J’ai du mal à réaliser quand même.
Le film s’articule autour d’une question essentielle : si Mandela et ses compagnons ont été condamnés à perpétuité, c’est donc qu’ils n’ont pas été condamnés à mort. Mais pourquoi n’ont-ils pas été condamnés à mort ?
Les prévenus n’ont pas nié être à l’origine des sabotages et ont été très explicites concernant le sens politique donné à leur action visant à déstabiliser le pouvoir en place. En d’autres temps…oui, mais justement, les temps n’étaient plus tout à fait les mêmes. Les procès de Nuremberg étaient passés par là et les idéologies racistes avaient du plomb dans l’aile.
Le fils du procureur juif du procès charge beaucoup son père, mais peut-être a-t-il pesé dans la balance pour faire éviter la peine capitale aux prévenus. Les autorités de Johannesburg ont certainement pensé, comme l’indique un passage du film, que condamner à mort les accusés risquait d’en faire des martyres et de provoquer des émeutes incontrôlables. On voit aussi un représentant des États-Unis s’exprimer à l’ONU et on imagine que le procès devait avoir un certain retentissement international. S’il propose quelques pistes diffuses, Nicolas Champeaux a toutefois l’intelligence et la finesse de ne pas nous donner le fond de sa pensée. Il en aurait fallu peu pour que la condamnation à mort soit prononcée. Le mystère reste entier et l’on attend le verdict en tremblant même si on connaît la suite. C’est donc un soulagement d’entendre la sentence et c’est avec émotion qu’on se laisse transporter par cet instant où l’histoire choisit un trou de souris pour basculer.

Édouard

Mes frères

Début et fin d’une décennie pour Lola et ses deux frères, Rocco et Eddy qui vivent à l’île d’Yeux.
Au début, il y a les boîtes de nuit, les cuites mémorables, les combats de boxe improvisés sur la plage et la musique de Manu Chao. On est dans cette insouciance collective de la fin des années 90.
Dix ans plus tard, on retrouve Rocco à la tête d’une fanfare. Son bras droit raidi est replié sur son torse. Son visage affiche l’exubérance un peu forcée de ceux qui s’y trouvent contraints par la vie. Rocco est atteint de fibrodysplasie ossifiante progressive, maladie orpheline chronique plus communément appelée « maladie de l’homme de pierre » qui se traduit par une ossification des tissus avec une progression très variable d’un individu à l’autre. La maladie ne constitue cependant pas la trame principale du film et n’est d’ailleurs nommée que dans le générique de fin.
Rocco a besoin d’assistance au quotidien. Il vit avec son frère Eddy et son fils Simon, un préado qui commence à se poser beaucoup de questions sur ses origines. Eddy parle peu et s’exprime surtout corporellement. Il est tout dévoué à son frère autour duquel il a organisé sa vie, peut être moins par contrainte que parce que cela lui semble naturel. C’est « sa vie », une vie d’« ombre » qui semble lui convenir. Le soir, Rocco parodie Shan MacGowan des Pogues en chantant « dirty old town » dans un bar et Eddy l’accompagne à la guitare.
Simon incarne la génération de l’après 11 septembre. Toute sa vie est recouverte d’un voile de mystères qui ne commence à se déchirer qu’avec l’apparition de Lola. La tante de Simon essaie en effet de renouer des liens avec ses frères après de nombreuses années de séparation. On lui présente son neveu qu’elle ne connaissait pas et le préado s’attache immédiatement à cette figure maternelle qui lui manquait tant.
Avec le retour de Lola, on commence à voir poindre le vrai sujet du film : le lien indéfectible qui unit les frères et la sœur, ce lien un peu magique constitué d’amour, de haine, de jalousie, d’admiration, du souvenir de bonheurs partagés et des joies simples de l’instant. Ce lien élastique qu’évoque une chorégraphie exécutée sur la plage n’en reste pas moins incassable. Pour l’avoir trop tendu, Lola se voit violement ramenée au centre. Dans le film, le lien est incarné par un blondinet fantomatique qui traverse deux ou trois fois l’écran. On ne sait pas si Lola et ses frères le voient ou s’il est seulement un indice donné au spectateur par Bertrand Guerry.
Une fois le voile totalement déchiré, la vérité crue apparaît. Si Lola n’était pas arrivée, elle aurait tôt ou tard vu le jour et bouleversé les rôles sur l’échiquier familial. Rocco, le premier déstabilisé, en subira les conséquences. De son côté, Eddy lutte contre le destin familial tout en s’y résignant, comme l’illustre un sprint final aussi grandiose que désespéré.
Bref, « mes frères » reste un film extrêmement fort à voir absolument, comparable dans sa finesse d’analyse des liens de fratrie à « à bord du Darjeeling limited » de Wes Anderson.
Édouard

L’homme qui tua Don Quichotte

Contre vents et marées, le chevalier à la Triste Figure défend la veuve et l’orphelin dans un monde qui ne voit dans son action qu’une folie douce.
« Je sens de nouveau, sous mes talons, les côtes de Rossinante. Je reprends la route, mon bouclier sous le bras. […] Maintenant, une volonté que j’ai polie avec une délectation d’artiste soutiendra des jambes molles et des poumons fatigués. J’irai jusqu’au bout ».
Pour ceux qui ne connaîtraient pas Don Quichotte, je précise que « Rossinante » est le nom de son fidèle destrier. Ces propos n’ont pas été tenus par le personnage de Cervantes, mais par Che Guevara en 1965. C’est dire si l’âme de l’ingénieux Hidalgo a voyagé depuis 400 ans. Que les adorateurs de Don Quichotte (dont je fais partie) ne s’inquiètent pas, le titre du film de Terry Gilliam est bien entendu un oxymore. Loin de perdre son immortalité, le chevalier ressort une fois de plus vainqueur de l’adaptation d’un roman souvent qualifié d’inadaptable. Au début du film, il est rappelé que sa réalisation aura pris vingt-cinq ans, mais le résultat en valait la chandelle. Jean Rochefort, qui avait été pressenti pour incarner le héros, n’aura malheureusement pas pu voir le film qui lui est dédié ainsi qu’à un autre acteur dont j’ai oublié le nom. C’est bien triste. L’acteur français dont la filmographie est truffée de losers magnifiques que n’aurait pas renié le chevalier, aurait fait un Quichotte remarquable.
L’intrigue se déroule aujourd’hui, ce qui renforce bien entendu le décalage entre le chevalier et son époque, mais le réalisateur réussit tout de même à préserver une certaine finesse en particulier à grands coups de paysages désertiques grandioses et intemporels. Comme chez Cervantes, il y a ceux qui tentent de ramener le chevalier à la raison et ceux, méchants et cruels, qui l’encouragent dans sa folie pour mieux s’en moquer. Et puis, il y a Sancho Panza, son inséparable écuyer qui, à force d’essayer de le ramener à la raison, finit par comprendre que c’est en fait son maître qui a raison. Don Quichotte, c’est l’essence de l’art délivrant des réalités que la réalité brute est incapable de produire. Don Quichotte n’est qu’émotions et il n’est pas possible de le comprendre autrement.
Beaucoup d’interviews de Terry Gilliam dans les médias. Il est symptomatique que ce film irréalisable ait été réalisé par l’exMonthy Pyton ayant coécrit en 1975, le scénario du génial « sacré Graal » qui écorchait les aventures des chevaliers de la Table ronde. Cervantes, dès 1615, écorchait déjà les romans dans la veine de ceux de Chrétien de Troyes dont se gavait Don Quichotte avant de sombrer dans la folie, tout en en dégageant l’essence immortelle.
Dans notre monde résigné et terrorisé par son avenir, on se demande parfois où est Don Quichotte. Le décalage entre la réalité et la fiction, tel qu’il existait au XVIIe, est évidemment incomparable avec ce qu’il est à l’heure d’internet. Pourtant, le message de Cervantes n’a pas pris une ride. Répondant à la question la plus incroyablement moderne de l’évangile posée par Ponce Pilate : « qu’est-ce que la vérité ? », Cervantes nous dit qu’il n’existe en fait qu’une réalité, celle dans laquelle nous nous sentons vivants. Merci à Terry Gilliam d’avoir fait passer le message.

Edouard

Les derniers Jedi

Alors que les rebelles continuent à se rebeller contre « le premier ordre » (ex « empire ») dirigé par un Sith et par Ben Solo alias Kylo Ren, fils de Leia Skywalker et de Han Solo et petit fils de Dark Vador ; Rey tente d’apprivoiser le jedi Luke Skywalker (frère de Leia) qui a décidé de se retirer du monde.

Tout ça ne serait-il finalement qu’une histoire de famille ? À un moment, Kylo Ren dit à Rey « tu n’as rien à faire dans cette histoire ». Effectivement, Rey est le grain de sable qui vient perturber le rituel générationnel. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? D’où détient-elle ses pouvoirs ? Rey est la première à se poser ces questions. Le bref enseignement délivré par Luke semble mettre fin à l’origine génétique de la Force. La force est ce qui relie toutes choses et chacun semble pouvoir sentir sa présence. On se rapproche donc bien du « QI » de la tradition japonaise. Pourquoi certaines personnes semblent elles mieux dotées que d’autres pour se l’approprier ? Cela reste un mystère. D’ailleurs, la Force des Jedi et des Sith semble en définitive assez modeste comparée aux pouvoirs de Rey qui déplace les rochers sans avoir reçu de formation particulière et sans trop d’efforts alors que le jeune Luke éprouvait dans « un nouvel espoir », de grandes difficultés pour déplacer un sabre laser sur quelques centimètres.

Alors que dans le précédent opus, était présentée une jeune génération animée par le désire de reproduire les exploits des anciens, on sent cette fois-ci une certaine lassitude devant le renouvellement d’un cycle inexorable dont ils seraient prisonniers. Luke a pris la place d’Obi-Wan que Rey vient sortir de l’ombre tout comme Luke le faisait en son temps. Kylo Ren et Rey forment un étrange duo et semblent tous deux chercher à comprendre ce qui distingue le côté lumineux du côté obscur en ayant plus ou moins conscience que la frontière est finalement bien perméable.

J’ai été très surpris par la construction du scénario (un peu décousu je trouve) avec beaucoup de trous pour les esprits rationnels. Contrairement aux récits très structurés des précédents épisodes, on nous présente cette fois-ci un patchwork impressionniste que l’on regarde un peu comme un vieil album de photos sans chercher de fil conducteur particulier. J’ai beaucoup pensé aux « gardiens de la galaxie », car c’est finalement cette apparence d’opéra interstellaire qui prédomine.

Où ira-t-on avec l’épisode IX ? Difficile à prévoir. Kylo Ren est toujours là pour les méchants. Leia, Rey, Finn et toute la clique des sympathiques personnages secondaires (Chewbaka, C3-PO, R2D2, BB8) peuvent encore représenter les gentils. Mais le cycle traditionnel semble définitivement rompu. On nous promet donc un nouvel âge dans lequel les enfants esclaves que l’on voit jouer dans la dernière scène avec les figurines de leurs héros favoris auront peut être un rôle.

Édouard

Rogue one

Une vingtaine d’années après qu’Anakin Skywalker, le futur Darkvador,  ait été ramassé par l’Empereur, à demi mort au bord d’un torrent de lave et un peu avant que le monde entier découvre l’existence de Luke Skywalker dans le premier épisode de la saga sorti en 1977, les rebelles réussissent à s’emparer des plans de l’étoile de la mort.

Si ce premier paragraphe vous donne mal à la tête, c’est que vous n’êtes probablement pas un fan. Ceux-ci existent, paraît-il, dans la galaxie. Pour ma part, je suis beaucoup plus que fan. Étant né quelques mois avant la sortie du premier opus, je peux dire que StarWars, c’est toute ma vie. Dès lors, il me semblerait inimaginable d’ignorer les aléas de la Saga, au même titre que ceux de ma propre famille.

Je ne vais tout de même pas jusqu’à collectionner les produits dérivés, tout juste ai-je une fève « Yoda » posée sur mon ordi au boulot, gagnée lors d’une galette des Rois il y a quelques années. L’interférence avec la fête chrétienne en dit long sur la place qu’a prise la Saga dans notre univers culturel. StarWars, c’est la mythologie du XXIe siècle. Les Iphigénie, Pénélope, Ulysse, Patrocle, Hercule et Achille des Greco-Romains se nomment aujourd’hui Leia, Luke, Anakin, Han, Chewbacca et R2D2, mais leurs préoccupations sont proches.

« La Force » reste l’élément central de la série. On ne sait pas exactement ce qu’elle est, on ne la voit que par sa manifestation, par le biais de ceux qui en font usage. D’où vient le pouvoir et qui détient la violence légitime aurait on dit en d’autres temps ?

La question de l’origine de La Force ne se posait pas vraiment dans les 6 1ers épisodes qui racontaient l’histoire d’une famille, les Skywalker, chez laquelle La Force était très présente. On aurait pu se demander comment La Force était venue aux autres Jedi (Yoda, Obi-Wan et cie), mais aucune info ne nous est donnée à ce sujet.

L’épisode 7 ouvre une brèche possible avec le personnage de Rey qui en est doté, mais dont on ne connaît pas les origines. Toutefois, dans le même épisode, le fils de Leia et Hann Solo reproche à son père dépourvu de Force d’être la cause d’une puissance diminuée qui coulerait dans ses veines, semblant ainsi accréditer la thèse du « tout génétique ».

Je m’attendais, comme beaucoup de fans à en savoir plus avec « Rogue One ». On restera sur notre faim. Les héros qui volent les plans de l’étoile de la mort pourraient bien être les parents de Rey, mais aucune certitude ne nous est donnée. D’ailleurs, ces héros ne semblent pas pouvoir faire usage de La Force et pas non plus aptes à la transmettre à leur descendance.

Et si la Force n’avait rien de génétique, si beaucoup la portaient en eux et n’en faisaient pas usage faute de la connaître ? Et si la Force, comme tout don, se composait d’un acquis et d’un inné, qu’il serait impossible de vraiment maîtriser sans travail ? Ce serait vraiment bien sauf qu’à trop vulgariser La Force, on finirait par la tuer, elle deviendrait un produit de consommation qui n’aurait plus aucun charme ? Je sais plus ce que je souhaite. Je me contenterai donc de dire « The Force be with you ? » aux scénaristes du prochain opus.

Édouard

Le réveil de la Force

Une génération est passée depuis l’épisode 6. Un tyran masqué construit une arme diabolique permettant de détruire une planète entière d’un seul tir tandis que les rebelles continuent péniblement à essayer de se faire une place. Le tyran va toutefois voir ses plans déjoués par un jeune héros sorti de nulle part.

Le n°7 ne serait donc qu’un pale copier/coller de « la guerre des étoiles » avec un Dark Vador remplacé par une très mauvaise copie, une « étoile de la mort » sans doute encore plus redoutable que la précédente, mais qui reste une « étoile de la mort » et un Luke Skywalker remplacé par une jeune pilleuse d’épaves prénommée Rey qui est certes une fille, mais n’en découvre pas moins ses pouvoirs extraordinaires et joue du sabre laser comme Yvette Horner joue de l’accordéon, sans jamais n’avoir pris aucun cours ?

Que les fans se rassurent, il y a en fait une nouvelle dimension : Dark Vador, Luke, Leia et Han Solo sont devenus des mythes pour la jeune génération qui essaie de les copier en attendant de construire sa propre histoire. C’est aussi un clin d’œil à toute une génération, bien terrestre cette fois-ci, qui aura attendu 32 ans pour revoir Han Solo, Chewbacca, Luke et Leia et 10 ans pour revoir R2-D2 et C3-PO. Pourtant, les temps changent imperceptiblement.

Revenons au titre : « le réveil de la Force ». Qu’est-ce qui fait que la Force se réveille ? Elle semble en effet bien faible. Leia porte dans ses gènes la Force de son père, mais n’en fait pas usage et Luke, le dernier Jedi, est introuvable. La Force semble plus visible du côté des Siths et le nouveau Dark Vador, qui n’est pas dépourvu de Force, est manipulé par un empereur Sith géant et fantomatique. La Force côté Jedi revient cependant en Rey. Pourquoi ? On ne sait pas et d’ailleurs, elle ne semble pas bien comprendre ce qui lui arrive.

Beaucoup de fans de la saga avaient critiqué l’explication scientifique donnée à la Force dans l’épisode 1 qui, en la réduisant à un particularisme génétique, risquait de lui faire perdre tout son mystère. L’opus 7 tord visiblement le cou au « tout génétique », à moins que nous découvrions dans les épisodes 8 et 9 actuellement en préparation que Rey est en fait la fille de Luke Skywalker. Si c’est le cas, je veux juste dire à George Lucas qu’il ferait bien de trouver autre chose.

Ici, la Force semble se présenter comme une entité autonome, poursuivant son propre dessein et ayant « choisi » Rey pour une raison qui nous échappe encore. La scène la plus géniale à mon sens et qui veut tout dire sur ce mystère retrouvé de la Force est celle du combat entre le nouveau Dark Vador et Rey et l’utilisation qui est alors faite de la Force pour récupérer le sabre laser tombé à terre.

Bon, j’ai essayé de ne pas trop spoiler et je pense que sur ce coup-là, la Force était avec moi. Bon film à tous.

Edouard

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Everest

1996, des tours opérateurs offrent le grand frisson à des touristes fortunés : le toit du monde.

À l’approche de la quarantaine, on se rend compte qu’il y a des choses qu’on ne fera pas. C’est un constat, je n’ai ni la motivation ni la constitution physique qui me permettrait de faire l’ascension de l’Everest. En même temps, il y a tellement de choses que j’aimerai faire et que je n’aurai peut-être pas le temps de faire…j’ai pas le temps de me prendre la tête avec l’Everest. Ceci dit, ça m’intriguait quand même et le cinéma permet de nous faire vivre ces choses en restant dans un fauteuil, ce serait con de ne pas en profiter.

Au début, tout semble très organisé, trop à la limite, on se dit que la magie des premières explorations est bien loin. Et puis, quand on monte, les choses se compliquent. Ce sont très majoritairement des hommes, disons entre 40 et 60 ans (il n’y a qu’une femme dans le groupe, une Japonaise) tous mordus d’alpinisme, en bonne forme physique et psychique et disposant de bons moyens financiers (il faut compter 60 000€ pour l’expédition). Dès le début, on leur explique qu’il vont affronter un milieu hostile auquel la vie humaine est totalement inadaptée.

Pourquoi cette expédition ? Ils se posent la question lors d’un premier repas de groupe. Il y a le goût du challenge bien entendu, la touriste japonaise explique que l’Everest est le seul qui manque à son palmarès, mais tout le monde a bien conscience qu’il n’y a pas que ça. L’un d’eux avoue qu’il se sent vide en plaine et que seule la montagne lui donne le sentiment de vivre. C’est sans doute de ce côté qu’il faut chercher la réponse. C’est un peu « l’envie d’avoir envie » de ressortissants aisés de pays riches où tout semble trop facile.

Bref, on continue à grimper et ceux qui ont des conditions physiques trop justes abandonnent, la sélection naturelle fait son œuvre. Arriver au dernier campement est donc un exploit et seuls les alpinistes les plus chevronnés y arrivent. Ensuite, c’est la route vers le dernier sommet. On est 100% dans l’effort physique et l’oxygène commence cruellement à manquer. À ce stade de la compétition, les conditions physiques ne font pas tout et la chance prend une part extrême : être dans la bonne cordée, avoir le bon guide, bénéficier de bonnes conditions météo fait toute la différence. À une altitude à laquelle les hélicoptères ne peuvent plus voler, l’homme ne maîtrise plus rien et parmi les plus forts, ce sont les plus chanceux qui réussissent. Je reconnais que ce doit être grisant de planter un petit drapeau sur le toit du monde. Cela doit procurer une sensation de puissance dont on se souviendra toute sa vie…si toutefois on parvient à descendre. Effectivement, la descente n’est pas plus simple que l’ascension, surtout si une tempête de neige se déclare à ce moment.

« Everest » est une histoire vraie. Seulement trois parviendront à redescendre dans de bonnes conditions. Les autres mourront de froid, laissant derrière eux des familles brisées. L’un d’entre eux parviendra miraculeusement à regagner le campement, mais perdra l’usage de ses mains. Quelle folie, quelle horreur ! Un destin tragique qui s’abat sur des individus qui savaient ce qu’ils risquaient. L’humanité ne peut probablement pas vivre sans tenter de se dépasser, sans se heurter à l’hostilité et en mourra peut-être. Une leçon qui fait froid dans le dos.

Edouard

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A most violent year

New-York au début des années 80., A la tête d’une entreprise de transport de fuel, Abel tente de creuser son trou. Ses concurrents font leur possible pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Une grosse pomme crépusculaire, une ambiance à la Gotham city. Tout accable Abel, mais rien ne peut freines ses ambitions, il est l’incarnation même du rêve américain. Alors il se bat, compte aussi sur la chance qu’il sait saisir lorsqu’elle fait apparaître le bout de son nez au milieu du brouillard et finit par atteindre ses objectifs. Je me souviens d’un sujet de philo en terminale dont j’avais longuement parlé avec un copain : « peut-on réussir sa vie sans réussir dans la vie ? » Nous n’avions pas trouvé de réponse définitive, mais pour Abel, c’est clairement non. Bref, c’est un winner, c’est en tout cas comme ça que le voit son entourage, ses employés et en particulier Julian, victime aussi de l’adversité, mais qui a moins de punch, doute de lui, n’a ni l’assurance, ni l’intelligence d’Abel. Julian est-il jaloux de son patron ? Oui, peut-être un peu, mais il est par-dessus tout admiratif, il s’est persuadé à tort ou à raison qu’il n’était pas équipé pour y arriver et cette prise de conscience le ronge. Il ne saura pas saisir sa chance, limiter les effets du sort, voire même le retourner à son profit. Julian n’est pas un digne descendant de Caïn, comme semble l’être son supérieur, il ne prendra pas du plaisir à se frotter à l’adversité, à la combattre et s’avouera vaincu dès le premier round.

Abel a-t-il conscience d’être un élu ? Rien n’est moins sûr. Il avoue à son épouse qu’il aurait voulu devenir un gangster, tout comme l’était son beau père. Pour défendre ses intérêts, il a dû prendre certaines libertés avec la légalité et il a déjà commencé à quitter l’univers des irréprochables, mais il n’est pas encore vraiment entré dans le Milieu. Il y entrera probablement puisque rien ne semble pouvoir l’anéantir, bien qu’il soit au bord du gouffre en permanence. La scène finale laisse entendre que la toile se tisse, que l’avenir se profile sous un nouveau jour. Abel commence à être craint et reconnu au-delà du cercle de ses employés, il a atteint un nouveau niveau comme on le dirait pour un jeu vidéo. Ce qui est fascinant, c’est que cette reconnaissance lui arrive après l’atteinte d’un objectif que nul ne semblait comprendre et pour la poursuite duquel il s’entêtait. Avait-il vraiment conscience de ce que l’atteinte de cet objectif allait lui apporter ou avait-il une conscience diffuse qu’il devait l’atteindre sans s’expliquer parfaitement pourquoi ? Pour ma part, j’ai eu l’impression qu’il poursuivait son objectif comme le bout de fer poursuit l’aimant.

Pour résumer, « a most violent year » est un film sur la réussite sociale, sur ses critères objectifs (ténacité, détermination, charisme, intelligence) et aussi sur tout le mystère qui l’entoure : chance, hasard, destinée, providence…il me marquera durablement.

Edouard

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La prochaine fois, je viserai le cœur

Au cours des années 1978-1979, Alain Lamare, Gendarme et tueur en série, semait la terreur dans l’Oise, département déjà ébranlé à l’époque par un autre tueur en série : Marcel Barbeault alias, « le tueur de l’ombre ».

Cédric Anger situe l’intrigue 4 ans plus tôt et le tueur/gendarme, Guillaume Canet, devient Franck. Ce n’est pas un génie du mal du genre d’Hannibal Lecter dans le silence des agneaux, il m’a plutôt fait penser à Stéphane, ce luthier étrange et ténébreux incarné par Daniel Auteuil dans « un cœur en hiver » de Claude Sautet. Franck est malade, a conscience de sa maladie et en souffre. S’il fallait le raccrocher à une célébrité du 7e art, ce serait Norman Bates. Mais alors que dans psychose, Hitchcock ne s’intéresse qu’aux effets théâtralisés de la psychopathologie du personnage, Anger s’intéresse au conflit intérieur qui ronge Franck.
Certes, dans psychose, Marion Crane entend Norman Bates se disputer avec sa mère et on se doute bien qu’il doit y avoir un conflit intérieur, mais il ne fait l’objet d’aucun développement.

Dans « la prochaine fois… », le rapport de Franck avec sa mère est aussi évoqué dans une scène qui met très mal à l’aise, mais elle n’atteint pas les sommets hitchcockiens.

Les deux tueurs ont comme point commun leurs pulsions sexuelles qui se transforment en pulsions meurtrières. Comme Norman Bates, Franck finira sa vie dans un hôpital psychiatrique.

On peut peut-être voir aussi dans ce film une critique du mythe de la libération sexuelle qui vivait alors ces grandes heures. Ce vieux libidineux en manque de compagnie qui met des petites annonces dans les toilettes crasseuses d’un café m’a mis la puce à l’oreille. D’une certaine manière, Franck et le vieux sont tout deux exclus d’un système dans lequel règne le dogme d’une hétérosexualité standardisée et aseptisée telle qu’on peut la voir dans les films de François Truffaut (pour les fans comme moi, ne manquez pas l’expo actuellement à la cinémathèque).

La maladie de Franck n’est pas non plus la perversité jouissive chère au divin marquis (très déçu par l’expo « Sade » du musée d’Orsay), c’est plutôt un poltergeist, une sorte d’esprit, un loa vaudou qui viendrait prendre possession de Franck, un loa contre lequel il lutterait, mais contre lequel il ne pourrait en définitive rien faire.

Pour terminer, je voudrais revenir sur le titre. Bien entendu, on pense d’abord à Franck qui vide son arme sur les jambes de ces victimes au lieu de viser le coeur, mais cette phrase m’est revenue à la fin du film et j’ai essayé de lui donner une autre signification. Je l’ai imaginée prononcée en guise d’excuse par un Cupidon maladroit ayant raté son coup et dont la flèche aurait malencontreusement atteint la tête du destinataire.

Edouard

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