Frankenstein

Frankenstein

J’ai presque abandonné mon blog, je lis moins et plus du tout de classiques. Frankenstein traînait au fond de ma sacoche du boulot depuis deux ans. J’avais essayé de le lire, une fois, mais sans succès. C’était devenu la lecture improbable avec laquelle passer le temps si je me trouvais dans un bunker antiatomique ou si j’étais enlevé par des extraterrestres.

Et puis, il y a quelques semaines, j’ai décidé de reprendre la lecture du célébrissime ouvrage de Mary Shelley sorti en 1818.

Je ne me souviens pas avoir vu de film avec Frankenstein même si, comme tout le monde, j’ai vu les images du monstre incarné par Boris Karloff.

En fait, je ne savais pas grand-chose du monstre en dehors du fait qu’il était laid, méchant et qu’on voyait des boulons fixer sa tête. Je savais aussi qu’il avait été créé par un savant fou à partir d’organes prélevés sur des cadavres. Je me souvenais de l’acte créateur et de l’éclair venant apporter sa force au monstre. Bref, j’avais compris que son histoire rejoignait les histoires de créations humaines devenues incontrôlables.

Robert Walton, un jeune homme ambitieux, s’est aventuré dans les glaces de l’océan arctique pour découvrir le pôle nord. Un beau jour, il observe de loin un être gigantesque sur un traîneau tiré par des chiens. Peu de temps après, il recueille Victor Frankenstein, à demi mort, à la poursuite du traîneau, et qui lui raconte tout.

Frankenstein n’est pas le nom du monstre, mais celui de son créateur, Victor Frankenstein. Le livre raconte bien son histoire et forcément, celle du monstre auquel il est lié.

Les adaptations du vingtième siècle ont effacé Victor et fait du monstre un personnage autonome. Pourtant, toute l’histoire tourne autour de ce lien et on se demande plus d’une fois si le monstre a bien une existence physique en dehors de la tête de son créateur. On n’est pas loin du Docteur Jekyll et M. Hyde, publié 70 ans plus tard, mais, contrairement à Stevenson, Shelley laisse planer le doute. La construction épistolaire du roman et l’absence de narrateur sont à cet effet parfaites pour préserver l’incertitude.

Le monstre est un sommet de solitude. Il est rejeté de tous du fait de sa laideur, y compris par son créateur. Sans parents, sans famille, sans amis, il n’a d’autre choix que de devenir l’acteur de l’effroi qu’il suscite et ses meurtres sont les seuls moyens qu’il trouve pour donner un sens à son existence. Sous une apparence inhumaine, le monstre devient ainsi presque touchant alors même que Victor, derrière son apparence lisse et irréprochable, brille surtout par sa lâcheté et son irresponsabilité. Incapable d’assumer les conséquences de ses actes, ce n’est qu’un Dieu raté.

Frankenstein est aussi une réflexion sur le progrès scientifique. L’expédition de Walton sera un échec, mais au moins, l’équipage s’en sort vivant. Les tentatives de Frankenstein pour convaincre Walton de continuer le voyage alors même qu’ils sont voués à une mort certaine, prouve une fois de plus qu’il a perdu toute humanité. Le monstre n’est pas celui qu’on croit.

Édouard

De la libération à la “normalisation” sexuelle?

– Tonton, c’est quoi la libération sexuelle?

– Tout d’abord, il y a la terreur des parents que leur fille tombe enceinte ou que leur fils devienne père avant d’être autonome financièrement.

Dans ce cadre, les interdits religieux imposant l’absence de relations sexuelles avant le mariage avaient tout pour rassurer les parents.

La religion interdisait également les rapports sexuels à des fins non reproductives. A cet égard, l’homosexualité était un comportement condamnable.

Puis, sont arrivés la pilule et le droit à l’avortement qui se sont ajoutés aux méthodes existantes, plus ou moins efficaces.

Quoi qu’il en soit, ces nouveaux dispositifs ont permis de dissocier encore plus clairement le sexe de la reproduction. Les femmes ont pu maîtriser leur fécondité, qui dépendait autrefois largement des hommes. La vraie révolution est peut-être là. Les rapports sexuels non reproductifs ont toujours été possibles et l’avortement très hasardeux. La diffusion de la pilule, des contraceptifs et la légalisation de l’avortement permettant surtout de mieux réguler tout ça.

Toujours est-il que dès la fin des années 60, les sociétés occidentales se sont persuadées qu’elles vivaient une révolution sexuelle et que tout était possible. Des BD de Gérard Lauzier aux Bronzés en passant par Salo de Pasolini, on savait bien qu’il n’en était rien. Les mâles dominants, les allumeuses, les laissés pour compte, les prédateurs et les victimes de violences sexuelles n’avaient pas disparu. Mais beaucoup voulaient y croire.

La révolution sexuelle de la fin des années 60 était très phallocrate. Les homosexuels n’étaient plus chassés mais non moins méprisés.

C’est au milieu de cette société qui voulait jouir sans entraves en se voilant la face que je suis né. Quand j’ai été assez grand pour comprendre ce qui se passait autour de moi, on parlait du SIDA touchant de plein fouet la communauté homosexuelle et qui n’engageait guère à la gaudriole. Les chantres de la libération sexuelle essayaient tant bien que mal d’entretenir la flamme.

Les adolescents de la fin des années 60 étaient entre temps pour la plupart devenus parents et devaient faire face aux même inquiétudes que leurs aînés avec des réponses diversifiées, certains étant fidèles à la tradition, d’autres plus ouverts dans la mesure ou une panoplie de mesures médicales permettaient maintenant d’éviter l’irréparable.

Encore plus tard, l’âge devenant une entrave à la jouissance sans entraves, le Viagra entra en scène. Ce nouveau remède miracle n’eut pas seulement pour effet de rassurer quelques septuagénaires sur leur virilité mais révolutionna aussi l’industrie du porno. Avant le Viagra, un homme au physique difficile avait ses chances s’il était capable de garder une érection dans des conditions de tournage peu excitantes. Avec la chimie, les moches n’avaient plus qu’à aller se rhabiller.

Internet et les logiciels de retouches permirent de donner une dimension inégalée au sexe, permettant à chacun en quelques clics de voir les ébats de demi-dieux n’existant pas vraiment dans la réalité.

La digitalisation de l’industrie du sexe lui permit un essor considérable : godemichés, fouets et menottes pouvant être achetés en ligne et livrés discrètement à domicile. Plus aucun risque de croiser son voisin ou son boulanger en se rendant dans un sex-shop.

Et voilà comment en 50 ans, le sexe non reproductif est passé d’un tabou religieux brisé à une branche à part entière de la société de consommation.

Depuis MeToo, les Dom Juan se font discrets et les garces préfèrent parfois se faire passer pour des victimes. Les laissés pour compte ont désormais toute une gamme d’offres commerciales censées les satisfaire. Certains aventuriers de la libération sexuelle autrefois convaincus de leur impunité doivent répondre de leurs actes : à ce titre, les pédophiles des années 70 sont aujourd’hui rattrapés par la justice. Pour les vraies victimes, rien n’a changé.

L’oncle Edouard n’était pas réputé pour ses capacités à s’adapter à son public. Du haut de ses 10 ans, son neveu n’avait quasiment rien compris. Il le regarda bouche bée quelques instants avant de se décider à prendre la parole.

– Ah…c’était avant donc? C’est fini maintenant?

– Oui

Edouard

Enseigner l’arabe

Le meilleur hommage à rendre à Samuel Paty et sans doute l’unique moyen de donner un sens au meurtre ignoble dont il a été la victime serait il me semble de faire du débat qu’il voulait engager avec ses élèves un débat national.

Peut-on rire de tout ? Oui, bien entendu. Si comme la plupart des Français, j’ai été indigné par les crimes islamistes commis au cours des dernières années, je dois dire que je ne suis pas particulièrement friand de la vulgarité gratuite des caricatures de Charlie Hebdo. S’il y en a que cela fait rire… pourquoi pas. Il est indéniable aussi que ces caricatures peuvent aussi blesser. Pas seulement les musulmans mais les autres religions aussi. Il est vrai que les catholiques sont un peu vaccinés. Les caricatures associées à cette religion ne sont plus très à la mode et n’effarouchent plus grand monde. L’islam semble un terrain beaucoup plus prometteur et  d’un point de vue marketing, Mahomet est certainement beaucoup plus rentable que Jésus.

Je pense qu’il ne faut pas donner à ces caricatures plus d’importance qu’elles n’en ont. Le but de leur auteur n’est sans doute pas de faire rire les musulmans, mais sans doute pas non plus de les choquer ou de les blesser. Le but est de faire rire les lecteurs de Charlie Hebdo…

Depuis le XVIIIe siècle en France, on caricature une religion qui avait un poids institutionnel écrasant dans la société française et dans son histoire. C’était une autocritique saine, une rébellion qui avait un sens politique précis. Qu’en est-il pour l’islam ? La communauté musulmane est bien présente en France, mais son poids dans la société n’a aucun rapport avec celui qu’a pu avoir le catholicisme. Alors, quel sens ? Le seul que je vois est une caricature d’une religion, uniquement parce qu’il s’agit d’une religion. Une démarche athée ? Sans doute. Cela correspondrait à l’esprit de Charlie hebdo.

Mais il ne faut pas confondre athéisme et laïcité. La laïcité réside dans le respect mutuel et on ne peut pas dire que ces caricatures soient très respectueuses. La laïcité nécessite une prise de recul par rapport à ses croyances, tout autant qu’une acceptation de celles des autres.

De quels moyens disposent aujourd’hui les jeunes d’origine arabophone pour prendre une distance avec l’islam quand l’arabe n’est pas enseigné à l’école et que son apprentissage n’est possible que par un enseignement coranique ? Comment comprendre les subtilités de la langue ? Comment comprendre la culture dans laquelle elle s’inscrit ? Comment discuter de l’interprétation d’une sourate ?

Il en résulte que l’identité de cette génération ne réside plus que dans des caricatures moquant des racines auxquelles ils n’ont pas accès. Il est temps d’offrir aux jeunes d’origines géographiques arabophones une autre voie que l’athéisme ou le salafisme.

Édouard

Isabelle, l’après-midi

Edouard le 06/09/2020

Au milieu des années 70, Samuel, un jeune américain de passage à Paris rencontre Isabelle. Elle est mariée et a 16 ans de plus que lui et ils vont vivre une passion singulière…jusqu’à ce que la mort les sépare.

Très intrigué par la critique de Guy, je me suis procuré l’ouvrage. Moi aussi il m’arrive de lire de temps en temps des bouquins de Douglas Kennedy. J’avais bien aimé « la femme du Vème » et j’en avais lu un autre avant dont j’ai oublié le titre. Ce n’est pas un très grand écrivain. Ou alors, il est mal traduit. Peut-être les deux. Les femmes y sont souvent folles et effrayantes. L’écrivain aime beaucoup Paris, mais je trouve que le Paris de carte postale pour Américains qu’il décrit, fait très « cliché ». Enfin, ça se laisse lire.

Il y est question d’un temps qu’il n’est possible de comprendre qu’avec l’âge. Bien plus qu’un ouvrage sur la relation entre Sam et Isabelle, « Isabelle l’après- midi » conte l’histoire d’une vie amoureuse, celle de Sam en l’occurrence et accessoirement celle d’Isabelle.

Si la vie amoureuse de certains est linéaire (« rencontre- mariage- enfants- éducation des enfants- mariage des enfants- petits-enfants… ») comme dans la chanson « quatre murs et un toit » de Benabar, elle l’est beaucoup moins pour Samuel.

Comme toujours, le hasard et les circonstances tiennent une part prédominante et tissent l’univers affectif de Samuel. Tous ses liens immatériels qui se créent on ne sait comment s’accumulent au cours des années pour former un patchwork hétéroclite. On a l’impression qu’il n’a aucun libre arbitre et qu’il se laisse passivement mener par les événements, ce qui rend son personnage très insipide.

Les choses sont différentes pour Isabelle. La vie linéaire, elle là, mais elle ne la satisfait pas. Toutefois, par lâcheté comme elle l’avouera, elle ne se résoudra jamais à abandonner la situation sociale et le confort que lui apporte son mariage. C’est peut-être là qu’ils se rencontrent, dans la frustration qui accompagne nécessairement toute relation amoureuse. Lui rêve de la vie linéaire qu’elle ne supporte plus.

Leur relation restera dans l’ombre jusqu’au bout et Samuel gardera le statut de l’amant dans le placard. Il n’en reste pas moins que le lien les unissant ne cessera de se renforcer. Une liaison aussi difficile à qualifier d’amoureuse qu’amicale. Quelque chose de particulier, d’indéfinissable, d’inclassable, comme le sont en définitive toutes les relations amoureuses.

Guy le 20/08/2020

Depuis une vingtaine d’années, je lis de loin en loin un livre de Douglas Kennedy.
Le premier (la poursuite du bonheur) m’avait emballé.
D’autres un peu moins.

Isabelle fait désormais partie de mon trio de tête.
Sans doute qu’à l’approche de mes 80 ans je reste un indécrottable romantique.

Sam, 20 ans, réalise son rêve: séjourner à Paris avant de commencer ses études de droit à Harvard.
Nous sommes au début des années 70.
Pas encore de tablettes, pas d’Internet, pas de smartphones, pas d’ordinateurs.
Il rencontre Isabelle, qui a 16 ans de plus que lui.
Pour lui, c’est l’amour total. Pour elle, c’est au départ une récréation.
Elle est mariée, avec un homme fortuné qui la trompe sans vergogne.
Avec Sam, la règle est claire pour elle: deux fois par semaine 2 heures de passion commune.
Rapidement, Sam n’en peut plus, et il retourne aux États-Unis.
Il va y parcourir le cursus classique: études, mariage, paternité.
Mais…

Comme dans ses autres livres, l’ami Douglas mène son lecteur par le bout du nez.
Sur un scénario somme toute classique, tel le petit Poucet il sème les coups de théâtre.
Oui, par moments, je me suis exclamé: mais ce n’est pas possible.

Une histoire drôlement bien ficelée, qui change un peu du climat de violence de nombreux livres actuels. Bien sûr, ce n’est pas le chef d’oeuvre du siècle.

Mais il fait passer un bon moment avec ce qu’il faut d’érotisme, d’émotions, et de questions existentielles.

Dernières phrases du livre:

« L’espoir, inépuisable. Était-ce possible? Pourrions-nous trouver le moyen de nous rendre heureux?

Et nous prouver , par la même occasion, que nous ne sommes pas seuls dans les ténèbres…?
C’est ce que nous cherchons tous.
N’est-ce pas? »

A vous de deviner si Isabelle fait partie de ce scénario.

Amitiés intercontinentales,

Douglas Kennedy – Belfond

Phèdre

Phèdre est l’ épouse de Thésée, la sœur d’Ariane et la demi-soeur du Minotaure. Elle est amoureuse d’Hippolyte, son beau fils que Thésée a eu avec Antiope, la reine des amazones. Hippolyte est lui amoureux d’Aricie qui l’aime en retour, mais qui appartient à une lignée ennemie de son père. La mort de Thésée ayant été annoncée, Phédre déclare sa flamme à Hippolyte qui reste froid à ses attentes. Quand elle apprend que l’annonce de la mort de Thésée était une erreur, elle s’affole en pensant à ce qu’Hippolyte pourrait dire à son père et décide, sur les conseils de sa confidente, Oenone, de dire à Thésée que son fils lui a fait des avances. On est dans la tragédie et tout ça finira mal pour tout le monde.

J’ai longtemps fait la fine bouche avec les liseuses, mais je reconnais que pour lire les classiques téléchargeables gratuitement sur internet, c’est pas mal. Phèdre était pour moi une redécouverte puisque j’étais tombé dessus à l’oral du bac de français.. À 17 ans, j’avais été devant Phèdre comme une poule devant un cure-dent.

On a beaucoup parlé du mal que les hommes pouvaient faire aux femmes ces derniers temps, mais l’inverse est malheureusement possible aussi. C’était vrai au XVIIe et ça l’est encore aujourd’hui.

Phèdre est un peu perdue, essentiellement gouvernée par ses passions. Indécise, elle se repose entièrement sur Oenone pour prendre des décisions qu’elle lui reproche ensuite. Thésée me semble pour sa part, être un personnage hypocrite et narcissique. Jouissant d’une immense notoriété, du fait de ses nombreux exploits, en particulier sa victoire sur le Minotaure, il se permet aussi de jouer le père la morale en tout cas dans la mesure où les écarts de ses proches pourraient égratigner son image. Il a quand même séduit Ariane pour qu’elle lui tienne le fil à l’entrée du labyrinthe du Minotaure, pour la laisser ensuite tomber et n’a pas été un modèle de fidélité en trompant Phèdre avec Antiope. Je trouve qu’il devrait balayer devant sa porte avant de faire des leçons aux autres, mais bon, c’est le roi. Thésée est aussi très impulsif et réagit au quart de tour à ce que lui dit Oenone sans essayer d’en savoir plus.

Il est vrai que tout ça n’est que le fait des dieux. Phèdre est possédée par Venus, on parle aussi de Neptune et de beaucoup d’autres. Les mortels sont en fait des pantins à la merci des caprices divins et sont donc des éternels irresponsables. La notion de « libre arbitre », telle qu’on la conçoit aujourd’hui, n’existait pas dans la pensée antique. Elle n’apparaît qu’avec Saint Augustin à partir du Vème siècle. Je ne sais pas comment un individu du XVIIe siècle voyait cette pièce de théâtre. L’influence de l’antiquité et de la mythologie était encore très forte. Pour ma part, je n’ai pas prêté beaucoup d’attention aux dieux. Quoi qu’il en soit…  

Cette pièce tout entière à jamais immortelle,

Brille pour l’éternité au sommet de l’Olympe,

Faisant fi des tourments du fragile mortel,

Qui pour rester sur Terre se tortille et s’agrippe.

Édouard

Jean Racine

1677

L’effroi

Aucune situation ne m’avait autant marqué depuis le 11 septembre 2001. Il pourrait sembler surprenant de faire un parallèle entre le coronavirus et le 11 septembre. Comment comparer en effet une attaque terroriste à une épidémie, sauf à cautionner les théories complotistes qui fleurissent ici et là ? Bien entendu les causes et les effets n’ont rien de semblable, mais j’y vois tout de même des similitudes.

La principale tient au caractère spectaculaire des événements qui semblent tous deux une incarnation de films catastrophes hollywoodiens. Les avions qui s’encastrent, les tours vacillantes et fumantes, les individus préférant sauter du haut de la tour plutôt que d’être brûlés vifs (les virgules noires comme ils avaient alors été appelés dans un article du monde), c’était tout de même impressionnant. L’ennemi a tout de même fini par être identifié malgré la pitoyable et inutile deuxième guerre du golf. On était tout de même dans un registre connu, celui du film de guerre avec des acteurs bien dessinés même si Al-Qaïda était plus flou et plus imprévisible qu’un belligérant traditionnel. La guerre des civilisations n’aura pas eu lieu même s’il a illustré la haine de l’impérialisme américain : je me souviens d’avoir vu beaucoup de jeunes porter des t-shirts Ben Laden en 2005 à Bamako.

Les États-Unis ont vacillé après le 11 septembre, mais l’empire ne s’est pas effondré. L’Europe s’est renforcée et surtout, le Monde a vu grossir un nouvel empire qui, c’était une question de décennies, voire d’année, supplanterait les États-Unis : la Chine.

Et c’est justement de cette nouvelle super puissance qu’est sorti le drame que nous sommes en train de vivre. Nous sommes toujours dans le registre du film-catastrophe, mais dans la vaine du thriller, l’incarnation en fait du scénario du film « Alerte » réalisé en 1995 par Wolfgang Peterson dans lequel une petite ville américaine était contaminée par un virus venu d’Afrique.

L’ennemi aujourd’hui est totalement invisible et personne ne sait exactement où et comment il frappe. « Restez chez vous » est le seul mot d’ordre clair. L’ignorance et la peur dominent alors même que notre monde ultra rationnel semblait avoir tout expliqué. Est-on si loin que ça de la grande peur que suscitait la peste en Europe au Moyen-âge et sous l’ancien régime ?

Clin d’œil de l’histoire, c’est en 1894, il y a 126 ans qu’Alexandre Yercin réussit à isoler le bacille de la peste, s’étant rendu sur le théâtre d’une épidémie en Chine (encore elle) alors administrée par les Européens. La peste est toutes les superstitions plus on moins religieuses qui y étaient attachées furent balayées, le temps de la science est de la toute-puissance occidentale semblait devoir régner sur le monde jusqu’à la fin des temps. Le coronavirus n’est pas la peste, mais guère préférable et l’ancien colonisateur est atteint au cœur. Certes le monde est aujourd’hui mieux armé scientifiquement pour y faire face, mais son rationalisme absolu sans borne lui a peut-être aussi fait oublier la notion d’espoir, l’acceptation de l’irrationnel, de la non-maîtrise.

On ne prie plus aujourd’hui alors, pour appréhender l’avenir incertain, on écoute les médias qui ne sont qu’une forme modernisée des prêtres d’autrefois.

Le monde a-t-il vraiment changé ?

Édouard

La revanche des Celtes

Je continue à penser que Boris Johnson est un danger public. Bojo le clown sera-t-il toujours là à l’automne ? On est tenté de se poser la question tant les événements se précipitent.

Dernier en date, le jugement d’illégalité de la décision de suspension du parlement par une juridiction écossaise. Pour moi, c’est surtout un cadeau empoisonné des Écossais à la cour de Londres qui va devoir juger en cassation. On voit mal comment la cour pourrait déclarer l’illégalité de la décision sans déjuger la reine qui a donné son aval.

Le Royaume-Uni serait-il en roue libre ? Et je ne parle pas des déboires de la famille royale.

Cela dit, tout le monde crie au scandale pour la suspension du parlement britannique en oubliant le peu d’efficacité dont celui-ci a fait preuve l’hiver dernier. A cette occasion, il est effectivement apparu comme un élément bloquant empêchant toute issue possible au Brexit.

Voter une loi pour demander un report est une intention louable pour éviter un « no deal » que tout le monde annonce désastreux, mais jusqu’à quand va-t-on jouer les prolongations ?

La stratégie du parlement britannique serait-elle de repousser indéfiniment le Brexit ? Ce n’est pas sérieux et c’est se moquer des Britanniques.

Boris Johnson s’est maintenant trop engagé pour pouvoir reculer. Les humiliations ont été tellement fortes et nombreuses depuis 10 jours qu’il n’a plus rien à perdre et s’il ne s’effondre pas, il est fort probable qu’il aille jusqu’au bout.

Mais aller jusqu’au bout, c’est fragiliser le Royaume-Uni dans ses fondements. C’est tout d’abord remettre en cause un système juridique et constitutionnel, c’est remettre en cause le pouvoir de la reine qui a promulgué la loi sur le report du Brexit et par là même le système monarchique dans son ensemble.

Certes, le résultat 48-52 du Brexit aurait sans doute pu être inversé si les politiques avaient été plus honnêtes et sans propagande russe, mais les pro-brexit restent nombreux au Royaume-Uni. Ce qui apparaît, c’est une scission de plus en plus béante de l’opinion publique britannique.

Dans ce chaos prévisible, deux nations peuvent tirer leur épingle du jeu, les vieilles colonies celtes que sont l’Écosse et l’Irlande qui pourront attirer tous les anti Britanniques désireux de garder un lien avec l’Union européenne.

La réunification de l’Irlande est la seule solution permettant un Brexit sans rétablissement de frontière entre les deux irlandes. L’Écosse qui a voté contre le brexit obtiendra elle aussi son indépendance et un nouvel État en marge de l’Union européenne verra le jour, dans lequel l’actuelle monarchie britannique aura sa place…ou pas. Édouard