Un demi siècle à Hollywood

Les pages cornées et jaunies dégagent une légère odeur de cave. Sur la couverture, un vieillard placide, arborant stetson, cigarette, veste à carreaux et bandeau sur l’œil, se détache d’un graphisme très 70’s. Le nom à mâcher du chewing-gum de l’auteur, Raoul Walsh, est inscrit au-dessus de la tête du cow-boy. Le genre de bouquin improbable qu’aurait pu lire un hippie en attendant son avion à Katmandou. Le genre de livre déniché dans une brocante pendant les vacances et qui vous assurera un franc succès cet hiver, lors de l’arbre de Noël organisé entre amis. Bref, un genre qui a vécu.
Le réalisateur américain Raoul Walsh (1873-1980) a lui aussi bien vécu. Je me suis toujours méfié des autobiographies. Là, au moins, on sait tout de suite que ce n’est pas la rigueur qui l’étouffe. Certaines anecdotes relatées au début de l’ouvrage sont tellement invraisemblables qu’on arrête vite de chercher la vérité. Le récit de sa jeunesse de cow-boy se déguste comme un bon album de Lucky-Luke. Ce qui intéresse le réalisateur, c’est le côté spectaculaire des choses, ce qui va plaire au public. Ayant grandi à l’époque du Wild West Show de Buffalo Bill, alors que l’ouest commençait à fabriquer sa propre légende, Walsh restera toute sa vie attaché à ce qu’était le cinéma à ses débuts : un divertissement.
On n’en saura pas beaucoup sur le réalisateur qui reste très factuel et ne fait qu’égrainer un nombre incalculable d’anecdotes. Walsh a connu beaucoup de gens connus dirait Raphaël Mezrahi.
Ce qui est par contre passionnant, c’est tout ce qui concerne l’histoire du cinéma américain au cours de la première moitié du XXe siècle : l’installation des premiers studios à Los Angeles en 1911, la sortie de « naissance d’une nation » de Griffith, premier long métrage de l’histoire du cinéma dans lequel Walsh incarnera l’assassin de Lincoln, l’arrivée du son au milieu des années 20 qui fera entrer le cinéma dans une nouvelle ère.
Il ne dit rien de l’arrivée de la couleur ni de la télévision. Après la Seconde Guerre mondiale, le monde extérieur ne semble plus vraiment l’intéresser, la seule chose qui compte est les déconnages avec ses copains Wayne, Bogart, Gable et Flynn. Très peu de femmes, il parle un peu des actrices dans le cadre des tournages et de celles qui furent les partenaires d’une nuit. Il ne dit presque rien de Mary, sa femme qu’il épousera sur le tard. Walsh reste un cow-boy à l’ancienne, adorateur des amitiés viriles.
En 1973, il décide d’écrire ses mémoires, sans doute pour faire revivre une dernière fois une époque révolue…touchant. Un bon western.
Calman Levy
1976 (réédité en 1994)

Edouard

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Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

Quand un grand écrivain dévoile une facette ignorée de sa vie.
Le jour où il vend son club de jazz, il arrête de fumer et commence à s’entraîner à la course de fond.
Depuis lors, il n’a pas cessé.
À son actif, de nombreux marathons, des triathlons (natation 1500 m, cyclisme 40 km, course à pied 10 km), et même un super-marathon de 100 km. Décourageant pour un sportif du dimanche tel que moi.
« Une grande partie de mes techniques de romancier provient de ce que j’ai appris en courant chaque matin ».
André Clavel a écrit dans l’Express: « L’homme aux semelles de vent qui dévore les mots et le bitume avec la même fringale ». Joliment dit, non?
Une belle méditation sur la vie, par un homme qui finira, j’espère, par remporter un jour le prix Nobel de littérature.
Amitiés hors d’haleine,
Guy.
Haruki Murakami – 10/18 – 220 p.

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Le crépuscule d’une idole

La police de caractère du nom de l’auteur est quatre fois plus grosse que le titre de l’ouvrage. S’il n’y avait pas une photo de Freud sur la couverture, on penserait que l’idole en question est Michel Onfray.
Je ne sais pas qui considère Freud comme une idole. Pas moi en tout cas. Il me rappelle en premier lieu quelques cours animés en terminale : c’est toujours marrant de parler de sexe. Pour tout dire, n’ayant jamais voulu tuer mon père ni coucher avec ma mère, ses théories œdipiennes me semblaient pour le moins fumeuses. Par contre, j’avais été fasciné par l’inconscient et je le suis toujours.
Ce pavé de presque 600 pages est peu digeste, on y trouve de tout : beaucoup de choses intéressantes, mais qui ne m’ont pas bouleversées et des moins intéressantes. S’agissant de Sigmund, je n’ai pas été surpris par la mégalomanie du personnage, gourou mû par l’appât du gain et un besoin inouï de reconnaissance sociale. J’avais entendu parler des dégâts que ses séances avaient pu causer chez certains de ses patients, en particulier chez sa fille Anna. J’avais aussi entendu parler de la falsification de résultats visant à asseoir le caractère scientifique de sa thérapie. C’est pour moi le point le plus passionnant de l’ouvrage, très didactique, où l’auteur s’attache longuement a établir la frontière entre science et philosophie.
Pour ce qui concerne les tâtonnements de Freud, ses échecs, ses essais douteux, je le trouve moins percutant. À ce titre, l’ouvrage manque cruellement de contextualisation. Tous les aliénistes du début du XXe siècle tâtonnaient, le médecin viennois ni plus ni moins qu’un autre. Même chose pour la curabilité. Quels aliénés guérissait-on à la belle époque en dehors de ceux qui n’étaient pas malades ?
Je n’ai pas aimé le ton haineux d’Onfray qui ne passe rien à Freud ni à la psychanalyse. Son acharnement devient ridicule, voire suspect. Serait-il jaloux ?
Je conseillerai à ceux qui auraient l’ouvrage a portée de main, mais qui n’auraient pas envie de s’y plonger de lire au moins la conclusion.
L’écrivain essaie d’expliciter les raisons du succès de la psychanalyse et fait beaucoup de parallèles avec la religion, son autre grand moulin à vent. Il ne combat d’ailleurs pas tant la religion que l’idée simpliste qu’il s’en fait. Passons…chacun ses dadas. Il accuse ensuite la psychanalyse de brouiller les cartes entre l’homme malade et l’homme sain. Serait-il nostalgique des théories des années 30 qui assimilaient les aliénés à des non humains ? Juste après il écrit : « on ne déchire pas le voile des illusions sans encourir la haine des dévots ».
Ce qui manque à la psychanalyse aujourd’hui, c’est un leader susceptible de rassembler tous les courants et d’adapter les intuitions freudiennes aux avancées scientifiques du XXIe siècle. Certains psychanalystes ont sans doute longtemps adoré une idole fossilisée du maître au lieu de regarder le monde changer autour d’eux et c’est sans doute à ceux-là qu’Onfray s’adresse. Mais, ce qu’il convient de combattre, ce n’est pas Freud, c’est l’idolâtrie.
Edouard

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Tolkien et la grande guerre

Déambulant d’un éditeur à l’autre, je me sentais un peu oppressé par cette gigantesque machinerie industrielle que constitue le « Salon du livre ». C’est alors que l’ouvrage m’est apparu au détour d’une allée, mais peut-être est-ce lui qui, m’ayant repéré de loin, m’a fait venir à lui.

Quand le « Seigneur des anneaux » a été publié en 1954, Tolkien avait 62 ans. Son chef-d’œuvre ne marquait donc pas le début d’une carrière, mais était l’aboutissement ultime d’une longue genèse qui prend sa source bien avant l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand.

Avant 1914, l’écrivain crée à Cambridge un petit club d’esthètes avec trois inséparables comparses : le TCBS. Ce qui le passionne, c’est la philologie, la science des langues et des liens qui les unissent, tant est si bien qu’à force de rechercher l’indo-européen des origines, il finira par créer sa propre langue. Pour lui, le développement d’un langage est indissociable d’une mythologie qui lui est attachée. En 1914, les premières briques de son gigantesque projet commencent tout juste à prendre forme par le biais de chants, de gestes, de poèmes. Peu intéressé par les mythologies gréco-romaines, il puise son inspiration dans les grands récits nordiques, notamment finlandais. Et puis, le conflit éclate.

Tolkien n’était pas un Charles Péguy dans l’âme, s’élançant dans le feu ennemi à la première occasion. Non, il était plutôt prudent. Officier des transmissions, il put se tenir un peu à l’écart des no man’s land. Après 5 mois passés dans la Somme en 1916, il fut attaqué par une colonie de poux qui lui inculquèrent la « fièvre des tranchées », l’obligeant à regagner le sol britannique. Il mit beaucoup de temps à se défaire de ce mal qui lui permit de ne pas être exposé à la grippe espagnole qui décima les soldats des deux camps début 1917. Faute de combattants valides, son régiment fût dissout et il resta sur son île jusqu’au 11 novembre 1918.

Ses compagnons d’avant-guerre n’eurent pas tous autant de chance et deux d’entre eux périrent et le TCBS s’éteignit lui aussi tout comme « la communauté de l’anneau » à la fin du premier volet de la saga.

L’impact de la guerre sur l’œuvre n’est pas seulement lié au temps passé sur-le-champ de bataille, mais aussi à l’esprit des années qui ont suivi le conflit, au souvenir de toutes ces vies brisées, de ces machines de mort que furent les gaz et les lances flammes, le souvenir du combat de l’homme contre la machine, la nostalgie d’un temps d’avant-guerre qui ne sera plus. Garth propose de nombreuses pistes faisant le lien avec la trilogie de l’anneau: les fans en trouveront beaucoup d’autres : les tanks pour les oliphants ; l’aviation ennemie pour les montures ailées des nazgûls ; les marais des morts pour les tranchées boueuses remplies de cadavres, le brave poilu pour Sam Gamegie … il est plaisant d’explorer des pistes, d’émettre des hypothèses, de soupeser des probabilités, mais aussi un peu vain, évidemment.

John Garth
Christian Bourgeois éditeur
2014
Edouard

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La servante du Seigneur

 

Je reprends ci-dessous une partie du commentaire du mensuel Lire. Le malheur s’est acharné sur l’auteur: ses deux garçons sont nés lourdement handicapés et ils ont fini par rejoindre les anges. Il s’est séparé de leur mère et s’est brouillé avec elle après la publication de son livre sur eux ‘Où on va, papa?’ Sa compagne Sylvie est décédée d’un cancer. Reste sa fille, la benjamine, son « chef d’œuvre », aujourd’hui quadragénaire, qui s’est si bien occupée de ses frères aînés, qui s’est montrée si compatissante avec son père après la mort de Sylvie. Or Jean-Louis Fournier a  » égaré » cette enfant chérie, voilà une dizaine d’années, depuis qu’elle a rencontré un certain Monseigneur, qui lui a fait rencontrer Jésus; il ne la reconnaît plus depuis qu’elle lui est apparue telle la « servante du Seigneur « . De drôle et charmante, elle est devenue grise et sérieuse. Elle voulait devenir artiste et n’a de cesse désormais d’être une sainte. Elle prône le dénuement et réclame de l’argent. Pourtant l’écrivain ne renonce pas à son sens de l’humour ni à faire son autocritique. Mais la gravité l’emporte à travers cette dernière supplique : « Reviens, avant que je m’en aille ».
Beaucoup de tendresse dans ce livre très maîtrisé.
Dans une lettre posthume à Pierre Desproges, Jean-Louis Fournier avait écrit: « Je n’oublie pas qu’un jour tu as déclaré que si tu n’avais pas été hétérosexuel, tu m’aurais demandé en mariage. Je l’ai échappé belle… Aujourd’hui je serais veuf. »
Comme de nombreux humoristes, Fournier est un tendre dans une peau de vache.
Amitiés ruminantes,
Guy
Jean-Louis Fournier – 155 p. Stock

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Le second souffle

 

Le livre qui inspira le film ‘Intouchables’, fort drôle surtout grâce au sourire éclatant de Omar Sy.
L’auteur,héritier d’une grosse fortune française, est devenu tétraplégique à la suite d’un accident de parapente.
Abdel, un jeune beur de banlieue devient son ‘diable gardien’.
Le film, bourré de scènes ‘à faire’, est de loin plus amusant que le livre.
Le vécu quotidien de la paralysie est un véritable enfer.

La joie de vivre d’Abdel sauve Philippe de la dépression.
Mais on se rend vite compte que le garçon est un véritable psychopathe.
Quant aux talents poétiques de l’auteur, je reste plutôt réservé.

Amitiés dubitative.

Guy

Le cinéma ne m’intéresse pas. Les « amitiés dubitatives » de Guy m’ont incitée à me pencher sur le livre. Après le livre je suis allée voir une interview sur Google et… le film.

Un fil ténu les raccorde. Et… J’ai relu le livre sous un jour nouveau…

Le livre : un ensemble de souvenirs, arrachés à la douleur, nous parlant de sa jeunesse, du « avant » et « après ». Le « après » est surtout après le décès de sa femme adorée plus qu’après sa chute en parapente. C’est là qu’il fait vraiment une dépression et qu’Abdel le sauve. Je me suis autorisée à sauter les délires, les citations et la poésie. Il est très cultivé mais assez « m’as-tu vu ».

Reste une très belle histoire d’amour à la façon d’un homme. C’est-à-dire avec égoïsme et fuite dans les moments trop difficiles d’où l’accident de parapente. Pourtant, il est sincère à sa façon et rend un très bel hommage à Béatrice.

Et puis l’histoire d’un mec qui souffre mais a d’onéreux caprices ne m’a pas très émue. Pas moyen d’éprouver la moindre compassion.

Le reportage : est-ce l’effet de l’image, du langage plus légato, de la réflexion plus murie ? Là, il fait amende honorable de son passé et plonge dans la religion et la philosophie. Difficile à croire.

Le film : plus marrant que le livre, certes. Le plus dur est à peine évoqué.

J’ai souri par moment. Le film ne raconte QUE ses rapports avec Abdel/Kriss et les frasques de ce dernier. Et encore, pas tout ou exagéré. Oui, Abdel était un voyou mais de là à dire qu’il est psychopathe, non !

On sent plus dans le livre le chemin parcouru par les deux hommes pour atteindre une certaine sérénité. J’ai encore préféré le livre…

 Extraits :

 P. 11 – « La souffrance tue la mémoire. »

P. 129 – « Le handicap, la maladie sont fracture et dégradations. [Et la vieillesse, donc !] Dans ces instants où l’on perçoit l’échéance de la vie, l’espérance est un souffle vital qui s’amplifie ; sa juste respiration en est le second souffle. » (??? !!!)

 P. 151 – « Des écrits de Marc Aurèle, j’ai lu : « Donne-moi la force de lutter contre les souffrances que je peux supprimer ; donne-moi la patience de consentir aux souffrances que je ne peux pas changer, et n’oublie de me donner la sagesse de savoir faire la différence. »

La Martine

POZZO DI BORGO Philippe

 Poche, 2012, 254 p.

Philippe Pozzo di Borgo – Poche 252 p.

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Si c’est un homme

Si je devais finir ma vie sur une île déserte et n’en emporter qu’un, ce serait sans aucune hésitation celui-là. Je l’avais lu au lycée. J’avais bien entendu été bouleversé par le récit de la barbarie nazie, par la description de ce processus industriel d’anéantissement conté par un survivant d’Auschwitz, mais aussi par autre chose que je n’avais pas alors bien définie. J’y ai repensé pendant 20 ans, pas tous les jours, mais presque : Fred Vargas dirait que c’était « une mouche dans le casque ». J’ai fini par prendre ma tapette à mouches et me suis replongé dans l’ouvrage.

J’ai cette fois-ci essayé de reléguer au second plan le contexte historique pour faire ressortir la mouche. Une étude sociologique et l’auteur lui-même me sont alors apparus.

Parler d’étude sociologique pour Auschwitz fait un peu froid dans le dos, mais il s’agit des mots de l’écrivain. Ce qui l’intéresse, ce sont les systèmes de défense que mettent en œuvre ses condisciples pour survivre dans cet enfer. Il dit même que ses réactions devraient faire l’objet d’une étude approfondie. Au moment où il finit d’écrire le livre en 47, il ignore qu’un jeune garçon juif qui a réussi à échapper à l’horreur des camps, Boris Cyrulnik, réalisera son souhait quelques décennies plus tard.
Primo Levi catégorise deux populations: d’un côté, les soumis, les faibles (physiquement et/ou moralement), les dociles qui finiront immanquablement dans les chambres à gaz. De l’autre, les puissants, les rusés, les sans morale et sans pitié, ceux qui n’hésitent pas une seule seconde à écraser les autres prisonniers pour assurer leur propre survie. Il y a cependant un point commun entre élus et damnés qu’il évoque un peu plus loin : la déshumanisation. Si la déshumanisation des « damnés » est physique, celle des « élus » est psychologique. Certes les élus vivent toujours en apparence, mais ils n’ont plus rien d’humain.

Comment Primo Levi s’en est-il sorti ? L’écrivain met beaucoup l’accent sur la chance. Une chance inouïe, presque une chance à la Tintin. Et puis, il y a quelques indices étranges qui contrastent avec la rigueur de ses observations. Lorenzo en fait partie, c’est un personnage qui manque incontestablement d’épaisseur, un personnage quasi angélique, le genre de personnage qui semble cacher une autre réalité qu’on n’ose avouer et s’avouer.

A-t-il retrouvé son humanité ? C’est tout le mystère qui plane autour du suicide de l’écrivain en 1987, aujourd’hui contesté par certains. Admettre son suicide, ce serait admettre l’extermination « à retardement » d’un grand humaniste par une implacable machinerie nazie. C’est humain de ne pas vouloir y croire.

Edouard

Si c’est un homme
Primo Levi

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Sept vies en une

 

« J’avais moins de 10 ans lorsque mon frère Antoine, de neuf ans mon aîné, me surprit en train de rédiger un texte qui débutait par la phrase ‘Je suis né le 2 octobre1917 dans une famille modeste’. Il me fallut longtemps pour survivre à la risée générale suscitée par ce texte dans la famille, avec qui mon frère n’avait pas manqué de le partager. »

Dès le prologue, le ton est donné.
Contrairement à son affirmation dans cette première ébauche d’autobiographie, Christian de Duve est né dans une famille de la grande bourgeoisie catholique. Ses parents avaient fui la Belgique pour l’Angleterre pendant la Première Guerre mondiale.
La langue anglaise lui est administrée avec le biberon, ce qui lui sera fort utile pendant sa carrière de grand scientifique.
Sans fausse modestie, il nous parle de ses talents multiples, au point qu’à l’âge des choix, il ne doit qu’au hasard de choisir la médecine. Rapidement, il s’orientera vers la recherche, et il terminera ses études de médecine dans un laboratoire de l’ UCL (université catholique de Louvain). Passionné par la biologie, puis par la biochimie, il se lancera sur la piste de l’origine de la vie. Ses grandes découvertes (lysosomes , peroxysomes, corpuscules intracellulaires porteurs d’une part de notre hérédité), vont le mener au prix Nobel de médecine en 1974. Partageant son temps entre l’université Rockefeller de New York et son laboratoire de Louvain, il a continué ses recherches jusqu’en 1985. Depuis lors, il a écrit plusieurs livres, traquant nos ancêtres monocellulaires, et s’éloignant de plus en plus de la religion de son enfance.

Ce livre m’a passionné. Il ne peut se lire intégralement que par ceux qui possèdent un solide bagage scientifique. Peu importe, les chapitres ‘profanes’ sont suffisamment nombreux pour séduire un public fort large.

Un très grand monsieur nous donne ici une magnifique leçon de vie.
Et je suis fier d’avoir pu, fort modestement, faire partie de ses élèves.

Amitiés reconnaissantes,

Guy
Christian de Duve – 328 p. – Odile Jacob

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En marge

Mes aimables lecteurs connaissent mon affection pour l’ami Jim.
Dans cette autobiographie foisonnante, il raconte son amour de la vie, et surtout de la littérature. Depuis sa plus tendre enfance, il dévore les livres et fait montre d’une culture littéraire inégalée. Marié fort jeune, il vit depuis 40 ans avec Linda, avec qui il a eu deux filles. Cyclothymique, il éprouve le besoin de s’isoler périodiquement dans une nature aussi sauvage que possible. Il a failli se brûler les ailes à Hollywood, où il a produit pendant quelques années des scénarios. Actuellement âgé de 75 ans, il peut se permettre de vivre de sa plume, à son rythme.
Ce livre est un hymne à la lecture, à la joie de vivre, à l’amitié.
Pour ceux qui connaissent ses livres, ils découvriront un écorché vif, loin des clichés de macho qu’il s’amuse à jeter comme de la poudre aux yeux.

Amitiés hédonistes,

Guy.

Jim Harrison – 10/18 – 466 p.

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Un héros

« Toujours est-il que mon grand frère Laurent, promis à un destin magnifique, finira en vagabond des étoiles hirsute et fou.
C’était lui ou moi : ce fut lui.
Ce roman de notre fraternité blessée, je le lui dois. »
Pour en arriver à son frère, nous devons passer par toute la famille, des grands-parents maternels Schneider-Brissac, plus une parente, la comtesse d’Uzès. Ce qui nous vaut un listing de tous les biens et titres dont s’enorgueillit toute la famille.
L’aveu d’une famille collabo et raciste semble très mode.
La mère fausse frondeuse et soi-disant féministe est surtout une bourgeoise, intellectuelle et à côté de la plaque qui ne prend aucune responsabilité. Idem pour le père, Maurice Herzog, le célèbre vainqueur de l’Annapurna (au détriment de ses coéquipiers qui le sauvèrent) et qui fut un court instant ministre. Ce « héros » a passé le reste de sa vie à se vanter et se reposer sur ces quelques lauriers en ne s’occupant que de ses conquêtes féminines. Rapidement divorcé, lui, non plus, ne s’occupait pas de ses gosses. Le frère et la sœur ont donc grandi sous la houlette de nounous qui capitulaient assez vite et changeaient souvent. Études dans des lycées privés et catholiques, beaucoup de sport et grande concurrence entre eux. Le frère, fêlé de naissance, battait sa sœur qui avait souvent besoin d’aller à l’hôpital pour se faire recoudre.
Pourtant, Melle Herzog est fascinée par son frère au point de se calquer sur lui et de le dépasser dans les études. Elle est aussi fascinée par toute cette famille qu’elle critique, mais dont elle suit le modèle tout en le réfutant.
Vous me suivez toujours ? Non ! Je vous comprends.
Ce livre n’est qu’une valse hésitation sans aucun intérêt historique, voire psychologique (ce pour quoi je l’avais pris, induite en erreur par la 4e de couverture.) Beaucoup de mots et de métaphores compliqués pour rien.

La Martine dépitée

HERZOG Félicité
Grasset, 2012, 302 p.

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