Histoire de ma mère

« Histoire de ma mère est le récit minutieux et poignant des dernières années d’une femme qui sombre dans la sénilité, sous le regard impuissant et consterné de sa famille. Une vie se défait doucement au fil de quelques années. D’abord les souvenirs s’enfuient, la mémoire récente s’efface, puis l’infantilisme vient, la perception du monde extérieur disparaît.
C’est une histoire éternelle, vieille comme le monde, et plus actuelle que jamais dans notre univers étroit qui ne sait plus donner une place à ses anciens.
Composé de trois textes poétiquement intitulés « Sous les fleurs », « Clair de lune » et « Visage de neige », voici sans doute, dans sa brièveté et sa retenue, le livre le plus déchirant de Yasushi Inoué. »
Une fois de plus, j’ai pu admirer la délicatesse, la finesse, la précision du détail, le respect de l’autre sans tomber dans l’extase du souvenir ou pleurer le passé. C’est sans pitié qu’ Inoué nous raconte cette fin. La mère préférait être chez ses filles, mais ses fils et ses petits enfants allaient la voir très souvent et s’en occupaient quelques semaines pour soulager la sœur de « service ».
Les mots « Alzheimer » et « maison spécialisée » ne sont jamais dits, voire évoqués. Pour eux, il était exclu de confier la mère à des étrangers. Ils se posaient des questions, observaient les réactions de la mère, en discutaient entre eux sans jamais se disputer alors que leurs opinions divergeaient. Ce que j’ai grandement apprécié. Et pourtant il y avait des moments tendus, angoissants.
Inoué donne toujours plusieurs options, mais ne dit jamais laquelle est la meilleure. Pour l’instant, c’est le seul auteur qui me fasse voir les différentes situations dans la vie avec sérénité.
Martine
INOUÉ Yasushi
Stock, 2004 (1977), 200 p.
Traduction : René de Ceccatty et Ryôji Nakamura

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Noé

Que d’eau, que d’eau !

On ne présente plus ce mythe qui n’est certes pas antédiluvien, mais qui a tout de même du kilométrage : une histoire piquée par les Hébreux aux Mésopotamiens qui, eux-mêmes la tenaient de…on parle de l’ouverture du Bosphore, de la fin de l’âge de glace, pas facile à dater avec précision, mais très vieux en tout cas.

Bien sûr, l’adaptation biblique est libre, mais c’est le propre des mythes d’être triturés et digérés par les sociétés qui font le choix de les adopter. Ceci dit, il y a une certaine fidélité au récit originel, on ne massacre pas comme ça un récit véhiculé depuis 5000 ans. Le réalisateur met ici l’accent sur quelques détails bibliques un peu oubliés. Ainsi, Noé n’était effectivement pas un descendant de Caïn, mais de Seth, un rejeton d’Adam et Ève dont on ne parle pas souvent, moins impulsif que son aîné. Ca semble nous sauter aux yeux que les descendants de Seth sont plus zen que ceux de Caïn et Russel Crowe, qui incarne le patriarche, a bien un faux air de Charles Ingalls dans la première partie. Heureusement, à tout bien regarder, et c’est ce qui donne un peu d’épaisseur au film, il apparaît plus nuancé, indécis, souvent les yeux levés vers le ciel pour y recueillir un signe du tout puissant ou ce qu’il interprète comme tel. Violent, impitoyable, frisant la folie, obsédé par « son devoir », il finit par boire pour noyer les doutes qui l’assaillent et on le retrouve nu, ivre mort sur le rivage : une anecdote biblique authentique que le réalisateur reporte fidèlement, mais qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe dans son scénario.

Autre détail biblique: les Nephilim. Nulle part, il n’est écrit qu’ils aient construit l’arche, mais pourquoi pas. La genèse est plus que laconique sur ces « géants » qui auraient existé avant le déluge. Ces Anges déchus pétrifiés empruntent ici beaucoup à l’univers Tolkieno-Jacksonien. Physiquement, ils sont un mélange entre les Ents, les arbres géants des « deux tours » et les montagnes vivantes du premier volet du hobbit : « un voyage inattendu ». Psychologiquement, les Nephilim font penser à l’armée des spectres du « retour du roi ».

Donc, une relative fidélité au récit biblique des effets spéciaux qui rendent en particulier possible l’arrivée en masse des espèces animales dans l’arche, des combats au milieu de paysages désolés et grandioses qui font penser à Mad Max : la magie opère et la présence d’Emma Watson, l’Hermione d’Harry Potter, y est peut être pour quelque chose.

Bon d’accord, c’est une belle histoire, mais est-ce suffisant pour expliquer sa longévité? Ce qui assure la pérennité d’un mythe, c’est aussi sa capacité à s’adapter aux attentes des contemporains, à les toucher à travers le temps et l’espace. Pour parler du monde d’après le déluge, Noé utilise à plusieurs reprises l’expression « Nouveau Monde ». On pense bien entendu à l’Amérique d’après-guerre, s’érigeant au-dessus des cendres de l’Europe. Mais les hommes du « Nouveau Monde » restent cependant des hommes, capables du meilleur comme du pire. Noé, c’est aussi l’histoire d’un petit groupe d’élus qui, après un long cheminement, finit par accepter sa condition humaine. Une approche intéressante du récit biblique.

Edouard

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Robe de marié

Sophie, jeune femme heureuse et équilibrée, perd peu à peu pied. Les trous de mémoire et les actes manqués s’accumulent. Quand elle se trouve impliquée dans plusieurs meurtres, elle change de vie et d’identité. Mais ce ne sera pas suffisant.
Un thriller plutôt réussi, quoique longuet par moments.
Le méchant sera puni, Sophie se retrouve au milieu d’un champ de ruines.
Le même auteur a trouvé son inspiration dans la guerre de 1914 pour forcer le prix Goncourt. Je ne le lirai que sous la menace.
Amitiés haut les mains,
Guy (11/04/2014)

L’histoire est en plusieurs parties. Partie 1 : Sophie.
Elle a une petite trentaine, perd la mémoire, des affaires et a de bizarres pertes de connaissance. En filigrane nous apprenons qu’elle a été mariée à Vincent qui, après un accident de voiture s’est retrouvé sur un fauteuil roulant et peu de temps après se serait suicidé. Sophie se croit folle. Elle fait tout pour mener une vie normale, mais différente d’avant. Pour l’instant elle est la nurse du petit Léo. Après avoir passé la nuit chez ses patrons justement à cause d’un malaise, elle retrouve Léo étranglé avec les lacets de ses chaussures de sport. Elle ne comprend pas et fuit. Elle est invitée par une dame connue à la gare. Elles déjeunent et vlan ! Sophie nous refait le coup du malaise et elle se réveille avec une morte à côté et un couteau sanglant dans la main. Son histoire n’est que fuites, petits boulots non déclarés et meurtres dont elle ne comprend rien. Moi, non plus. Je commençais à m’ennuyer, perdre les pédales et trouver tout cela bien banal quand survient un autre chapitre, une autre histoire. En fait la même, mais racontée autrement par Franz. Et là, Eureka ! Tout s’explique, tout devient diabolique, palpitant, angoissant. Je n’ai plus lâché le livre jusqu’à la fin.
Je ne vous raconte pas : « Franz et Sophie »…
1. Lemaitre serait-il un schizophrène génial ?
Et tout ça à cause de son prix Goncourt qui n’arrive pas à me convaincre.
Puisqu’il « excelle » dans le polar, j’ai voulu commencer par là.
La Guerre de 14-18 est pour moi un sujet sérieux. Je doute que M. Lemaitre arrive à dépasser « La chambre des officiers » de Marc Dugain.
J’ai lu une ligne de critique qui m’a fait réfléchir sur son Goncourt :
« L’auteur utilise la dynamique des compétences testées dans le roman noir pour développer des narrations à tiroirs et à suspense. »
… ???
La Martine médusée (24/12/2013)
LEMAITRE Pierre Calman-Lévy, 2010, 271 p.

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L’heure trouble

« À l’heure trouble (crépuscule), un enfant disparaît sans laisser de trace dans les brouillards d’une petite île de la Baltique. Vingt ans plus tard, une de ses chaussures est mystérieusement adressée à son grand-père. Qui a intérêt à relancer l’affaire ? Pourquoi toutes les pistes mènent-elles à un criminel mort il y a longtemps ?
Dans une oppressante (bof !) atmosphère de huis clos, une étrange histoire de deuil, d’oubli et de pardon, hantée par les ombres du passé. »
Un polar qui se laisse très bien lire. Rien d’exceptionnel, mais une enquête qui se tient. Des liens familiaux qui se renforcent. Un papi étonnamment téméraire malgré ses rhumatismes. Une mère qui avait besoin que l’on remue tout ça pour faire son deuil. Un dénouement surprenant d’autant plus que c’est la deuxième fois que je le lis et que je ne me rappelais plus la fin. Certains passages me disaient bien quelque chose, mais il y a tellement de copier/coller dans les livres qu’ils finissent tous par se ressembler.
J’avais lu ce livre en juillet 2011. Merci Alzheimer !
L’auteur semble amoureux de l’île d’Öland. C’est le deuxième livre que je lis de lui et chaque fois l’action se passe dans des îles aux noms inventés.
La Martine troublée.
THEORIN Johan Albin Michel, 2009 (2007), 422 p.

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Tolkien et la grande guerre

Déambulant d’un éditeur à l’autre, je me sentais un peu oppressé par cette gigantesque machinerie industrielle que constitue le « Salon du livre ». C’est alors que l’ouvrage m’est apparu au détour d’une allée, mais peut-être est-ce lui qui, m’ayant repéré de loin, m’a fait venir à lui.

Quand le « Seigneur des anneaux » a été publié en 1954, Tolkien avait 62 ans. Son chef-d’œuvre ne marquait donc pas le début d’une carrière, mais était l’aboutissement ultime d’une longue genèse qui prend sa source bien avant l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand.

Avant 1914, l’écrivain crée à Cambridge un petit club d’esthètes avec trois inséparables comparses : le TCBS. Ce qui le passionne, c’est la philologie, la science des langues et des liens qui les unissent, tant est si bien qu’à force de rechercher l’indo-européen des origines, il finira par créer sa propre langue. Pour lui, le développement d’un langage est indissociable d’une mythologie qui lui est attachée. En 1914, les premières briques de son gigantesque projet commencent tout juste à prendre forme par le biais de chants, de gestes, de poèmes. Peu intéressé par les mythologies gréco-romaines, il puise son inspiration dans les grands récits nordiques, notamment finlandais. Et puis, le conflit éclate.

Tolkien n’était pas un Charles Péguy dans l’âme, s’élançant dans le feu ennemi à la première occasion. Non, il était plutôt prudent. Officier des transmissions, il put se tenir un peu à l’écart des no man’s land. Après 5 mois passés dans la Somme en 1916, il fut attaqué par une colonie de poux qui lui inculquèrent la « fièvre des tranchées », l’obligeant à regagner le sol britannique. Il mit beaucoup de temps à se défaire de ce mal qui lui permit de ne pas être exposé à la grippe espagnole qui décima les soldats des deux camps début 1917. Faute de combattants valides, son régiment fût dissout et il resta sur son île jusqu’au 11 novembre 1918.

Ses compagnons d’avant-guerre n’eurent pas tous autant de chance et deux d’entre eux périrent et le TCBS s’éteignit lui aussi tout comme « la communauté de l’anneau » à la fin du premier volet de la saga.

L’impact de la guerre sur l’œuvre n’est pas seulement lié au temps passé sur-le-champ de bataille, mais aussi à l’esprit des années qui ont suivi le conflit, au souvenir de toutes ces vies brisées, de ces machines de mort que furent les gaz et les lances flammes, le souvenir du combat de l’homme contre la machine, la nostalgie d’un temps d’avant-guerre qui ne sera plus. Garth propose de nombreuses pistes faisant le lien avec la trilogie de l’anneau: les fans en trouveront beaucoup d’autres : les tanks pour les oliphants ; l’aviation ennemie pour les montures ailées des nazgûls ; les marais des morts pour les tranchées boueuses remplies de cadavres, le brave poilu pour Sam Gamegie … il est plaisant d’explorer des pistes, d’émettre des hypothèses, de soupeser des probabilités, mais aussi un peu vain, évidemment.

John Garth
Christian Bourgeois éditeur
2014
Edouard

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Kennedy et moi

Hier, j’ai acheté un revolver. Cela me ressemble bien peu. Les deux premières phrases donnent le ton de ce court roman qui m’a enchanté, dans tous les sens.
Le narrateur, Samuel Polaris, est écrivain. Il a écrit une dizaine de romans, qui lui ont permis de nourrir sa petite famille: Anne, sa femme, sa fille Sandra et les jumeaux adolescents, interchangeables au point de ne pas pouvoir les reconnaître l’un de l’autre.
Quelque chose ne tourne pas rond dans cette famille.
Samuel n’a plus écrit une ligne depuis des années. Anna s’envoie en l’air avec un oto-rhino dans la clinique où elle travaille comme orthophoniste. La petite peste de Sandra ne pense qu’à gagner un maximum de pognon en devenant dentiste, et les jumeaux vivent dans un monde virtuel inaccessible aux autres.
Le jour où Samuel agresse son dentiste en le mordant jusqu’ au sang (une scène d’anthologie), tout déraille.
Et Kennedy? Eh bien la montre que portait le président assassiné le jour de sa mort est devenue la propriété du psy qui tente de comprendre Samuel; et Samuel caresse l’idée fixe de lui dérober cette montre.
Ce roman date de 1996. On y trouve déjà la patte de J.P. Dubois: le cynisme, le rejet de l’hypocrisie, un humour noir déjanté, un pessimisme et une joie de vivre (non, ce n’est pas incompatible) uniques dans le genre.
Il possède l’art de pousser là où cela fait mal (comme sur la dent mal soignée de l’histoire).
Certains le comparent à l’Américain Carver.
Amitiés odontologiques,
Guy.
Jean-Paul Dubois – Points – 203 p.

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Hiver

483 pages de poncifs du polar. Nous avons tous les éléments d’un polar médiocre, sans imagination avec, m’a-t-il semblé, des copier/coller d’autres polars. Après une canicule torride à 30° dans un précédent roman, nous voilà avec l’hiver le plus froid que la Suède ait connu. Pas étonnant que la flicquette, Malin Fors, délire, entende des voix et fasse des rêves atroces et prémonitoires. À mon avis ses délires sont dus, surtout, à l’alcool auquel elle ne sait pas résister. Avec ce froid polaire, faut la comprendre. Et puis il y a la voix du tueur et celle du trucidé qui se confondent, se mêlent au récit. Plus, plein de personnages qui se greffent au fur et à mesure de l’inaction. Pauvres flics congelés qui pataugent dans la glace !
En résumé : un obèse (150 kg) est retrouvé pendu à un arbre. Non seulement il est tout nu, mais défiguré et son gras est largement découpé.
Passage obligé par : « Qui est-il ? » – « Pourquoi ? » – « Comment ? » – « Quel est le monstre qui a fait ça ? »
L’auteur nous égare sur quelques fausses pistes ; normal ! Finalement il n’y avait pas tant de personnages que ça puisque la famille est élargie aux demi-frères et demi-sœurs. En fait, une banale histoire de famille « tuyau de poêle » qui s’entretue… C’est encore la faute de la mère !
Le tout conté avec trémolos de bons sentiments et Lyrico Spinto.
Là, oui, l’auteur prend ses lecteurs pour des débiles. Il n’y a même pas le second degré pour pouvoir en rire.
La Martine très « moui, bof ! »
KALLENTOFT Mons
Serpent Noir, 2009 (2007), 483 p.

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Thérapie

Lawrence Passmore est scénariste d’un feuilleton à la BBC. Ses revenus dépassent largement la moyenne nationale. Pourtant, il se plaint de douleurs au genou. Toutes les thérapies se montrent inefficaces, des plus traditionnelles aux plus farfelues. Comble de malheur, sa femme le quitte. Il se lance dans une série d’aventures se terminant inévitablement par un flop. Il cherche à se consoler dans la lecture de Kierkegaard, au point de faire se dresser les cheveux sur la tête du lecteur. En fin de livre, il se mettra à la recherche de son amour de jeunesse, Maureen. Ce qui mènera à un étonnant pèlerinage à Compostelle.
Une belle description de la névrose, probablement en partie autobiographique.
Ce névrosé-ci est un emmerdeur, et on ne comprend que trop bien ceux qui l’envoient paître.
David Lodge est catholique et anglais, ce qui est déjà un bon terreau pour les comportements névrotiques.
Et le lecteur se marre, attitude fort peu catholique, vous en conviendrez.
Ce très bon roman date de 1995. Il n’a pas vieilli, contrairement à l’auteur.
David Lodge parle de ses misères dans un livre plus récent « La vie en sourdine » où il est dur de la feuille.
S’il continue dans la même veine, je crains pour la suite, qui pourrait se passer en maison de retraite.
Amitiés ite missa est,
Guy.
David Lodge – Rivages 498 p.

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Home

« Frank Money est Noir, brisé par la guerre de Corée, en proie à une rage folle. Il doit retrouver à Atlanta sa jeune sœur Cee, gravement malade, afin de la ramener dans la ville de leur enfance en Géorgie « le pire endroit du monde ». S’engage pour lui un périple dans l’Amérique ségrégationniste des années 1950 où dansent toutes sortes de démons. Avant de trouver, peut-être, l’apaisement. Parabole épurée, violemment poétique, Home conte avec une grâce authentique la mémoire marquée au fer d’un peuple et l’épiphanie d’un homme. »
Je n’ai rien trouvé de tout ça. Un livre de plus sur la ségrégation, mais la parabole est trop épurée par rapport à la « rage folle » de Frank qui nous raconte l’histoire, passant du passé au présent avec des petites notes pour le lecteur. La poésie, où est-elle ? Je n’en ai vu qu’au début et à la fin, mais tellement absurde que je l’ai survolée négligemment. Quant à la grâce authentique, ce n’est pas le terme que je donnerais au style plutôt surréaliste et elliptique du récit. Pas étonnant que Mme Morrison ait eu le Prix Pulitzer et Nobel. Son livre n’engage à rien. Ce n’est qu’une ébauche de la ségrégation et le retour des soldats de Corée. Des sujets trop tristes à développer, sûrement. Il paraît que c’est le style de la dame.
Bref ! Je n’ai pas aimé. Trop noir, trop triste, trop négatif, trop décousu surtout. Sur le sujet, j’ai préféré « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ». Je n’ai pas compris le but de ce livre ni ce que cherchait à nous dire l’auteur.
Il fallait sûrement lire entre les lignes et non en diagonale.
Je note la Rédemption finale. Enfin, si j’ai bien compris.
La Martine qui replonge dans un autre Inoué pour se remonter le moral.
MORRISON Toni 10/18, 2012, 142 p.

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Lyon

Des visiteurs de ce blog, en voyant une rubrique Paris et une rubrique Europe, pourraient se demander où je situe la France ou en conclure qu’en bon parisien, je ne considère que tout ce qui est français et hors Paris n’est pas digne d’intérêt. Il n’en est rien, si j’habite Paris depuis plus de 10 ans et si j’aime beaucoup la capitale, il m’arrive aussi de me rendre dans d’autres villes de l’hexagone. L’objet de ce billet est donc de rectifier le tir et d’inaugurer la rubrique « France ».

De mon premier passage à Lyon il y a une quinzaine d’années, je n’ai plus qu’un très vague souvenir : la devanture d’une boutique de tatouage non loin du métro Croix-Paquet, dans le quartier de la Croix-Rousse, le long d’une montée immortalisée par Tardi dans son adaptation du polar de Leo Malet « 120 rue de la gare ».

De mon second passage à Lyon il y a environ 8 ans, je me souviens des vélos, des traboules et des ponts enjambant alternativement la Saône et le Rhône. J’ai aussi gardé de ce second passage une impression de richesse et d’opulence, quelque chose de très bourgeois, un sentiment vaguement chabrolien.

Ce sentiment m’a poursuivi jusqu’à mon dernier passage qui a été l’occasion d’y voir un peu plus clair. J’ai un peu lu sur Lyon : Sainte-Blandine, les canuts, les sociétés secrètes, les frères Lumière…histoire de ne pas arriver la tête vide.

Ce qui m’aura marqué, cette fois-ci, c’est la basilique Notre-Dame de Fourvière et l’institut Lumière. Quel rapport entre les créateurs du cinématographe et cet énorme édifice néo-byzantin qui surplombe la ville comme une excroissance graisseuse et que certains comparent à un éléphant allongé sur le dos ? L’époque bien sûre, une même époque qui a changé la face de la société : la révolution industrielle.

Érigée entre 1872 et 1896, en plein délire germanophobe, la construction témoigne de la prospérité de la ville à l’époque. A noter aussi que la gigantesque statue de la place des Terreaux, commandée initialement par Bordeaux a finalement été achetée par Lyon en 1892, les bordelais n’ayant pas réussi à réunir les fonds nécessaires à son acquisition.

La révolution industrielle, c’est aussi la révolution des esprits. Avec la photographie, la représentation visuelle n’est plus l’apanage des artistes et se popularise. Sur l’emplacement de l’institut lumière, fleurissaient alors les usines Lumière qui produisaient des plaques photographiques vierges à usage domestique. Ne subsiste que la grande maison très art nouveau dans laquelle vivaient les patrons et où est né le cinématographe, inspiré du kinétoscope d’Edison et du théâtre optique de Reynaud.

Le XIXe à Lyon, ce sera enfin les révoltes des canuts et la naissance d’une identité ouvrière qui inspirera les premiers penseurs du communisme. Je n’ai pas eu le temps…la prochaine fois, je retournerai à la Croix-Rousse pour pister les canuts.

Edouard

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