Les voisins d’en face

« Annie a tout pour être heureuse ; un métier agréable, un mari aimant, un adorable petit garçon et un beau bébé. Jusqu’au jour où de nouveaux voisins emménagent dans la belle demeure en face de chez elle.
David, obstétricien de renom et sa charmante épouse Lesley, maman d’une petite fille, vont bientôt, à leur insu, ne plus avoir de secrets pour Annie. Celle-ci découvre par hasard que, en réglant la fréquence de son écoute-bébé, elle peut entendre tout ce qui se passe chez ses voisins.
Ce qui n’est au départ que simple curiosité devient vite une drogue d’autant plus que les conversations de David n’ont rien de banal. »
« Roman au suspense haletant qui nous plonge, en compagnie d’une héroïne intrépide, au coeur d’un univers cruel et angoissant. »
D’accord pour le suspense puisque je suis allée jusqu’au bout, mais pas vraiment haletant.
L’héroïne intrépide est surtout une mémère people, trop curieuse qui aime bien se mêler de ce qui ne la regarde pas et qui a une imagination délirante d’où son sens de la culpabilité exacerbé et ses hésitations à aller plus loin. À quoi bon toutes ses moralisations puisque nous savons qu’elle choisira ce qui n’est pas « bien » (à son avis), mais permet au livre d’avancer.
Petit à petit nous découvrons les travers de David et ses trafics qui eux, manquent totalement de remords. Lui, c’est le côté cruel de l’histoire.
Les personnages sont un peu caricaturaux et attendus. Mais, bof !
Très bien le coup de la télé dans la salle de bains.
Très lisible pour les vacances !
La Martine qui a des voisins beaucoup plus calmes (que des vieux tout sage)…
SORREL Ames
Serena, 2006 (1988), 319 p.

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Si c’est un homme

Si je devais finir ma vie sur une île déserte et n’en emporter qu’un, ce serait sans aucune hésitation celui-là. Je l’avais lu au lycée. J’avais bien entendu été bouleversé par le récit de la barbarie nazie, par la description de ce processus industriel d’anéantissement conté par un survivant d’Auschwitz, mais aussi par autre chose que je n’avais pas alors bien définie. J’y ai repensé pendant 20 ans, pas tous les jours, mais presque : Fred Vargas dirait que c’était « une mouche dans le casque ». J’ai fini par prendre ma tapette à mouches et me suis replongé dans l’ouvrage.

J’ai cette fois-ci essayé de reléguer au second plan le contexte historique pour faire ressortir la mouche. Une étude sociologique et l’auteur lui-même me sont alors apparus.

Parler d’étude sociologique pour Auschwitz fait un peu froid dans le dos, mais il s’agit des mots de l’écrivain. Ce qui l’intéresse, ce sont les systèmes de défense que mettent en œuvre ses condisciples pour survivre dans cet enfer. Il dit même que ses réactions devraient faire l’objet d’une étude approfondie. Au moment où il finit d’écrire le livre en 47, il ignore qu’un jeune garçon juif qui a réussi à échapper à l’horreur des camps, Boris Cyrulnik, réalisera son souhait quelques décennies plus tard.
Primo Levi catégorise deux populations: d’un côté, les soumis, les faibles (physiquement et/ou moralement), les dociles qui finiront immanquablement dans les chambres à gaz. De l’autre, les puissants, les rusés, les sans morale et sans pitié, ceux qui n’hésitent pas une seule seconde à écraser les autres prisonniers pour assurer leur propre survie. Il y a cependant un point commun entre élus et damnés qu’il évoque un peu plus loin : la déshumanisation. Si la déshumanisation des « damnés » est physique, celle des « élus » est psychologique. Certes les élus vivent toujours en apparence, mais ils n’ont plus rien d’humain.

Comment Primo Levi s’en est-il sorti ? L’écrivain met beaucoup l’accent sur la chance. Une chance inouïe, presque une chance à la Tintin. Et puis, il y a quelques indices étranges qui contrastent avec la rigueur de ses observations. Lorenzo en fait partie, c’est un personnage qui manque incontestablement d’épaisseur, un personnage quasi angélique, le genre de personnage qui semble cacher une autre réalité qu’on n’ose avouer et s’avouer.

A-t-il retrouvé son humanité ? C’est tout le mystère qui plane autour du suicide de l’écrivain en 1987, aujourd’hui contesté par certains. Admettre son suicide, ce serait admettre l’extermination « à retardement » d’un grand humaniste par une implacable machinerie nazie. C’est humain de ne pas vouloir y croire.

Edouard

Si c’est un homme
Primo Levi

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Roy Lichtenstein

À Beaubourg jusqu’au 4 novembre. Bon plan pour les Parisiens qui bossent au mois de juillet et/ou août et qui veulent éviter les queues et la chaleur, l’expo est ouverte tous les jours sauf le mardi jusqu’à 21h.

Longtemps, je n’ai pas eu conscience que Roy Lichtenstein pouvait exister et qu’une figure pouvait surnager de ce flot de couleurs acidulées et de personnages hyperexpressifs surgis de l’univers des comics américains des années 60.
Et puis, je me suis rendu compte que certaines images revenaient plus que d’autres, des images qui s’étaient échappées des griffes des Marvel et autre Strange pour dire autre chose, des images qui permettront à l’époque aux situationnistes de dénoncer la société de consommation, des images qui deviendront des archétypes du Pop-Art.

On ne peut pas limiter Roy Lichtenstein à ses jeunes femmes blondes au physique aseptisé, tout comme on ne peut limiter Andy Warhol à Einstein tirant la langue ou Piet Mondrian aux pubs de Loréal.

À notre décharge, on ne peut pas dire qu’ils s’échinent beaucoup à se distinguer du vulgum.
Évidemment se sont des pops-artistes dont l’objectif est de brouiller les frontières entre le «commun» et l’ «artistique», comme autant de profanateurs de nos vieux schémas simples.

Derrière le pop-art et en particulier derrière l’œuvre de Lichtenstein, se cache une théorie de qui pose la question du positionnement de l’art dans la société. L’expo est à ce titre très didactique, on suit les différentes étapes du mûrissement de la théorie de Lichtenstein et des différentes formes qu’il lui donne.

Lichtenstein, lui aussi transforme le commun, j’ai été à ce titre troublé par ces sculptures de tasse à café décorées qui ont la taille de tasses a café, mais qui, pour une raison que je ne sais pas l’expliquer ressemblent plus à des sculptures qu’à des tasses. Le mot « pop » prend avec lui un autre sens que « populaire », celui d’éclosion, d’instantané comme dans « pop-up » ou dans « pop-corn », comme un bouchon de liège qui s’échappe d’une bouteille de champagne. Ce n’est pas un hasard si l’artiste aimait peindre des explosions et magnifiait les coups de pinceau.

Après avoir tirés le populaire vers l’artistique, Lichtenstein tire l’artistique vers le populaire en revisitant tous les classiques : Monet, Cézanne, Picasso, Fernand Léger, Matisse, Brancusi, Mondrian… Difficile de ne pas être insensible à sa reprise de la cathédrale de Rouen de Monet. Ca marque de fabrique, ses grisés avec ses petits points qui renforcent cette impression de relief que l’on retrouve dans toutes ses œuvres.

Ses petits points, qui prennent toute leur force dans son impressionnante série sur les « miroirs », finissent par occuper toute la toile à la fin de sa vie (1997) quand il revisite les paysages zen chinois.
Edouard

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La faille souterraine

La série d’enquêtes du commissaire Wallander a séduit de nombreux lecteurs
Pour l’auteur, sa série est ‘le roman de l’inquiétude suédoise’.
Après le dernier épisode, l’auteur s’est amusé à imaginer les premiers pas de Wallander dans la police.
En six histoires, il schématise son personnage, avec déjà ses qualités et ses défauts.
Un travail d’archéologue sur un personnage fictif, un beau travail de mémoire. Amitiés Scandinaves,
Guy.

Henning Mankell – Seuil

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Les accusées

Été 1914, Rose et son mari rejoignent les USA à bord de l’Impératrice Alexandra, un paquebot transatlantique, lorsqu’une explosion détruit le bateau. Rose fait partie des 39 passagers d’une chaloupe mise à la mer.
C’est sous forme de journal qu’elle nous raconte son voyage de 21 jours avant d’être sauvée et jugée pour le meurtre de Mr.Hardie, le marin chargé de la chaloupe trop chargée.
21 jours de faim, de soif, de doutes, de questions, de rivalités, d’égoïsme sous couvert de générosité, à la limite de la folie.
« Sublime et dérangeant, «les Accusées » exploite les limites de la morale humaine. »
Plus dérangeant que sublime et c’est ce qui m’a intéressée. Les personnages sont très bien étudiés et décrits. L’histoire est haletante.
Jusqu’où peut aller l’instinct de survie ? De quoi serions-nous capables dans un cas similaire ? Quel personnage est le plus irréprochable ?
Sublime parce que dérangeant ?
En tout cas, lu d’une traite. Une bonne lecture d’été ; vous ne verrez plus la mer de la même couleur.
La Martine
ROGAN Charlotte
Fleuve Noir, 2012, 261 p.

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Salade Pomme-Soja

 

Pour lutter contre la chaleur, créez des salades.
Pour 4 personnes :
– Quatre belles tranches de saumon fumé. Vous pouvez essayer avec du blanc de poulet, ça doit être pas mal aussi, peut-être mieux. Avec du jambon ? Mouais… j’le sens moins. Avec des dés de fromage ? Ah non, forbidden !!
– Trois ou quatre petites boîtes de pousses de soja. Moi j’ai des boîtes de 200g mais y a pas mal de flotte à l’intérieur.
– Deux pommes. Faite pas comme moi, ne choisissez pas des grosses pommes farineuses sans goût et qui se délitent quand on les coupes en morceaux. J’avoue qu’en « pommes », je ne suis pas très fort. Si vous avez un ouvrage à me conseiller, je suis preneur.
– Deux citrons. Ah, ça c’est l’ingrédient roi qui va te réveiller les pousses de soja qui agonisaient dans leurs boîtes et même un peu raffermir les morceaux de pomme.
– Un filet d’huile d’olive, juste pour donner une petite touche méditerranéenne.
– Un filet de vinaigre de cidre : ben oui, tant qu’à être dans la pomme…
– Sel (et poivre aussi, si vous voulez).
– Coriandre. Bon, j’vous préviens, moi je n’en ai pas mis parce qu’hier soir, je n’avais pas de coriandre chez moi. Mais là, tout de suite, en écrivant, j’me dis que ça doit être sympa avec de la coriandre qui devrait avantageusement relever la touche asiatique des pousses de soja. Maintenant, y a des gens qui n’aiment pas la coriandre… Si vous ne connaissez pas, essayez, ce serait con de mourir sans connaître ce goût. D’ailleurs, je vous invite tous à aller regarder l’article de Wikipédia qui est très intéressant.
Bon, vous avez tous les ingrédients. A vos marques ! Prêt ! Partez ! Dans un saladier, mélangez les pousses de soja, le saumon coupé en morceaux, les pommes en dés, le jus des citrons et tout le reste. Mélangez, mettez tout ça au frigo une demi-heure avant de déguster tout en buvant un jus de fruit, voire une Tsingtao. C’est trop bon et efficace pour combattre la chaleur, plus efficace qu’un roman policier islandais en tout cas. J’vous dis ça parce que je viens de terminer « la muraille de lave » d’Arnaldur Indridason. Mouais, ça vaut pas une Pomme-Soja. Je ne pense pas que je vais faire de critique, j’ai trop de hamacs dans la tête.
Bon appétit
Edouard

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Un mensonge presque parfait

 

Une très amusante histoire d’arnaque se passant dans le milieu psychojudiciaire américain.
David Remler, psychothérapeute avec pignon sur rue à Manhattan, reçoit une nouvelle et ravissante patiente, prénommée Samantha.
Elle lui confie ses difficultés conjugales, et laisse entendre qu’elle pourrait bien assassiner son mari.
David est veuf depuis trois ans, et le charme de la demoiselle ne le laisse pas indifférent.
Une nuit, elle lui téléphone pour lui annoncer qu’elle est passée à l’acte.
Il se précipite, dans la maison sans vie et y trouve le cadavre d’un homme lardé de coups de couteau.
Pas de Samantha à l’horizon, mais deux flics qui s’empressent de l’embarquer.
Deux inspecteurs, de style Dupont et Dupond vont cuisiner notre psy ahuri, qui ne manquera pas d’accumuler les faux pas, faisant de lui un coupable très plausible.
Ses démêlés avec la justice américaine rappellent un peu ceux d’un politicien français qui fit l’actualité il y a un peu plus d’un an.
Tout cela est bien ficelé, et le lecteur en a pour son argent.
Une bonne lecture de vacances, pour ne pas se prendre la tête.

Amitiés garde à vue,

Guy (20/07/2013)

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Ah ! Celui-là, oui !!!
Comme quoi, inutile de tartiner les murs et les pages de sang et de tripes pour faire le malin. Il suffit de savoir écrire et d’avoir une imagination normale sans schizophrénie…

L’histoire nous est racontée et menée par David Remler, psychiatre au-dessus de tout soupçon, hyper chevronné, côté, donc excessivement cher. Très au fait des us et coutumes psy, il se fait pourtant avoir par une de ses clientes. Une certaine Samantha qui a des problèmes avec son mari dont elle ne peut se séparer sous peine de perdre la garde de son fils. Donc, elle envisage de le tuer. Que faire quand on est psy ? Surtout ne pas prendre la défense de la belle dame et se renseigner pour savoir comment elle pourrait divorcer en ayant un maximum de chance de garder son enfant. Une nuit, Sam lui téléphone en lui disant qu’elle est passée à l’acte. Dans un cas pareil, un psy ne se précipite pas sur le lieu du crime pour aider sa cliente. C’est pourtant ce que fait David et comme Sam n’est pas là et n’est pas la vraie Sam, épouse légitime du cadavre, voilà notre psy accusé N° 1 faute d’autres suspects. Le procès est magnifique et haletant. Toutes les preuves se retournent contre lui. Et pourtant il a des avocats chevronnés (une belle avocate en particulier) et teigneux à souhait face à l’accusation. Le dernier jour du procès arrive et là, surprise ! (Chuuuutttt !)

Le livre ne s’arrête pas là, David part à la recherche de sa « patiente mystère », seul, évidemment et … lisez-le !

Un polar juridique, psychologique dont je n’ai sauté aucune ligne. Le psy ne fait pas vrai psy mais comme c’est un américain, il faut s’attendre à tout. Et le tout est crédible, se tient, très bien raconté avec quelques notes d’humour (Un psy qui a de l’humour !!!). J’ai joué le jeu et je ne l’ai pas regretté.

Un très bon polar, pas sanguinolent, pas d’autopsie détaillée mais palpitant du début jusqu’à la fin. Ce pourrait être un bon début pour ceux qui n’aiment pas les polars et voudraient s’y mettre.

La Martine ravie

ROUGHAN Howard RP juil.-12
Plon, 2005 (2004), 375 p.

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Le garçon d’à côté

« Dans la banlieue tranquille du Middle West où Sarah vit avec ses enfants, Nate et Danny, la nouvelle fait l’effet d’une bombe : leurs voisins et amis, les Kendricks, sont accusés de pédophilie. L’horreur était là sous ses yeux et pourtant Sarah n’a rien vu, rien senti.
Malgré l’équilibre fragile qu’elle tente de maintenir au sein de sa famille depuis la mort de son mari, elle décide d’accueillir Jordan, le fils des Kendricks, victimes d’abus. Sarah, Nate et Danny vont devoir changer de regard, réinventer leurs rôles respectifs et leurs certitudes pour redonner à Jordan goût à la vie et l’aider à grandir. »
« Sans jamais verser dans le sensationnalisme, Le Garçon d’à côté prend à bras-le-corps la face obscure de la nature humaine, mais parle aussi de résilience et d’amour. Un tour de force romanesque qui dérange et interpelle »( Clémentine G. – Elle.)
Ce livre est, en effet, bien écrit, très intéressant, bien documenté. Les personnages avec leurs certitudes et leurs doutes sont très attachants. Il leur faut revoir continuellement leurs gestes et leurs mots pour ne pas choquer, braquer, Jordan qui lui est dans le déni. Ils sont aidés par un flic, un assistant social et une psy plutôt sympathique. Grâce à sa famille d’adoption, Jordan comprendra et évoluera vers une vie plus agréable.
Un livre, somme toute, positif que j’ai eu beaucoup de mal à quitter.
La Martine
KITTLE Katrina R juil.-13
Poche, 2013 (2005), 567 p.
Prix des lecteurs 2013

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Sherlock

 

La série est diffusée depuis un certain temps sur ma chaîne fétiche, mais je n’avais pas encore regardé. C’est chose faite depuis jeudi soir avec l’adaptation d’un classique de chez classique : le chien des Baskerville.

Le titre de l’épisode était en fait « les chiens des Baskerville », la couleur est annoncée dès le début, on n’est pas dans une énième adaptation du roman de Conan Doyle, les inconditionnels de sauce victorienne en seront pour leurs frais.

Ce n’est pas non plus une parodie, mais plutôt une ripolinade (vous ne le connaissiez pas celui-là ?) du mythe du célèbre détective-opiomane. Pour tout dire, je n’ai jamais beaucoup accroché avec Sherlock Holmes. Trop mégalo pour ne pas être énervant. J’ai toujours trouvé ses capacités déductives insupportables, ne nous laissant aucun espoir de trouver la clef du mystère.

Je pense qu’un bon auteur de romans policiers doit donner au lecteur le sentiment qu’il va peut-être résoudre l’énigme seul tout en faisant le nécessaire pour qu’il n’y arrive pas. Or, Conan Doyle semble nous dire éternellement « même pas en rêve ». J’aime bien aussi les polars dans lesquels l’enquête est un prétexte…enfin, il fallait bien poser les bases du roman policier et les aventures de Sherlock Holmes ont incontestablement alimenté les fondations du genre.

Bref, il fallait un sérieux ravalement et cette série britannique relève le défi haut la main. Tout ce déroule au XXIe siècle. Sherlock est toujours accompagné de l’inséparable docteur Watson, mais, loin du rôle de faire valoir dans lequel Conan Doyle le cantonnait, il apporte a son ami le soutien médical dont il a cruellement besoin.

En effet, plus que jamais, le grand détective apparaît comme un grand malade.
La consommation d’opium étant réglementée depuis 1912, il s’est aujourd’hui rabattu sur la cigarette. Cette addiction ne semble cependant pas être à l’origine de sa «maladie». S’il continue a user de ses talents déductifs incroyables, ce n’est plus pour nous épater, pour regarder le monde avec dédain, mais parce qu’il ne peut pas faire autrement. Il porte ses capacités comme un superpouvoir dont il doit bien faire quelque chose : c’est un peu le détective malgré lui. Forcément, j’ai beaucoup plus d’affection pour ce Sherlock que pour celui des origines.

Sinon, l’intrigue mise au goût du jour est bien sympa, teintée comme il se doit de scènes bien flippantes. Le méchant est bien méchant et le monstre délicieusement monstrueux. Les gardiens des dogmes fondateurs y auront même trouvé leur compte grâce à la « so gothic » lande accidentée du Dartmoor avec son brouillard, ses silhouettes fantomatiques, ses cris effroyables, ses cachettes et ses bruyères.

À suivre…

Edouard

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Dora Bruder

De livre en livre, Modiano continue son travail d’archéologue, mêlant sa propre biographie à une tentative de compréhension de l’innommable.
Dans un vieux journal datant du 31 décembre 1941, le narrateur tombe sur un avis de recherche d’une jeune fille, Dora Bruder. Ses recherches lui permettront de cerner une partie de la mystérieuse Dora. Emprisonnée à Drancy, elle sera envoyée à Auschwitz. Elle n’en reviendra pas.
La dernière page:
« J’ignorerai toujours à quoi elle passait ses journées, où elle se cachait, en compagnie de qui elle se trouvait (…) C’est là son secret. Un pauvre et précieux secret que les bourreaux, les ordonnances, les autorités dites d’occupation, le Dépôt, les casernes, les camps, l’Histoire, le temps – tout ce qui vous souille et vous détruit – n’auront pas pu lui voler. »

Minimaliste et magistral.

Amitiés muettes,

Guy.

Patrick Modiano – folio – 145 p.

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