Quand vient la peur

« Un tueur en série terrorise la campagne picto-charentaise ». Merci Télérama, je n’aurais pas su aussi bien situer le petit village. Toutefois, il manque à ce bout de phrase un élément essentiel sans lequel on ne peut pas vraiment tout comprendre. Il est vrai qu’il n’est pas facile à débusquer le 1975 (d’autant plus qu’en ce moment tout s’inscrit de droite à gauche sur ma télé, sans doute un coup d’Al Qaïda).
Pas de pattes d’éléphant, pas de papier peint avec des fleurs marrons sur fond orange, pas de musique disco, pas de coupes de cheveux à la Bernard Thibault, pas de pull moulant rouge à col roulé qui gratte porté par un intello barbu à grosses lunettes et qui fume la pipe. Bref, aucun indicateur qui nous permette de dire : là on est bien dans les années 70. Pour couronner le tout, le film date de 2010. Les habitants semblent un peu vieillots, mais bon, à peine différents des gens d’aujourd’hui.
On tâtonne : pas de téléphone portable, pas d’ordinateur, pas de tests ADN. Il y a aussi les voitures qui ne sont pas de la première fraîcheur, une allusion à la guillotine… et enfin, on trouve la date au coin d’une affiche vers les deux tiers du film.
1975 ? Le titre ne renverrait-il pas à la célèbre phrase de Roger Gicquel « La France a peur » prononcée un an plus tard.

« Sa cible, les jeunes femmes brunes ». Là, c’est imparable. On sent que le critique a compris l’intrigue.

« Coup de bol, l’inspectrice Anne Ketal (Sophie Quinton) est blonde ». Bon, je ne dis rien sur la tournure de la phrase, je ne veux pas éreinter ce critique qui est peut être un jeune en CDD. J’ai bien aimé Sophie Quinton qui fait penser à Miou-Miou, époque « valseuses ». Un autre indice qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

« L’on suit donc son enquête dans ce thriller à la française non dénué d’humour». Pour moi, ce film est une parodie des séries B françaises militantes de gauche des années 70. Il aurait à mon sens fallu plus de grosses ficelles pour qu’on le comprenne plus rapidement. On s’attend pas à voir ce genre de film un vendredi soir sur France 2. Je l’imagine plutôt dans un « Thema » d’Arte sur les 70’s.

« Un souci tout de même : sa peinture des mœurs provinciales. Pas vraiment du Flaubert ». Oui alors là, c’est complètement à côté de la plaque.
C’est plus une satire de la France de l’époque qu’une satire provinciale. Évidemment, tout est archicaricatural, mais la société ne s’est pas transformée en mai 68, d’un simple coup de baguette magique. Ce film est à mon sens bien plus proche des années 70 que la représentation que nous nous en faisons aujourd’hui. Sommes-nous prêts à voir cette réalité ? Visiblement pas Télérama en tout cas. Le film est certes plein d’imperfections, mais mérite plus qu’un « on n’aime pas » dédaigneux.
Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Django

Le Dr King Schultz, chasseur de prime, exerce sa profession dans le « far-south » quelques années avant la guerre de Sécession. À la poursuite de trois frères, il va acheter les services d’un guide en la personne de l’esclave Django.

Bon, « Django » n’a pas détrôné « Kill Bill » dans mon top5 tarantinesque, mais c’est tout de même pas mal. Ce que j’aime bien dans les Tarantino, c’est l’hyperstructuration du scénario et je trouve que plus ça va, moins ses films sont structurés.
S’attaquer au « western spaghetti » n’est pas non plus chose facile et fatalement, on a tendance à se dire que c’est pas mal, mais ce n’est quand même pas du Sergio Leone. C‘est sans doute que je suis blasé avec l’âge, mais je n’ai pas retrouvé la tension de « il était une fois dans l’ouest » ou « et pour quelques dollars de plus ».
Il y a peut-être le rapport à la violence de Leone qui a du mal à se concilier avec celui de Tarantino. Chez Leone, la violence est permanente, oppressante et invisible alors que chez Tarantino, la violence est ultravisuelle. On sent qu’il hésite à nous resservir des ballets sanglants comme dans Kill-Bill, mais qu’il le fait tout de même parce qu’il ne se résigne pas à faire des plans fixes interminables sur le héros, ce n’est pas son truc.
Autre différence entre Tarantino et Leone : les dialogues. La profusion des mots est aussi indispensable au premier que leur économie est vitale pour l’autre.

Et puis, Jamie Foxx est pas mal dans le rôle de Django, mais ce n’est tout de même pas Clint Eastwood. Quand on le voit mettre son doigt sur la gâchette de son pistolet, on se dit seulement qu’il a du mal à maîtriser ses pulsions. Encore une fois, je trouve que Tarantino a du mal à retransmettre cette lourdeur extérieure aux personnages.

Bon, je châtie bien parce que je suis complètement fan du réalisateur, c’est quand même très bien. La palme revient une fois de plus à Christoph Waltz, le chasseur de prime allemand qui pourrait être une sorte de grand oncle d’Amérique de l’officier nazi d’ « inglorious bastards » : une vraie icône du genre, tout autant bon, brute et truand.
Leonardo Di Caprio est très bien aussi dans le rôle du négrier ainsi que Samuel L.Jackson dans le rôle du bounty (noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur). Kerry Washington, la femme de Django est un peu effacée je trouve.

Rien à dire évidemment sur le message antiesclavagiste. Django bouscule les blancs comme les noirs qui, à force de se faire rabâcher qu’ils sont inférieurs (Di Caprio en donne la preuve « scientifique » dans une scène qui est sans doute la plus forte du film) finissent par en être eux-mêmes persuadés.
Rapprochement intéressant aussi entre Di Caprio qui vend des vivants et Waltz qui vend des morts. Le métier de « chasseur de prime » y est très controversé. Faut-il y voir une critique du port d’arme ?
Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le monde selon Christophe Colomb

À vos magnétoscopes… si vous n’avez pas encore vu cette émission diffusée les 12 et 13 janvier sur ARTE, vous avez encore la possibilité de l’enregistrer dimanche 20 à 10h.

Cette émission n’est pas un énième récit des aventures du célèbre génois, mais la vision qu’il avait du monde. Oui, allez vous me dire, il a cru arriver en Inde, tout le monde sait ça.

Mais pourquoi pensait-il arriver en Inde ? Parce qu’il n’avait pas la possibilité d’imaginer autre chose, pardi. Il n’y avait que trois continents, c’était comme ça et pas autrement, tous les grands penseurs qui avaient jusqu’alors tenté de dessiner la surface du globe l’avaient martelé. Alors, lui, quand bien même il aurait eu la capacité d’imaginer autre chose, pourquoi l’aurait-il fait ?
En plus, y voit les autochtones et il se dit : la preuve que je suis en Inde, c’est qu’ils ont un type asiatique. Bon, je ne sais pas s’il avait vu beaucoup d’Asiatiques dans sa vie, mais on sait aujourd’hui qu’il avait raison. Finalement, ce qu’il y avait de plus indien dans sa découverte, c’est les lointaines origines ethniques des indigènes.

Il avait donc tout misé sur l’Inde, avec un peu de précipitation, semble-t-il. Quels motifs le poussent à s’engager dans cette aventure en se basant sur des itinéraires hautement fantaisistes ? Il y avait des cartes qui prévoyaient des distances plus longues, mais lui, il choisit la plus courte. Ça sentait la grosse improvisation et il y avait visiblement une certaine part d’inconscience …un truc de ouf. Par ailleurs, si les Arabes n’avaient pas occupé Istanbul, il n’aurait jamais trouvé personne pour financer son aventure. Cette découverte est le fruit d’un incroyable concours de circonstances.

Lors de son quatrième voyage, il arrive à Panama et commence tout de même à avoir des doutes. Quelque part dans son esprit, l’idée d’un nouveau continent se profile. D’autres marins un peu plus « aware » ont déjà flairé l’affaire, Amerigo Vespucci lui coupe l’herbe sous les pieds. Colomb imagine alors qu’il doit y avoir un autre océan, mais il meurt à Panama sans le trouver (dommage, il n’était pas loin).

On réalise avec cette émission la révolution psychologique que cette découverte a constituée pour l’inconscient collectif européen : ce n’est pas seulement une source de nouveau profit, mais c’est aussi une découverte gigantesque, une découverte démesurée qui dépasse l’entendement, un truc qui oblige à tout repenser. Cette découverte encouragera certainement, un jeune polonais (il avait 19 ans en 1492), Nicolas Copernic, à faire valser les vieux dogmes selon lesquels la Terre était le centre de l’univers.
Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Amsterdam

La gare du Nord, puis le Thalys. 3h15 pour arriver à la centraal station.
Le bruit et l’odeur…voilà comment, si j’étais amstellodamois, je décrirais notre belle capitale.
Je ne m’en étais pas rendu compte à l’arrivée, mais ça m’a frappé au retour, cet air parisien vicié et cette pollution sournoise qui s’infiltre partout et que l’on arrive jamais vraiment à éradiquer même en frottant très fort.
Au paradis du vélo, l’air est pur et silencieux. Les seuls effluves insolites sont celles du cannabis que l’on renifle par-ci par-là. C’est aussi une ville beaucoup moins peuplée que Paris, c’est sans doute pour ça qu’on y respire mieux. Il y a quelques voitures tout de même, mais les cyclistes y sont omniprésents avec des carrioles qui transportent parfois trois ou quatre enfants.
L’eau des innombrables canaux qui découpent la ville en une grande mosaïque alimente elle aussi ce sentiment de pureté.

Le paradis sur terre allez vous me dire ? Oui, mais celui aussi des paradis artificiels et tarifés. Les coffee-shop, sex-shop et autres marchands de magic mushrooms y fleurissent dans le centre. C’est aussi là que l’on trouve, à deux pas de la Oude Kerk, la plus ancienne église de la ville à la sobriété toute calviniste, les prostituées court vêtues qui attendent le client derrière les vitrines rouges. Image un peu déconcertante pour un voyageur ressortissant d’un pays latin ou les églises sont remplies, sinon de fidèles, au moins de mobilier et où l’exposition de femmes en petites culottes et soutiens-gorges derrière une vitrine est pour le moins insolite (même en étant prévenu…).

Une ville belle et surprenante, pleine de contrastes comme cet alignement de baraques flottantes délabrées le long du Stadhoudeskade que surplombent de magnifiques immeubles.

La rembrandtplein est à ce titre symptomatique : la grande statue du peintre y côtoie le palmier fluorescent d’un coffee shop et un grand édifice qui ressemble à une église et qui est en fait la tour « booking.com ».

Aaaah Rembrandt, le XVIIe siècle. Si vous voulez retrouver les racines de l’orgueil batave, n’oubliez pas de faire un tour au Rijkmuseum dont on ne peut visiter en ce moment qu’une petite aile, mais qui devrait rouvrir prochainement dans sa totalité.
Ce petit pays commerçant a à cette époque sillonné le monde et fait découvrir ses richesses au reste de l’Europe. Son port, devant offrir une femme à chaque marin, y a fait fleurir la prostitution. Aujourd’hui, le faste d’entant semble un peu délavé, mais le fait qu’en janvier, la nuit tombe à 17h00 y est sans doute pour quelque chose.

Il est vrai que le temps où les juifs portugais, chassés par l’inquisition venaient y construire une immense synagogue n’est plus. La ville a cessé d’être une terre d’exil pour les minorités persécutées et les libres penseurs européens, nous n’allons pas nous en plaindre.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le Hobbit

Entraîné par Gandalf et une bande de nains, Bilbo va partir à la chasse au dragon. Sur la route, il rencontrera une étrange créature appelée Gollum à laquelle il volera son anneau magique.
J’avais lu « Bilbo le Hobbit » il y a longtemps, après avoir lu le « seigneur des anneaux », mais il ne m’en était resté qu’un très vague souvenir : celui de la rencontre avec Gollum qui fait le lien avec la célèbre trilogie et la couverture sur laquelle on voyait le Hobbit brandir sa dague sous le ventre du dragon.
D’autres souvenirs me sont revenus au cours des trois heures : la présence de Gandalf, les nains, le roi Gobelin… D’autres scènes du film m’ont intrigué et je me suis demandé si elles n’avaient pas été ajoutées. Cherry on the cake, on parle beaucoup du dragon, mais on ne le voit pas !!??
Grand ménage sur le net pour remettre tout ça d’aplomb, à commencer par une question qui me trotte sournoisement dans la tête depuis 20 ans : Bilbo ou Bilbon ? « Bilbo » est le héros de Bilbo le Hobbit, comme on pouvait s’y attendre. Cependant, on retrouve ce personnage dans le premier volet de la trilogie du « seigneur des anneaux » sous le nom de « Bilbon », oncle de Freudon. L’explication de cette évolution orthographique, donnée par Tolkien lui-même viendrait du traducteur français de la « communauté de l’anneau » qui aurait francisé le nom du semi-homme (http://www.dialogus2.org/TOL/bilbooubilbon.html).
Pour le dragon, j’ai été rassuré par l’article de Wikipédia qui précise que cet opus n’est en fait que le premier volet d’une nouvelle trilogie, les deux autres épisodes devant sortir en décembre 2013 et 2014. Peter Jackson nous referait donc le coup de la trilogie flash-back de George Lucas avec Starwars ? D’après l’article, ce n’est pas prémédité. Le réalisateur néo-zélandais aurait voulu commencer par les aventures de Bilbo, mais n’a pas pu pour une bête raison de cession de droits…OK pour le bénéfice du doute.
J’ai été aussi rassuré sur les scènes insolites avec Elrond et Saroumane dont je n’avais pas le souvenir. L’article de Wikipédia explique qu’en s’inspirant de récits annexés au « seigneur des anneaux », les films de la trilogie du « Hobbit » s’inscriront plus clairement en amont des aventures de Freudon que ne le faisait le roman.
Sinon, pas grand-chose à dire sur le film qui reste du mégablockbuster heroïc fantasy avec de beaux paysages. Pour ne donner qu’un détail, je retiendrais l’œil du dragon qui s’ouvre à la dernière seconde du film et qui semble renvoyer à l’épilogue d’ « Avatar ». Cameron, Lucas… Jackson joue dans la cour des grands et compte bien y rester.
Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Populaire

À la fin des années 50, un petit assureur de Basse-Normandie (Romain Duris) recrute une secrétaire (Deborah François) et découvre ses extraordinaires talents dactylographiques. Il décide d’en faire son poulain. Sur le chemin du succès, la dactylo va rencontrer un industriel aux dents démesurées qui fabrique la « populaire », dernière machine à écrire à la mode.

Petit film très rafraîchissant et qui donne un petit coup de peps alors que la lumière du jour va continuer à baisser pendant encore deux semaines.

L’histoire de la petite fille perdue de Basse-Normandie qui devient championne du monde de dactylographie…on est complètement dans le rêve américain et l’époque s’y prête à merveille.

Le décor est très léché avec jeux de couleurs à la Andy Warhol, décors aseptisés et festival de choucroutes féminines.

On est tout à fait dans la veine de « the Artist » et Bérénice Bégeot dans le rôle de l’amoureuse d’enfance de Romain Duris, semble camper aussi le personnage de la « grande sœur » de Deborah François sur le chemin d’Hollywood.

Les fifties ont beau être la décennie la plus américanophile de la France du XXe siècle, le clin d’œil aux Yankees est parfois un peu too much, comme dans cette dernière phrase qui fleure bon le fantasme de la vision Nord américain de la France : « les affaires pour l’Amérique, l’amour pour la France ». Il est peu probable que les Oscars mordent une fois de plus à l’hameçon.

Ça va pour cette fois, qu’on ne vous y reprenne plus, a-t-on envie de dire. Mais bon, je l’avoue, ça fait du bien de temps en temps de voir un peu de légèreté et d’oublier pendant 1h30 la freebox en rade et la course aux cadeaux de Noël.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison

Encore une folle équipée dans la Laponie chère au cœur d’Arto.
Ce n’est jamais la même histoire, ni vraiment le même paysage.
Cette fois-ci, « L’inspecteur principal Jalmari Jyllänketo est envoyé par la Sécurité nationale finlandaise dans l’ouest de la Laponie. Alors que des rumeurs font état de mystérieuses disparitions, il doit enquêter sur un ancien kolkhoze reconverti en une florissante exploitation agricole ; les mines de fer sont devenues des champignonnières ; les terres marécageuses, des potagers bio. »
Jalmari, devenu pour l’occasion contrôleur en agriculture biologique, s’habitue très bien à l’ambiance familiale de l’étang aux Rennes. Plutôt d’un caractère accommodant, il est vite adopté et restera au-delà de sa mission, en envoyant de faux rapports et en devenant pourvoyeurs de main-d’œuvre « spéciale » pour la mine qui n’est, en fait qu’un camp de concentration pour gens peu recommandables. Une autre façon de voir la justice et la réinsertion dans la vie sociale des délinquants.
Si je veux bien me donner la peine de réfléchir, je reconnais que l’histoire n’est pas du tout morale. Encore que… toutes les idées ne soient pas mauvaises. mais… trop fatiguée pour réfléchir.
Encore un Paasilinna qui ne m’a pas déçu et m’a bien changé les idées.
La Martine
PAASILINNA Arto
Folio, 2012 (Denoël 2010 – 1998), 376 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Augustine

Au XIXe siècle, Augustine, 19 ans, domestique, a des crises impressionnantes dans lesquelles se mêlent cris et convulsions en tous genres. Conduite à la Salpêtrière, elle y fera la rencontre de Jean-Martin Charcot qui la diagnostiquera « hystérique » et la prendra sous son aile.

Film intéressant, mais avec une mise en scène un peu trop académique à mon goût. Trop lisses, Vincent Lyndon et Chiara Mastroianni (Charcot et sa femme) semblent complètement sous-exploités. On se serait attendu à un peu plus de profondeur dans l’incarnation du grand défenseur de l’hypnose. Mais peut-être était-il fade dans la réalité, je ne sais pas.
Augustine est pas mal par contre, rien à dire.
Ce film m’a fait penser à un reportage d’Arte, voix off didactique en moins. Alors, on essaie de reconstituer autant que possible le contexte de cette époque où le souci d’écarter les aliénées de la bonne société semblait au moins aussi important que leur guérison.

Mais comment parler de guérison à une époque ou l’idée de la possession démoniaque était encore très présent dans l’inconscient collectif et où ceux qui tentaient de s’écarter de la religion ne savaient pas trop quels noms donner à ses étranges manifestations : psychiatrie, psychologie, psychanalyse, neurologie, endocrinologie…tout ça ne formait encore qu’un magma informe et sans nom.

Charcot proposera l’usage de l’hypnose pour soigner l’hystérie. Ce mot, désormais entré dans le langage commun, n’est plus utilisé pour désigner un trouble psychiatrique depuis un certain temps. Le meilleur moment du film est peut-être la lecture par Chiara Mastrianni d’un article de Maupassant qui déjà à l’époque, était très réservé sur le contenu de l’hystérie qui, on le sait aujourd’hui, recouvrait en fait des pathologies extrêmement diverses.

L’hypnose aussi sera critiquée, mais elle reviendra à la fin du XXe siècle avec l’aide de l’imagerie cérébrale qui fera la preuve de son efficience. Elle est en particulier aujourd’hui utilisée pour soulager la douleur et l’anxiété lors des opérations.
La finalité thérapeutique de Charcot qui pensait soigner l’hystérie en faisant revivre sous hypnose les crises de la patiente n’est pas très explicitée. On a surtout l’impression qu’il l’utilise pour se faire mousser auprès de ses petits camarades qui regardent avec concupiscence se tortiller et haleter la jeune, belle et innocente Augustine : un peu cliché, tout ça…

Bref, le sujet n’était pas simple et il était peut-être un peu trop ambitieux pour le premier film d’Alice Winocour. Allez, c’est quand même bien de parler de ces choses-là. On lui souhaite bonne chance pour la suite.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Une odyssée américaine

Après quelques années comme prof de lettres, Cliff décide de s’occuper d’une ferme au Michigan. Sa femme le quitte au bout de 25 ans de vie commune,et il décide de faire le tour des États-Unis en voiture.
Il emporte un puzzle avec lequel jouait son petit frère ,et qui représente les cinquante états de la nation. Lors de chaque passage d’un état à un autre, il jette la pièce correspondante par la fenêtre de sa voiture.
Pendant la première semaine, il est accompagné par une de ses anciennes élèves plutôt givrée et nymphomane. Cela tombe bien au début, puisque lui est du genre chaud lapin.
Son road-movie lui fera rencontrer une série de personnages folkloriques, dans des paysages à couper le souffle. Et son voyage se terminera par un espoir de réconciliation avec l’épouse infidèle.
Tout cela raconté avec paillardise, et une santé de conquérant des grands espaces.
Voilà un auteur qui a du souffle
Amitiés de grande prairie,
Guy.
Jim Harrison – J’ai lu – 284 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Skyfall

Un ancien agent du MI6 tenu pour mort après avoir été abandonné par M pour des raisons politiques, refait surface et décide de se venger. Scénario vu et revu, mais comme on sait, le scénario n’a pas beaucoup d’importance dans l’univers très codifié de 007. Qu’est-ce qui fait alors un bon James Bond ?

La partie introductive qui précède le générique ? Souvent, elle n’a pas vraiment de lien avec la suite, mais pour « Skyfall », elle est essentielle. Comme son nom l’indique, l’opus parle d’effondrement. Bond, tel le phénix, renaît depuis 50 ans de ses cendres et continue à nous faire rêver. Skyfall n’est pas une aventure supplémentaire du célèbre espion: c’est un cadeau d’anniversaire, une plongée au cœur du mythe « Bond ».
Le générique ? La voix chaude et enveloppante d’Adèle remporte cette fois-ci l’épreuve haut la main.
Le méchant ? Indispensable ! Celui de Skyfall, campé par Javier Bardem, atteint des sommets. Sa folie frise avec celle d’un Klaus Kinski dans « Aguire».
Les morceaux de bravoure ? J’en retiendrai deux: la scène d’ouverture et une poursuite en heure de pointe dans le métro londonien.
La James Bond girl ? Elle passe un peu au second plan cette fois-ci. Le concept n’est-il pas un peu démodé, un peu phallocrate?
Les gadgets ? Si la James Bond girl est mise de côté, les gadgets sont eux relégués au rayon des antiquités. Le nouveau Q, un petit génie de l’informatique, s’en explique dans une scène savoureuse au musée. On est loin de la domotique des années 60 : à l’heure où le CD, le DVD et le livre papier tendent à disparaître, le stylo qui fait boom devient un peu ridicule..
James?James Bond est un mythe de la virilité, l’Apollon des temps modernes. Lui aussi doit évoluer pour répondre aux canons de la société. La dernière partie qui se passe en Écosse peut être vue comme un hommage au James des origines qui reste encore le meilleur : Sean Connery. Sans doute Roger Moore et Pierce Brosnan étaient-ils un peu trop parfaits et un peu fades. Daniel Craig, comme les héros de l’antiquité, tire son charme au moins autant de ses failles que de ses qualités. Ses traits ont vieilli bien sûr, ses performances sont un peu émoussées, mais 007 connaît son métier et il a du talent.
Le petit plus ? Ce qui fait un bon James Bond, c’est enfin le petit plus qui va faire qu’on ne va pas l’oublier. Cette fois, ci, c’est l’esthétique : aquarium géant numérique, combat en ombres chinoises, scène sensuelle derrière une plaque en verre martelé, jeux de lumière sur M au bord d’une fenêtre contemplant la campagne écossaise en attendant l’apocalypse…Skyfall est un film d’une grande beauté.

Savoir traverser la guerre froide, le libéralisme triomphant des années 90 et l’univers incertain et ultra-mondialisé de l’après 11 septembre, c’est un défi que seuls Bond et Johnny Halliday peuvent relever. Savoir transgresser les codes et les faire évoluer sans les violer, c’est sans doute aussi l’âme du génie britannique.
Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.