Cloclo

Je n’avais pas deux ans quand Claude François est mort. Je n’ai donc aucun souvenir de cet événement national. Par contre, j’ai grandi avec les rétrospectives Cloclo : les « Souvenez-vous ! Claude François ! 1,2,3,4,5…30 ans déjà ! » de Michel Drucker.
Cloclo, c’est aussi pour moi un grand nombre de soirées très alcoolisées dont je ne garde qu’un très vague souvenir.
Bref, c’est un mythe de la chanson française, comme le montre Yann Moix dans Podium.

Le passionné de mythologie que je suis ne pouvait donc rater une biographie de ce monument.

D’un point de vue scénaristique, le début, qui se passe en Égypte, est aussi croustillant qu’un reportage d’Arte du samedi soir : une accumulation un peu tire larme d’éléments biographiques. L’arrivée en France de la famille François n’est guère mieux.

Ce n’est avec l’époque de « belles, belles, belles ! » que la dimension dramatique commence à voir le jour.

L’industrie « Claude François » se développe alors sous la houlette de Paul Lederman et l’enfant d’Ismaïlia se transforme peu à peu en superstar/businessman maniaque et tyrannique.

L’épisode de « comme d’habitude » nous laisse entrevoir une popularité qui le dépasse. On le voit écouter incrédule Sinatra chanter « my way », comme s’il ne pouvait (ne voulait ?) admettre qu’il était plus qu’un chanteur de variétoche.

Par petites touches, on voit « le mal aimé » se faire dévorer par l’engrenage. Le meilleur plan du film, sans doute, le montre se jeter au milieu du public à la fin d’un concert avant de s’enfoncer lentement dans une marée de bras et de mains qui le manipulent comme autant de tentacules d’un monstre impitoyable.

Le thème de la décadence intérieure est toutefois limité. Pas de suicide, comme on l’a souvent dit. La mort est présentée de manière très académique, comme un bête accident domestique (il faut vraiment être con pour changer une ampoule sous la douche).

Le sentiment global est que le réalisateur a été profondément entravé par des maisons de production qui ont dû commander un portrait très aseptisé de l’idole en prévision des 35 ans de sa mort (que Michel Drucker ne manquera sans doute pas de célébrer en 2013).
Finalement, la mort du chanteur n’aura-t-elle été qu’un épisode de l’histoire de l’industrie « Claude François » ? Brrr.

Edouard

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Le meunier hurlant

Gunnar (surnommé Nanar) Huttunen s’installe comme meunier dans un petit village du nord de la Finlande. Quelle idée saugrenue que de vider sa bourse en rachetant un moulin à eau totalement délabré? Tantôt clown et imitateur de génie, tantôt accablé de désespoir, lunatique et dépressif, hurlant à la lune pour calmer son angoisse, homme libre avant tout, Huttunen se fait des ennemis. Le médecin du village fera le nécessaire pour le faire enfermer à l’asile voisin. D’où Nanar trouvera le moyen de sortir, avant de mener une vie de Robinson du Nord aussi rustique que réjouissante.

L’anticonformiste Arto Paasilinna nous livre les aventures d’un homme libre. La bataille béatifique d’un homme seul contre tous, dont la seule erreur sur cette terre est sa revendication tonitruante pour un droit à la différence.

Amitiés vagabondes,

Guy.

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Mon voisin le théâtre

Il y a un an et demi, en passant devant le 14 rue Desaix (Paris 15), mon regard a été attiré par une porte qui semblait condamnée sur laquelle était collée une affiche faisant de la pub pour le théâtre « comédie tour Eiffel ».

J’ai mis un certain de temps avant de comprendre qu’il pouvait y avoir un lien entre l’affiche et la porte. « Un théâtre ? Ici ? Ça se saurait. Et puis, l’immeuble semble bien trop petit pour abriter une scène et des gradins, sans parler des coulisses ».

J’avais bien vu de temps en temps un attroupement devant la porte, mais, en les observant, je pensais plus à des joueurs de tarot ou à des philatélistes qu’à des spectateurs.

Cet après-midi, j’ai regardé plus attentivement l’affiche. Il y avait une adresse internet : http://www.comedietoureiffel.com/. En rentrant chez moi, j’ai voulu en avoir le cœur net.
Il y avait bien un théâtre 14 rue Desaix et on y jouait une pièce à 20h30 au titre prometteur « 5 minutes de plaisir, 30 ans d’emmerdes ».

Je réserve en ligne et me pointe à 20h20. Il y a du monde et je prends ma place dans la queue.

Comme les autres, j’entre par la scène et manque de buter sur l’un des jouets qui jonchent le sol. Les spectateurs se serrent sur les gradins. Le maître des lieux apporte un tabouret à ceux qui, comme moi, dépassent du rang. Il apporte aussi une sucette en lot de consolation. L’ambiance est bon enfant.

Une fois assis sur mon tabouret et ma sucette entre les dents, je regarde la scène et constate que les coulisses…c’est la rue Desaix. Les acteurs l’utilisent effectivement comme un prolongement de la scène.

Deux acteurs en l’occurrence, Laure Majnoni et Gilles Hoyer qui jouent un couple (Laure et Gilles) libéré de leurs affreux bambins le temps d’un week-end.

Le scénario est un peu simple, mais les répliques font souvent mouche, l’énergie et la bonne humeur des deux comparses est communicative et l’utilisation de l’espace est astucieuse Bref, l’assemblée est séduite. J’ai passé un très bon moment et je reviendrai, c’est certain.

Edouard

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Blog et visiteurs

Blog et visiteurs

Ceux d’entre vous qui auront lu « Édition et Freddy » savent que, sans abandonner la quête éditoriale, je m’engouffre aujourd’hui dans des chemins aux contours imprécis.

En parallèle, je mène une autre quête qui, pour moi, est au moins aussi importante que la recherche d’un éditeur et qui est la raison d’être de ce blog.

Depuis sa création, le concept a évolué et s’est étoffé. Certains d’entre vous auront peut-être remarqué la présence de Guy et Martine qui viennent aujourd’hui m’aider à le nourrir. Je les remercie au passage. Certains encore se seront peut-être aventurés sur la page « mon blog et moi » où j’expose ma conception de la culture :

La vraie culture, ce n’est pas seulement savoir que le Général Lee était un grand nom de la guerre de Sécession, mais aussi savoir que c’était le nom de la voiture des frères Duke dans « shérif, fais-moi peur ».

Je voudrais que cultureDoud soit un concept évolutif, pas un portail narcissique, mais un lieu d’expression culturelle très large. J’invite donc tous ceux (et bien entendu toutes celles) qui seraient intéressés par ce projet à me contacter.

Doud étant le diminutif d’Édouard, le nom « cultureDoud » faisait un peu mégalo. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de rebaptiser ce blog « Général Lee ».

Ce premier billet, c’est à chacun de vous, mes 4000 visiteurs, que je souhaite l’adresser. Ce que je sais, c’est que vous n’êtes ni une fois 4000 personnes, ni 4000 fois une personne. Je connais certains d’entre vous, mais pas la plupart. Vous êtes arrivés par Google, par Facebook, par le site du Monde, par Bouquinet, par Hellotipi, par Ecrivants-bitieux, par hasard ou par erreur.

Je n’ai pas été surpris du succès de certains articles comme « Kate à l’assaut du Castle » ou « Le retour de la brosse à dents ». Je n’ai pas non plus été surpris par votre intérêt pour « Mon amie Nane » puisque les occurrences sur Google sont limitées.
Par contre, je ne m’explique toujours pas celui pour « Papa Néandertal ? », un article qui parle d’une petite émission diffusée sur France 3 un dimanche soir à 22h45 il y a un an et demi et qui continue à être consulté régulièrement.

Vous n’êtes pas très bavard : 30 commentaires pour 99 articles, mais il est vrai que jusque à maintenant, je ne vous ai pas invité à vous exprimer. Je souhaite que « Général Lee » (et plus particulièrement sa rubrique « Blog ») soit plus interactif que « cultureDoud ».

À très bientôt

Édouard

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Vice caché

Au début des années 70, Doc Sportello, détective hippie de la communauté de Los Angeles, se met à la recherche d’un certain Mickey Wolfmann je ne sais plus sur la demande de qui et pour des raisons qui ne m’ont pas semblées très claires.

Bienvenue dans le monde du polar psychédélique…blagues à la con qui ne peuvent faire rire qu’un junkie à la limite de l’overdose, dialogues qui ne veulent rien dire, personnages qui s’introduisent dans l’intrigue sans trop qu’on sache pourquoi et qui en sortent comme des courants d’air… Comme un naufragé au milieu de l’océan, j’essaie de m’accrocher à quelques noms et références qui surnagent de ce brouillard qui sent fort le cannabis : Bigfoot, Shasta, Puck, Sharon Tate, Charles Manson, le continent perdu de Mu, les Lémuriens, le Viet Nam…quelques références cinématographiques aussi.

Il n’est pas rare que je lise des livres auxquels je ne comprends rien. Généralement, si ça ne s’arrange pas à la page 150, c’est qu’il faut chercher autre chose qu’un fil conducteur : une musique comme chez Céline par exemple. Entre les pages 150 et 350, il ne se passe rien. Le brouillard est toujours plus épais et je ne sens rien. Si je n’avais pas passé quelques heures dans le TGV, si je ne m’étais pas retrouvé quelques jours dans les profondeurs de la campagne gasconne, il est probable que j’aurais laissé tomber.

À partir de la page 350, les choses semblent se dissiper un petit peu. Ce n’est pas une musique, mais un parfum (j’aurais dû m’en douter), un parfum aigre-doux et acidulé qui fait penser à la photo de couverture sur laquelle une femme rouge se détache au milieu de zones irisées vertes et jaunes. Un parfum qui ressemble certainement aux paradis artificiels que Thomas Pynchon (l’auteur) a connus. Il avait 33 ans en 1970,

Vers la page 500, de nouveau l’envie de tout arrêter, de tout envoyer promener. Je continue tout de même, mais pour le challenge, pour ne pas avoir un sentiment d’échec, mais peut-être aussi par addiction inconsciente.

Ce soir, il ne me restait que 5 pages. En fournissant un dernier effort, je m’y suis replongé. Les trois dernières pages ont été fantastiques. Sans doute parce que je touchais enfin au but, mais aussi par ce qu’elles étaient d’une fluidité extraordinaire et hautement poétiques. Bref, ces trois pages m’ont laissé sur le cul et m’ont obligé à repenser l’ensemble.

J’ai alors visualisé l’histoire d’un beatnik qui fumerait un joint, mais dont l’histoire serait racontée en commençant par la fin, comme si le mégot jeté à terre s’élevait dans les airs pour se visser entre les dents du gars, avant de se recomposer petit à petit.

Je ne sais pas du tout pourquoi j’ai cette image en tête. Doc me dirait « c’est ton trip man, faut pas chercher plus loin ! »

Il n’est pas impossible que je me reprenne un petit Pynchon un de ces jours.

Edouard

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Refuge en enfer : Comment l’hôpital juif de Berlin a survécu au nazisme.

L’auteur a entamé à la fin des années 1970 une enquête approfondie sur un épisode incroyable – et méconnu – de la dernière guerre.
Anthropologue et diplômé en droit, il a interrogé des dizaines de survivants de l’Holocauste.
Le sinistre Le Pen parlerait probablement d’un ‘détail’ de l’Histoire.

Les troupes soviétiques libérant Berlin en avril 1945 n’en croient pas leurs yeux. En pleine ville, ils découvrent un bâtiment occupé par des centaines de personnes, malades, infirmières, médecins, personnel d’entretien, juifs en grande majorité.
À travers vents et marées, cet hôpital a survécu aux épouvantables poursuites auxquelles étaient soumis les Juifs depuis la moitié des années 30. Les nazis y trouvaient leur compte, puisque l’hôpital servait aussi d’antichambre aux convois vers les camps de la mort. Avec un cynisme hallucinant, ils y envoyaient les malades et les blessés, afin de les retaper avant de les gazer. Le directeur de l’hôpital, un certain Dr Walter Lustig, personnage fort ambigu puisque lui-même juif, obligé de collaborer avec les SS, traité de collaborateur par certains, a disparu sans laisser de traces après la fin de la guerre.

Dans ce livre hallucinant, le sordide côtoie l’héroïque à chaque page.
Et l’avertissement reste de mise: d’où qu’il vienne, le totalitarisme doit être combattu par tous les moyens.

Daniel B. Silver – Ed. Versailles – 302 p.

Amitiés secouées,

Guy

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Kate à l’assaut du Castle

Si j’écrivais un jour mes mémoires, je pourrais écrire un chapitre entier sur la deuxième chaîne. Mon enfance s’est articulée autour de RécréA2, cela fait 27 ans que je me réveille avec William Leymergie, je suis un inconditionnel de « N’oubliez pas les paroles » et j’ai même suivi les aventures exotiques et délicieusement régressives de « Rani ». Il n’y a guère qu’avec « Nicolas le Floch » que j’ai du mal. C’est sans doute l’exception qui confirme la règle.

Je n’étonnerai donc personne en avouant que je suis fan de « Castle » : la série policière du lundi soir un poil surréaliste avec une flic super sexy (le lieutenant Kate Becket) accompagnée d’un écrivain « toutou » (Richard Castle) qui se promène sur les scènes de crime avec un gilet pare-balles sur lequel on peut lire l’inscription « Writer ».

Deux ressorts principaux dans la série :
– Le mystère du meurtre de la mère de Becket ;
– La relation entre Becket et Castle.

Cela faisait un moment qu’on savait qu’il y aurait forcément un lien entre les deux thématiques et que le dénouement de l’une conditionnerait celui de l’autre. Restait à savoir quand et comment ? Il eut été tentant pour le réalisateur de faire durer éternellement le petit-jeu à la « Tom et Jerry » de Richard et Kate. Si Tom avait dévoré Jerry, Hanna Barbera aurait nécessairement dû mettre la clef sous la porte. À ma connaissance, la relation entre John Steed et Emma Peel, les héros mythiques de « chapeau melon et bottes de cuire » n’a jamais vraiment évolué (a l’époque, c’est vrai que je ne donnais pas autant d’importance à ces aspects du scénario).

Toutefois, imperceptiblement, au fil des épisodes, on sentait une progression du lien qui unissait Richard et Kate. Peu à peu, la « conclusion » est apparue comme étant incontournable.

Mais alors, s’ils sortent ensemble, que va devenir la série ? Pourra-t-elle survivre aux ébats de la superflic et de l’écrivain ?

Ce soir, le dernier épisode de la saison trois était diffusé à l’heure habituelle. Je l’ai attendu sans trop croire à un dénouement. J’ai été bluffé. Tout à explosé en même temps en un gigantesque feu d’artifice. Les meurtriers de la mère de Becket sont apparus en pleine lumière et Castle s’est enfin décidé à déclarer sa flamme.

Le dernier plan de l’épisode peut laisser penser que tout est fini. Heureusement, Télérama a mangé la grenouille en annonçant une saison quatre pour septembre.
Toutefois, rien ne sera plus comme avant : le capitaine Montgomery est mort et Tom va dévorer Jerry. Et si Télérama s’était trompé ?

Edouard

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Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Mikael Blomkvist, reporter chez Millenium, un grand journal d’investigation suédois, est temporairement mis au tapis par un homme d’affaires auquel il s’est attaqué. Un soutien inattendu va lui arriver du nord du pays. Henrik Vanger lui apportera les éléments qui lui permettront de refaire surface s’il accepte d’enquêter sur la disparition de sa nièce. Dans ses recherches, Blomkvist sera assisté par une hackeuse : Lisbeth Salander.

Moins de trois ans après la première adaptation cinématographique de la saga de Stieg Larsson (publiée entre 2005 et 2007), David Fincher propose sa version du premier volet de la trilogie. On pouvait reprocher à l’adaptation très nordique de Niels Arden Oplev un manque de moyens, une fidélité peut-être un peu trop appuyée au roman original et une certaine lenteur dans l’action.

Fincher prend ses aises. On sent en effet plus de moyens et peut être une plus grande maîtrise du scénario.
Le titre en anglais est « The girl with a dragoon tatoo ». Le personnage principal pour le réalisateur américain n’est donc plus Mikael Blomkvist, mais Lisbeth Salander.

Rooney Mara fait ce qu’elle peut, mais trois obstacles l’empêchent de monter sur la première place du podium.

Le scénario d’abord. Larsson avait fait le choix de ménager son importance (dans le premier volet), ce qui la mettait en valeur sans trop l’exposer. En la poussant au-devant de la scène, Fincher lui met d’emblée la barre très haute.

Daniel Craig ensuite. J’avais un peu du mal à imaginer celui qui incarne en ce moment James Bond à l’écran dans le rôle de Blomkvist. Craig a beau faire tout ce qu’il peut pour s’effacer, on ne peut s’empêcher de lui trouver un air de 007. Pour couronner le tout, le générique très sophistiqué du début semble un copier/coller de ceux qui introduisent chacune des aventures du célèbre espion britannique.

L’ombre de Noomi Rapace enfin. La Lisbeth de l’adaptation de 2009 avait un charme animal extraordinaire, proche de celui de Milla Jojovitch dans le Cinquième élément.
Rooney Mara, en dépit de l’immense dragon tatoué sur son corps et de ses nombreux piercings, semble plus sage. Dans certaines prises, je lui ai trouvé des faux airs de Julia Roberts et avec la perruque blonde qu’elle porte à la fin, elle m’a fait penser à Mélanie Laurent.

Globalement, la version de Fincher reste tout de même un très bon divertissement. Pour la suite, j’aimerais bien qu’il réalise la scène de l’ouragan décrite par Larsson au début du deuxième tome. Peut-être faute de moyens, le réalisateur de 2009 l’avait escamotée.

Edouard

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Deux sœurs pour un roi (Philippa GREGORY)

« Introduite au palais de Westminster, à l’âge de 14 ans, Marie Boleyn séduit le roi Henri VIII auquel elle donnera deux enfants. D’abord éblouie par le souverain, elle comprend qu’elle sert d’appât au milieu des complots dynastiques. Quand l’intérêt du roi pour elle s’émousse, Anne est chargée de le séduire à son tour.

Désir, haine, ambitions, trahisons. Se déroulant sur quinze ans, cette fresque historique, racontée à la première personne par Marie Boleyn, dépeint les rivalités au sein de la dynastie des Tudor. Une histoire qui se terminera dans le sang. »

« Véracité des dialogues et souci du détail propulsent le lecteur jusque dans les appartements privés de Henri VIII. » The Times.

Compte tenu de ce que l’on sait exactement de cette époque et de ces deux dames (fort peu de choses, quelques suppositions), il est évident que pour remplir 660 pages, il a fallu beaucoup d’imagination et de cancans.

Le livre commence, continue et finit dans le sang. (Beaucoup de fausses couches). Ces dames passaient leur temps en bal, repas, chasse (tout gibier), frivolités, messes, broderie et perfidies.

Quant à la traduction, elle tient des mots croisés et des mots muets. Un petit boulot supplémentaire. J’adore !

Pour les amateurs du genre ! Il se laisse lire.

La Martine

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Stefan Zweig, l’ami blessé

Bona Dominique, Grasset, 2010, 460 p. + 8 de photos

Quand on veut « paraître » avoir une grande culture, il est de « bon ton » d’avoir lu Zweig. « Il faut » avoir lu tous les « classiques » des « intellectuels », bien évidemment « philosophes » puisqu’ils témoignent d’une époque qui n’existe plus, mais qui « devrait » nous servir d’expérience.
Vous venez de lire, entre guillemets, un échantillon des mots qui me hérissent.
Je suis tombée par hasard sur sa biographie. Voilà une bonne occasion de découvrir le bonhomme et de comprendre mes réticences.

De la légèreté à la mort.

1900, Vienne, la valse, les concerts, les théâtres, les bals, les artistes et intellectuels qui se réunissent dans des cafés célèbres, François-Joseph, le père de la nation et sa romantique Sissi ; la belle vie pour les bourgeois et les aristocrates. [Les autres sont occultés.]
Moritz Zweig, riche fabriquant, juif laïque, ne veut qu’une chose, s’intégrer. Il veut être autrichien, mais pas juif. Il faut savoir rester à sa place, ne jamais rien demander, ne pas faire tache ni aucun remous. Tout est dans l’apparence. C’est ainsi qu’il va éduquer ses enfants. Ils doivent devenir des Autrichiens cultivés. L’aîné prendra la suite du père. Comme lui, il est sage, pondéré, réfléchi, stable. Au contraire, son cadet, Stefan, est un enfant très gai, enjoué, mais capable de déprime et de grosses crises de colère. « Neurasthénie », disent les médecins. Étouffé et surchargé de cours, il apprendra à dissimuler ses émotions et à haïr l’autorité.
En 1900, Stefan a 19 ans, le bac en poche et, grâce à sa rente à vie, il vole de ses propres ailes. Pour faire plaisir à ses parents et devenir « Doktor » il s’inscrit en philosophie, la matière qui demande le moins de présence. Il vit la nuit et voyage beaucoup pour approfondir sa culture.
Bien que timide et secret, il va au-devant des autres. [C’est-à-dire, des intellectuels qu’il admire.]
Toute sa vie, ce sera un homme guindé, « aux manières feutrées, au sourire d’exquise courtoisie », enthousiaste pour les autres, semblant ouvert à tous et généreux. [Du moins, dans ses phases euphoriques, car Zweig n’est ni plus ni moins qu’un bipolaire, un maniaco-dépressif, un paranoïaque lucide, comme on dit maintenant.]
Sa lucidité et son hypersensibilité lui permettent de ressentir la souffrance des autres et d’anticiper l’avenir. Dès la guerre de 14, il craint l’Anschluss et le démembrement de son Autriche adorée. Il fait la guerre dans un bureau d’archives, mais ce que ses amis, combattants, écriront, le bouleversera. Il passe 10 jours en Galicie et découvre les ghettos. Ses origines refont surface ce qui le fragilise encore plus.
Les privations des crises d’après-guerre et de 1930 ne le touchent guère financièrement. En 1922 la parution de « Amock » lui offre l’envié statut d’écrivain mondialement connu. [Jusque là, il n’était connu que d’une élite. Ah l’Élite ! …] Il ne comprend pas. Il pense que ses amis sont meilleurs que lui. Il n’en devient que plus riche. Il se dit « privilégié et malheureux de l’être. » [Je le crois sincère, mais grâce à son don de prémonition, il est toujours ailleurs quand les évènements se passent.]
En 1929, « les vieux démons fascistes et révolutionnaires » se réveillent. Il faut être rouge ou noir. [Ah ce « il faut » !] Zweig est apolitique et abstentionniste. L’appartenance à un drapeau, à une idéologie est trop restrictive pour lui. Il se veut « homo pro se » comme Érasme. [La traduction « pour lui-même » ne me plaît pas. Je dirais : fidèle à lui-même. Son idée de monde uni et en paix grâce à la culture est loin d’être égoïste. Utopique, certes, mais pour l’instant, il croit encore à quelque chose.]
En 1933, Hitler arrive, légalement, au pouvoir. Une fois de plus, Zweig pressent le danger et incite sa famille et ses amis à partir (du moins ceux qui sont encore en Autriche). Lui-même hésite à s’arracher à son pays, à ses racines. Ce n’est qu’après la visite de policiers dans son nid d’aigle, son refuge, en haut de Salzburg qu’il part pour Londres. Le grand Zweig, mondialement connu est accueilli à bras ouverts. Ce qui lui permet d’aider moralement, physiquement et financièrement ses amis réfugiés. [Il n’est pas égoïste avec ses amis.]
Après l’Anschluss en mars 1938, il n’est plus qu’un « immigré ennemi ». Si sa première épouse, Friderike, lui avait servi d’infirmière, d’antidépresseur et de bonne à tout faire, la deuxième, Lotte est une femme fragile, asthmatique, effacée, qui l’admire, vit dans son ombre, a 27 ans de moins que lui, mais ne lui est d’aucuns secours. De materné, il paterne. Ce qui le fatigue. [Misogyne ?]
Il lui faudra attendre longtemps son passeport britannique et son visa pour les USA. Là aussi, son accent allemand le désigne comme un ennemi. En août 1941, il s’installe au Brésil. C’est un homme brisé, fatigué et qui ne croit plus à rien. Sa patrie, ses rêves se sont effondrés. Le 21 février 1942, il décide de ne plus rien voir. « À quoi sert de prolonger la vie, quand elle a été incomplètement vécue ? »
[Mon avis est que, refoulé et introverti, Zweig a vécu à travers les autres en prenant toutes les souffrances sur ses épaules. Je ne suis absolument pas persuadée que sa judaïcité en soit la cause.]

La biographie :

Zweig disait de lui qu’il était « un écrivain concis et efficace ». Mme Bona rajoute : « Tous ses ouvrages – même les biographies – sont brefs. Ils tiennent parfois en une dizaine de pages. Les nouvelles ne dépasse pas, pour les plus longues, une centaine de pages, les biographies, deux cents ou deux cent cinquante, guère plus. Comme lecteur, Zweig avoue avoir horreur des longueurs – descriptions, portraits trop développés, situations qui n’en finissent pas – et applique à ses propres livres ce dégoût salvateur. Il écrit en homme pressé, réussissant à ne dire que l’essentiel… (p. 227) »
Ce pavé est tout ce que l’on veut sauf ÇA ! La brave dame ayant eu l’amabilité de résumer la plupart des nouvelles et des biographies, je ne me sens plus obligée de le lire.

Lecture fastidieuse, mais assez intéressante d’autant qu’il y a aussi le « pedigree » des amis écrivains et le résumé de certaines de leurs œuvres.

À bientôt, mais dans la rubrique polar !

Martine

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