Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Mikael Blomkvist, reporter chez Millenium, un grand journal d’investigation suédois, est temporairement mis au tapis par un homme d’affaires auquel il s’est attaqué. Un soutien inattendu va lui arriver du nord du pays. Henrik Vanger lui apportera les éléments qui lui permettront de refaire surface s’il accepte d’enquêter sur la disparition de sa nièce. Dans ses recherches, Blomkvist sera assisté par une hackeuse : Lisbeth Salander.

Moins de trois ans après la première adaptation cinématographique de la saga de Stieg Larsson (publiée entre 2005 et 2007), David Fincher propose sa version du premier volet de la trilogie. On pouvait reprocher à l’adaptation très nordique de Niels Arden Oplev un manque de moyens, une fidélité peut-être un peu trop appuyée au roman original et une certaine lenteur dans l’action.

Fincher prend ses aises. On sent en effet plus de moyens et peut être une plus grande maîtrise du scénario.
Le titre en anglais est « The girl with a dragoon tatoo ». Le personnage principal pour le réalisateur américain n’est donc plus Mikael Blomkvist, mais Lisbeth Salander.

Rooney Mara fait ce qu’elle peut, mais trois obstacles l’empêchent de monter sur la première place du podium.

Le scénario d’abord. Larsson avait fait le choix de ménager son importance (dans le premier volet), ce qui la mettait en valeur sans trop l’exposer. En la poussant au-devant de la scène, Fincher lui met d’emblée la barre très haute.

Daniel Craig ensuite. J’avais un peu du mal à imaginer celui qui incarne en ce moment James Bond à l’écran dans le rôle de Blomkvist. Craig a beau faire tout ce qu’il peut pour s’effacer, on ne peut s’empêcher de lui trouver un air de 007. Pour couronner le tout, le générique très sophistiqué du début semble un copier/coller de ceux qui introduisent chacune des aventures du célèbre espion britannique.

L’ombre de Noomi Rapace enfin. La Lisbeth de l’adaptation de 2009 avait un charme animal extraordinaire, proche de celui de Milla Jojovitch dans le Cinquième élément.
Rooney Mara, en dépit de l’immense dragon tatoué sur son corps et de ses nombreux piercings, semble plus sage. Dans certaines prises, je lui ai trouvé des faux airs de Julia Roberts et avec la perruque blonde qu’elle porte à la fin, elle m’a fait penser à Mélanie Laurent.

Globalement, la version de Fincher reste tout de même un très bon divertissement. Pour la suite, j’aimerais bien qu’il réalise la scène de l’ouragan décrite par Larsson au début du deuxième tome. Peut-être faute de moyens, le réalisateur de 2009 l’avait escamotée.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Deux sœurs pour un roi (Philippa GREGORY)

« Introduite au palais de Westminster, à l’âge de 14 ans, Marie Boleyn séduit le roi Henri VIII auquel elle donnera deux enfants. D’abord éblouie par le souverain, elle comprend qu’elle sert d’appât au milieu des complots dynastiques. Quand l’intérêt du roi pour elle s’émousse, Anne est chargée de le séduire à son tour.

Désir, haine, ambitions, trahisons. Se déroulant sur quinze ans, cette fresque historique, racontée à la première personne par Marie Boleyn, dépeint les rivalités au sein de la dynastie des Tudor. Une histoire qui se terminera dans le sang. »

« Véracité des dialogues et souci du détail propulsent le lecteur jusque dans les appartements privés de Henri VIII. » The Times.

Compte tenu de ce que l’on sait exactement de cette époque et de ces deux dames (fort peu de choses, quelques suppositions), il est évident que pour remplir 660 pages, il a fallu beaucoup d’imagination et de cancans.

Le livre commence, continue et finit dans le sang. (Beaucoup de fausses couches). Ces dames passaient leur temps en bal, repas, chasse (tout gibier), frivolités, messes, broderie et perfidies.

Quant à la traduction, elle tient des mots croisés et des mots muets. Un petit boulot supplémentaire. J’adore !

Pour les amateurs du genre ! Il se laisse lire.

La Martine

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Stefan Zweig, l’ami blessé

Bona Dominique, Grasset, 2010, 460 p. + 8 de photos

Quand on veut « paraître » avoir une grande culture, il est de « bon ton » d’avoir lu Zweig. « Il faut » avoir lu tous les « classiques » des « intellectuels », bien évidemment « philosophes » puisqu’ils témoignent d’une époque qui n’existe plus, mais qui « devrait » nous servir d’expérience.
Vous venez de lire, entre guillemets, un échantillon des mots qui me hérissent.
Je suis tombée par hasard sur sa biographie. Voilà une bonne occasion de découvrir le bonhomme et de comprendre mes réticences.

De la légèreté à la mort.

1900, Vienne, la valse, les concerts, les théâtres, les bals, les artistes et intellectuels qui se réunissent dans des cafés célèbres, François-Joseph, le père de la nation et sa romantique Sissi ; la belle vie pour les bourgeois et les aristocrates. [Les autres sont occultés.]
Moritz Zweig, riche fabriquant, juif laïque, ne veut qu’une chose, s’intégrer. Il veut être autrichien, mais pas juif. Il faut savoir rester à sa place, ne jamais rien demander, ne pas faire tache ni aucun remous. Tout est dans l’apparence. C’est ainsi qu’il va éduquer ses enfants. Ils doivent devenir des Autrichiens cultivés. L’aîné prendra la suite du père. Comme lui, il est sage, pondéré, réfléchi, stable. Au contraire, son cadet, Stefan, est un enfant très gai, enjoué, mais capable de déprime et de grosses crises de colère. « Neurasthénie », disent les médecins. Étouffé et surchargé de cours, il apprendra à dissimuler ses émotions et à haïr l’autorité.
En 1900, Stefan a 19 ans, le bac en poche et, grâce à sa rente à vie, il vole de ses propres ailes. Pour faire plaisir à ses parents et devenir « Doktor » il s’inscrit en philosophie, la matière qui demande le moins de présence. Il vit la nuit et voyage beaucoup pour approfondir sa culture.
Bien que timide et secret, il va au-devant des autres. [C’est-à-dire, des intellectuels qu’il admire.]
Toute sa vie, ce sera un homme guindé, « aux manières feutrées, au sourire d’exquise courtoisie », enthousiaste pour les autres, semblant ouvert à tous et généreux. [Du moins, dans ses phases euphoriques, car Zweig n’est ni plus ni moins qu’un bipolaire, un maniaco-dépressif, un paranoïaque lucide, comme on dit maintenant.]
Sa lucidité et son hypersensibilité lui permettent de ressentir la souffrance des autres et d’anticiper l’avenir. Dès la guerre de 14, il craint l’Anschluss et le démembrement de son Autriche adorée. Il fait la guerre dans un bureau d’archives, mais ce que ses amis, combattants, écriront, le bouleversera. Il passe 10 jours en Galicie et découvre les ghettos. Ses origines refont surface ce qui le fragilise encore plus.
Les privations des crises d’après-guerre et de 1930 ne le touchent guère financièrement. En 1922 la parution de « Amock » lui offre l’envié statut d’écrivain mondialement connu. [Jusque là, il n’était connu que d’une élite. Ah l’Élite ! …] Il ne comprend pas. Il pense que ses amis sont meilleurs que lui. Il n’en devient que plus riche. Il se dit « privilégié et malheureux de l’être. » [Je le crois sincère, mais grâce à son don de prémonition, il est toujours ailleurs quand les évènements se passent.]
En 1929, « les vieux démons fascistes et révolutionnaires » se réveillent. Il faut être rouge ou noir. [Ah ce « il faut » !] Zweig est apolitique et abstentionniste. L’appartenance à un drapeau, à une idéologie est trop restrictive pour lui. Il se veut « homo pro se » comme Érasme. [La traduction « pour lui-même » ne me plaît pas. Je dirais : fidèle à lui-même. Son idée de monde uni et en paix grâce à la culture est loin d’être égoïste. Utopique, certes, mais pour l’instant, il croit encore à quelque chose.]
En 1933, Hitler arrive, légalement, au pouvoir. Une fois de plus, Zweig pressent le danger et incite sa famille et ses amis à partir (du moins ceux qui sont encore en Autriche). Lui-même hésite à s’arracher à son pays, à ses racines. Ce n’est qu’après la visite de policiers dans son nid d’aigle, son refuge, en haut de Salzburg qu’il part pour Londres. Le grand Zweig, mondialement connu est accueilli à bras ouverts. Ce qui lui permet d’aider moralement, physiquement et financièrement ses amis réfugiés. [Il n’est pas égoïste avec ses amis.]
Après l’Anschluss en mars 1938, il n’est plus qu’un « immigré ennemi ». Si sa première épouse, Friderike, lui avait servi d’infirmière, d’antidépresseur et de bonne à tout faire, la deuxième, Lotte est une femme fragile, asthmatique, effacée, qui l’admire, vit dans son ombre, a 27 ans de moins que lui, mais ne lui est d’aucuns secours. De materné, il paterne. Ce qui le fatigue. [Misogyne ?]
Il lui faudra attendre longtemps son passeport britannique et son visa pour les USA. Là aussi, son accent allemand le désigne comme un ennemi. En août 1941, il s’installe au Brésil. C’est un homme brisé, fatigué et qui ne croit plus à rien. Sa patrie, ses rêves se sont effondrés. Le 21 février 1942, il décide de ne plus rien voir. « À quoi sert de prolonger la vie, quand elle a été incomplètement vécue ? »
[Mon avis est que, refoulé et introverti, Zweig a vécu à travers les autres en prenant toutes les souffrances sur ses épaules. Je ne suis absolument pas persuadée que sa judaïcité en soit la cause.]

La biographie :

Zweig disait de lui qu’il était « un écrivain concis et efficace ». Mme Bona rajoute : « Tous ses ouvrages – même les biographies – sont brefs. Ils tiennent parfois en une dizaine de pages. Les nouvelles ne dépasse pas, pour les plus longues, une centaine de pages, les biographies, deux cents ou deux cent cinquante, guère plus. Comme lecteur, Zweig avoue avoir horreur des longueurs – descriptions, portraits trop développés, situations qui n’en finissent pas – et applique à ses propres livres ce dégoût salvateur. Il écrit en homme pressé, réussissant à ne dire que l’essentiel… (p. 227) »
Ce pavé est tout ce que l’on veut sauf ÇA ! La brave dame ayant eu l’amabilité de résumer la plupart des nouvelles et des biographies, je ne me sens plus obligée de le lire.

Lecture fastidieuse, mais assez intéressante d’autant qu’il y a aussi le « pedigree » des amis écrivains et le résumé de certaines de leurs œuvres.

À bientôt, mais dans la rubrique polar !

Martine

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Hergé fils de Tintin

Georges Remi 1907-1983, sa vie et son œuvre racontées par Benoît Peeters, auteur de bandes dessinées.

S’il fallait résumer se récit en un mot, ce serait « scotchant » ; pas seulement à cause du fameux bout de scotch du capitaine Haddock (« vol 714 pour Sidney » ou « Tintin et les Picaros », je ne sais plus) ni à cause du whisky Loch Lomond que le marin barbu affectionne tout particulièrement, mais aussi, et surtout à cause du récit captivant du parcours de l’homme qui organisera sa vie pendant 47 ans autour du jeune reporter.

On suivra les différentes étapes de l’élaboration de l’univers de l’homme à la houppe, album par album : la mise à l’étrier par un prêtre très conservateur, l’abbé Wallez qui se ressentira dans les premières aventures. La rencontre avec Tchang qui changera son univers à partir du « Lotus bleu ». La très controversée « Étoile mystérieuse » écrite en 1942 et qui lui vaudra beaucoup d’ennuis à la libération. L’amour de la comédie humaine de Balzac qui trouve un écho dans « Coke en stock » et « Les bijoux de la Castafiore » ; deux albums entre lesquels se glissera le très introspectif « Tintin au Tibet »…

Et Hergé dans tout ça ? Il évoluera beaucoup au cours de sa vie. Il était influençable, pour le meilleur et pour le pire. Il était un peu transparent, comme Tintin qui ne commencera que très tardivement à prendre du poids avec ses aventures himalayennes. Accablé par son héros, il traversera une longue dépression avant de reprendre le dessus dans les années 60.
Il régnera durant de nombreuses années en maître sur la bande dessinée européenne avant d’être talonné par de nouveaux venus. Pour ne pas que son héros se fasse terrasser par un irréductible Gaulois, Hergé écrira « Vol 714 pour Sidney », album dans lequel il fera partager ses goûts pour le paranormal.

À partir de 1945 et jusqu’à la fin de sa vie, il sera rongé par l’attitude collaborationniste qu’on lui reprochera.

Hergé- Mes dessins n’avaient rien de choquant.

L’Histoire- pas tous, mais quand même quelques-uns, emprunts d’un antisémitisme sans équivoque. Et surtout, des dessins publiés dans un journal qui était aux mains des Allemands. Les gens l’achetaient pour lire les aventures de Tintin.

En 1976, « Tintin et les Picaros », la dernière aventure du reporter, mettra en scène un Tintin très « gauchisé ». Ultime volonté de rédemption ? L’album sera mal accueilli par les milieux de gauche : c’est à Hergé qu’ils en veulent, pas à Tintin.

Hergé, c’est enfin une icône du XXe siècle. Né à la belle époque, il mourra au début des années 80, des suites d’une longue maladie de sang. Peut-être du fait des nombreuses transfusions qu’on lui fit alors subir, il sera victime d’un mal mystérieux qu’on n’appelait pas encore « SIDA ».

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Drood

1865 : Charles Dickens se trouve dans un train qui s’apprête à franchir un pont. Quelques secondes plus tard, la locomotive déraillera et entraînera dans sa chute la plupart des wagons qui précédent celui de l’écrivain. Dickens apportera son secours aux blessés et descendra au fond du ravin. Il y rencontrera un être aussi étrange que fantomatique qui changera sa destinée : Drood. Wilkie Collins, un proche de Dickens, narrera dans les 850 pages qui suivront, les conséquences de l’accident.

L’écrivain Wilkie Collins, dont je n’avais jamais entendu parler avant d’ouvrir Drood, a bien existé. Son entrée sur Wikipédia est assez bien fournie. Curieusement, elle l’est beaucoup plus que celle de Charles Dickens.

C’est peu dire que Drood est une prouesse littéraire. C’est un véritable festival. Dan Simmons jongle admirablement avec tous les genres et bouscule les codes de la littérature sans les violer pour autant. Il innove même et invente le roman rétrofuturiste puisqu’il est censé être écrit en 1879 pour nous, lecteurs du XXIe siècle.

Le livre commence par un tableau assez académique de la société victorienne. Il se poursuit par une descente aux enfers au sens dantesque du terme : bas fonds, crypte, murs suintants, enfants déguenillés, vieillards décharnés, coupe-jarrets, cadavres en décomposition, sectes diaboliques, opium…tous les ingrédients du genre gothique sont là.

Qui est Drood ? Un homme de chair et d’os ? Un génie du mal ? Un magnétiseur fou ? Un ancêtre du docteur Mabuse de Fritz Lang ? Un fantôme ? L’âme du petit peuple de Londres qui vit dans les profondeurs de la capitale, prêt à se révolter à chaque instant (une très brève allusion à la « première internationale » créée à Londres en 1864 est faite) ?

Petit à petit, le narrateur prend le dessus sur les événements qu’il relate. On voit le vrai visage de Wilkie Collins. Drood devient un démon intérieur.

Est-ce Drood qui transforme le « bon vieux Wilkie » en monstre sanguinaire ou est-ce Collins qui crée Drood pour ne pas avoir à assumer sa propre déchéance ?
Quel peut être la place de Drood dans l’esprit d’un personnage rongé par la maladie (la goutte) et l’opium qu’il absorbe de manière immodérée, en particulier sous forme de laudanum ? Quelle crédibilité accorder aux propos d’un narrateur aussi délabré ? La réalité que le lecteur devinera derrière les délires de Collins n’en sera plus que saisissante.

Drood pourrait aussi être l’histoire de l’artiste dépeint par Aznavour dans « je me voyais déjà ». Un écrivain qui enrage de vivre dans l’ombre du maître Dickens. Un écrivain détruit tant par la fascination que par la haine qu’il éprouve pour l’auteur de David Copperfield. Un écrivain convaincu de sa médiocrité et qui espère néanmoins rester dans l’Histoire en s’adressant à des lecteurs du futur.

Drood, c’est en tout cas un livre poignant qui me marquera durablement.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Du manège dans les paroles

Il y a six mois, je faisais part à mes lecteurs de ma colère consécutive à l’arrivée de « chéri(e) fais les valises ! », la nouvelle émission de Nagui qui venait éclipser « n’oubliez pas les paroles ».
Aujourd’hui, j’ai toutes les raisons d’être satisfait puisque, comme je l’appelais de mes vœux, « chéri(e) fais les valises ! » n’est plus et que mon karaoké bien aimé est revenu.
Je trouve que la nouvelle formule est encore meilleure que celle qu’on pouvait voir avant les vacances.
Je dois le reconnaître, la formule initiale était sympa, mais un peu simpliste, le risque avec les émissions sympas, mais simplistes, c’est la sclérose, le risque de finir dans le placard des dinosaures télévisuels avec les chiffres et les lettres, l’eurovision, miss France et Michel Drucker.
Le coup des bonus/malus que voit le téléspectateur, mais pas le candidat, c’est sympa, ça met un peu de piment, un peu de suspense. Le nouveau joker qui permet de changer de chanson…pas très utile, mais sympa aussi. Il rappelle que le plaisir est d’entendre les gens chanter le plus longtemps possible.

Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est le changement de thème hebdomadaire. Ça, c’est vraiment bien, on sent qu’on est dans la créativité permanente, qu’on fait évoluer le concept.
À la rentrée, il y a eu les célébrités, puis les sosies…cette semaine, c’est les célibataires.
Un zeste de « tournez manège » dans « n’oubliez pas les paroles » ? Pourquoi pas si c’est expérimental, si ça ne continue pas 30 ans. Comme dit Johnny, « on peut juste essayer pour voir ».

Tout d’abord, il faut des célibataires, ingrédient qui a fait le succès de l’émission phare des années 80. Une femme choisit entre deux hommes qui chantent devant elle. Quels sont les critères de sélection de la candidate ? Très subjectifs, on imagine. Voilà le premier couple sur la piste. Quand ils ne chantent pas, on observe leur comportement. Que vont-ils faire quand ils vont répondre juste à une question ? Rien ? La bise ? Se serrer la main ? À la fin des deux premières chansons, la femme se tourne vers l’homme, mais celui-ci ne semble pas s’en apercevoir. À la troisième, l’homme se décide enfin à se retourner vers la candidate, mais elle ne le regarde pas. Le lendemain, la glace n’a pas vraiment l’air d’avoir été brisée. À 35000€, il attaque et décide de l’embrasser. Elle se laisse faire sans conviction.

La nouvelle candidate est une petite jeune frisée toute mimi avec chapeau et salopette. On retrouve le prétendant malheureux de la veille face à un petit jeune. Le malheureux chante « cœur de loup » de « Jean Jacques Lafontaine ». On a mal pour lui…elle n’était pas née en 89 ! Le petit jeune chante « machistador » de « M ». Elle a les yeux qui brillent en le regardant. L’animateur tente de faire durer le suspens, mais on sait déjà qui a gagné. Deuxième râteau en deux jours, le type est un peu secoué. Naguy s’en aperçoit et semble gêné : il aura une dernière chance. Après, c’est du sadisme. Il y a peut-être un truc à creuser pour consoler le lourdé ? À voir…on innove, on innove. Pourvu que ça dure !

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Blackthorn

Butch Cassidy, le célèbre gangster américain, ne serait pas mort en Bolivie en 1908 comme le veut la version officielle. Le film se fonde sur des recherches ADN effectuées en 1991 qui tendaient à prouver que les restes présumés de Robert Leroy Parker (Butch Cassidy) et de son comparse Harry Longabaugh (Sundance Kid) ne pouvaient être les leurs (Parker avait 12 frères et sœur, ce qui facilite les comparaisons génétiques).
On retrouve donc Butch 20 ans plus tard, toujours en Bolivie, mais sans « le Kid », mort entre temps. Le vieux cow-boy qui se fait appeler James Blackthorn, fossile vivant de l’histoire de l’ouest (très bien incarné par Sam Shepard) décide de rentrer au pays. En chemin, il fait la rencontre d’Eduardo, un jeune ingénieur qui a volé un gros propriétaire minier. Eduardo sera le nouveau Kid de Butch avec lequel, l’espace d’une aventure, il va retrouver la vigueur qu’il pensait avoir perdu.

Le scénario n’est qu’un prétexte. L’intrigue se déroule avec la lenteur qui convient à l’âge du vieux Butch qui ne goûte plus que modérément le parfum de l’aventure, contrairement à Eduardo qui, ayant fini par découvrir la véritable identité de Blackthorn, n’en revient pas de faire équipe avec une légende vivante.

L’acteur principal de Blackthorn, c’est la Bolivie avec ses paysages à couper le souffle. En particulier, les scènes principales tournées au milieu du « Salar de Uyuni », le plus grand désert de sel du monde, sont époustouflantes.

Le plus beau plan qui, à mon sens, résume tout le film, nous montre Cassidy sur un cheval exténué qui ne se déplace plus qu’à tout petits pas, suivi à la même allure à quelques centaines de mètres par un homme parti à sa recherche.
L’issue de la poursuite ne dépend plus de l’habileté du vieillard, mais de sa capacité à résister à l’aridité des lieux irradiés par un soleil implacable.

Un beau film sur la relativité du mot « aventure », sur le vieillissement, sur ce qui compte dans une vie. Perdu dans un monde qu’il ne reconnaît plus et qui le considère comme un fantôme, Butch ne peut que mettre un point final à ses aventures. La rencontre avec Eduardo aura été le dernier soubresaut d’un temps qui n’est plus et qui n’a plus lieu d’être.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Baudolino

XIIe siècle. Baudolino, conseiller de Fréderic Barbe Rousse, souverain du Saint Empire Romain germanique, raconte ses aventures rocambolesques à Nicétas, un homme rencontré au cours du sac de Constantinople par les croisés.

Difficile de résumer un livre de plus de 660 pages qui est plus une épopée relatant les différents moments de la vie du héros qu’une intrigue très construite du genre de Da Vinci Code ou Millenium. Ce genre de récit, vieux comme l’histoire de la littérature (l’épopée de Gilgamesh : IIe millénaire av JC) n’est plus très à la mode aujourd’hui et il m’a fallu un moment pour m’y habituer. Je me suis aussi rapidement rendu compte que la lecture de l’ouvrage convenait peu au rythme des trajets quotidiens de RER et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles j’ai mis un temps phénoménal à le terminer. Pour déguster ce roman-fleuve, privilégiez les vacances, la plage et l’insouciance au stress quotidien qui convient mieux aux romans rythmés.

L’histoire maintenant. D’un point de vue historique, j’ai beaucoup appris sur l’histoire d’une région de l’Europe qui correspond à la Bavière, la Suisse et le nord de l’Italie. Tout ça, comme dans les romans d’Eco, est raconté dans un style qui mélange érudition et légèreté. Toutefois, contrairement au Pendule de Foucauld et plus encore qu’avec la Nom de la Rose, c’est la légèreté qui prime, frisant ainsi avec la commedia Del Arte.

À partir de la mort de Fréderic, on bifurque dans le fantastique. Le personnage de Baudolino se creuse et nous arrivons petit à petit dans un tableau de Jérôme Bosch, au milieu de personnages fabuleux qui se perdent dans d’interminables querelles théologiques. On bascule ensuite dans l’héroic fantasy avec une menace guerrière couplée d’une belle romance. On quitte à ce moment la théologie pour aborder la philosophie.

Puis on revient au commencement et aux quelques années qui vont suivre, jusqu’à la fin du héros.

Un très beau livre sur un personnage qui a le physique de Sancho Panza et qui pense comme Don Quichotte. Comme dans le roman de Cervantes, l’ouvrage s’articule autour de la notion de vérité. Nous sommes prévenus dès le départ, Baudolino est un menteur. Pourtant, derrière son récit fabuleux, on finit par percevoir quelques accents de vérité, c’est ce qui rend le personnage touchant.

Un grand livre à lire en prenant son temps, un livre qui ne se dévore pas, mais qui vous bouleverse lentement.

Texte: Edouard

Illustration: Magali

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Les reliques de la mort (2)

Pour tuer le terrible Voldemort, Harry Potter va devoir trouver et détruire les reliques de la mort cachées dans des Horcruxes. Pendant ce temps, Poudlard est assiégée par les forces du mal : la résistance s’organise.

Non Potterophones, s’abstenir. Moi-même, je ne connais que quelques mots et je ne maîtrise leur orthographe qu’à grands coups de Google. Ces mots étranges qui échappent au monde des non-initiés ont certainement joué un grand rôle dans le succès de l’œuvre de J.K Rowling.

Pour le reste, le mystère reste entier, en tout cas pour moi. Je n’ai jamais accroché avec les Harry Potter, sauf peut être avec « les reliques de la mort (1) » que j’ai regardé en vidéo à la demande et qui m’a semblé un peu plus charnu que les autres épisodes.

Pour moi, Harry Potter restera un mix entre Star Wars, Le Seigneur des Anneaux et les Télétubbies, réalisé par un fan de Tim Burton.
Ce qui me fait penser à la célèbre émission de Canal +, c’est le rythme qui a mon goût, est toujours un peu lent.
Ce n’est pas seulement le combat final à la baguette laser entre Harry et Voldemort qui me fait penser à Star Wars (pour info, Voldemort n’est pas le père d’Harry). C’est tout un tas de détails incontournables pour réaliser ce genre de film, mais aussi le contraste entre les intrigues. En regardant un épisode d’Harry Potter, j’ai toujours le sentiment que 80% de l’intrigue m’échappe alors qu’avec Star Wars, n’importe quel crétin peut comprendre. Peut être que j’aurais dû lire les livres En entendant les rires des enfants dans la salle devant des scènes qui me semblaient tout ce qu’il y a de plus ordinaires, j’y ai pensé, mais bon… je suis pas motivé.
Autre livre adapté à l’écran, Le Seigneur des Anneaux qui décrit un univers « héroïc fantasy » pas trop éloigné de celui de J.K Rowling. J’ai bien conscience que je ne serai pas pleinement objectif dans la comparaison puisque j’ai fait une véritable religion de ce roman en le lisant il y a 20 ans et que l’adaptation de Peter Jackson a dépassé toutes mes espérances. Tout de même, que penser du combat final des « reliques… » qui ne semble être qu’une copie grossière de celui du « retour du roi » ? Que penser de Ron (perpétuellement à l’ouest), d’Hermione et d’Harry à côté des personnages de Tolkien ? Le seul personnage d’ « Harry » que je trouve intéressant, c’est Severus Rogue, la touche Burtonienne qui, à mes yeux, contribue à sauver la saga et qui m’incite à me dire qu’il faudrait peut être un jour que je me décide à lire « Harry Potter ».

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

L’armée furieuse

Double enquête pour le commissaire Adamsberg. À Paris, il traque le meurtrier d’un industriel retrouvé carbonisé dans sa voiture. Au cœur de la Normandie profonde, il est confronté à une armée de spectres.

Les fans auront attendu 3 ans la suite des aventures du « pelleteur de nuages » et de son équipe.
Depuis ses premiers romans, on trouve des incohérences dans les intrigues de Fred Vargas. Elle a fini par en faire un art. Dans « l’armée furieuse », l’écrivain nous explique que cette incohérence fait partie du mode de pensée du commissaire rêveur.

Le titre du dernier opus de l’écrivain-archéozoologue aurait en effet pu être « dans la peau de Jean-Baptiste Adamsberg ». La double enquête semble un prétexte. On n’en sait pas beaucoup plus sur les personnages secondaires. L’écrivain s’attarde uniquement sur la rivalité entre Danglard et Veyrenc dans le rôle de l’ami fidèle du commissaire. Une rivalité qui ne m’a pas semblé très crédible. Est-ce une volonté de Fred Vargas d’écarter Danglard ? Serait-elle lassée, comme Abelsberg, par l’érudition du personnage. Risquait-il de faire de l’ombre à Abelsberg comme Jacques Spiesser qui incarne l’adjoint dans la série télévisée fait de l’ombre à Jean-Hugues Anglade ?

En tout cas, elle ne semble s’intéresser vraiment qu’à se qui se passe dans la tête du commissaire. On y découvre un personnage à l’orthographe douteux qui fait taper ses rapports par ses subordonnés. Un personnage qui a du mal à comprendre des jeux de mots simples. Un personnage tout en intuition qui se focalise sur des microdétails sans trop savoir pourquoi et qui finissent par devenir les clefs de voûte de ses raisonnements. Un personnage à la réputation médiocre finalement un peu comme l’inspecteur gadget, qui réussit ses enquêtes presque par hasard.

Tout ça ne manque pas de charme et est un brin surréaliste (comme l’était le père de Fred Vargas). On a le sentiment qu’elle se concentre aujourd’hui sur l’essentiel, sur son univers cotonneux et flottant, détaché de toute réalité sociale ou politique. Un idéal personnel peut-être.

Est-on toujours dans du roman policier ? Et si l’auteur se détachait peu à peu du cadre contraignant du polar pour aborder une autre forme de littérature ? L’avenir nous le dira.
Charles-Edouard

L’armée furieuse
Fred Vargas
Viviane Hamy, 2011
425p. , 19,5€

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.