Brooklyn follies

Fin des années 90, Nathan Glass, sexagénaire usé par la vie et en rémission d’un premier cancer, débarque à Brooklyn pour poursuivre une vie dont il n’attend plus grand-chose. Par le plus grand des hasards, il retrouve Tom, son neveu et ex-meilleur espoir de la famille, qui est devenu obèse et vendeur dans une librairie. Avec Harry, le patron de Tom, un ancien taulard homosexuel, l’oncle et le neveu vont former un beau trio sans avenir jusqu’au jour ou Lucy, la fille de la sœur de Tom, va faire son apparition.

J’avais entendu parler de Paul Auster, mais je n’avais jamais rien lu de lui. C’est chose faite et je ne suis pas déçu du voyage.

Brooklyn follies commence comme un remake du big Lebowski des frères Coen dans lequel on aurait fait jouer des personnages d’Almodovar. Cela ne dure cependant pas et Paul Auster fait évoluer l’intrigue en souplesse pour l’amener vers quelque chose de plus joyeux qui fait penser à la saga Malaussène de Daniel Pennac. Ce livre pourrait ainsi se résumer dans la phrase de Malraux : « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie ».

Brooklyn follies, c’est aussi une réflexion sur l’Amérique telle qu’elle était juste avant le 11 septembre, une Amérique brinquebalante et rapiécée qui était déjà bien mal en point avant l’effondrement des Twin Towers.

Bref, un ouvrage bien écrit, faussement désabusé, tendre, fin et plein d’humour dans lequel l’auteur n’hésite pas à jouer avec le lecteur.

Brooklyn follies
Paul Auster
2008
Le livre de Poche

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Une promenade magique dans Paris

Si vous êtes amoureux de Paris, si vous êtes intéressé par les sciences occultes sans vouloir toutefois leur donner plus d’importance qu’elles n’en ont et si vous pensez que Da Vinci Code est à l’ésotérisme ce que McDonald est à la cuisine, ce livre est fait pour vous.

L’ouvrage n’est pas un roman, mais une sorte d’essai-guide que l’on déguste en deux temps. L’essai tout d’abord vous initiera au BABA des sciences occultes : alchimistes, templiers, francs-maçons…ils sont tous là, remis dans leur contexte historique. Certes, les frontières entre ces différentes confréries sont poreuses et les symboles qu’elles utilisent sont souvent les mêmes, mais de là à imaginer une fille cachée du Christ ou un complot international des forces du mal, il y a de la marge.
Pour illustrer ces propos, l’auteur se réfère à un certain nombre d’édifices parisiens qui s’inscrivent dans un triangle (forcément) dont les côtés sont « Notre-Dame », « le parc Monceau » et « le Champ-de-Mars ». Ainsi, l’initiation aux sciences occultes ne passe pas par d’obscures ruelles de Belleville ou de Montmartre, mais par le Paris du tourisme, du luxe, de la consommation et du pouvoir.
Une fois la lecture terminée, maintenant armé pour jongler avec les différents concepts de l’univers de la magie, vous pourrez aborder la deuxième phase en utilisant le livre comme un guide touristique et en vous rendant à pied aux 12 (forcément) « stations ».
L’intérêt de cette deuxième partie n’est pas uniquement d’aller voir sur place les différents monuments cités dans l’ouvrage, mais de prendre conscience de l’environnement dans lequel ils s’inscrivent.
Ainsi, après avoir vu le diable de l’église Saint-Merri, les colonnes de Buren, l’Ouroboros du Louvre et les reliques d’une utopie morte au parc Monceau, vous prendrez conscience de l’hétérogénéité et de la relativité de ces symboles. Comme moi, peut-être vous laisserez vous charmer par d’autres symboles et entrerez dans une pagode l’espace d’un quart d’heure, pour voir une exposition photo sur les intérieurs chinois.
Ce qui vous marquera ensuite, c’est le peu d’intérêt accordé par les Parisiens à cette forêt de symboles. Si on peut comprendre que les enfants qui font de la voiture à pédale au champ-de- Mars ne s’intéressent pas à l’édifice révolutionnaire qui se dresse devant leurs yeux ; que penser de la foule stationnée devant l’entrée du 117 boulevard Saint-Germain, attendant dans le froid les dernières prouesses d’Harry Potter et ne voyant pas le compas et l’équerre au-dessus de la porte d’entrée de l’immeuble ?
Votre parcours se terminera à la fontaine Saint-Michel où, comme vous vous y attendrez, personne ne s’intéressera aux efforts déployés par l’archange pour maîtriser les puissances démoniaques. En rentrant chez vous, vous vous demanderez si tous ces symboles ne sont pas en fait les témoins du besoin universel de l’homme de croire en une autre réalité. Vous comprendrez alors que vous faites maintenant partie du cercle des initiés.

    Edouard     

      

Une promenade magique dans Paris

Philippe Cavalier

2010 Anne Carrière

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Potiche

1977 : Robert Pujol (Fabrice Luchini), PDG d’une usine de fabrication de parapluies dans une petite ville de Seine-et-Marne (77), mène ses employés avec une poigne de fer. Il délaisse sa femme (Catherine Deneuve), qu’il trompe avec sa secrétaire (Karin Viard). Sa fille (Judith Godreche) soutient son père corps et âme tandis que son fils, résolument à gauche, désapprouve totalement son attitude ultralibérale. Cette petite mécanique bien huilée se grippe lorsque les employés de l’usine décident de faire grève. C’est alors qu’apparaît un nouveau personnage : le maire communiste (Gérard Depardieu), ancien amant d’une nuit de la femme de Pujol.

Ne vous y méprenez pas, « potiche » n’est pas une critique sociale, mais un vaudeville, façon 21e siècle. L’originalité n’est donc pas à chercher dans le scénario. Ce n’est pas non plus dans les dialogues qu’on la trouvera : Ozon n’est ni Feydeau ni Guitry. Deux répliques de Luchini seulement font à peine sourire : « casse-toi pauvre con » et « travailler plus pour gagner plus ».

Reste le jeu des acteurs, l’esthétique et l’hommage à une époque.
Les acteurs semblent s’en donner à cœur joie et on est content de les voir s’amuser. La palme revient bien entendu à notre Gégé national et à Catherine Deneuve qui, en 1980, étaient déjà amants dans « le dernier métro ».
L’esthétique, c’est la marque du réalisateur depuis « 8 femmes ». Tous les décors sont aseptisés au maximum et viennent renforcer le côté « théâtre de boulevard » du film. On pense aussi aux comédies musicales et bien entendu : aux « parapluies de Cherbourg ».
L’époque, c’est les années Giscard, époque où les idéaux de 68, mis à mal par la crise pétrolière, commençaient à s’effriter. C’était aussi la grande époque des comédies sociales et l’on pense notamment à celles dans lesquelles jouait Pierre Richard (« le jouet » en 76, « le coup du parapluie » en 80) en éternel anarchiste rêveur et Bernard Blier en patron impitoyable.

Potiche est donc un film léger et agréable à regarder, sans plus.

Edouard

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Au fond des bois

1865, Joséphine vit avec son père, médecin d’un petit village alpin. Un beau dimanche, à la sortie de l’église, le regard de la jeune fille croise celui d’un être crasseux qui l’observe de loin. Cet étrange personnage va parvenir à s’introduire chez le médecin où il dévoilera ses singuliers pouvoirs magiques. Contre toute attente, il va séduire Joséphine qui va le suivre dans un feet-movie à travers la montagne. Arrêté, le paysan va être jugé pour sorcellerie.

Une histoire très intéressante, sur le mystère et la magie (noire ?) de tout rapport amoureux que François Truffaut aurait certainement aimé réaliser.

Nahuel Perez Biscayart est époustouflant dans le rôle du paysan, sorte de mélange entre l’Ugolin de Manon des sources et le Gollum du seigneur des anneaux ; mi-simple d’esprit, mi-génie du mal.

On ne peut malheureusement pas en dire autant d’Isild Le Besco qui surjoue son éternel numéro d’oie blanche rongée par le vice que l’on retrouve dans ses autres films. Elle paraît en effet terriblement moderne. Parachutée du XXIe siècle au milieu des rustiques montagnards des années 1850, elle semble aussi perdue dans cet univers que Jacquouille et le comte de Montmirail le furent au XXe. Jacquot voulait sans doute insister sur les différences sociales de l’époque, mais c’est un peu too much, on n’est pas chez Ken Loach.

L’une des premières scènes d’envoûtement frise aussi le grotesque et, en la voyant, on ne peut s’empêcher de penser à Winona Ryder dans Beetle-juice. Restent la très belle plastique de l’actrice et son visage surgi d’un tableau d’un peintre flamand.
Cependant, tout comme Benoît Jacquot n’est pas le réalisateur d’ « Adèle H », Isild le Besco n’est ni Scarlett Johansson, ni Isabelle Adjani qui, dans le film de Truffaut, campait une Adèle aussi folle que bouleversante.

Au fond des bois reste donc un film inégal, tant par sa réalisation que par sa distribution, mais qui se laisse cependant regarder.
Edouard

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L’aliéniste

Avant l’avènement de la médecine moderne, un psychiatre s’appelait un aliéniste.
Les seuls médicaments à sa disposition: le chloral et la cocaïne. L’histoire racontée ici commence en 1896. John Moore, un journaliste, aidé de Laszlo Kreizler (l’aliéniste), tente de débrouiller une série de crimes dans un New York sordide à souhait. Avec une
jeune femme ambitieuse et deux frères plutôt folkloriques, ils vont former un quintette assez créatif. Tout cela avec la bénédiction de Théodore Roosevelt, le futur président encore préfet à l’époque. C’est bien raconté, bien traduit, un roman policier
moderne dans une période qui ne l’est pas (encore). Sigmund Freud prendra la relève un peu plus tard. Mais ce sera une autre histoire.

Amitiés enquêteuses,
Guy (29/09/2012)

New York : 1896. Dans un quartier chaud de Manhattan, on retrouve les corps horriblement mutilés de jeunes garçons. Pour faire face à l’inefficacité de ses services ; Théodore Roosevelt, alors préfet de police de la ville, fait appel à l’aliéniste (nom donné aux psychiatres à l’époque) Laszlo Kreizler et au journaliste d’investigation criminelle John Moore. La petite équipe que vont constituer les deux hommes va se lancer à la poursuite du meurtrier en faisant usage de méthodes considérées alors comme peu orthodoxes.

Plus qu’un « grand roman », l’aliéniste est un livre qui présente un « grand intérêt ». L’ouvrage (pas loin de 600 pages) ne nous fait pas seulement découvrir la physionomie de l’île à la fin du XIXe siècle, mais nous mène aussi au cœur des débats idéologico-scientifiques qui secouaient alors les États-Unis. Enfin, il décortique le mythe du « serial killer » créé par les journalistes londoniens dans les années 1880, lors de l’affaire « Jack l’Éventreur ».

Caleb Carr s’est très bien documenté : c’est peu dire. Trop ? Non, si on décide de prendre le livre comme une sorte d’essai vulgarisé. Oui, si l’on recherche surtout une intrigue romanesque. L’action est très lente à se mettre en marche et, après les 200 premières pages, ne voyant toujours rien venir, c’est presque avec surprise qu’on la voit tout à coup prendre forme.

L’intérêt principal du livre réside donc pour moi dans le côté « essai ». Qu’est-ce qu’un tueur en série ? Un homme normal corrompu par la société ou un être diabolique qui ne mérite pas de faire partie du genre humain ? Kreizler et ses acolytes pensent qu’ils font partie de la première catégorie et, en traquant leur proie, ils cherchent aussi (et surtout ?) à étayer leur thèse. Ce qui est en jeu, ce n’est rien de moins que les bases de l’identité du pays : le rêve américain. Admettre que des conditions socio-économiques peuvent encourager de telles déviances, c’est admettre qu’il n’y a pas d’égalité face à la réussite sociale.

En conclusion, l’auteur met en évidence le fait que le serial Killer est aussi nécessaire à l’équilibre de la société américaine que celle-ci l’est au sien (si toutefois, on peut parler d’ « équilibre » pour un tueur en série).
Bref, on pouvait arriver aux mêmes conclusions en lisant un album des schtroumpfs : Gargamel est indispensable à l’équilibre du village et les petits êtres bleus donnent un sens à sa vie.

Edouard

L’aliéniste

Caleb Carr

2008

Pocket

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L’ombre du vent

1945 : Barcelone. Daniel Sempere, 11 ans, est introduit par son père dans un lieu fantasmagorique : le cimetière des livres oubliés. Là, il devra en choisir un parmi les milliers dont plus personne ne se souvient. Le hasard voudra qu’il tombe sur « l’ombre du vent » d’un certain Julián Carax qui va guider le reste sa vie.

L’ombre du vent est un livre très attachant. Ce qu’il y a de plus beau, c’est la langue. Zafón, comme beaucoup d’auteurs de langue espagnole, lie avec majesté les situations les plus sordides aux visions merveilleuses, les haines profondes aux passions exaltées et le grotesque à la sagesse.

Le plus, c’est aussi Fermín, le chétif et non moins invulnérable comparse de Daniel qui va l’accompagner sur les traces de Julián Carax.

L’ancrage historique n’est pas très détaillé, même si on devine l’ombre de Franco derrière le terrible inspecteur Fumero. Sans trop insister, Zafón, l’espace de quelques centaines de pages, ressuscite une époque révolue de l’histoire de l’Espagne, pour le meilleur et pour le pire.

Ce qui est peut-être un peu plus faible, c’est la structure globale du roman. Certains personnages, comme l’aveugle Clara, semblent se rattacher difficilement à l’intrigue. Les magnifiques développements sur la famille Aldaya (qui font penser aux « Amberson » d’Orson Welles) noient un peu l’histoire. Cependant, ces faiblesses contribuent aussi au charme du livre.

« L’ombre du vent » peut aussi être vu comme un long poème en prose sur la marche inexorable du temps et sur l’oubli. Un roman qui semble faire écho au vers d’Apollinaire : « les souvenirs sont cors de chasse dont meurt le bruit parmi le vent ».

Edouard

Carlos Ruiz Zafón
2001

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Meurtriers sans visage

Dans la campagne suédoise, un couple de fermiers est sauvagement assassiné. Kurt Wallander mène l’enquête. Seul indice de départ, la femme, quelques minutes avant de rendre le dernier souffle, a prononcé le mot « étranger ».

Ce qui m’a d’abord sauté aux yeux, c’est que le roman était terriblement mal écrit : style lourd, longueurs, dialogues sans originalité, quelques phrases qui ne veulent rien dire, fautes de français et nombreuses coquilles y compris dans l’orthographe même du nom « Wallander ». Cela m’a d’autant plus surpris que je venais de lire « Les chaussures italiennes », le dernier opus de Mankell que j’ai trouvé d’une grande beauté poétique. Dans les 100 dernières pages, on retrouve un peu du style des « chaussures ».
Quelles explications donner ? Tout d’abord, il y a sans doute une question de traducteur : Philippe Bouquet, le traducteur de « Meurtriers sans visage », n’est sans doute pas aussi bon qu’Anna Gibson qui traduira presque tous les autres romans de l’auteur (je me demande même si elle n’a pas traduit la dernière partie de « Meurtriers sans visage »).
Une explication aussi peut venir de Mankell lui-même puisque ce roman, écrit en 1991, figure en tête de la série des « Wallander » et, de manière plus générale, en tête de sa bibliographie : presque 20 ans se sont écoulés entre les deux livres.

Pour apprécier le roman, il faut se replonger dans l’immédiate après guerre froide, pleine de craintes et d’incertitudes…un monde oublié, un monde sans téléphones portables, sans internet et qui commence à peine à utiliser les tests ADN : le moyen-âge.

La personnalité de Wallander ressemble à celle de beaucoup d’enquêteurs de polars : le flic solitaire, alcoolique et divorcé qui a des problèmes relationnels avec son père et sa fille et qui drague le procureur (une femme : on n’est pas chez Almodovar). Les autres personnages ne sont pas non plus très marqués et semblent interchangeables (la fille et le père de Wallander sortent tout de même du lot).

Alors quoi ? Une dernière partie qui fait basculer le tout dans le roman noir avec une poursuite lugubre et sous la pluie au milieu d’une foire de la campagne suédoise ? Un engagement politique sans manichéisme qui préfigure un peu Stieg Larsson ? On sent un frémissement et, sans se l’expliquer vraiment, on a envie de lire la suite de la série, ne serait-ce que pour savoir comment les personnages principaux vont évoluer.

Meurtriers sans visage
Henning Mankel1
1991

Edouard

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Poulet aux prunes

L’histoire se passe à Téhéran en 1958. Nasser-Ali, marié et père de deux enfants est musicien : joueur de Tar (sorte de banjo iranien). N’arrivant plus à jouer, il décide de changer d’instrument, jusqu’au jour où il se rend compte que le problème ne vient pas de l’instrument, mais de lui-même. Petit à petit, une idée germe dans sa tête : il va se suicider. La BD est le récit des 7 jours qui précèdent l’acte fatal que nous ne verrons pas et qui sera présenté sous forme d’un rêve.

Marjane Satrapi, l’auteur du génial Persépolis qui, en 2003, a élevé l’art de la bande dessinée jusqu’à un sommet rarement atteint (et qui, à mon avis n’a d’égal que Maus d’Art Spiegelman) nous offre une bande dessinée bien triste et pour tout dire franchement déprimante. Poulet aux prunes fait penser à « J’ai 28 ans et qu’ai-je fait de ma vie » sans l’humour, l’autodérision, la critique sociale et le brin d’optimisme qui donnaient du croustillant à l’ouvrage de Gérard Lauzier.

Cette histoire ne donne pas envie de se marier, ne donne pas envie d’avoir des enfants et ne donne pas envie d’avoir une activité artistique. En deux mots, elle ne donne pas envie de vivre : normal pour un récit qui a « le suicide » pour thème principal.

Même si l’histoire est bien racontée, si le dessin est original et si Satrapi continue à faire découvrir à l’occident les traditions de la société iranienne, un malaise subsiste après en avoir terminé la lecture. Un auteur a-t-il le droit de dire, même avec talent, que la vie est sans issue alors même qu’elle peut paraître comme telle pour beaucoup de lecteurs ? Bien entendu, la réponse est une question d’éthique. Pour moi, c’est non.

Poulet aux prunes
Marjane Satrapi
2008

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Edouard

Eric Woerth: un homme « sportif »

Cette année encore, j’ai assisté aux rencontres de la modernisation de l’État. Eric Woerth, un habitué des « rencontres », devait initialement intervenir mardi matin. Lundi, on me donne un nouveau programme à l’entrée qui reportait d’un jour cette intervention.
Ce matin, compte tenu de la violence des assauts politico-médiatiques qui l’avaient encore frappé la veille, un doute sérieux quant à son éventuelle participation planait au-dessus de l’amphi principal de la maison de la chimie.
Finalement, il est arrivé (presque à l’heure), au milieu d’un essaim de photographes et de journalistes.
Une fois sur l’estrade et avant même d’avoir ouvert la bouche, il fut unanimement applaudi par l’assemblée, sans doute soulagée de ne pas s’être déplacée pour rien.
Eric Woerth n’était pas venu parler de l’affaire Bettencourt et était là pour donner sa vision du fonctionnaire de 2020. Après un bref exposé « adaptabilité-mobilité », se fût au tour des « questions-réponses » :
– Que pensez-vous de la votation helvétique ?
– Ne me parlez pas de la Suisse…pas en ce moment. Je ne connais pas ce pays.
(rires)
Un peu plus tard.
– Avez-vous peur d’engager une réforme globale du statut des fonctionnaires ?
– Oh, vous savez, il y a peu de choses qui me font peur.
(rires)
Il y avait quelque chose de presque magique chez cet homme attaqué de toute part et jonglant avec son public, les journalistes et les photographes qui le mitraillaient sans cesse. C’était presque beau : une magie pareille à celle qu’on voit parfois chez les vraies équipes de foot.
Cet homme, sans doute pas aussi noir que le prétendent ses détracteurs, mais peut-être pas aussi blanc que l’imaginent ses supporters, je l’ai trouvé simplement « sportif ».

Edouard

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Les chaussures italiennes

Sur une île de la mer Baltique, Fredrik Welin, 66 ans, chirurgien en retraite, vit seul avec une chienne et une chatte. Son seul lien avec le monde, Jannson, un facteur hypocondriaque qui vient régulièrement se faire « soigner » et, occasionnellement, lui apporter du courrier.
Un beau jour apparaît sur l’île une femme qu’il va suivre pour en rencontrer une seconde qui lui fera rencontrer un homme et un peintre mort depuis des siècles. La rencontre des deux femmes lui donnera envie d’en rencontrer une troisième qui lui en fera rencontrer quelques autres.

Au départ, je m’étais fait offrir « Les chaussures italiennes » pour découvrir en version papier l’univers de l’inspecteur Wallander, le héros de Mankell incarné à l’écran par Kenneth Branagh.

J’ai donc forcément été un peu déçu de découvrir qu’il ne s’agissait pas d’une enquête policière et au bout de quelques pages, j’ai d’autant plus hésité à continuer ma lecture que la vie monotone de Friedrik me donnait une impression de déjà lu. Quand la première femme est apparue, j’ai tout de même décidé de continuer.

Les femmes des « Chaussures italiennes » ne sont pas des bimbos superficielles, des mères de famille exemplaires ou des executive women échappées d’un écran de télévision. Ce sont des femmes de tous âges dotées de fortes personnalités et durement éprouvées par la vie. Des femmes fortes aux faiblesses insoupçonnées, et vice-versa. Certaines se relèvent de tout, d’autres pas.

Elles entrent et sortent de la vie du sexagénaire un peu comme dans un moulin et sans vraiment sembler le bouleverser. Friedrik n’est pas un Dom Juan. Il paraît même un peu fleur bleue pour son âge et les relations qu’il entretient avec ses femmes sont des plus platoniques. Il les regarde tomber du ciel un peu surpris, mais sans plus. Toutes ces femmes font des « chaussures italiennes » un livre au parfum vaguement onirique, singulier et attachant, profondément mélancolique aussi, qui parle d’accidents, de maladie, de vieillesse et de mort. Un livre qui touchera sans doute moins les 7 ans que les 77 ans et qui, je l’espère, aura une suite, comme la fin semble nous l’indiquer.
Charles-Edouard

Les chaussures italiennes
Henning Mankell
2009

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