De l’amitié aujourd’hui

Quelques chroniques amicales avec des sujets aussi variés que: la BD, la confiance, le Japon, la jalousie, Raymond Devos, la mer, privé-public, le suicide, Tintin…

Michel Serres, académicien et philosophe, fait étalage d’une culture aussi étendue que réjouissante.
Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?

Petite perle de Raymond Devos: ‘Oui, je prête à rire, c’est vrai. Mais je ne suis jamais sûr d’être remboursé’.
Et celle-ci pour la route: ‘Il buvait mes paroles. Et comme je parlais beaucoup, il s’est mis à tituber’.

Amitiés académiques,

Guy.

Michel Serres et Michel Polacco – Franceinfo – 123 p.

Un roman pour quoi faire ?

Les fidèles de la première heure de ce blog se souviendront qu’il accompagnait à ses débuts la finalisation d’un premier roman. Ce dernier avait été envoyé à quelques éditeurs sans que cela aboutisse sur un contrat d’édition. Et puis, depuis novembre 2012, plus aucune référence au roman sur le blog. Il n’a pourtant pas disparu. Il est aujourd’hui bien au chaud au fond de mon disque dur. Il me gratte toujours un peu comme le scotch du capitaine Haddock, mais pas trop. Aujourd’hui, il semble y avoir mille et une façons de publier un roman à côté de l’édition traditionnelle alors, je me suis dit, pourquoi pas ?
Mais avant de le faire partir, je voulais tout de même y jeter un coup d’œil. En dépit des nombreux et judicieux conseils effectués à l’époque par mes relecteurs, il s’est avéré qu’il y avait encore beaucoup de nœuds, beaucoup de gras, beaucoup de fausses notes : des phrases mal écrites, des personnages qui ne servent à rien, des digressions inutiles… voire naïves. Il faut dire qu’à l’époque, j’avais le fantasme des 56 000 mots. Je pensais qu’un roman digne de ce nom devait faire 56 000 mots au moins. Alors, sans trop me forcer, j’étais fièrement arrivé à 57 000 mots.
Maintenant, je vois les choses autrement, un petit peu de gras, mais pas trop pour faire ressortir le muscle, la recherche d’une harmonie dans les scènes et chapitres, un objectif précis à atteindre. Pour ce dernier point, je me suis enfin résolu à faire ce à quoi je m’étais toujours refusé : un synopsis. C’est vrai que ça change tout, ça nous oblige à aller vers l’essentiel. Bref, pour lui dégager la nuque et les oreilles, j’ai retiré 18 000 mots. Shortédition considère qu’une nouvelle doit faire moins de 30 000 signes. Comme j’en ai 232 348, je considère que c’est toujours un roman.
Et maintenant, quoi faire avec ? Le publier en épisode sur mon Blog ? Bon, il y a tout de même des problèmes de droits. C’est pas que je donne beaucoup d’importance au fric, mais tout de même, je ne veux pas me le faire piquer. Sur Amazon…mouais, c’était un peu mon idée, mais maintenant que j’ai passé du temps à le toiletter, je suis plus trop motivé. Repartir à la chasse aux éditeurs ? Cela me semble la voie la mieux indiquée. Le point positif, c’est que comme l’intrigue se déroule en 1901, il y a peu de chance qu’il se démode. Il est déjà démodé.
Je n’ai plus le fantasme du papier, des plateaux télé, des interviews de star. Je n’aurai jamais une production romanesque industrielle. Peut être que je n’ai pas la compétence, mais en tout cas, j’ai pas envie. L’aspect financier sera toujours secondaire. Sauf miracle, je ne vivrai jamais de l’écriture. Ce qui me ferait kiffer par contre, serait de le voir adapté au ciné, à la télé, en BD, au théâtre… La BD, travailler avec un dessinateur, ça me ferait vraiment plaisir.
Bon, mais pour en arriver là, encore faudrait-il trouver le dessinateur, le réalisateur, le producteur…et donc, le faire connaître. Et pour le faire connaître, il faut le diffuser, le publier, l’éditer. Je me mords la queue là. Non ?
Chercher donc, se renseigner, trouver le bon moment, la bonne fenêtre de tir, ne pas se précipiter et trouver…ou pas.

Édouard

Apocalypse bébé

J’suis plongée dans Virginie Despentes en ce moment. Tu connais ?
– Le nom me parle, mais j’ai jamais rien lu d’elle. Tu me conseilles lequel ?
Un peu plus tard, je passe un coup de Wikipédia. Ah, d’accord, c’est celle qui avait écrit « baise-moi ». J’me souviens, j’étais au lycée à l’époque, ça avait fait du buzz. J’me souviens plus comment c’était le buzz avant internet, mais il y avait déjà du buzz. Je sais pas si c’est très malin un titre comme pareil. Ça te colle au cul une étiquette « provoc » dont il doit être difficile de se débarrasser.
17 ans plus tard, Despentes reçoit le prix Renaudot pour « apocalypse bébé ». Du sexe, il y en a encore pas mal, un peu trop à mon goût, mais il n’y a pas que ça. Les hommes sont quasi absents et ce sont donc des histoires de lesbiennes qui pimentent le roman. Ceci dit, ça change de l’univers très sexué de « balance ton porc » et « me too ».
Ceci dit, Virginie Despentes est un vrai écrivain.
Valentine, fille d’un écrivain en mal de reconnaissance, quitte le nid. Deux détectives privées sont chargées de la retrouver.
J’aime bien cette description des années 2010 avec l’explosion d’internet, ce monde à la recherche de nouveaux repères dont les adolescents sont les premières victimes.
Ceci dit, Lucie, l’une des deux détectives, ne semble pas y voir tellement plus clair que Valentine. « La hyène », sa coéquipière, une sorte de cousine de Lisbeth Salander y semble beaucoup plus à l’aise : elle vit pour le chaos, il est fait pour elle.
J’aime cette construction du roman à travers une galerie de portraits qui vont en profondeur dans chaque personnage principal.
J’aime la fin apocalyptique comme il se doit. La notion de réalité a explosé. L’individu, pour survivre dans cet univers, ne peut plus compter sur une réalité toute faite et doit se construire sa propre réalité.
Aujourd’hui, les fakes news font partie de notre quotidien et, en voyant l’annonce de la mort de Stallone sur Facebook émanant d’un site douteux, on va automatiquement la recroiser via Google avec une source plus officielle. Je rassure mes lecteurs, Stallone n’est pas mort, je ne vois pas trop quel peut être l’intérêt d’annoncer sa mort, mais bon, il y en a sans doute un. Sinon, il n’y aurait pas eu de fake new. Maintenant, je ne vais pas chercher plus loin. Sans doute notre cerveau s’est-il formaté avec internet. Sans doute des clapets « pas la peine d’essayer de comprendre » ce sont-ils mis en place pour nous permettre de naviguer dans notre univers quotidien. En 2010, les esprits n’étaient peut-être pas complètement formatés.
Édouard
Virginie Despentes
2010
Le livre de poche

La servante écarlate

Déception.

Le livre qui ferait trembler l’Amérique de Trump, pas moins.

Les éditeurs n’en sont pas à une exagération près.

Dans une république du futur, la fécondité est confiée sous haute surveillance à des servantes devenues esclaves sexuelles présumées fertiles.

Les éditeurs:
« Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche,
nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal,
a été unanimement saluée par la critique. »

Votre serviteur:
C’est aussi long qu’emmerdant.
Moi peut-être pas compris.
Si cela ne tient qu’à ce livre, Donald Trump peut dormir tranquille.

Amitiés on passe à autre chose,

Guy

Survivants

Comment homo sapiens a-t-il fini par devenir la seule espèce humaine sur Terre ?

L’année 2014 a été une riche année éditoriale en paléoanthropologie. Suite aux révélations scientifiques de 2010 concernant l’hybridation partielle entre Néandertal et Sapiens, de nombreux scientifiques ont en effet proposé des théories concernant non pas l’origine des premiers hommes préhistoriques, mais celle de notre espèce : « homo sapiens ».

Je n’ai pas lu « Sapiens : une brève histoire de l’humanité » de Yuval Noah Harari publié la même année (en 2015 en France) avec un très fort retentissement médiatique, dressant, d’après ce qu’en a dit mon cher co-blogueur Guy et un certain nombre de personnes qui m’ont fait part de leur impression, une charge violente contre notre espèce.

L’ouvrage de Stringer semble beaucoup plus modéré, laissant une très grande part aux incertitudes qui planent encore aujourd’hui. Il est assez proche à ce titre de « qui a tué Néandertal ? », également publié en 2014. Stringer ne se limite pas cependant aux rapports entre « Sapiens » et « Néandertal » même s’il s’y attarde beaucoup.

Pour ceux qui s’intéressent de près à l’actualité de la paléoanthropologie, le premier tiers de l’ouvrage pourra sembler passablement obsolète. En effet, Stringer ne parle pas d’homo Naledi, nouvelle espèce d’hominidés découverte en Afrique du Sud l’année suivante, ni des fascinantes découvertes au Maroc en 2017 de restes d’homo sapiens, vieux de 300 000 ans qui semblent plaider pour une origine ouest-africaine de notre espèce.

L’approche de l’auteur n’en reste pas moins intéressante. Pour ceux qui prennent le train en marche, retenez qu’on ne pense plus aujourd’hui l’histoire du genre Homo sous forme de frise dans laquelle le singe s’élève peu à peu pour devenir l’aboutissement parfait : nous. Ce schéma, encore très largement accepté jusque dans les années 90 est aujourd’hui remplacé par celle du buisson au milieu duquel de nombreuses espèces se sont succédé et/ou croisées au cours de l’histoire. De ce buisson, une seule espèce a survécu, pourquoi ?

Stringer ne pense pas que Sapiens était forcément plus méchant que les autres, mais qu’il a bénéficié d’un contexte génétique et climatique particulièrement favorable à son extension. L’auteur s’attarde aussi sur un facteur, selon lui déterminant pour assurer le succès de Sapiens : sa capacité à interagir avec ses semblables et à fonctionner en réseau. Il fait à cet effet les louanges du phénomène religieux. C’est peut-être ce qu’il a voulu dire, mais « système de représentation » me semblerait plus approprié. En effet, il me semble évident que notre environnement est moins stressant si on lui donne un sens, nous permet de mieux vivre et de mieux appréhender l’avenir. Après, savoir si le meilleur système de représentation est le communisme, le catholicisme, le scientisme, l’islam…c’est une question que Sapiens a probablement eu longtemps la chance de ne pas se poser.

Édouard

Chris Stringer
Gallimard
2014

Voyage d’Hiver

La Catalogne, ce sont les soubresauts politiques récents. C’est aussi un auteur exceptionnel et universel.

J’avais été soufflé par son superbe roman Confiteor.

Ces quatorze nouvelles indépendantes et pourtant intimement liées ont été écrites avant Confiteor. Elles n’ont été traduites que récemment. On retrouve la façon dont Jaume Cabré fouille les manifestations du mal, de l’amour, du destin et de ses mauvais tours.

Viaje de invierno es un homenaje literario a Schubert, a Bach y a la música y, al mismo tiempo, una celebración de la pintura, simbolizada por Rembrandt. Por otra parte,
es también un repertorio de pasiones humanas, un repaso de la historia interior de Europa y un recorrido geografico desde Viena hasta Treblinka y desde Oslo hasta
Bosnia pasando por el Vaticano. Una pequeña maravilla que confirma, una vez más, a Cabré como uno de los autores que cuentan entre los grandes nombres de la
literatura europea contemporánea.

Cet hommage écrit en espagnol démontre que les convulsions récentes du pays catalan ne peuvent pas faire oublier l’unité profonde d’une nation qui a survécu à une guerre civile meurtrière, suivie d’un régime franquiste détestable.

Amitiés pacifiques,

Guy

Jaume Cabré – Actes Sud – 304 p.

Les bottes suédoises

La suite des chaussures italiennes, ce livre représente une manière de testament pour Mankell, décédé en 2015 à l’âge de 67 ans.

Fredrik Welin, médecin à la retraite, vit reclus sur son île de la Baltique. Une nuit, une lumière aveuglante le tire du sommeil. Au matin, la maison héritée de ses grands-parents n’est plus qu’une ruine fumante.
Réfugié dans la vieille caravane de son jardin, il s’interroge : à soixante-dix ans, seul, dépossédé de tout, a-t-il encore une raison de vivre? Mais c’est compter sans les révélations de sa fille Louise et, surtout, l’apparition d’une femme, Lisa Modin, journaliste de la presse locale.

Méditation sur la solitude, la vieillesse, l’amour et la mort, sans l’air d’y toucher, l’auteur suédois nous laisse un livre linéaire, passionnant, et très humain.

J’ai lu ce livre après un titre de Victor Del Arbol, dont je vous parlerai bientôt. Cet auteur écrit des livres catalogués de choraux. La simplicité de Mankell fait merveille, comparée aux effets de manche du prénommé Victor.

Amitiés baltes,

Guy (15/11/2017)

Henning Mankell – Seuil – 368 p.

Suite et fin des aventures de Fredrik Welin, le chirurgien déchu des « chaussures italiennes », sur son île de la mer Baltique.
Le premier opus de ce diptyque avait fait l’objet d’un post sur ce blog il y a maintenant un peu plus de 7 ans. J’ai gardé un très bon souvenir de ce roman. A l’époque, j’avais effectivement noté qu’il devait y avoir une suite, mais à force d’attendre, j’avais fini par l’oublier. Et puis, le 5 octobre 2015, Henning Mankell est mort d’un cancer avec lequel il se bâtait depuis deux ans. En août 2016, Seuil a publié la traduction française des « bottes suédoises ».
Sur la forme, je trouve que le roman n’est pas très bien écrit. Il y a des lourdeurs et des scènes qui tombent comme un cheveu sur la soupe. Je n’ai jamais considéré que Mankell était un très grand écrivain, mais tout de même, c’était un écrivain confirmé et ses erreurs de débutant sont surprenantes. Ça sent un peu le bouquin ficelé à la va-vite, comme si son éditeur lui avait forcé la main alors qu’il agonisait. Peut-être même que d’autres mains se sont glissées dans l’ouvrage, ce qui expliquerait les erreurs.
Sur le fond, on retrouve l’univers des chaussures italiennes, c’est certain, mais les directions de l’intrigue s’entremêlent, nous plongent dans la confusion, tant est ci bien que l’on finit par ne plus savoir où l’auteur veut nous mener. Le titre est par contre bien trouvé. Esthétiquement, le roman est effectivement au premier opus ce que les bottes de jardinage sont aux Berluti.
Bref, « les bottes suédoises » a tout du succès de librairie assuré et publié dans l’urgence.
Je ne vais pas cracher sur les éditeurs : c’est leur métier, il faut bien vivre. Je peux comprendre Mankell et son souhait de laisser ses royalties à ses ayants droit.
Toutefois, « les bottes italiennes » ne sont pas la dernière image que je veux garder de Mankell. Il y a le commissaire Wallander bien entendu, mais je n’étais pas un grand fan. Je pense surtout à l’homme politiquement engagé, un engagement que l’on ressentait notamment dans l’excellent « tea-bag ». Et puis, « les chaussures italiennes », bien entendu. Je ne veux pas croire qu’il y ait une fin. D’ailleurs, « les bottes suédoises » n’en est pas vraiment une. Je pense que je vais essayer d’oublier ce livre, de penser qu’il n’était qu’un conglomérat de brouillons avec plusieurs pistes qui auraient pu être suivies par l’auteur, mais en aucun cas un roman finalisé. Je préfère continuer à attendre la suite des « chaussures italiennes »
Seuil
Août 2016
Édouard (10/07/2017)

Le mystère des migrants Facebook

Il y a un mois, je disais avoir perdu 77 amis FB depuis juin. Toutefois depuis 10 jours, j’ai refait le plein si bien que ce soir, je dépasse le nombre d’amis de juin 2016. Bien entendu, je dis ça pour les nouveaux qui liront ce poste, ils sont bien mieux que ceux qui sont partis 😊…à moins que ce ne soient les mêmes. Pour tout dire, si j’ai constaté que mon nombre d’amis diminuait, je n’ai pas pu savoir qui partait. En tout cas, ce n’était visiblement pas des familiers qui semblent toujours fidèles au poste.
Ça me plaît bien d’imaginer un complot de 80 amis Facebook qui, après s’être étiolés pendant 6 mois, décident de revenir groupés tout à coup. C’est malheureusement peu probable et je constate sur mon fil d’actualité que je ne suis pas le seul à être concerné par cette invasion amicale qui, je ne le cache pas, est plaisante au milieu de l’hiver d’autant plus que la plupart de ces amis semblent avoir des profils vraiment intéressants. Bon, sur le lot, il y a encore quelques blondes aux gros seins qui, saison oblige, sont beaucoup moins dénudées qu’au mois d’août ; quelques profils purement commerciaux et deux ou trois FN/UPR, mais globalement, ce sont des gens qui tournent autour de la littérature.
Je n’avais pas d’explication pour les départs espacés dans le temps, mais ça ne me semblait pas vraiment mystérieux : il y en a certainement eu qui n’aimaient pas mes posts, d’autres qui se sont fait pirater leur compte ou ont décidé de quitter FB pour une raison X ou Y et sans doute un certain nombre qui ont atteint le plafond des 5000 amis et qui décident de faire du tri. Par contre, l’arrivée massive de nouveaux amis est moins facile à expliquer. L’année dernière, j’avais pensé que c’était lié à l’activité sur mon blog, mais maintenant que je suis relié à Google analytic, j’observe qu’il n’y a pas d’activité anormale. La seule explication rationnelle est qu’on est en hiver et que les gens ont plus envie de créer du lien qu’en d’autres périodes de l’année.
En fait, j’ai une autre idée, mais elle est un peu floue. Je me demande si tous ces amis existent vraiment, s’il y a bien derrière ces photos de vrais individus en chair et en os qui leur ressemblent. Ce n’est pas simple de créer des vrais faux profils, mais ce n’est pas impossible avec un algorithme qui va créer un profil qui me plaira à partir de mes propres centres d’intérêt. C’est peut-être du fantasme, mais il serait possible d’imaginer que FB diffuse des faux profils uniquement pour me faire plaisir, pour me fidéliser, à l’heure où d’autres réseaux sociaux apparaissent et où certains désertent FB pour VK.
En attendant, je continue à accepter les profils qui me plaisent sans savoir s’il y a vraiment des gens derrière. Avec le temps, il y a tout de même quelques amis Facebook qui prennent une forme un peu humaine comme Necro Mongers, Christophe Adan, Véronique Morin, Hélène Vivi, Laurent Daniel, Franck Chanloup, Loredana Kahn… et je serais vraiment très surpris si on me prouvait qu’ils n’ont en fait aucune existence réelle.
Après mûre réflexion, je me demande si c’est vraiment important de savoir si je peux les toucher en vrai du moment qu’ils me font rire, pleurer, réfléchir ou m’énervent. La seule chose qu’on leur demande est de s’exprimer et sur FB, je préfère un robot qui s’exprime à un humain qui ne dit rien.
Édouard

La grammaire est une chanson douce

Les bases de la grammaire française racontée aux enfants et aux adultes ayant oublié les bases de la grammaire et/ou leur âme d’enfant.
Il y a beaucoup de livres que j’ai lus trop jeune, mais celui-là, j’aurais aimé le lire à l’école primaire. Il ne date cependant que de 2003, ce qui est un peut tard pour moi. Je n’aimais pas la grammaire, n’y trouvant aucun intérêt. Je n’aimais pas non plus la conjugaison ni l’orthographe et j’écrivais comme un cochon. C’est venu plus tard, beaucoup plus tard…mais j’adorais la lecture et nul doute que si on m’avait fait lire à l’époque le livre d’Erik Orsenna, les choses auraient été différentes.
Je n’avais jamais rien lu de lui. Son style est d’une fluidité extraordinaire tant est si bien qu’au début de l’ouvrage, j’engloutissais les mots tellement vite qu’il m’était impossible de suivre l’intrigue. J’ai cru tout d’abord que c’était seulement une succession d’historiettes, de TTC comme ils disent chez Shortédition que je remercie au passage de m’avoir envoyé ce livre pour mon noël. Quand le débit s’est calmé, la structure a commencé à apparaître. Je n’avais jamais imaginé que le style pouvait être un régulateur de flux, le robinet des mots.
C’était aux environs des mots oubliés. Les mots, comme les dieux et les fées, meurent si on les oublie. Moi j’aime bien les mots « torve » et « chafouin », j’essaie de les employer dès que possible.
Après, les mots tant redoutés dans mon enfance sont apparus : nom, pronom, article adverbe, verbe…quelle horreur, je les avais maudits à l’époque, ils me rappellent des listes que je trouvais alors sans queue ni tête que je réussissais péniblement à apprendre pour les oublier à la sortie du contrôle. Elles étaient imprimées sur des stencils à l’odeur si particulière…l’encre bavait un peu. J’ai pensé alors que c’était le moment de faire un voyage dans le temps, de gommer de ma mémoire tous les enseignements grammaticaux dont il ne me reste qu’une vague souffrance et de les remplacer par tous ces petits personnages à l’allure si joyeuse se donnant la main, faisant des rondes et évoluant dans un paysage à la Candy Crush, guidés par les verbes donnant le tempo.
– Qu’est ce qui ne va pas la conscience ? Je vois bien ton petit regard chafouin. Tu vas me faire ensuite le coup de l’œil torve.
– C’est interdit. Le passé est gravé une fois pour toutes, il est sacrilège de vouloir le changer ;
– Oh, pour une fois. Je suis bien d’accord qu’il y a des choses du passé auxquelles on ne peut et on ne doit pas toucher, mais tout de même, les cours de grammaire de l’école primaire, c’est bien anodin.
– On commence par les cours de grammaire…
Edouard

Erik Orsenna
2003
Le livre de poche

Comment le peuple juif fut inventé

Le peuple élu passé au crible de l’histoire.

En 2002, j’avais été passionné par « la bible dévoilée » d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman. J’étais toutefois resté sur ma faim et j’ai attendu longtemps la suite et j’ai raté la publication de cet ouvrage en 2008.

Shlomo Sand va beaucoup plus loin que l’historien et l’archéologue de « la bible dévoilée » et s’attaque à une brique majeure de l’ADN du judaïsme : l’homogénéité ethnique.

La revendication d’une unité raciale découlant des récits bibliques semble exclure tout apport de corps étrangers dans la communauté. Si avec l’avènement du christianisme et plus tard de l’islam, le judaïsme s’est retrouvé minoritaire et bridé dans son action prosélyte, de nombreuses sources antiques témoignent de l’abondance des conversions au judaïsme.

Pour expliquer l’éparpillement des communautés juives à travers l’Eurasie, on évoquera l’exil suivant la destruction du second temple en 70 apr. J.-C.. Toutefois, aucune trace ne permet de confirmer la réalité de cet exil. L’existence de puissances juives loin de la Judée fait par ailleurs douter de l’unité raciale des exilés. Il s’agit notamment du royaume yéménite d’Himyar, des Berbères de la reine Kahina et des Khazars. L’auteur s’étend longuement sur cet empire médiéval caucasien converti au judaïsme et largement évoqué par les puissances de l’époque. Ethniquement, les Khazars étaient bien plus proches des Turcs que des Judéens, et sont peut-être les ancêtres des juifs ashkénazes qui peupleront l’Europe de l’Est. Faute de pouvoir effacer leur réalité historique, il semblerait que le jeune Etat Israélien se soit peu empressé d’entretenir leur mémoire.

Cette revendication raciale va s’intensifier à partir du XIXe siècle avec le mouvement sioniste de Theodore Erzl. Parallèlement, différents mouvements racistes non juifs vont en faire leur credo avant que l’idéologie nazie ne se l’approprie. Après la Seconde Guerre mondiale, elle constituera un pilier de la création de l’État d’Israël.

Bien que convertis à l’islam, les Palestiniens sont certainement bien plus proches ethniquement des Hébreux que les colons israéliens et les interminables recherches génétiques israéliennes tendant à prouver l’existence d’une race juive, font penser aux débats qui entourent l’authenticité du Saint-Suaire dans le monde chrétien.

Shlomo Sand ne cherche cependant pas à revenir sur la création de l’État d’Israël et sur la légitimité de ses coreligionnaires à l’occuper. Porte-parole de l’aile gauche du paysage politique Israëlien, il soutient que la survie du dogme racial qui accompagnait la création de l’État ne peut aujourd’hui mener qu’à l’impasse. Pour pouvoir faire face à une démographie défavorable et à un soutien de la communauté internationale qui n’a plus la puissance des années 60, l’État juif devra fatalement se réinventer et affronter son histoire.

Édouard

Shlomo Sand

Fayard

2008