La prochaine fois, je viserai le cœur

Au cours des années 1978-1979, Alain Lamare, Gendarme et tueur en série, semait la terreur dans l’Oise, département déjà ébranlé à l’époque par un autre tueur en série : Marcel Barbeault alias, « le tueur de l’ombre ».

Cédric Anger situe l’intrigue 4 ans plus tôt et le tueur/gendarme, Guillaume Canet, devient Franck. Ce n’est pas un génie du mal du genre d’Hannibal Lecter dans le silence des agneaux, il m’a plutôt fait penser à Stéphane, ce luthier étrange et ténébreux incarné par Daniel Auteuil dans « un cœur en hiver » de Claude Sautet. Franck est malade, a conscience de sa maladie et en souffre. S’il fallait le raccrocher à une célébrité du 7e art, ce serait Norman Bates. Mais alors que dans psychose, Hitchcock ne s’intéresse qu’aux effets théâtralisés de la psychopathologie du personnage, Anger s’intéresse au conflit intérieur qui ronge Franck.
Certes, dans psychose, Marion Crane entend Norman Bates se disputer avec sa mère et on se doute bien qu’il doit y avoir un conflit intérieur, mais il ne fait l’objet d’aucun développement.

Dans « la prochaine fois… », le rapport de Franck avec sa mère est aussi évoqué dans une scène qui met très mal à l’aise, mais elle n’atteint pas les sommets hitchcockiens.

Les deux tueurs ont comme point commun leurs pulsions sexuelles qui se transforment en pulsions meurtrières. Comme Norman Bates, Franck finira sa vie dans un hôpital psychiatrique.

On peut peut-être voir aussi dans ce film une critique du mythe de la libération sexuelle qui vivait alors ces grandes heures. Ce vieux libidineux en manque de compagnie qui met des petites annonces dans les toilettes crasseuses d’un café m’a mis la puce à l’oreille. D’une certaine manière, Franck et le vieux sont tout deux exclus d’un système dans lequel règne le dogme d’une hétérosexualité standardisée et aseptisée telle qu’on peut la voir dans les films de François Truffaut (pour les fans comme moi, ne manquez pas l’expo actuellement à la cinémathèque).

La maladie de Franck n’est pas non plus la perversité jouissive chère au divin marquis (très déçu par l’expo « Sade » du musée d’Orsay), c’est plutôt un poltergeist, une sorte d’esprit, un loa vaudou qui viendrait prendre possession de Franck, un loa contre lequel il lutterait, mais contre lequel il ne pourrait en définitive rien faire.

Pour terminer, je voudrais revenir sur le titre. Bien entendu, on pense d’abord à Franck qui vide son arme sur les jambes de ces victimes au lieu de viser le coeur, mais cette phrase m’est revenue à la fin du film et j’ai essayé de lui donner une autre signification. Je l’ai imaginée prononcée en guise d’excuse par un Cupidon maladroit ayant raté son coup et dont la flèche aurait malencontreusement atteint la tête du destinataire.

Edouard

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Le Royaume

Emmanuel Carrère est un garçon intelligent. Il le sait, mais surtout, il aimerait que ses lecteurs le sachent. Il est un très bon écrivain. Et un bosseur.

Pondre 630 pages autour de deux personnages du nouveau testament, il fallait le faire.

D’un côté Paul, celui des épîtres pendant les messes de mon enfance. Un raseur de grande classe, doublé d’un caractère de cochon. Grand chasseur de chrétiens, il est un jour jeté au bas de son cheval sur la route de Damas.,Et il deviendra le plus casse-pieds des défenseurs de la nouvelle religion.

De l’autre côté, Luc l’évangéliste, écrivain et médecin, qui mettra en musique les exploits de Jésus de Nazareth.

Curieusement, Carrère préfère Paul à Luc. A cause de sa grande intelligence. Ben voyons.

On apprend accessoirement que l’auteur a pendant 3 ans assisté tous les jours à la messe, avec toute la liturgie qui l’accompagne.

Cette habitude lui a passé, et il se déclare non pratiquant au stade actuel de son cheminement. Heureusement, car Dieu seul sait combien de pages il aurait pu infliger à ses lecteurs désemparés.

Un des jurés du Prix Goncourt, dans le but d’écarter la candidature d’ Emmanuel Carrère, avait parlé d’un auto-péplum. Expression assez bien trouvée, car notre écrivain adore parler de lui.

Il est fasciné par des personnages hors norme (Jean-Claude Romand dans l’ Adversaire, Limonov dans un de ses derniers ouvrages).

Qui sera le suivant?

Les voies de la Providence sont impénétrables.

Amitiés iconoclastes,

Guy

Emmanuel Carrère – P.O.L – 630 p.

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Gone girl

Nick et Amy, journalistes et écrivains new-yorkais, décident de se retirer dans le Missouri suite à un revers de fortune. Le matin de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparaît. Très vite, les soupçons se portent sur le mari.

Ce film m’a beaucoup fait penser à un western, ce qui peut paraître surprenant à première vue puisque l’histoire se passe aujourd’hui, sans Stetson, sans Indiens ni longues chevauchées, sans regards silencieux interminables échangés entre des individus crasseux et sans musique crépusculaire.

Mais on est bien à l’ouest. Certes, il y a plus à l’ouest que le Missouri, mais le genre western est très peu friand de précisions géographiques : l’ouest, c’est ce qui n’est pas les grandes villes de la côte est. Les westerns ne s’arrêtent généralement pas non plus sur les raisons ayant poussées des individus à venir peupler des contrées hostiles, mais il est probable que tous ne soient pas venus par simple goût de l’aventure. Beaucoup sont probablement arrivés contraints et forcés comme Nick et Amy. Enfin, on y rencontre bien le lot classique de paumés, de barges et de petits délinquants.

Mais ce qui m’a fait songer au western, c’est le thème global du film qui est récurrent dans les films de cow-boys : la justice. Quel est le rôle de la justice et qui la rend ?

Tout le monde sait que le rôle de la justice n’est pas uniquement de punir l’auteur d’une infraction, mais est au moins autant de maintenir un équilibre social. Heureusement, les deux sont liés, mais on sait aussi que l’opinion publique a plus besoin de coupables que de vérité : toutes les sorcières brûlées au moyen âge et tous les innocents qui attendent leur heure dans le couloir de la mort vous le diront. La vérité, c’est une affaire d’avocats et donc une affaire d’argent. Cette réalité très noire, très désabusée est une des clefs de lecture du film.

Qui rend la justice ? Depuis La Fontaine, rien n’a vraiment changé, la raison du plus fort est toujours la meilleure, ce qui veut donc dire in fine que c’est le plus fort qui décide de ce qui est juste ou de ce qui ne l’est pas. Par contre « le plus fort » n’est pas toujours le même en fonction des époques et des cultures. Dans les westerns, mais aussi dans les films de gangsters, la force physique et brutale est beaucoup mise en avant. Toutefois, elle n’est pas suffisante et sans cerveau, elle serait de peu d’effet. « le plus fort » aujourd’hui c’est celui qui sait deviner les attentes de l’opinion publique et qui sait manipuler ceux qui in fine sont devenus les seuls juges, les seuls susceptibles de donner à l’opinion publique l’illusion que tout est rentré dans l’ordre, qu’ils n’ont plus à s’inquiéter : les médias. Tout le monde déteste Nick parce qu’il trompe sa femme, mais le jour où il vient s’excuser en pleurant à la télé, tout le monde l’adore. La voisine de Nick et Amy qu’ils connaissent à peine se fera un plaisir de se faire passer pour la confidente d’Amy. Elle deviendra populaire et personne ne mettra en doute ses déclarations…puisque ce sont celles de la meilleure amie.

Comme dit Renaud, « la mentalité est la même, y a que le décor qui évolue ».

Edouard

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Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède

Nils Holgersson, un jeune garçon suédois transformé en lutin à cause de sa cruauté envers les animaux, décide de suivre un troupeau d’oies sauvages, juché sur le dos du jars de ses parents.

La génération récréA2 peut sortir son mouchoir, le revoilà. Pour ma part je n’ai jamais accroché. Les histoires me semblaient confuses, sans personnages auxquels je voulais m’identifier, comme Actarus, le capitaine Flamme ou Esteban.

Le fait que le prix Nobel 1909 de littérature n’ait été traduit dans la langue de Molière et dans son intégralité qu’en 1990 n’est peut-être pas étranger au manque d’intérêt qu’il pouvait susciter chez un écolier français au début des années 80. Si le dessin animé avait été mieux construit, peut être aurais je été émerveillé comme le furent des générations de petits Suédois, car c’est tout d’abord pour eux que l’histoire a été écrite.

Passionnée par l’éducation des enfants, Selma Lagerlöf a réalisé un ouvrage aussi mythique en Suède que le fût « le tour de France par deux enfants » dans notre pays, jusque dans les années 50. La géographie de la Suède y tient une place déterminante, toute situation géographique étant explicitée par un conte mettant en scène des personnages fabuleux : ah, si on m’avait fait avaler le plateau de Langres et le mont Gerbier-de-Jonc comme ça, la pilule aurait certainement été moins amère! Beaucoup de propos moralisateurs, lénifiants, un peu niais, même, parfois…bon, il faut bien éduquer les enfants. Une culture du bien-être aussi, du bien-vivre qui m’a frappé cet été à Stockholm et que j’ai encore du mal à décrire. Une recherche du bonheur dans une vie simple, notamment par le biais des travaux manuels: elle aurait certainement été heureuse de voir son pays conquérir le monde avec les meubles Ikea.

Mais le merveilleux voyage de Nils Holgersson est plus qu’un manuel scolaire. Tout d’abord, ce livre présente un incontestable intérêt historique : une tranche de l’histoire de l’occident du début du XXe siècle qui n’a rien à voir avec les alliances et contre alliances des grandes puissances européennes qui déboucheront sur la Première Guerre mondiale. L’histoire que nous conte Selma Lagerlöf est celle de paysans pauvres confrontés à un milieu hostile allant chercher fortune toujours plus loin, celle d’hommes et de femmes imprégnés de culture protestante, croyant à la rédemption, à la providence, à la possibilité de toujours s’en sortir et d’atteindre les sommets en partant de rien. Nombre de ces paysans prendront la décision d’aller tenter leur chance de l’autre côté de l’Atlantique, emportant avec eux leur culture et contribueront à forger l’identité de ce qui deviendra la première puissance mondiale.

Mais ce qui rendra immortel « le voyage de Nils Holgerson » réside dans son message écologiste. Ce n’est pas seulement une ode à la beauté de la nature, mais aussi une réflexion sur sa fragilité et sur la nécessité de maintenir son équilibre. On y voit poindre les concepts de parc national, d’écosystème et de développement durable qui semblent aujourd’hui une évidence pour tous et qui, en France, jusque dans les années 90, n’étaient souvent perçus que comme des lubies de quelques babas cool illuminés.
Selma Lagerlöf
Actes SUD
1990

Edouard

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Gemma Bovery

Martin (Fabrice Luchini) a repris la boulangerie de son père en Normandie après avoir côtoyé les milieux littéraires parisiens pendant un certain nombre d’années. Il mène depuis 7 ans une petite vie paisible avec sa femme et son fils, un ado mal dégrossi, lorsque débarque un jeune couple d’Anglais : Charles et Gemma Bovery.

Quatre ans après Tamara Drewe, Gemma Aterton revient dans une variation autour de la littérature. Alors qu’elle campait il y a quatre ans, une bombe sexuelle venant taquiner les hormones d’un troupeau de vieux écrivains retirés dans la campagne anglaise pour y trouver l’inspiration, la voilà dans la peau d’une Anglaise un peu moins sexy, mais toujours aussi belle, venue titiller non seulement les hormones, mais aussi l’imagination d’un vieux bobo parisien exilé au fin fond de la campagne normande et qui ne s’est jamais vraiment fait à sa nouvelle vie (on le voit écouter France Culture en pétrissant la pâte à pain).

Certes, Martin est beaucoup plus vieux que Gemma et de plus, parle très mal anglais, mais il reste tout de même un homme. Alors, il lui parle du pays, de leurs chiens, lui montre comment on fabrique le pain…en espérant plus ou moins consciemment que son pouvoir de séduction puisse produire quelques effets sur sa jeune voisine. Sa femme, qui voit son manège et qui n’a aucun doute concernant ses capacités à parvenir à ses fins, s’en amuse et le taquine.

Mais Martin est aussi un passionné de littérature pour qui la vague homophonie entre le nom de la jeune femme et celui de la célèbre héroïne de Flaubert ne peut pas être un hasard. C’est aussi pour lui un moyen inespéré de retrouver son monde avec une Emma en chair et en os.
Ayant lu « madame Bovary » beaucoup trop jeune, sans avoir la maturité qui m’aurait permis d’en comprendre toute la profondeur, il ne m’en reste qu’un souvenir imprécis et il est probable que quelques allusions au roman m’aient échappé.

Quel rapport entre Gemma et Emma ? Gemma est une belle jeune femme, aux mœurs un peu légères et visiblement pas toujours très bien dans sa tête. Est-ce suffisant pour en faire une Bovary ? Je ne sais pas, si un médium pouvait faire revenir Flaubert, ce serait intéressant de lui poser la question. Quoi qu’il en soit, Martin reste persuadé que, de par son nom et de par son mode de vie, la jeune femme est nécessairement engagée dans un déterminisme implacable qui la mènera à la fin tragique d’Emma Bovary. En preux chevalier, il se donne pour mission de remettre la jeune femme dans le droit chemin afin de conjurer le sort. Il commence par lui offrir le roman qu’elle accepte avec un sourire poli et qu’elle lit ou essaie de lire, un peu intriguée par son homophonie avec l’héroïne. Elle dira « il ne se passe rien, mais on a quand même envie de continuer ». Martin surveille ensuite les faits et gestes de la jeune femme qui a un amant, un jeune fils de famille qui ne se prénomme pas Rodolphe, mais Hervé. Qu’à cela ne tienne, ce détail ne décourage pas Martin qui continue à suivre sa protégée. De toute façon, aujourd’hui, plus grand monde s’appelle Rodolphe.

Je ne vous raconterai bien entendu pas la fin, mais elle est plutôt bien ficelée. Bref, un bon moment de cinéma avec des acteurs qui semblent tous bien s’amuser. Rafraîchissant.

Edouard

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Hercule

On ne le présente plus.

En matière de blockbusters mythologiques, je suis plutôt du genre classique. J’aime voir incarnées les représentations des récits que je m’étais construites à 10 ans. On ne triche pas avec la mythologie, je reste intraitable sur ce point.

« La légende d’Hercule », sorti il y a peu aura été à ce titre un nanar de la pire espèce : on ne voit qu’un seul « travail » au début du film : le lion de Némée campé par une brave bête visiblement sur nourrie et sous calmants. S’ensuit une intrigue pitoyable, maladroitement inspirée de Gladiator dans laquelle s’immiscent des interventions célestes ridicules du père du héros. Il paraît que le film de Renny Harlin a fait un flop au box-office …il y a visiblement des producteurs inconscients à Hollywood.

Le film de Brett Ratner semblait plus prometteur, la bande-annonce présentait un lion de Némée, un sanglier d’Erymanthe, une hydre de Lerne et un Cerbère qui avaient incontestablement de la gueule. En fait, on les voit au tout début, mais pas beaucoup plus que dans la bande-annonce. Ulcéré de m’être fait rouler dans la farine, j’ai failli partir. J’aurais eu tort, l’image est spectaculaire et le scénario pas si débile. Tout le film tourne autour de la légende et du décalage qu’il y a entre cette dernière et le vrai Hercule. La légende d’Hercule se lit en filigrane: dans la tête de tous ses contemporains qui ont en mémoire ses exploits, dans la voix du conteur, dans les yeux émerveillés d’un petit garçon qui lui égraine fièrement les 12 travaux qu’il a appris par cœur, dans les sourires goguenards et méprisants des puissants, dans les pommettes de ses admiratrices qui rougissent sur son passage…

Mais Hercule, qui est-il vraiment ? Plus on se rapproche du demi-dieu, plus l’image est floue et lorsqu’on entre dans la tête du fils de Zeus (cela aurait été plus cohérent de dire « Jupiter », mais bon, on ne va pas chipoter), on s’aperçoit qu’il poursuit une profonde quête identitaire. N’est-il qu’une spectaculaire montagne de muscles, un « catcheur » comme l’était Dwayne Johnson qui l’incarne à l’écran ? Quelles sont vraiment ses origines ? Quel rôle a-t-il joué dans la mort de sa femme et de ses enfants ? J’avais complètement oublié cette histoire de meurtres : je me souviens maintenant qu’elle m’avait beaucoup marquée.

Pour terminer, je voudrais revenir sur les deux morceaux de bravoure au cours desquels le héros fait usage de sa force…herculéenne. J’avoue que je me suis entendu intérieurement lui dire « vas-y, tu peux y arriver ». S’il avait échoué, cela aurait été terrible, pas du fait des conséquences scénaristiques de l’échec que cela aurait été l’arrêt de mort de la légende.

Don Quichotte, avant de mourir, renie sa propre légende, j’en pleure encore. Un héros se doit d’entretenir son mythe, ne serait-ce que pour continuer à rendre heureux tous ceux qui ont mis leur espoir en lui. Un très bon cru au final, on en sort fortifié.

Edouard

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Un demi siècle à Hollywood

Les pages cornées et jaunies dégagent une légère odeur de cave. Sur la couverture, un vieillard placide, arborant stetson, cigarette, veste à carreaux et bandeau sur l’œil, se détache d’un graphisme très 70’s. Le nom à mâcher du chewing-gum de l’auteur, Raoul Walsh, est inscrit au-dessus de la tête du cow-boy. Le genre de bouquin improbable qu’aurait pu lire un hippie en attendant son avion à Katmandou. Le genre de livre déniché dans une brocante pendant les vacances et qui vous assurera un franc succès cet hiver, lors de l’arbre de Noël organisé entre amis. Bref, un genre qui a vécu.
Le réalisateur américain Raoul Walsh (1873-1980) a lui aussi bien vécu. Je me suis toujours méfié des autobiographies. Là, au moins, on sait tout de suite que ce n’est pas la rigueur qui l’étouffe. Certaines anecdotes relatées au début de l’ouvrage sont tellement invraisemblables qu’on arrête vite de chercher la vérité. Le récit de sa jeunesse de cow-boy se déguste comme un bon album de Lucky-Luke. Ce qui intéresse le réalisateur, c’est le côté spectaculaire des choses, ce qui va plaire au public. Ayant grandi à l’époque du Wild West Show de Buffalo Bill, alors que l’ouest commençait à fabriquer sa propre légende, Walsh restera toute sa vie attaché à ce qu’était le cinéma à ses débuts : un divertissement.
On n’en saura pas beaucoup sur le réalisateur qui reste très factuel et ne fait qu’égrainer un nombre incalculable d’anecdotes. Walsh a connu beaucoup de gens connus dirait Raphaël Mezrahi.
Ce qui est par contre passionnant, c’est tout ce qui concerne l’histoire du cinéma américain au cours de la première moitié du XXe siècle : l’installation des premiers studios à Los Angeles en 1911, la sortie de « naissance d’une nation » de Griffith, premier long métrage de l’histoire du cinéma dans lequel Walsh incarnera l’assassin de Lincoln, l’arrivée du son au milieu des années 20 qui fera entrer le cinéma dans une nouvelle ère.
Il ne dit rien de l’arrivée de la couleur ni de la télévision. Après la Seconde Guerre mondiale, le monde extérieur ne semble plus vraiment l’intéresser, la seule chose qui compte est les déconnages avec ses copains Wayne, Bogart, Gable et Flynn. Très peu de femmes, il parle un peu des actrices dans le cadre des tournages et de celles qui furent les partenaires d’une nuit. Il ne dit presque rien de Mary, sa femme qu’il épousera sur le tard. Walsh reste un cow-boy à l’ancienne, adorateur des amitiés viriles.
En 1973, il décide d’écrire ses mémoires, sans doute pour faire revivre une dernière fois une époque révolue…touchant. Un bon western.
Calman Levy
1976 (réédité en 1994)

Edouard

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A l’ombre des jeunes filles en fleurs

1- Autour de madame Swann

Le temps passe, Odette a fini par épouser Charles, mariage sans doute lié à la naissance de leur fille Gilberte. Les parents de Marcel, toujours aussi réticents à fréquenter les Swann, s’assouplissent cependant par l’entremise de M. de Norpoix, un ami commun. Le narrateur va enfin pouvoir entrer dans l’intimité de Gilberte et par là même accéder à un milieu qu’il ne connaissait qu’en rêve et dans lequel il retrouve notamment l’écrivain Bergotte.

Tout ça pour ça. C’est peu dire que l’œuvre de Proust est mal adaptée au lecteur du XXIe siècle. Je me suis posé des questions concernant la longueur des phrases et sur le fait qu’on ne pouvait que difficilement les suivre de bout en bout. Passé les trois premières lignes, on perd inévitablement un peu le fil général de la phrase de laquelle on ne retiendra plus que quelques impressions, des sentiments, des odeurs, des couleurs… C’est beau quand il parle d’objets ou de lieux ; c’est intéressant quand il parle de personnes et même parfois comique, mais ça devient vite insupportable quand il parle de lui. En l’occurrence, les interminables séquences dans lesquelles il décortique ses sentiments pour Gilberte sont très peu digestes. Il ne se passe rien entre les deux ados, on ne sait pas ce qu’ils se disent et à peine qu’ils se voient. D’ailleurs, ce qui intéresse le narrateur n’est pas tant Gilberte que les sentiments qu’il éprouve pour elle.

2- Nom de pays : Le pays

Le narrateur passe l’été à Balbec en Bretagne avec sa grand-mère et Françoise, leur gouvernante. De nouveaux personnages apparaissent et Marcel poursuit son intégration dans le Monde : madame de Villeparisis, ses neveux Charlus et Saint-Loup, le peintre Elstir qui lui permet d’entrer en contact avec Albertine, l’une des figures principales de la recherche, d’abord noyée dans un groupe de « jeunes filles » duquel elle se détache petit à petit.

A l’ombre des jeunes filles en fleurs a bien failli s’ajouter au nombre de mes lectures inachevées. Il faut trouver le temps et les circonstances pour se plonger dans la peau du narrateur, dans son hyper sensibilité, pour ressentir ce qu’il ressent et pour remonter le temps avec lui. Mais lorsque les circonstances sont réunies, l’expérience est saisissante.

J’aime bien Albertine, très différente de Gilberte, beaucoup moins sophistiquée, moins chipie, plus nature. Toujours plongé dans ses émotions, Marcel navigue, émerveillé au milieu du groupe de jeunes filles, les regardant comme des œuvres d’art, comme des statues vivantes, fasciné par la voix de l’une, par le regard d’une autre, par le sourire d’une troisième. Il flotte dans ce petit monde qui le berce et on devine en toile de fond les efforts d’Albertine qui cherche à attirer son attention. J’ai pas mal pensé à l’Antoine Doisnel de Truffaut et beaucoup à « Guillaume et les garçons à table » de Guillaume Gallienne. L’homosexualité de Proust est un fait acquis, mais on le sent ici plutôt asexué, noyé dans sa sensibilité. Il finit tout de même par essayer d’embrasser Albertine qui a bien entendu tout manigancé et lui reproche ses ardeurs en prenant des airs offusqués. Pris à l’hameçon, notre Marcel est amoureux à l’heure où il est sur le point de passer du côté de Guermantes.

Texte: Edouard

Illustration:Magali

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Poil au Yéti

L’institut virtuel de cryptozoologie a publié en juillet le résultat des analyses ADN effectuées sur une trentaine d’échantillons de poils ayant appartenu à l’abominable homme des neiges et à ses sympathiques cousins répartis à travers le Monde. Les fans seront déçus, pas de découverte fracassante.

La palme revient aux ursidés, identifiables sur 10 échantillons. De plus, deux échantillons attribués au yéti appartiendraient à une espèce d’ours polaire qu’on croyait aujourd’hui éteinte.

Viennent ensuite ex æquo le cheval, le loup et la vache (4 échantillons pour chaque espèce). Pour finir, 6 autres espèces animales qu’il semble parfois un peu difficile d’imaginer sous une forme abominable : tapir ; porc-épic ; raton laveur, daim, chèvre, mouton.

Le dernier échantillon, attribué à un « Bigfoot » d’Amérique du Nord, provient par contre bien d’une espèce animale abominable : homo sapiens.

En tant que cryptozoologue amateur, je ne peux m’empêcher de faire part de ma déception concernant l’Almasty, cousin caucasien du yéti. Je suis effectivement convaincu de son existence depuis les années 90. Le très sérieux magasine Archéologia lui avait même consacré un dossier à l’époque. À côté des nombreux témoignages, l’Almasty avait été pisté dans les textes anciens. Ainsi, l’Enkidu de l’épopée de Gilgamesh aurait été un Almasty tout comme Ismaël, le demi-frère d’Isaac, fils d’Abraham et d’Agar.

Bref, j’en suis plus que jamais convaincu, on va le trouver cet Almasty, reprenons les preuves présentées par l’accusation :

– 3 poils de cheval et un poil de vache. Ha, ha, voilà qui est intéressant. L’Almasty, comme, chacun sait, se nourrit de lait de vache et de jument et s’infiltre la nuit au milieu des troupeaux lorsque le berger goûte un sommeil bien mérité après une dure journée de labeur.

– 3 poils d’ours. Fastoche encore, l’Almasty, pour affronter la rigueur du climat caucasien, surtout l’hiver, est vêtu de peaux d’ours, animaux qu’il tue à mains nues, preuve, s’il en est, de son incommensurable courage.

– 1 poil de raton laveur…bon OK, celui-là il est pas facile, mais ne désespérons pas. On peut peut-être imaginer que l’Almasty portait une toque en fourrure de raton laveur dont son cousin d’outre-Atlantique, le bigfoot, lui aurait fait cadeau en venant lui rendre visite. Il est comme ça bigfoot, le cœur sur la main, un exemple pour nous tous. Mouais, en même temps, je vous sens pas hyper convaincus…je vais encore chercher.

Edouard

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Lucy

Scarlett Johansson fait du yoyo. Après avoir campé un personnage vide de toute sensibilité dans « under the skin », réduit à une simple enveloppe charnelle mue par quelques réflexes conditionnés, la voilà plongée dans l’hyper conscience.

Difficile d’être surpris avec le réalisateur qui traduit inlassablement en scènes hyper expressives, nos fantasmes du moment. Nous n’utiliserions que 10% de nos capacités intellectuelles. Tout le monde a entendu cette phrase associée à un pourcentage très variable. Cette idée reçue, contestée par la communauté scientifique, n’en reste pas moins tenace et prête à toutes les élucubrations.

Heureusement, nous avons Luc Besson qui, en mettant en images ce que pourrait être un cerveau élevé à des capacités optimales, nous fait prendre conscience que cette idée reçue est bien de la science-fiction. Lucy surfe sur la vague de Nikita et de l’héroïne du cinquième élément pour ses côtés sexy et athlétiques, ici dotée accidentellement de « super pouvoirs » prenant la forme d’une bombe à retardement. Les scènes de combats, explosions en tous genres et poursuites en voiture sont bien là. L’humour aussi : j’ai beaucoup aimé les doutes exprimés par le flic français concernant l’utilité de sa place dans le scénario. Il est vrai que cela aurait été pas mal d’avoir un personnage masculin un peu consistant et on cherche en vain un Bruce Willis ou un Jean Réno.

S’il n’y avait eu que ça, j’aurais pu me dire « bon ben voilà, c’est un Besson, je me suis bien amusé », si les capacités intellectuelles supérieures n’avaient été qu’un prétexte à… j’aurais été moins regardant. Mais là, il met au cœur de son scénario une théorie qui apparaît comme une accumulation d’ingrédients peu digestes. Les affrontements de Scarlett avec la mafia coréenne sont couplés d’images tirées de reportages accompagnés d’une voix off doctrinale censée appuyer les thèses du réalisateur. Qu’est ce que pourraient bien être ces capacités supérieures ? Une hyper acuité sensorielle ? Une capacité à lire dans les pensées des autres ? Des pouvoirs de télétransportation ? La maîtrise du temps ? Pouvoir taquiner les dinosaures ? Lucy passe par tous ces stades, superhéroïne de type accidentel comme Hulk et Spiderman, son affaire se termine par une pirouette méditative de type mindfullness.

Au final, je reste sur ma faim. Si tout va de plus en plus vite aujourd’hui dans une Terre devenue village, Lucy incarne l’évolution psychique humaine filmée en accéléré. Dans « le cinquième élément », l’amour était avancé comme étant le seul capable d’assurer l’équilibre de l’humanité. Un message pas vraiment original, mais qui avait au moins le mérite de rassurer et qui n’apparaissait qu’en toile de fond d’un univers futuriste peuplé d’extra terrestres et de costumes de Jean-Paul Gautier. Dans « Lucy », le réalisateur semble nous dire que le but ultime de l’humanité est de retourner au néant dont elle est issue. « Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où aller », disait Sénèque. Besson n’apporte pas vraiment de réponse à notre Monde en quête de sens. On la trouvera sans lui.

Edouard

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