Ecriture et édition

Certains d’entre vous l’auront peut-être remarqué, j’ai rebaptisé il y a peu la rubrique « édition » en rubrique « écriture ». Alors que je m’apprête à affronter la dernière ligne droite de la publication de mon premier roman, je réalise que si un lien entre écriture et édition existe nécessairement, les deux concepts ne sont pas interchangeables. Je pense aujourd’hui que l’édition est faite pour l’écriture et non l’écriture pour l’édition.
N’allez pas croire en lisant ces lignes que j’ai enfin trouvé un éditeur ni que j’ai décidé de jeter l’éponge. Ce que je veux dire, c’est que j’aborde une phase ultime de la démarche éditoriale et que, quelle qu’en soit l’issue, il est certain aujourd’hui que je veux passer à autre chose. Cependant, s’il y a du nouveau du côté de l’édition, je vous tiendrai au courant.
Je souhaite donc à l’avenir parler de l’écriture sous toutes ses formes et de tous les modes de diffusion de celle-ci dont l’édition à compte d’éditeur fait partie. Bien entendu, je serai heureux de publier dans cette rubrique des témoignages d’auteurs, sur ce qu’ils font ou sur l’univers de l’écriture en général.
En réaction à la dernière critique de Guy, j’ai regardé l’Apostrophe Bukowski, disponible sur Daily motion en plusieurs morceaux. J’ai été particulièrement frappé par une de ses phrases « Ce que j’ai pu écrire ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je vais écrire. »
C’est à mon avis assez révélateur de ce que pensent beaucoup d’écrivains et cela explique aussi le « faussé » inévitable qui existe entre le lecteur et l’auteur. Un désir fou de s’exprimer, mais en même temps, une communication impossible, un « je t’aime, moi non plus » avec des mots. On comprend alors le calvaire que peuvent être les longues séances de dédicace. À moins d’être complètement mégalo, cela doit être insupportable.
Il faut beaucoup de choses pour rendre un écrivain heureux : la reconnaissance du public, la reconnaissance des milieux littéraires et, j’imagine, la satisfaction de progresser. Peut-être qu’il y a aussi l’angoisse de ne plus pouvoir produire que l’on appelle vulgairement « l’angoisse de la page blanche », image un peu caricaturale à mon goût. Peut être qu’il y a aussi le sentiment de produire mieux, mais avec moins de plaisir. Peut-être aussi qu’à un moment, on sent que l’on ne progressera plus et que le tout est de se maintenir au niveau. Même si l’on est reconnu, il y a la peur de ne pas être reconnu pour les raisons que l’on aurait souhaitées. Et puis, il y a la peur de ne plus écrire par plaisir, mais uniquement pour satisfaire un besoin devenu obsessionnel.
Devenir écrivain n’est pas la recette du bonheur, j’en suis certain. C’est à mon sens un métier de fou qui ne peut être exercé que par des fous. Un métier qui mène plus facilement à la dépression et à l’alcoolisme qu’à la gloire et à la richesse. Ont peut rêver de le devenir, mais on ne le devient à mon avis que par nécessité, comme on attrape une maladie.

Edouard

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Les contes de la folie ordinaire

Titre original: Erections, ejaculations, exhibitions and general tales of ordinary madness.

Bukowski (1920-1994) eut son heure de célébrité en France lorsque, invité par Bernard Pivot à Apostrophes, il se présenta avec ses bouteilles de Chardonnay qu’il but au goulot, avant de se mettre à lutiner une des dames présentes au débat. Cette goujaterie se retrouve dans ce livre. Grossier, vulgaire, macho, il n’est heureusement pas que cela. On trouve ici un véritable écrivain, parlant des plaies de sa société, décrivant un monde de miséreux et de paumés. Alcool, sexe, courses de chevaux, écrivains ratés…Pour peu que l’on passe au-dessus de ses prétendues audaces (on a vu pire avec moins de talent), on peut passer un moment agréable, et même rigoler (jaune) par moments.

Ce drôle de bonhomme a fait graver sur sa tombe: ‘Don’t try’

Amitiés provocatrices,

Guy

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Presque rien sur presque tout

L’académicien s’est lancé (en 1995) dans sa vision de notre univers, depuis ses origines.
Les pages les plus passionnantes traitent de la littérature, et pour cause.
Ses talents de futurologue m’ont paru limités. On ne peut pas tout avoir.
J’avoue, en demandant le pardon de mes distingués correspondants, avoir sauté plusieurs pages.
L’homme aux yeux bleus électriques est croyant, il ne s’en cache pas.
Cela présente l’inconvénient de décrire un monde manichéen: soit vous avez la foi, soit le tout est absurde.

Mais il lui sera beaucoup pardonné.

Connaissiez-vous ce vers superbe de Racine:

Je t’aimais inconstant, qu’aurais-je fait fidèle?

Amitiés transcendantales,

Guy.

Jean d’Ormesson
Gallimard
380 p.

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Les brumes du passé

Une curiosité: un roman policier qui se passe à Cuba.
L’inspecteur Mario Conde s’est rangé, et se lance dans
la recherche de livres rares.
Cette histoire devrait intéresser mes nombreux amis
bibliophiles.
Malheureusement, l’histoire met 300 pages a démarrer
véritablement.
Et le style m’a paru indigeste (traduction?)
On y apprend malgré tout des éléments intéressants sur
la vie quotidienne, depuis le régime honni de
Batista, jusqu’à la poigne de fer de Fidel Castro
(sans que celui-ci ne soit jamais cité). Censure??
Amitiés caribéennes,
Guy.
Leonardo Padura
Points
432 p.

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Que faire de nos extraterrestres ?

L’intérêt des blockbusters américains et qu’ils disent tout haut ce que l’Amérique profonde pense tout bas et, dans notre village planétaire, c’est aussi un peu nous l’Amérique profonde.

Hier, j’ai regardé « Battleship », film pitoyable, plus de guerre que de science-fiction qui peut se résumer par cette phrase prononcée par un vétéran qui sort d’on ne sait où vers la fin du film : « Envoyons un peu de plomb à ces lopettes ».

Des extraterrestres, attirés par des connards de scientifiques qui leur envoient des signaux depuis des années, arrivent au beau milieu du Pacifique et décident de tout casser. Heureusement, des valeureux GI accompagnés par de braves niakoués sont là pour leur péter la gueule.

Je ne m’étendrai pas plus sur la nature hautement régressive du message délivré par ce chef-d’œuvre (docteur Fol amour peut se retourner dans sa tombe) ni sur la finesse du scénario. Ce qui m’intéresse, c’est la question qui n’est plus « est-ce qu’on va en trouver ? », mais « quand est ce qu’on va trouver quoi ? » et surtout « qu’est-ce qu’on va faire de ce qu’on va trouver ? ».

Bien entendu, pas question de petits hommes verts même si les passionnantes recherches sur Encelade, une lune de Saturne, laissent supposer qu’on pourrait trouver un peu plus que quelques micro-organismes.

En attendant d’aller là-bas, nos yeux sont rivés sur Opportunity qui pourrait trouver quelques signes de vie sur le sol martien.

Bref, on sent qu’on va y arriver enfin. Et après ? Que faire de ces découvertes. Si vous écoutez « Battleship », la réponse est : y vaut mieux pas savoir alors arrêtons de chercher…en même temps, ça nous a permis de bien nous marrer et d’utiliser tout notre arsenal de guerre.

Que fera-t-on une fois qu’on aura la preuve que la Terre n’est pas la seule à abriter la vie ?
On ne sait pas, peut-être pas grand-chose.
La semaine dernière, Arte programmait une émission intitulée « la fin des astronautes » qui faisait le bilan coût/rendement de l’envoi des hommes dans l’espace et posait clairement la question : faut-il encore en envoyer ? Interrogés, les premiers concernés n’étaient bien entendu pas d’accord et invoquaient la flamme du rêve et de l’aventure qu’il fallait entretenir : The show must go on !

Et si la recherche spatiale n’était là que pour nous faire rêver ? Et si un jour nous n’avions plus de quoi rêver… ce serait sans doute la fin du monde. Vive la recherche spatiale !

Edouard

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Kafka sur le rivage

Si vous ne l’avez déjà fait, précipitez-vous sur ce chef d’oeuvre.
Kafka Tamura, quinze ans, fuit la maison de son père, près de Tokyo. Il atterrit dans une maison consacrée aux livres, devenue un musée. La gestion repose sur les épaules de la mystérieuse et fort belle Melle Saeki. Il y rencontre le séduisant Oshima-san ,de quelques années son aîné.
Le vieux Nakata prend également la route. Cet homme illettré, à l’intelligence limitée, connaît le langage des chats. Il dispose aussi de pouvoirs occultes.
Sans jamais se rencontrer, les deux personnages vivront des expériences initiatiques qui les transformeront totalement.
Poésie, humour, mystère, cruauté font de ce long conte une expérience inoubliable.
Murakami connaît les mythologies occidentales. Il revisite le mythe d’Oedipe de façon magistrale. Il y ajoute la sagesse du bouddhisme, et il pimente le tout avec Beethoven, François Truffaut, une large touche d’impressionnisme et beaucoup de mystère.
Guy.
Haruki Murakami
10/18
638 p.

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R « o »blochon

 

La publicité est-elle un art ? Question provocante a priori puisque son seul objet et de nous vendre des produits et que tous les efforts de l’artiste consistent à démontrer que ce qu’il fait n’a rien de commercial. Discours totalement hypocrite puisque, si l’on veut être plus qu’un peintre du dimanche, qu’un chanteur de salle de bain ou qu’un écrivain en herbe, il faudra nécessairement faire entrer une dimension commerciale dans son activité artistique.
On pense aussi à tous les artistes qui ce sont illustrés dans la publicité (Lautrec, Mucha…), et à tous ceux qui ont gravité autour de la publicité (Dali et son chocolat Lanvin, Gainsbourg et le Martini…). À mon sens, la publicité n’est sans doute pas la plus belle activité artistique ni la plus noble, mais est peut-être la plus honnête.
Bref, tout ça pour en venir à l’objet de ce billet par lequel je voulais rendre hommage à la petite fille qui joue dans la pub du reblochon.
Petit rappel qui paraîtra fastidieux au français qui visite ce blog, mais qui sera certainement utile aux autres.
Le reblochon est un célèbre fromage français au caractère affirmé que les enfants appellent souvent à tort r « o »blochon.
Le clip dure à mon avis moins d’une minute. Il met en scène un père et sa fille à laquelle je donnerais 7-8 ans.
Comme on s’y attendait, la petite fille prononce « roblochon ». Son père la corrige gentiment en lui renvoyant un affectueux « reblochon ». La mauvaise élève renvoie le « roblochon » et en écho, la voix paternelle renvoie un « reblochon » en appuyant bien sur le « e ».
Et c’est là qu’opère la magie. Dans ce dialogue entre le père et la fille, un seul mot est utilisé : le nom du fromage prononcé avec deux orthographes différentes. Tout le reste passe par le ton sur lequel le mot est prononcé et l’expression du visage des deux acteurs.
L’ultime « roblochon » de la petite fille est prononcé avec un énorme aplomb et son visage en dit long. Une expression enfantine sous laquelle on devine autre chose :
– J’ai compris, on dit « reblochon »… mais qui il est ce vieux con pour me donner des ordres ? Je l’emmerde, je fais ce que je veux. Ce sera donc ROBLOCHON.
Bref, on sent la préadolescente qui se réveille dans ce visage et peut être même quelque chose de plus féminin encore. Sacrée gamine. Gare aux mecs qui se trouveront sur son passage dans dix ans.
Bravo l’artiste. Tu as de l’avenir, j’en suis certain.
Edouard

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Sébastien

Un livre qui se lit en une soirée d’autant qu’il y a beaucoup de blanc dans l’écriture et dans l’impression. Sébastien nous raconte son histoire à sa façon au cours d’un interrogatoire par un policier très taiseux. (Je suppose et j’extrapole. Ce peut être aussi un psychiatre de la police. ???) « Je ne comprends pas ce qui se passe en moi. Je ne parle jamais comme ça. D’habitude je reste muet. » Sébastien est-il autiste ???? Quoi qu’il en soit, ses parents s’en débarrassent dans un Centre spécialisé (Psy ?). Ses week-ends et ses vacances, il les passera chez ses grands-parents. Sébastien sait que ses parents ne l’aiment pas. Par contre ses grands-parents sont gentils avec lui. Son grand-père le comprend sans beaucoup parler. C’est le seul qu’il aime et à qui il fait confiance. Un jour, ils partent même « entre hommes » à Paris, à une commémoration de la guerre d’Algérie. C’est là que tout se gâte. Beaucoup de points d’interrogation, certes, mais voilà un livre qui m’a surprise et déroutée. En quelques mots, on perçoit le désarroi, la peur, l’incompréhension de ce gosse qui se sent coupable de ne pas être comme tout le monde. En même temps, je me sens frustrée. Il n’y a pas assez d’explications, de précisions. Il faut toujours que l’on me mette les points sur les I. Peut-être que ce n’était pas nécessaire, tout compte fait.
La Martine
SPILMONT Jean-Pierre
La fosse aux ours, 2010, 130 p.

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L’île nue

Un homme et une femme vivent avec leurs deux fils sur une île japonaise désertique privée d’eau douce qu’ils doivent aller puiser dans l’île voisine. Ils passent donc leur vie à faire des trajets en barque et à porter des seaux d’eau.
Ce mythe de Sisyphe nippon réalisé en 1960 par Kaneto Shindo est avant tout une prouesse cinématographique.
Il y a d’abord le bruit : le vent, la pluie, une chèvre, un canard, le bruit de la gaffe de la barque quand elle s’enfonce dans l’eau, le bruit de la grande louche avec laquelle ils prennent l’eau dans les seaux…des bruits humains aussi : des bruits de pas, des cris d’enfants qui s’ébattent, la clameur de vieilles femmes, des rires, des sanglots, des gémissements, mais pas un mot articulé.
Après, il y a l’image : l’image de cette terre assoiffée. Le couple qui y cultive un petit lopin de terre qu’ils abreuvent inlassablement en été.
L’homme ne semble pas trop souffrir du mouvement perpétuel dans lequel il est engagé. Ce n’est pas un homme résigné, mais un homme qui ne se pose pas de questions, qui fait ce qu’il a à faire. C’est un homme qui peut éprouver des sentiments, mais qu’il ne témoigne qu’à ses enfants. Pas une seule fois il n’aura un geste affectueux pour sa femme. Une fois il la frappe parce qu’elle fait tomber un seau. On sent que ce n’est pas pour autant un bourreau, il fait ça mécaniquement. Quand, piquant une crise de nerfs, elle arrachera les jeunes plants qu’elle devait arroser, il la regardera en attendant que ça passe.
Elle, elle en bave, on le sent tout de suite. Tout d’abord parce que même si elle est moins forte que lui, tous les travaux agricoles sont partagés d’égal à égal. On sent aussi que l’épreuve physique a son parallèle psychologique. Ce qui frappe, ce n’est pas tant son visage que ses chevilles qui hésitent en portant l’eau. Cette hésitation dans la démarche va s’intensifier imperceptiblement tout au long du film. Rien qu’en regardant ses pieds, on se dit…c’est certain, un jour, elle va craquer. Quand ? On ne sait pas. Un jour, certainement. Peut être qu’elle partira, pour retrouver les plaisirs de la ville toute proche où ils vendent leur récolte, pour revivre ses instants de bonheur qu’elle a pu avoir dans un restaurant ou devant la vitrine d’un magasin.
Enfin, il y a la musique lancinante du compositeur Hikaru Hayashi qui s’intensifie progressivement tout au long du film pour aboutir au paroxysme final. Cette musique en harmonie parfaite avec les bruits et l’image est le seul vrai langage articulé du film. Dans les dernières secondes qui précèdent le générique final, elle pose une question bouleversante : et si tout ça ne s’arrêtait jamais ?
Edouard

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Le mec de la tombe d’à côté

L’amant de lady Chatterley, en version soft, suédoise et contemporaine.
Désirée (!) et Benny se rencontrent au cimetière.
Elle médite sur la tombe de son mari, mort accidentellement.
Lui rend hommage à sa maman.
Elle est bibliothécaire, intello de gauche.
Il est fermier, un peu réac.
Rien ne les rapproche, et leur passion va buter sur les réalités quotidiennes.
Pas très fatigant à lire, prévisible, et loin de la passion du garde-chasse et de la châtelaine de D.H. Lawrence.
Ne pas trop choquer le lecteur, telle semble être la devise de nos auteurs de livres destinés aux demoiselles.
On ne se méfie pas assez des livres imprimés à des millions d’exemplaires, et traduits dans 356 langues.
Amitiés bof,
Guy.
Le mec de la tombe d’à côté
Katarina Mazetti – Babel – 254 p.

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