La légende des années 60

4 mai 2013, 20h15, métro Grands Boulevards. Je n’étais jamais entré aux Folies Bergère. Pas de bluebell girls, mais leurs atours, bijoux, diadèmes et autres plumes d’autruche exposés dans des vitrines. L’extravagance de la décoration du lieu donne aussi le sentiment qu’elles ne sont pas tout à fait absentes. Les raisons de ma présence dans ce lieu magique ? « la légende des années 60 », le nouveau spectacle des chœurs de France. J’avais adoré « histoire de comédies musicales » l’année dernière et j’y suis retourné en espérant retrouver la même ambiance régénératrice.
La salle de spectacle est très cosi comparée à celle du grand rex. Le rideau se lève et je retrouve mes 200 choristes (hommes et femmes) habillés cette année en bleu et blanc.
J’ai plus de mal que l’année dernière à retrouver ma choriste que je ne repère qu’à la fin de la première partie, en haut au milieu, cachée derrière un chauve à lunette.
Cette année, le rôle de monsieur loyal est partagé entre Jean-Claude Oudot, le fondateur et directeur musical des chœurs de France et Henri-Jean Servat que les fans de télématin connaissent bien. Grâce à son immense culture musicale, ce dernier nous sert de Virgile dans ce voyage dans le temps.
Car c’est bien d’un voyage dans le temps dont il est question. Les chœurs de France nous embarquent ce soir dans cette France sans guerre et sans colonies (à partir de 62), sans chômage, sans crise pétrolière, sans SIDA ; une France matériellement reconstruite, mais qui doit réinventer son identité ; une France idéologiquement encore un peu engoncée dans le carcan des années 50 : une France jeune tournée vers l’autre côté de l’Atlantique : le temps des « yéyés ». Et puis, de ce magma, vont sortir quelques identités musicales fortes qui vont contribuer à faire revivre le pays : Dutronc, Bécaud, Nougaro, Barbara.
En 65, France Gall remporte l’eurovision avec « poupée de cire poupée de son » composée par un fils d’immigrés russes : « Serge Gainsbourg ». La même année, irrité de s’être fait voler la vedette, Polnareff chantera « la poupée qui fait non ».
Mais je reviens un instant sur le spectacle et sur le très beau duel sur scène entre les hommes qui tentent d’imposer « la poupée qui fait non » et les femmes qui résistent avec « poupée de cire, poupée de son ». Les possibilités de jeu chorégraphique de cette masse vocale sont tout bonnement stupéfiantes. Pour illustrer le feu d’artifice de la fin des années 60, une lumière blanche l’irradiera avec les paroles du « White is White » de Delpech.
Et puis, comme pour boucler la boucle, cette décennie qui avait commencé dans la fascination de l’Amérique, finira avec l’arrivée d’un franco-américain, Joe Dassin, qui chantera « siffler sur la colline » en 68.
Les années 60, c’est l’histoire d’une France qui a cessé de dominer le Monde et qui se retrouve en s’ouvrant au Monde : une France qu’on voudrait éternelle.
Edouard

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Giotto

– Allo, je vais voir l’expo Giotto au Louvre, ça te branche ?

– Giotto ? Euh…OK.

Je ne l’avais pas vu depuis un certain temps et si ç’avait été une rétrospective Annie Cordy, je pense que j’y serai allé aussi.
Dans la ligne 12, il y avait un SDF qui avait l’air vraiment désespéré. Tout en le regardant, j’essayais de me souvenir qui était Giotto : un peintre italien de la renaissance ou un peu avant, mais impossible de mettre un tableau sur ce nom.

Bon, il est à cheval entre le XIVe et le XVe siècle, je n’étais pas très loin au regard de la renaissance italienne.

La pièce était plutôt petite et contenait une vingtaine d’œuvres religieuses pour la plupart. Giotto est surtout connu pour ses tableaux de la vie de Saint François : « Ah oui d’accord, c’est lui Giotto ». Je ne suis pas particulièrement sensible à ce genre de peinture, je ne connais pas non plus très bien l’Italie ni l’époque. Quand je vois saint François qui donne à manger aux canards, je pense « C’est saint François qui donne à manger aux canards » et j’ai du mal à m’émerveiller. Au bout d’un quart d’heure, j’en ai eu marre et je l’ai laissé seul : il semblait vraiment très absorbé.

En l’attendant à l’extérieur, je regardais les gens qui faisaient la queue, je me demandais combien d’entre eux allaient voir l’expo par pur snobisme, histoire de se la péter un peu en société « je suis allé voir Giotto au Louvre, c’était fooormiiidaaaable ! », diraient ils en tenant une coupe de champagne et en levant un petit doigt. Il y avait aussi dans la queue un prêtre en col romain « ah oui, là, d’accord. Lui, il doit certainement ressentir quelque chose ».

Finalement, je sortais de cette expo avec un sentiment de frustration ; jaloux de tous ces gens qui éprouvaient peut-être des sensations que j’étais moi-même incapable d’éprouver.
Lorsqu’il sortit enfin, le regard pleinement satisfait, il m’expliqua qu’il connaissait très bien l’Italie. Sans doute aussi est-il un peu plus mystique que moi.

Bref, si vous aimez Giotto, allez voir Giotto. Sinon, vous risquez de vous emmerder. Mais peut-être que l’expo vous réservera une bonne surprise. Peut-être aurez-vous une révélation, comme Saint Paul sur le chemin de Damas, comme Claudel à Notre Dame. En tout cas, moi je n’ai rien ressenti. Je suis peut-être trop cartésien.

Edouard

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Laissez-passer

Le général a décidé d’accélérer la cadence : un article tous les deux jours. Guy et Martine peuvent faire les fiérots, ils ont plusieurs semaines d’avance, mais moi, je n’ai rien en réserve et c’est mon tour aujourd’hui. C’est Pâques, je ne devrais pas trop avoir de mal. Le chocolat, les œufs…je suis pas trop inspiré.

Je peux toujours vous parler de ce que j’ai vu cette semaine à la télé.

Il y avait « Un jour sans fin » sur « D8 ». Je trouve que c’est une drôle d’idée de donner un nom de cellule de tableau Excel à une chaîne de télévision, pas vous ? C’était peut être la quinzième fois que je voyais ce film, mais je ne m’en lasse pas: Bill Murray, la journée de la marmotte, Andie MacDowell et cette réplique culte au bowling « si je me réveillais chaque matin le même jour, ça ressemblerait drôlement à ma vie »…un délice.

Mercredi, j’ai regardé « Crapuleuses » sur France 2. Quoi ? Vous l’avez pas vu ? Bon, je vous raconte.
Violette, une ado très réservée, arrive dans une banlieue un peu chaude avec ses parents.
Au lycée, sa commence très mal : elle devient vite la tête de Turc d’une bande de filles qui la tabassent et la rackettent régulièrement. Violette aurait pu s’effondrer, mais va trouver une parade et se débrouille pour devenir copine avec l’une des grandes blacks de la bande qui va l’intégrer dans le gang des « Crapuleuses ».
Les Crapuleuses zonent, font des conneries et rient très fort pour ne pas entendre leurs angoisses. Dans ce microcosme, Violette n’est pas très à l’aise.
Yara Pilartz, la toute jeune femme qui incarne Violette, est absolument extraordinaire. On la voit tout au long du film, écartelée entre ses désirs d’ado (avoir des copines, se sentir forte au sein d’ un « gang », embrasser des garçons…) et d’autres chemins qu’elle ne perçoit que confusément, mais qui feront d’elle une adulte. Je ne vais pas vous raconter la fin, mais Violette, tout comme Yara Pilartz, relève le défi haut la main.

Finalement, « Un jour sans fin » et « Crapuleuses » racontent un peu la même chose. L’histoire du parcours initiatique d’un homme d’âge mûr et d’une ado qui s’ouvrent à la vie, l’histoire d’un passage, d’un « Pessah », tout comme celle des Hébreux qui traversent la mer Rouge ou celle de la crucifixion du Christ.

Évoluer, se transformer, n’est-ce pas l’opportunité la plus formidable qui nous est proposée par la vie ? Cela mérite bien une fête.

Joyeuses Pâques !!
Edouard

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Just follow me

Je vais bientôt avoir 3 ans et, malgré mon jeune âge, j’ai soif d’indépendance. Je viens donc de créer mon compte Twitter (tapez « ddelary » dans le moteur de recherche twitter) sur lequel vous pourrez suivre mes aventures, celles de Martine, d’Alexandra, de Guy, d’Edouard, de Georges et celles de toutes celles et tous ceux qui voudront bien apporter leur contribution à cette belle aventure. Il n’y a aucune limite de registre. Les passionnés de cinéma et de littérature sont les bienvenus, tout comme les passionnés d’astrologie, d’opéra, de cuisine, de tricot, de jardinage….

Je me présente :

– Mon nom est celui que m’ont donné mes parents qui étaient fans de « shérif fais moi peur », mais qui n’avaient pas pensé à la personnalité controversée du général sudiste.

– J’aime la culture sous toutes ses formes. Mon thème de prédilection est la lutte de l’individu écrasé par la société. J’aime les gens qui s’engagent et qui ont des personnalités marquées. J’aime les choses qui bougent.

– Je n’aime pas les bannières et le prosélytisme politique et religieux. J’ai une haine profonde pour toutes formes de discriminations. Je déteste les vieux schémas simples et, plus généralement, toutes formes d’entraves intellectuelles. Je critique beaucoup notre société de consommation, mais je ne suis pas un ermite et j’en profite finalement pas mal.

Voilà, je n’ai sans doute pas tout dit ; le mieux pour vous rendre compte est encore de venir me rendre visite.

Si vous êtes intéressés, envoyez-moi vos contributions en cliquant sur « écrivez-moi » en bas à gauche de la page d’accueil du blog.

See you later

Général Lee

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Au-delà du street art

Au musée de la Poste en ce moment et jusqu’au 30 mars.

L’exposition commence dans la queue. J’arrive un peu tard et tombe nez à nez avec un pompier chargé de clôturer la file d’attente. Je me sens un peu vieux au milieu de ces grappes d’étudiants. Pas de looks particulièrement originaux pour les filles. Pour les garçons, quelques vêtements amples, chapeaux et barbiches. Quelques effluves de bière et de cannabis achèvent d’identifier les grappes.

Je m’intéresse au « street art » depuis quelque temps. Comme pour l’art contemporain, j’apprécie sa capacité à repousser les limites.

Les artistes exposés sont souvent comme moi issus de la génération Giscard. Politiquement peu revendicatifs, ils se dissocient à cet égard de leurs aînés (quelques-uns sont exposés). Ce qu’ils recherchent, c’est une « touch », une identité qui les fera sortir du lot. En gros, la police de caractère importe plus que le texte.

C’est un paradoxe de vouloir enfermer le « street art » dans un musée, mais de nombreuses vidéos disséminées tout au long de l’exposition permettent de nous mettre en situation.

Qui sont les street artistes d’aujourd’hui ?

Leurs outils restent les mêmes que ceux de leurs aînés : pochoirs, bombes …

Leur graphisme est souvent hyperexpressif et se distingue à ce titre complètement de l’imaginaire des artistes contemporains.

Les sources d’inspiration des œuvres exposées proviennent souvent de l’univers ludique des années 80 : univers des BD, du rubik’s cube ou de space invaders revisités avec beaucoup d’originalité. Des références plus modernes encore comme cette suite graphique autour des « messages d’erreurs ». Mais plus généralement, les street artistes traquent leurs sujets dans tous les recoins de nos sociétés industrielles.

Outils, graphismes, sources d’inspiration…il manque un élément capital pour identifier le street artiste : le support.

Murs, bois, béton, métal, verre…ils s’expriment en tous lieux et en tout temps et mettent en valeur le support sur lequel ils s’expriment, leur imagination n’a pas de limite et ils transforment ainsi sans vergogne l’image de la ville, que ce soit sur un terrain vague, un wagon abandonné, une boîte aux lettres ou une poignée de porte. Tout est art dans la ville selon les street artistes, ils ne sont là que pour le souligner.

Edouard

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Nature & Culture

Je ne voulais pas intervenir dans le débat sur le « mariage pour tous », mais un certain nombre d’éléments extérieurs m’y poussent. En surface, le débat tourne autour de savoir s’il est préjudiciable ou non à un enfant d’être élevé par deux personnes du même sexe. Je pense que le plus important pour un enfant est qu’il soit bien élevé… chaque camp a ses psychiatres.

Ce qui m’intéresse plus, c’est une conviction philosophique qui sous-tend les propos d’un certain nombre de personnes hostiles au projet. Cette conviction, très visible dans les slogans utilisés par les différents manifestants renvoie à l’existence d’une « loi naturelle immuable » à laquelle le projet porterait préjudice.

Le point le plus positif de l’hostilité à la loi, c’est que les trois religions monothéistes aient accordé leurs violons. Ce phénomène n’est pas surprenant. L’existence d’une « loi naturelle immuable » est la base du monothéisme. En dehors des créationnistes forcenés, tout le monde admet aujourd’hui qu’il est fort peu probable que le monde ait été créé en 7 jours. Par contre, le fait qu’Adam et Ève puissent être Paul et Robert ou Julie et Stéphanie, c’est plus difficile à gober, c’est contre nature et donc contre Dieu.

Existe-t-il une « loi naturelle immuable » ? Si oui, est-elle menacée ?

Pour ma part, je pense que la « loi naturelle » est largement conditionnée par ce qui est considéré comme socialement acceptable à un moment donné. Je ne pense pas que Dieu puisse être enfermé dans quelques vieux schémas simples. Il y a 200 ans, l’esclavage était une loi naturelle immuable.

Le projet de loi heurte donc les convictions d’une partie de la population qui considère qu’elle n’est pas socialement acceptable. Dans notre belle société laïque et ultra-sécularisée, ces convictions dépassent largement le cadre religieux. L’effet était probablement recherché par le gouvernement soucieux de marquer son identité socialiste. Les manifestants ne se doutent certainement pas combien ils servent les intérêts de la gauche.

Il y a un fait pourtant réel et dont on ne parle jamais globalement : les enfants élevés aujourd’hui par des couples homosexuels. Pris individuellement, ils sont brandis par les deux camps pour expliquer combien il est affreux d’être élevé par des parents homosexuels ou combien cela est formidable. Le fait est qu’ils existent et il est normal qu’ils aient un statut.
On aurait pu faire cette réforme sans bruit, mais personne n’y aurait trouvé son intérêt. L’utilisation du mot « mariage » est provocatrice et cela arrange tout le monde : la gauche, la droite, les religions monothéistes, les associations de protection des droits des homosexuels, les médias et la société française dans son ensemble. Cette loi est finalement structurante et permet à chacun de se définir et de se positionner. Avide de débats, notre beau pays en avait sans doute besoin.
Edouard

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Mort d’une télé

10 ans de vie commune. Cela faisait un moment déjà que je voulais m’en séparer, mais bon, elle me rendait de bons et loyaux services, je n’allais tout de même pas la virer comme ça, sans raison.
J’y ai repensé l’année dernière lorsque j’ai eu la nouvelle « Free-Box » : trop vieille pour lire les Blu-Ray. Mouais… pas vraiment un motif de condamnation.
Et puis, il y a deux mois, je l’ai fait tomber pour la première fois. C’était une maladresse, mais peut être aussi une certaine forme de négligence. Elle n’avait rien laissé paraître de ce traumatisme et avait redémarré comme si de rien n’était.
Aucune plainte, aucun reproche. Pourtant, elle aurait pu m’en faire : « Tu ne me regardes plus ! Je ne suis plus qu’une télé trop vieille pour lire les Blu-Ray ! Ah, cette Free-box, il n’y en a plus que pour elle ! Égoïste ! Voilà ce que tu es ! Il n’y a que tes petits plaisirs qui comptent ! Je n’ai rien dit quand tu jouais à angry birds mais ça m’a fait beaucoup de mal, j’ai bien senti que je n’étais plus rien pour toi. Tu me prends pour une console de jeu ou quoi !? Le lecteur de DVD est d’accord avec moi, tu nous négliges. D’ailleurs, il a décidé de faire la grève. Tu pourrais quand même l’utiliser de temps en temps, c’est un bon enregistreur, tu sais bien. Mais non, Mossieur préfère le disque dur de sa Free-box. Heureusement pour lui, tu en as encore un peu besoin du lecteur. Madame n’accepte de lire que les Blu-Ray. Le DVD, c’est tellement dépassé… Ah, je la déteste celle-là, elle ne m’adresse jamais la parole ! Quelle pimbêche ! On n’est pas du même monde, c’est ça ? Que dis-je, je ne suis plus du même monde que VOUS. Alors qu’est ce que tu attends pour me tuer ? Vas- y pauvre minable ! Tu hésites ? Tu ne veux plus de moi, mais tu n’oses pas me le dire, c’est ça ? Un égoïste, un minable et pour couronner le tout, un lâche. Ah, mais je ne vais pas me laisser faire, tu vas voir, je vais lui arranger le portrait, tu la reconnaîtras plus ta Free-Box ».
Non, elle n’a rien dit et a préféré garder pour elle sa rancœur.
Sa nouvelle chute, la semaine dernière, lui aura été fatale. Je me sens coupable de ne rien avoir fait pour arranger l’équilibre instable de la table roulante. Ce n’est tout de même pas ma faute si les roues se sont prises dans les fils de la Free-Box.
Elle n’est pas complètement morte, mais bien amochée quand même : une bande noire sur la gauche et le texte s’affiche de droite à gauche. Un certain nombre de fonctionnalités de la Free-Box ne marchent plus. Pour une raison qui m’échappe, le lecteur de DVD refuse de s’ouvrir ».
Je ne vais pas m’en débarrasser tout de suite. On a quand même fait un bon bout de chemin tous les deux, on ne peut pas se séparer comme ça. Aujourd’hui, je suis passé à la FNAC, ils ont des télés avec lecteur de DVD intégré.
Edouard

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Quand vient la peur

« Un tueur en série terrorise la campagne picto-charentaise ». Merci Télérama, je n’aurais pas su aussi bien situer le petit village. Toutefois, il manque à ce bout de phrase un élément essentiel sans lequel on ne peut pas vraiment tout comprendre. Il est vrai qu’il n’est pas facile à débusquer le 1975 (d’autant plus qu’en ce moment tout s’inscrit de droite à gauche sur ma télé, sans doute un coup d’Al Qaïda).
Pas de pattes d’éléphant, pas de papier peint avec des fleurs marrons sur fond orange, pas de musique disco, pas de coupes de cheveux à la Bernard Thibault, pas de pull moulant rouge à col roulé qui gratte porté par un intello barbu à grosses lunettes et qui fume la pipe. Bref, aucun indicateur qui nous permette de dire : là on est bien dans les années 70. Pour couronner le tout, le film date de 2010. Les habitants semblent un peu vieillots, mais bon, à peine différents des gens d’aujourd’hui.
On tâtonne : pas de téléphone portable, pas d’ordinateur, pas de tests ADN. Il y a aussi les voitures qui ne sont pas de la première fraîcheur, une allusion à la guillotine… et enfin, on trouve la date au coin d’une affiche vers les deux tiers du film.
1975 ? Le titre ne renverrait-il pas à la célèbre phrase de Roger Gicquel « La France a peur » prononcée un an plus tard.

« Sa cible, les jeunes femmes brunes ». Là, c’est imparable. On sent que le critique a compris l’intrigue.

« Coup de bol, l’inspectrice Anne Ketal (Sophie Quinton) est blonde ». Bon, je ne dis rien sur la tournure de la phrase, je ne veux pas éreinter ce critique qui est peut être un jeune en CDD. J’ai bien aimé Sophie Quinton qui fait penser à Miou-Miou, époque « valseuses ». Un autre indice qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

« L’on suit donc son enquête dans ce thriller à la française non dénué d’humour». Pour moi, ce film est une parodie des séries B françaises militantes de gauche des années 70. Il aurait à mon sens fallu plus de grosses ficelles pour qu’on le comprenne plus rapidement. On s’attend pas à voir ce genre de film un vendredi soir sur France 2. Je l’imagine plutôt dans un « Thema » d’Arte sur les 70’s.

« Un souci tout de même : sa peinture des mœurs provinciales. Pas vraiment du Flaubert ». Oui alors là, c’est complètement à côté de la plaque.
C’est plus une satire de la France de l’époque qu’une satire provinciale. Évidemment, tout est archicaricatural, mais la société ne s’est pas transformée en mai 68, d’un simple coup de baguette magique. Ce film est à mon sens bien plus proche des années 70 que la représentation que nous nous en faisons aujourd’hui. Sommes-nous prêts à voir cette réalité ? Visiblement pas Télérama en tout cas. Le film est certes plein d’imperfections, mais mérite plus qu’un « on n’aime pas » dédaigneux.
Edouard

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Le monde selon Christophe Colomb

À vos magnétoscopes… si vous n’avez pas encore vu cette émission diffusée les 12 et 13 janvier sur ARTE, vous avez encore la possibilité de l’enregistrer dimanche 20 à 10h.

Cette émission n’est pas un énième récit des aventures du célèbre génois, mais la vision qu’il avait du monde. Oui, allez vous me dire, il a cru arriver en Inde, tout le monde sait ça.

Mais pourquoi pensait-il arriver en Inde ? Parce qu’il n’avait pas la possibilité d’imaginer autre chose, pardi. Il n’y avait que trois continents, c’était comme ça et pas autrement, tous les grands penseurs qui avaient jusqu’alors tenté de dessiner la surface du globe l’avaient martelé. Alors, lui, quand bien même il aurait eu la capacité d’imaginer autre chose, pourquoi l’aurait-il fait ?
En plus, y voit les autochtones et il se dit : la preuve que je suis en Inde, c’est qu’ils ont un type asiatique. Bon, je ne sais pas s’il avait vu beaucoup d’Asiatiques dans sa vie, mais on sait aujourd’hui qu’il avait raison. Finalement, ce qu’il y avait de plus indien dans sa découverte, c’est les lointaines origines ethniques des indigènes.

Il avait donc tout misé sur l’Inde, avec un peu de précipitation, semble-t-il. Quels motifs le poussent à s’engager dans cette aventure en se basant sur des itinéraires hautement fantaisistes ? Il y avait des cartes qui prévoyaient des distances plus longues, mais lui, il choisit la plus courte. Ça sentait la grosse improvisation et il y avait visiblement une certaine part d’inconscience …un truc de ouf. Par ailleurs, si les Arabes n’avaient pas occupé Istanbul, il n’aurait jamais trouvé personne pour financer son aventure. Cette découverte est le fruit d’un incroyable concours de circonstances.

Lors de son quatrième voyage, il arrive à Panama et commence tout de même à avoir des doutes. Quelque part dans son esprit, l’idée d’un nouveau continent se profile. D’autres marins un peu plus « aware » ont déjà flairé l’affaire, Amerigo Vespucci lui coupe l’herbe sous les pieds. Colomb imagine alors qu’il doit y avoir un autre océan, mais il meurt à Panama sans le trouver (dommage, il n’était pas loin).

On réalise avec cette émission la révolution psychologique que cette découverte a constituée pour l’inconscient collectif européen : ce n’est pas seulement une source de nouveau profit, mais c’est aussi une découverte gigantesque, une découverte démesurée qui dépasse l’entendement, un truc qui oblige à tout repenser. Cette découverte encouragera certainement, un jeune polonais (il avait 19 ans en 1492), Nicolas Copernic, à faire valser les vieux dogmes selon lesquels la Terre était le centre de l’univers.
Edouard

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Amsterdam

La gare du Nord, puis le Thalys. 3h15 pour arriver à la centraal station.
Le bruit et l’odeur…voilà comment, si j’étais amstellodamois, je décrirais notre belle capitale.
Je ne m’en étais pas rendu compte à l’arrivée, mais ça m’a frappé au retour, cet air parisien vicié et cette pollution sournoise qui s’infiltre partout et que l’on arrive jamais vraiment à éradiquer même en frottant très fort.
Au paradis du vélo, l’air est pur et silencieux. Les seuls effluves insolites sont celles du cannabis que l’on renifle par-ci par-là. C’est aussi une ville beaucoup moins peuplée que Paris, c’est sans doute pour ça qu’on y respire mieux. Il y a quelques voitures tout de même, mais les cyclistes y sont omniprésents avec des carrioles qui transportent parfois trois ou quatre enfants.
L’eau des innombrables canaux qui découpent la ville en une grande mosaïque alimente elle aussi ce sentiment de pureté.

Le paradis sur terre allez vous me dire ? Oui, mais celui aussi des paradis artificiels et tarifés. Les coffee-shop, sex-shop et autres marchands de magic mushrooms y fleurissent dans le centre. C’est aussi là que l’on trouve, à deux pas de la Oude Kerk, la plus ancienne église de la ville à la sobriété toute calviniste, les prostituées court vêtues qui attendent le client derrière les vitrines rouges. Image un peu déconcertante pour un voyageur ressortissant d’un pays latin ou les églises sont remplies, sinon de fidèles, au moins de mobilier et où l’exposition de femmes en petites culottes et soutiens-gorges derrière une vitrine est pour le moins insolite (même en étant prévenu…).

Une ville belle et surprenante, pleine de contrastes comme cet alignement de baraques flottantes délabrées le long du Stadhoudeskade que surplombent de magnifiques immeubles.

La rembrandtplein est à ce titre symptomatique : la grande statue du peintre y côtoie le palmier fluorescent d’un coffee shop et un grand édifice qui ressemble à une église et qui est en fait la tour « booking.com ».

Aaaah Rembrandt, le XVIIe siècle. Si vous voulez retrouver les racines de l’orgueil batave, n’oubliez pas de faire un tour au Rijkmuseum dont on ne peut visiter en ce moment qu’une petite aile, mais qui devrait rouvrir prochainement dans sa totalité.
Ce petit pays commerçant a à cette époque sillonné le monde et fait découvrir ses richesses au reste de l’Europe. Son port, devant offrir une femme à chaque marin, y a fait fleurir la prostitution. Aujourd’hui, le faste d’entant semble un peu délavé, mais le fait qu’en janvier, la nuit tombe à 17h00 y est sans doute pour quelque chose.

Il est vrai que le temps où les juifs portugais, chassés par l’inquisition venaient y construire une immense synagogue n’est plus. La ville a cessé d’être une terre d’exil pour les minorités persécutées et les libres penseurs européens, nous n’allons pas nous en plaindre.

Edouard

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