Bruel brûlé

J’avais 13 ans quand « casser la voix » est sortie. Je n’étais pas fan mais difficile d’y échapper quand j’accompagnais ma mère au supermarché. On se moquait pas mal de lui. Il est sorti de l’ombre en même temps que Florent Pagny. Les plus tout jeunes se souviendront du sketch des inconnus.

13 ans, c’est un âge auquel on commence à regarder les filles sans savoir du tout comment s’y prendre. Alors, quand je voyais à la télé toutes ses filles hystériques agitant leurs briquets aux concerts de Bruel, j’étais forcément impressionné. J’imaginais sa vie sexuelle un peu comme celle du Fonzy d’« happy Days » qui n’avait qu’à claquer des doigts pour qu’elles tombent dans ses bras. Bref, j’étais sans doute un peu jaloux de la vie amoureuse du chanteur qui n’existait que dans mon imagination.

Beaucoup de filles à l’époque ont dû fantasmer sur Bruel. Certaines d’entre elles ont peut-être couché avec lui. Certainement pas toutes.

C’était une époque encore très masculiniste aussi les années 90. Bien entendu le viol existait mais embrasser une fille en forçant un peu était considéré comme viril et valorisant pour un homme (souvenez vous d’Han Solo embrassant la princesse Leia).

J’ai vieilli et j’essaie aujourd’hui de me mettre dans la tête de Bruel à l’époque. Toute cette couverture médiatique lui est sans doute montée à la tête. Peut-être s’est-il lui-même convaincu que toutes les femmes étaient folles de lui et qu’aucune d’entre elles ne pouvait lui résister. A-t-il violé celles qui ne voulaient pas ? Les juges jugeront. Il y a aussi des chances qu’il ait commis des viols sans en être pleinement conscient : « si elles me résistent, c’est pour la forme. Elles sont forcément consentantes puisqu’il est clair pour tout le monde que je suis irrésistible ».  

Les années ont passées et on est arrivé à Me Too. Me Too a été un avertissement pour les hommes mais a certainement aussi fait réfléchir beaucoup de femmes.

Si les délais de prescription sont si longs (20 ans pour les femmes majeures au moment des faits est 30 ans pour les mineures), c’est que décider d’une poursuite prends du temps mais réaliser ce qui s’est réellement passé en prend aussi.

Patrick Bruel est sans doute plus vulnérable aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Une plainte déposée en pleine Bruel-mania aurait certainement eu moins de chance d’être entendue. L’approche de la prescription fait aussi prendre conscience à ces femmes que les crimes dont elles ont été victimes pourraient bien ne jamais être reconnus et que l’auteur des crimes pourrait bien ne jamais être puni.

La culpabilité de Bruel n’est donc pas impossible. Laissons la justice faire son travail. Mais il faudra aussi se décider un jour à faire le procès des années 80-90.

Edouard

Quelle défaite pour la Russie ?

Il y a deux ans, avec « les impossibles victoires Russes », je pariais sur une guerre d’usure et sur le fait que la défaite Russe ne pourrait se traduire que par un effondrement de l’armée et/ou de l’économie.

Deux ans plus tard, on y est toujours.

Une victoire de la Russie aurait consisté à mettre un « Loukachenko » à Kiev, aux ordres de Poutine. Il y a deux ans, ce n’était déjà plus possible et ça l’est de moins en moins. Cela fait longtemps que la guerre est perdue pour Poutine et le seul moyen de nier la défaite est de la poursuivre. Le tracé exact de la frontière ukrainienne à l’est ne changera pas grand-chose. Il est vrai que plus l’empiètement de la Russie sur l’Ukraine sera important, moins l’humiliation sera grande mais l’humiliation sera là de toute façon : l’Ukraine est perdue.

Depuis deux ans, il y a eu la réélection de Trump et le retrait partiel des Etats-Unis. Je ne suis pas certain que ce désengagement soit une bonne chose pour les Etats-Unis qui perd son leadership en Europe. En tout cas, c’est une très bonne chose pour l’Europe de la défense qui se réveille enfin. Un autre que Trump aurait fini par le faire, peut-être avec un comportement moins grotesque mais le résultat aurait été le même.

Et puis, la guerre a aussi changé de nature. Dans une guerre traditionnelle, la puissance Russe était écrasante mais on ne gagne plus la guerre avec des missiles et des avions, encore moins avec des hommes. La guerre d’Ukraine se gagnera avec des satellites, des drones et avec l’IA. Non seulement l’Europe de la défense se met en place mais l’Ukraine devient également une puissance militaire « nouvelle génération ». Elle attaque désormais la Russie en profondeur et est à même de précipiter sa chute en exploitant son talon d’Achille : son gigantisme qui rend la protection intégrale de son territoire impossible.

Par ailleurs, privée de Starlink, la Russie s’essouffle et de jour en jour, les gains territoriaux potentiels de la Russie s’érodent.

Dans cette configuration, Poutine fait la seule chose qu’il est en mesure de faire : poursuivre le combat et quand bien même il aurait voulu y mettre fin…

Ce qui lui fait peur n’est pas la guerre qui lui permet de camper la posture avantageuse du chef de guerre. Le pire, c’est l’après. Je ne parle pas seulement de son cas personnel qui aura de quoi inquiéter. Un coup d’état pour mettre un autre Poutine à la place ne changera pas grand-chose pour l’Europe. L’autonomie de l’Ukraine fera jurisprudence dans tout l’empire. Déjà, la Moldavie et l’Arménie regardent vers l’Europe. Qui d’autre ? La Géorgie ? La Biélorussie, Loukachenko ne restera pas éternellement au pouvoir ? Et que penser des autres républiques du Caucase et d’Asie ? Non, vraiment, la seule solution pour Poutine est de continuer la guerre, jusqu’à ce que cela ne soit plus possible.

Edouard

Où va Israël ?

Il y a 22 ans, j’ai participé à un chantier de fouilles archéologiques en Israël. C’était à Tel Yarmouth, au sud de Jérusalem, à l’emplacement d’une cité cananéenne évoquée dans le livre de Josué qui raconte la conquête de la terre promise par les hébreux après la fuite d’Egypte et la traversée du désert.

A l’époque, le gouvernement israélien tentait de faire venir des juifs français au motif qu’ils n’étaient pas en sécurité en France. Ceux qui venaient se rendaient rapidement compte de la relativité de la protection que pouvait leur apporter l’Etat hébreux. Derrière cette propagande, se cachait en fait une situation démographique alarmante. Les israéliens avaient une démographie poussive de pays développés alors que les Palestiniens avaient une démographie galopante de pays en voie de développement. Mathématiquement, la submersion des israéliens par les palestiniens était une menace tout à fait prévisible et le gouvernement essayait de l’endiguer par tous les moyens. Dans ce contexte plus qu’inquiétant, il y avait tout de même une lueur d’espoir venant des juifs ultra-orthodoxes qui faisaient beaucoup d’enfants et avaient une démographie comparable aux Palestiniens.

22 ans plus tard, comme on pouvait s’y attendre, Israël est devenu ultra-radicalisé et ses institutions, de moins en moins démocratiques. C’est aujourd’hui une terre promise qui serait un remake du livre de Josué, vouée à une extension géographique sans limite.

L’ex refuge pour les juifs du monde entier, attaqué de toutes part et qui ne survivait que par la possession de l’arme nucléaire et l’appui des Etats-Unis est devenu un agresseur qui devient un danger pour l’équilibre de la région.

Comme on pouvait aussi s’y attendre, Netanyahou a aujourd’hui une fois de plus entraîné dans sa soif de domination régionale, son allié de toujours.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, lorsque les bombes atomiques sont tombées au Japon, le monde n’était pas aussi interconnecté qu’il l’est aujourd’hui. Je ne sais pas s’il est encore possible de faire exploser une bombe atomique sur la planète sans se porter de préjudice. En tout cas, cela semble peu probable pour une puissance comme les Etats-Unis omniprésente sur tous les continents. En l’occurrence, le détroit d’Ormuz est apparu comme une arme au moins aussi efficace que n’importe quelle bombe atomique et n’a tué personne. Certes, les Iraniens n’ont pas la bombe atomique et le prétexte de l’engagement israélo-américain était de les empêcher de l’avoir mais on se demande bien à quoi cela aurait pu leur servir puisqu’ils peuvent faire mieux en bloquant le détroit d’Ormuz.

On verra ce soir puisque Trump promet l’enfer à l’Iran mais on est un peu lassé par ses invectives de catcheur et j’ai des doutes.

Mon avis est qu’à vouloir trop s’étendre, Israël risque de disparaître. La force nucléaire et les Etats-Unis ne suffisent plus. Israël doit figer ses frontières et trouver des accords avec ses voisins. Il n’y a pas d’autre alternative, il faut refermer le livre de Josué.

Edouard

Don et Vlad

Quand je pense à eux, le générique d’ « amicalement vôtre » me vient à l’esprit. On y voyait les vies parallèles de Brett Sinclair (Roger Moore), l’aristocrate anglais et Danny Wilde (Tony Curtis), le bad boy américain, se dérouler depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte sur une musique que les plus de 50 ans ne peuvent oublier.

Finalement, les deux hommes ont beaucoup en commun. Nés peu après la guerre, ils ont grandi dans le monde de la guerre froide où leurs pays se partageaient le monde. Leur rencontre, lors du premier mandat de Trump est symptomatique de leur besoin de recréer un air de guerre froide, comme deux enfants qui se déguiseraient : l’un en Staline, l’autre en Reagan.

Pour Poutine, le premier coup de massue fût l’effondrement de l’URSS au début des années 90, puis un long effritement de la zone d’influence Russe en Europe de l’est avec l’absorption des anciens satellites soviétiques par l’Union Européenne dont le rayon d’attraction ne cessa de grandir pour arriver jusqu’en Ukraine.

Après l’euphorie des années 90, l’Amérique se réveilla et s’aperçut qu’elle était talonnée par un concurrent qui allait bientôt prendre sa place sur le podium des « super puissances » : la Chine. Le deuxième mandat de Trump est symptomatique d’un homme dans la tête duquel on a mis pendant des décennies que les Etats-Unis étaient les maîtres du monde et que leur pouvoir était sans limite. Le conflit actuel avec l’Iran montre qu’il y a bien des limites, des règles à respecter. Sans le vouloir, il a peut être donné un second souffle à une république islamique que personne n’aimait mais on est bien content de la voir clouer le bec à ce MAGA enragé.

Les deux hommes ont aussi grandi dans un monde dans lequel la religion perdait du terrain pour laisser sans protection des « valeurs » qu’ils pensaient immuables : peine de mort, racisme, soumission des femmes, homophobie, adoration de la force, mépris des faibles, haine du droit… A ce titre, ils se sont tous deux faits des héraults des valeurs « traditionnelles », pourfendant le wokisme.

Dans sa Chanson « Rouge », Michel Sardou (soit dit en passant, un homme que l’on peut difficilement accuser de wokisme) compare la couleur rouge à « la colère d’un homme, quand il voit s’en aller, tout se qu’il a construit, tout ce qu’il a aimé ». Trump et Poutine sont deux hommes qui appartenaient à un monde qui n’est plus et qui disparaîtra avec eux. Leur colère serait presque touchante si elle ne faisait pas autant de morts.

Edouard

Quel avenir pour les Etats-Unis ?

Qu’est ce qui se passait dans la tête de Trump quand il a parlé de l’annexion du Groenland ? Y croyait-il vraiment ? Faisait-il du buzz pour sa base MAGA qui ne voyait pas l’absurdité des enjeux géopolitiques d’une telle décision ? Toujours est-il qu’il n’a pas fait rire à Copenhague.

Cette déclaration aura finalement fait prendre conscience à l’Europe de sa vulnérabilité, découlant de sa double dépendance.

Dépendance par rapport à la Russie d’abord. Au bout de quatre ans de guerre, l’Europe continue à nourrir la Russie, faute de pouvoir s’en passer et par là même l’aide à poursuivre sa guerre en Ukraine tout en armant l’Ukraine.

Dépendance militaire par ailleurs vis-à-vis des Etats-Unis qui la soumet à son bon vouloir.

Peut-être pourrait on regarder autrement la fin de la guerre froide. Et si, loin de s’effondrer après la chute du mur de Berlin, l’URSS ne s’était pas partagée l’Europe avec les Etats-Unis.

En bon assureur, les Etats-Unis protégeaient les européens tant qu’il ne se passait rien et tentent aujourd’hui de se dérober alors que l’Europe a besoin d’eux. Ils n’ont que mépris face à l’impuissance de leur (ex ?) assuré.

En 35 ans, les deux anciennes puissances ont pris du plomb dans l’aile. La Russie ne retrouvera pas la puissance de l’URSS et ne peut que retarder l’effritement de l’ex-empire en usant son héritage.

Les Etats-Unis sont aussi fragilisés. Ils gardent la première marche du podium mais sont talonnés par de nouveaux acteurs : la Chine mais aussi l’Inde et le Brésil.

Et l’Europe ? A-t-elle aujourd’hui d’autre choix que de s’affirmer ? Peut-elle encore jouer la carte du nationalisme comme elle a fait pendant 35 ans en se voilant la face pour ne pas se rendre compte de sa double dépendance ?

Et les Etats-Unis, que deviendront ils quand ils ne seront plus à la tête du monde libre et qu’ils ne seront plus la première puissance économique mondiale ? Un Etat Voyou ? Celui des Trump des Vance et des Rubio, un far-ouest sans foi ni loi, isolé du reste du monde ? Bien entendu, derrière le « make américa great again », se cache l’angoisse d’un déclassement géopolitique.

Il y a 25 ans, à New York, quelques mois avant les attentats du World Trade Center, je me souviens avoir choqué un américain en lui disant que les Etats-Unis étaient notre ennemi.  J’avais ajouté « économiquement » pour rendre le message moins violent… nous y voilà.

Tout ça va prendre du temps et l’indépendance de l’Europe ne se fera pas d’un claquement de doigts. Les successeurs de Trump seront peut-être aussi moins caricaturaux.

Toujours est-il que la prise de conscience est maintenant irréversible. Quelque chose est en marche.

Edouard

On dirait le Sud

Il y a quelque temps, j’ai lu un article du Monde sur les villes de l’arnaque en Asie du Sud-est aux mains de la mafia chinoise où des jeunes africains (et souvent africaines), attirés par des offres d’emplois attrayantes leur proposant de leur prêter de l’argent pour les faire venir en Asie, sont en fait livrés en esclavage à des gangs, tenus d’arnaquer des Occidentaux jusqu’au remboursement de leur dette.

Je ne suis pas très regardant sur Facebook et j’ai tendance à accepter toutes les invitations, dès lors que les profils ne sont pas des invitations sexuellement explicites.

L’invitation de Herman ne faisait pas vraiment partie de cette catégorie, mais m’a tout de même semblé un peu douteuse. Dans un moment de faiblesse, et peut-être aussi par curiosité, je l’ai tout de même acceptée.

La réaction n’a pas tardé et j’ai reçu rapidement des messages, d’abord en anglais, puis en français m’invitant à faire plus ample connaissance avec une jeune femme originaire de Singapour vivant à Paris.

On sait très bien que ce qui se cache derrière n’a rien avoir avec la façade, mais il est difficile d’avoir des certitudes.

C’est là que commence le combat derrière les ordinateurs. Tout est fait pour flatter, rassurer, pour dissiper les doutes, pour que celui-ci grossisse peu à peu, jusqu’à inverser la tendance et que l’interlocuteur piégé finisse par être convaincu qu’il s’adresse à une jeune asiatique en détresse en chair et en os qu’il va pouvoir rencontrer et secourir. Bien entendu, ça ne marche pas avec tout le monde, mais les personnes disposées à échanger avec des créatures virtuelles sont souvent à la recherche de quelque chose. Et de fait, j’étais seul chez moi hier soir.

Bref, je ne savais pas trop quoi faire avec Herman que j’avais déjà retiré de mes « amis » avant-hier, mais qui m’a envoyé hier une photo d’elle prétendument prise dans un café parisien. La bloquer ?

« Et si c’était vrai ? », comme dirait l’autre. Et si Herman existait vraiment, qu’elle était vraiment perdue dans Paris et qu’elle était à la recherche d’un chevalier servant ? Même si c’était le cas, il ne fallait pas qu’elle compte sur moi, je ne suis pas disponible. Mais cette histoire de réalité m’a perturbé. J’avais envie d’en avoir le cœur net.

Alors j’ai eu une idée. J’ai un peu réfléchi en mangeant ma polenta pour trouver comment j’allais m’y prendre et puis, après le dîner, je me suis lancé.

« Dimanche, je suis allé voir l’expo zombi au quai Branly, c’était super, ça m’a fait penser à cet article Petite philosophie du zombie – Azimut ».

Herman m’a parlé de « petit jeu », peut-être a-t-elle été surprise par la tournure soudainement joyeuse de mes propos. J’ai donc rajouté un peu de sauce pour tenter de la rassurer, mais il n’en a pas fallu beaucoup pour qu’elle tombe dans le panneau et finisse par aller voir l’article.

Je me suis alors rendu sur mon profil wordpress. Quelqu’un avait effectivement regardé « petite philosophie du zombie » et l’origine géographique de la consultation était sans surprise :

Thaïlande

Et voilà, il n’y avait plus aucun doute. Le rideau était tombé et j’ai alors pensé à un énorme openspace où des centaines de jeunes africaines tentaient de briser les cœurs d’Occidentaux plus ou moins fortunés avec l’espoir de rentrer un jour chez elles.

Je n’aiderai pas la personne qui se cache derrière Herman à rentrer à Nairobi ou je ne sais où. Elle trouvera un autre pigeon, mais cette vérité me laisse un goût amer. Presque envie de lui souhaiter bon courage.

Et puis j’ai pensé au « Sud global » dont les médias parlent tous les jours et dont on ne parlait pas il y a 10 ans. J’ai pensé à ces horreurs qui fleurissent malheureusement aussi en occident, mais qui poussent mieux dans des zones géographiques où les États et le droit sont des choses incertaines. Bref, ce « Sud global » m’est apparu bien sinistre. Peut-être serait-il caricatural de dire que le « sud-global » est un empire du crime organisé. Pas plus caricatural que l’« occident décadent » rongé par le wokisme de Poutine et Trump en tout cas.

Le monde d’aujourd’hui serait-il en quête de sens ? Quoi qu’il en soit, j’ai finalement décidé de bloquer Herman.

Edouard

Quelle « grandeur » pour les « Etats-Unis » ?

Dans l’acronyme MAGA, il y a le mot « great » qui renvoie à une idée de grandeur et le mot « again » qui semble renvoyer à une grandeur perdue qu’il faut retrouver.

Pour moi, la grandeur des Etats-Unis, ce serait l’après-guerre, dans les années 60 en particulier, alors même qu’ils étaient un phare pour l’occident. Je vois sa puissance culminer au début des années 90 avec la chute de l’URSS et son déclin commencer après le 11 septembre 2001.

La puissance américaine n’est plus au XXIe siècle sur l’échiquier géopolitique, celle qu’elle était dans la deuxième moitié du siècle précédent. Les États-Unis doivent maintenant composer avec d’autres acteurs comme l’Union européenne et surtout la Chine. Par ailleurs, le « Sud global » n’est plus le tiers monde, un groupement de pays sous-développés ou en voie de développement dont le seul horizon serait de parvenir à s’approprier le modèle politico-économique occidental.

 Le « Sud global » est au contraire aujourd’hui constitué d’États qui proposent des schémas de développement alternatifs au duo « démocratie/libéralisme » érigé en dogme depuis la chute du mur de Berlin.

Toutefois, le comportement de Donald Trump ne semble pas indiquer que l’acronyme MAGA renvoie à la grandeur américaine des décennies 1945-1990, mais à une période bien antérieure.

Je vois deux signes en particulier :

– Tout d’abord les droits de Douane hallucinants qui renvoient clairement à une politique isolationniste mise en place à la fin du XIXe siècle ;

– Ensuite la volonté colonialiste (Canada, Groenland…) qui renvoie à la conquête de l’Ouest en laissant supposer l’existence de territoires vierges que les États-Unis auraient le droit de s’approprier. Il y a tout de même une certaine lucidité derrière les choix géographiques. Trump a bien compris qu’avec le réchauffement climatique, l’arctique pourrait bien devenir prochainement le nouveau point d’équilibre du Monde.

Donc, le « great » renverrait plutôt aux États-Unis de l’après-guerre de sécession, aux États-Unis du Wild West Show de Buffalo Bill mis en place en 1870, à un temps où le Ku Klux Klan faisait trembler les Afro-Américains à peine libérés de l’esclavage. Ces États-Unis, c’est aussi ceux décrits dans « naissance d’une nation » en 1915, le premier long métrage de l’histoire du cinéma.

Bref, loin de renvoyer à une puissance géopolitique, le mot « great » semble plutôt renvoyer au bien-être d’un âge d’or perdu et largement fantasmé.

Pour moi, la réélection de Trump a été la réaction un peu désespérée d’une super puissance qui se sent déclassée dans un Monde dans lequel elle ne trouve plus sa place. Donald fait rêver sa base, mais le réveil risque d’être douloureux.

Espérons que l’Amérique de demain redeviendra le gardien des valeurs qui ont fait sa grandeur. On pourrait déjà rappeler aux électeurs de Trump que la statue de la Liberté est arrivée dans le port de New York en 1886.

Edouard

La chute de l’empire Le Pen

La diffusion par l’extrême droite, de l’adresse personnelle de Bénédicte de Perthuis, la juge qui a prononcé la condamnation de Marine Le Pen est pour le moins inquiétante.

Elle a détourné des fonds publics, elle qui pourfendait l’État corrompu. Bon ben voilà, elle ne méritait pas autre chose. Marine est avocate, on ne va pas lui apprendre que si elle n’est pas d’accord avec le jugement, elle pourra faire appel et même aller en cassation.

Les plus tous jeunes comme moi se souviendront du serpent de mer électoral à suspens que constituait la question des 500 signatures de Jean-Marie Le Pen. A chaque élection présidentielle, c’était pareil : « Jean-Marie va-t-il avoir les 500 signatures qui lui sont nécessaires pour se présenter à l’élection ? ». Ce suspens, très émoussé à la longue, permettait au tribun de hurler au complot contre l’extrême droite. Cela permettait aussi à tout un tas de spécialistes de débattre autour de la question de savoir si, dans une démocratie, on pouvait empêcher l’extrême droite de se présenter aux élections présidentielles. Les plateaux télé étaient bien nourris.

Ce cirque aura duré au moins 20 ans. A l’époque, personne ne pensait que l’extrême droite pouvait être représentée par quelqu’un d’autre. Jean-Marie était le maître absolu de l’extrême droite française sur laquelle il régnait sans partage. On se souviendra de tentatives de rébellion et de Bruno Mégret en particulier, mais l’empire tenait bon.

Et puis, le patriarche et mort. Marine avait pris le relais, mais sa légitimité dépendait largement de son statut de « fille du patriarche ». Y a-t-il un dogme successoral dans la fachosphère ?

Il y aura des volontaires à l’extrême droite pour remplacer Marine, je ne suis pas inquiet. Bardella, Zemmour, Wauquiez qui rêve déjà de retrouver la base perdue des LR…ou d’autres.

En attendant, Marine essaie de reprendre les ficelles de son père et crie à son tour au complot, à la dictature des juges. Tout ça permet aussi de faire un peu de buzz. Les médias en profitent. La différence avec les « 500 signatures » est toutefois qu’il n’y a aucun jugement contre le RN, mais seulement contre sa présidente ou plutôt, contre l’usage qu’elle a pu faire de financements publics. Doit-on considérer qu’une atteinte à la présidente est une atteinte au parti, pris dans son ensemble ? La réaction de Marine Le Pen est surtout révélatrice du positionnement qu’elle a ou qu’elle pense avoir ou qu’elle souhaite avoir, au sein du parti.

Il faut dire que le contexte international est favorable au « juge bashing » avec des personnages comme Trump, Poutine, Erdogan, Netanyahou ou Orban qui ne semblent pas nourrir un grand respect pour l’État de droit.

Pas certain que cela soit suffisant. L’ère Le Pen est à mon avis terminée. L’extrême droite devra trouver autre chose. D’ailleurs, la voir se faire démolir au second tour de la présidentielle commençait à devenir un plaisir malsain. Il était temps que ça s’arrête.

Pas certain non plus que l’effet Trump dure vraiment. Le présentateur TV a fait rire, a donné des espoirs, a fait peur, mais le décalage entre les annonces et la réalité va vite lasser. On commence déjà à parler du départ de Musk. Bientôt, les Américains changeront de chaîne.

Les habits neufs de la fachosphère sont peut-être encore à inventer.

Edouard

Un Monde sans tous ses États

Un milliardaire fou ayant développé des algorithmes surpuissants, parvient à manipuler les électeurs américains en les noyant dans les fake-news. Il fait ainsi entrer à la Maison-Blanche un président fantoche qui n’est rien d’autre que sa marionnette.

Souvenez-vous des scénarios des James Bond. Sur fond de guerre froide, un milliardaire fou rêvait de devenir maître du monde. Heureusement, l’agent 007 était là pour l’empêcher de nuire. Depuis « mourir peut attendre » en 2021, James Bond est mort et on pouvait se demander si, derrière la mort du personnage, ne se cachait pas en fait la mort d’un concept scénaristique devenu obsolète.

Je ne sais pas si c’est parce que 007 est mort, mais force est de constater que le monde est aujourd’hui dominé par un milliardaire fou, Elon Musk, talonné par deux autres, Jeff Bezos et Marc Zuckerberg. Finalement, ce qui fait peur n’est pas tant Donald Trump que ses soutiens.

Les générations futures retiendront peut-être que le personnage de James Bond était en fait le gardien d’un Monde interétatique. C’était un Monde dans lequel il était évident que certaines prérogatives, comme la conquête spatiale, ne pouvaient relever que de la sphère étatique. Ce n’est plus le cas pour la conquête spatiale dans laquelle Elon Musk et Jeff Bezos font aujourd’hui la course en tête, loin devant des États déboussolés.

Lundi, ce scénario sera une réalité. Mardi, aux dires de Donald Trump, la guerre en Ukraine devrait se terminer. Personne n’y croit vraiment, mais tout le monde attend de voir ce qui va se passer.

On peut reprocher beaucoup de choses à Poutine, mais pas de vouloir faire sortir le monde du Schéma interétatique. On le sent plutôt sur un schéma impérial « à l’ancienne ». Il n’y aura donc pas d’affrontement classique État/État.

Je ne suis pas devin, mais il est fort probable que Donald Trump agisse dans l’intérêt d’Elon Musk et celui-ci n’abandonnera l’Ukraine que s’il y trouve son intérêt. Dans ce nouvel ordre mondial, le concept de « diplomatie » n’aura plus de sens puisque seul comptera l’intérêt du puissant, le Ubu d’Alfred Jarry.

Il est donc possible que le Schéma qui se profile ne serve pas les intérêts des Russes, ni ceux des Ukrainiens, ni ceux des Européens, ni peut-être même ceux des Américains. Ce qui est certain, par contre, c’est qu’il servira les intérêts d’Elon Musk.

Donc, ce qui se profile n’est pas une guerre des États, mais une guerre des puissants. Un concours planétaire d’ego surdimensionné auquel l’Union européenne ne participera pas, faute de pouvoir proposer un candidat.

Il va y avoir du spectacle et je ne parierai pas sur Poutine. Généralement, dans les films, ça finit mal pour le méchant . Mais comme 007 n’est plus…

Edouard

Basic Instinct

Nick Curran (Mickaël Douglas) enquête sur le meurtre d’un homme, tué à coup de pic à glace. Il croise, au cours de l’enquête, la route de l’écrivaine à succès Catherine Tramel (Sharon Stone).

ARTE vient de mettre en accès libre sur son site le célébrissime film de Paul Verhoeven.

1992, c’est loin. On en avait beaucoup parlé à l’époque. Ma mère ne voulait pas que j’y aille alors que mes copains du collège l’avaient tous vu. Bref, je l’ai vu plus tard, mais je réalise aujourd’hui que j’étais encore trop jeune pour apprécier pleinement sa qualité.

Je suis en effet content d’avoir vieilli pour y voir autre chose qu’un hymne à la beauté du corps de Sharon Stone et ce serait une erreur de réduire ce film à la scène de l’interrogatoire qui est aujourd’hui devenue un classique de la pop culture.

On pourrait y voir un hymne au plaisir sexuel dans un monde qui, quelques années après la chute du mur de Berlin, cherchait à tourner la page sombre des années SIDA.

Mais il n’y a pas que Sharon Stone qui est belle dans ce film. Tout est beau, l’esthétique est partout et l’intrigue est rythmée comme du papier musique, comme dans les films d’Hitchcock.

Ce film ultra peaufiné pourrait d’ailleurs être vu comme un hymne au maître, un film qu’Alfred n’aurait pas pu produire en son temps pour cause de censure. François Truffaut disait qu’Hitchcock tournait les scènes d’amour comme des scènes de meurtre et les scènes de meurtre comme des scènes d’amour. Sous cet angle, le film de Verhoeven est encore plus hitchcockien que les films d’Hitchcock.

Le charme des années 50 a été remplacé par celui du début des années 90. La guerre froide était terminée, Francis Fukuyama avait décrété la fin de l’histoire la même année et on avait envie d’y croire.  Ceux de ma génération et les plus anciens y retrouveront aussi le charme désuet d’un monde sans téléphone portable, sans internet et une technologie informatique qui fait un peu sourire. Bref c’est un film qui vieillit bien.

Et au final, c’est aussi un film sur les relations entre deux femmes dont Nick Curran n’est que le jouet. On pourrait y voir une version inversée de « Vertigo », mais ce serait peut-être un peu too much.

Le thème des relations femme-femme est un grand classique du cinéma qu’on retrouvera en 2001 avec Mullholand Drive de David Lynch, l’année de l’attaque du World Trade Center, l’année où l’on comprendra que, contrairement à ce que nous avait dit Fukuyama, l’« histoire » n’était pas finie. Quelques années plus tard, on retrouvera ce thème avec Black Swan (2010) et, d’une certaine manière, on le retrouve une fois de plus cette année dans « la chambre d’à côté » d’Almodovar. Bref, un thème intemporel dont je ne me lasse pas.

Edouard