L’avenir du complot

« Ta descendance sera aussi nombreuse que les étoiles du ciel ». La promesse divine faite à Abraham dans le livre de la genèse devait être bien séduisante il y a trois mille ans, le soir au coin du feu, alors même que la question de la survie des communautés humaines restait un souci permanent.
Cette prédiction a aujourd’hui un goût plus amer, alors même que la population mondiale approche les huit milliards. Quel avenir offre-t-on aux enfants ? Les ressources de la planète s’épuisent et l’activité humaine a des conséquences désastreuses sur le climat. Elles mettent déjà en danger la survie de l’humanité. La conviction que nous sommes trop nombreux sur Terre fait son chemin.
Que faire ? Changer le système ? Tout le monde en parle, mais on voit bien que dans qu’il n’y aura pas de cataclysme majeur, il ne se passera pas grand-chose. Mais alors, doit-on éliminer physiquement une partie de l’humanité ? Doit-on stériliser les populations ? Qui s’en chargera ? La crise du COVID aura permis aux complotistes d’apporter une réponse : un groupe de super méchants a décidé d’exterminer une partie de l’humanité. Pour ce faire, ils ont fait courir le bruit qu’une pandémie avait envahi la planète ou (selon un autre scénario), ils ont créé et répandu volontairement le virus. Tout ça pour pouvoir diffuser un « pseudo vaccin » produit par leur acolyte, « Big Pharma », destiné à faire aboutir leur projet. Loin de protéger du COVID, ce « vaccin » est meurtrier. Il provoque, sinon la mort du vacciné a plus ou moins long terme, une stérilisation le privant de descendance. De plus il modifie l’ADN des individus traités.
Ces croyances sont présentes un peu partout dans le monde et expliquent en partie la difficile diffusion du vaccin en Afrique. Aujourd’hui, alors même que la progression de la vaccination correspond à l’affaissement de la pandémie, en l’absence de surmortalité massive liée à la vaccination et alors qu’aucun impact sur la natalité n’est constaté, la croyance bat de l’aile et le nombre des adeptes s’effondre.
Revoilà donc l’humanité confrontée à ses angoisses. Que faire pour lutter contre la surpopulation mondiale ?
Pour écrire ce texte, j’ai lu ce qui était dit sur le site complotiste « ripostelaïque ». J’ai été frappé par un article qui concluait que finalement, cette entreprise d’extermination mondiale était un moindre mal au regard de ce qui se serait passé si elle n’avait pas eu lieu.
Aussi effroyable qu’elle puisse paraître, cette croyance avait finalement un caractère rassurant. Elle permettait à tous ceux qui y adhéraient de s’exonérer de toute responsabilité dans la lutte contre la surpopulation.
Exister et faire des enfants a un impact économique et écologique sur la société. S’il devait y avoir une prise de conscience mondiale au sortir de la pandémie, ce devrait être celle-là. Accepter que le groupe exterminateur de gros méchants n’existe pas. Accepter que personne ne procède à une exécution de masse qui résoudra le problème de la surpopulation mondiale. Accepter que nous ayons tous notre part de responsabilité, volontaire ou non, dans les bouleversements planétaires qui s’annoncent.
Heureusement, ceux qui ont écrit la genèse manquaient de données fiables. L’humanité se stabilisera peut-être naturellement à un seuil au-delà duquel la vie sur Terre ne sera plus possible et/ou, contrainte par les circonstances, arrivera-t-elle à mettre en place un autre système économique.
Édouard

Où va l’humain ?

Qui sont ces gens qui manifestent tous les samedis contre des mesures gouvernementales qui m’ont toujours semblé être le fruit du bon sens, seules à même d’assurer la sécurité sanitaire du pays ? Les mesures prises par Emmanuel Macron ne sont d’ailleurs pas très différentes de celles prises de par le monde par ses homologues pour lutter contre la pandémie.

La négation de la pandémie, la dictature, big pharma, l’innocuité du vaccin…cette foule n’est-elle donc qu’un ramassis d’imbéciles narcissiques atteints par une paranoïa collective ? Je l’ai longtemps cru, sachant qu’une poignée d’entre eux défendaient aussi des convictions religieuses et politiques beaucoup plus concrètes.

La bêtise et la brutalité apparente des « anti » avec lesquels j’ai pu échanger sur Facebook me renforçaient dans mes convictions. Et puis, ce matin, les remarques de l’un d’entre eux m’ont fait réfléchir.

Il s’agissait d’une discussion terminologique autour de la notion « d’eugénisme ». Pour moi, il confondait « eugénisme » et « transhumanisme », deux courants de pensée que j’imaginais opposés. L’eugénisme pratiqué en particulier par les nazis visait à éliminer les plus faibles. Le transhumanisme prétend pour sa part, avec l’aide des nanotechnologies, de la biologie, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives (NTIC), faire évoluer l’homme vers un état post-humain. Si les moyens utilisés par ces deux théories sont différents, elles concourent toutes deux à encourager l’avènement d’un surhomme. Il est vrai aussi que les nazis avaient une passion particulière pour la biologie, la génétique, l’endocrinologie et que les trois autres briques des NTIC n’existaient pas à l’époque.

Le coronavirus semble avoir balayé la dichotomie gauche/droite traditionnelle qui tournait autour de la nécessité de l’intervention étatique dans la société. Il est évident qu’une crise comme celle-là ne peut être gérée uniquement par le secteur privé. Le nouveau débat qui se profile concernerait donc plutôt les moyens de gérer cette crise.

Il est vrai que la vitesse de production des vaccins a été incroyable. Vrai aussi que l’ARN messager, connu depuis des décennies, est pour la première fois utilisé pour un vaccin commercialisé est que nous n’avons effectivement aucun recul sur l’utilisation de ces derniers. Vrai enfin qu’on tâtonne et qu’il y aura sans doute d’autres vaccins plus adaptés si l’on constate que la protection  des vaccins actuels est insuffisante.

La majorité de la population, dont je fais partie, fait confiance aux pouvoirs publics. Y a-t-il vraiment une alternative ? Mais les doutes et les inquiétudes que peuvent avoir certains ne sont pas non plus infondés. Dès lors, on entrevoit un nouveau paysage politique qui opposerait les « bio conservateurs », souhaitant limiter au maximum l’intervention de la science sur le corps humain des « transhumanistes », plus ouverts aux innovations scientifiques. Personne n’est objectif et pour ma part, sans me sentir vraiment « transhumaniste », je ne me sens clairement pas « bio conservateur ». Je pense que les avancées de la science sont inéluctables et pourront avoir des effets positifs tout en étant conscient qu’il faudra mettre des garde-fous pour éviter les dérives.

Dans cette perspective on comprend mieux le sens donné au mot « dictature » qui ne serait pas qu’un abus de langage, mais l’expression d’une partie de la population « contrainte » à la vaccination. Plutôt une menace fantôme en fait, pas un régime dictatorial classique de type Corée du Nord ou Afghanistan.

Bref, si je n’accepte pas qu’on puisse discuter le principe des mesures sanitaires qui me semblent être l’expression du bon sens, je comprends qu’on puisse s’interroger sur la nature des vaccins dans un contexte scientifique mondial amenant à se poser des questions éthiques.

Mais pour moi, l’urgence est de sortir de la pandémie, ne nous trompons pas de combat. Notre seul choix possible est de faire confiance. On verra après…

Édouard

La dictature en danger


Au commencement était la souffrance. Une souffrance bien réelle, mais dont les causes n’étaient pas toujours bien claires : chômage, difficultés professionnelles, familiales, psychologiques… Et puis il y avait cette société de consommation arrogante, demandant de répondre à un standard de vie dont ils se sentaient toujours plus exclus, générant des frustrations qui devenaient de moins en moins supportables. L’arrivée au pouvoir d’un jeune président de la République auquel tout semblait réussir attisa haine et jalousies et acheva de mettre le feu aux poudres.
Ceux qui décidèrent de faire face à cette souffrance entrèrent en « résistance ». C’est un mot qui est très chargé dans notre beau pays renvoyant à l’héroïsme de la Seconde Guerre mondiale et s’inscrivant dans sa tradition révolutionnaire. Et qui dit « résistance » dit « dictature ». L’ennemi était tout trouvé : l’État. La souffrance initiale avait maintenant un sens et était plus facile à supporter.
Les gilets jaunes parlaient déjà de « dictature ». La pandémie donna un nouveau souffle au concept. Les privations de liberté étaient une preuve éclatante que le pays était bel et bien en dictature. Bien entendu, cela supposait un escamotage des raisons réelles ayant motivé ces mesures, à savoir : la situation sanitaire mondiale qu’il convenait à moins de minimiser et au mieux d’ignorer en faisant référence à un complot mondial ayant ourdi cette vaste supercherie.
L’armature de la dictature commençait à avoir des bases solides. Tout était bon pour rendre son existence toujours plus éclatante : couvre-feu, fermeture des commerces, port du masque…
Et puis arrivèrent les vaccins et avec eux, l’espoir de mettre fin à la pandémie. Se faire vacciner, c’était non seulement se protéger et protéger ses semblables, mais aussi limiter la diffusion du virus et contribuer à l’émergence d’une immunité collective. Dès lors, la vaccination se mit en marche avec un certain succès et les vaccinés se mirent à espérer une fin rapide de la pandémie.
À l’inverse, les « résistants » y ont vu une privation supplémentaire de liberté, nouvelle preuve de l’autoritarisme du pouvoir dictatorial en place. Ils furent toutefois surpris de devoir faire face aux réprobations du reste de la société voyant leurs comportements comme des freins à l’émergence de l’immunité collective devant aboutir à la fin de la pandémie et à la levée totale des restrictions.
On peut se demander si les « résistants » souhaitent vraiment la fin de leur « dictature ». Finalement, c’est elle qui donne un sens à leur action. Reconnaître que la « dictature » n’a jamais existé, c’est aussi prendre le risque d’être renvoyé à leurs souffrances irrationnelles.
Heureusement, beaucoup pourront prétexter que les nouvelles contraintes de la dictature gouvernementales ne leur permettent pas d’avoir d’autre choix que la vaccination.
La « dictature » survivra-t-elle à la fin de la pandémie ? Une affaire à suivre.
 
Édouard

La familia grande

Camille Kouchner, fille de Bernard Kouchner et nièce de Marie-France Pisier, évoque sa culpabilité d’avoir gardé le secret familial concernant l’inceste dont son frère jumeau à été victime et d’avoir par là même protégé son beau-père, Olivier Duhamel.

Je n’aurais probablement jamais lu ce livre si on ne me l’avait mis entre les mains. Je ne regrette pas du tout la lecture, d’autant plus que l’ouvrage ne comporte que 140 pages et que l’écriture est fluide et agréable.

En fait, le buzz médiatique autour du bouquin m’a un peu énervé et je m’attendais à une de ces sempiternelles dénonciations familiales d’enfant de people comme l’a fait Alexandre Jardin il y a quelques années. Quant aux abus sexuels, on en a quand même beaucoup mangé depuis Me Too et Balance ton porc. Y a-t-il vraiment encore quelque chose à dire là-dessus ? Eh bien oui, peut-être qu’on atteint les limites de l’exercice avec la « familia grande ».

La première partie est très people et semble surgie d’un vieux Gala qu’on aurait oublié dans une maison de vacances au bord de la mer. Bernard Kouchner, Christine Ockrent…comme ça semble loin. Et que dire de Marie France Pisier ? En tant que fan de François Truffaut, j’ai tout de suite pensé à la jeune actrice de l’« amour à 20 ans » : 1962, la nuit des temps. C’est un peu du easy reading, mais ça se lit vite et bien. Tout semble harmonieux et la structure familiale semble incassable, même si elle est entachée par le double suicide des grands-parents.

Ensuite vient l’inceste. Victor, le frère jumeau de Camille fera le choix de l’oubli. Peut-être est-ce la meilleure solution. Camille sait. Est-ce la seule ? Elle le pense en tout cas. Elle se tait pour préserver la structure familiale, cette harmonie qu’elle veut immuable. Mais le temps passe et la structure s’use fatalement. En 2011, Marie France Pisier est retrouvée morte, coincée dans une chaise au fond de sa piscine. Comme pour ses grands-parents, Camille ne semble pas chercher les causes profondes du suicide et fait partager sa douleur. Les murs tremblent.

Et puis, les petits-enfants apparaissent et en même temps, les craintes de Camille qu’ils ne suivent le même sort que son frère. La panique l’emporte alors sur le besoin de préserver la « familia grande » qui n’est d’ailleurs plus que l’ombre d’elle-même. Camille évite son beau-père et sa mère par la même occasion. Elle prévient aussi sa belle-sœur, la femme de Victor, et tout finit par se savoir.

La réaction de sa mère est étrange. Elle semble plus en vouloir à sa fille qu’à son époux. Rattrapée elle aussi par le temps, elle meurt d’un cancer en 2017. Alors, la « familia grande » n’existe plus et il n’est plus nécessaire de préserver le secret pour protéger ses fondations. Et donc, Camille se lâche. Les faits sont prescrits juridiquement, mais d’un point de vue médiatique, ils restent imprescriptibles, le lynchage d’Olivier Duhamel peut commencer. Je ne vois pas trop à quoi va servir cette dénonciation sinon à libérer Camille du poids de son secret. J’espère que ce n’est pas juste pour se faire de l’argent facile et/ou pour détruire Olivier Duhamel. Mais elle écrit bien et j’espère qu’elle écrira d’autres romans…pour parler d’autre chose.

Édouard

La disparition du paysage

Il y a ceux qui ont besoin de 500 pages ou plus pour marteler leur message.
Il y a les rares écrivains qui possèdent le talent rare de la concision.
Le narrateur vit – si l’on peut dire – depuis plusieurs mois dans un appartement à Ostende.
De sa fenêtre, il jouit d’une vue imprenable sur le toit du casino.
Sa mémoire l’a quitté, il ne se rappelle pas dans quelles circonstances.
Peut-être a-t-il été blessé dans un attentat. L’explication est donnée à la page 29.
Sa vie végétative change lorsque des travaux sont entamés sur le toit.
C’est court, intense, aussi minimaliste que prenant.
Si vous ne connaissez pas Jean-Philippe Toussaint, je ne peux que vous conseiller
de le découvrir.

Amitiés – hé oui – maritimes.

Guy

Jean-Philippe Toussaint – La Disparition du paysage – Éd. de Minuit – 47 pages.

Spilliaert

L’un des innombrables effets pervers du coronavirus a été l’annulation de l’exposition
Spilliaert programmée en 2020 au Musée d’Orsay à Paris.
C’est bien regrettable parce que ce peintre qui a passé une bonne partielle sa vie à Ostende
est peu connu en dehors de la Belgique.
Eva Bester remédie un peu à cette annulation en rendant un hommage appuyé à celui qu’elle
appelle son frère de  noir. Elle écrit: ‘ce qui nous différencie, c’est qu’il a du talent, une oeuvre
et une moustache’. Les images de ce petit bijou sont bien choisies, la présentation soignée,
et le prix fort modeste. James Ensor et Constant Permeke sont deux autres représentants
de la peinture ostendaise. Spilliaert reste mon préféré.

Guy

Léon Spilliaert, Œuvre au noir – Eva Bester – Éd. Autrement – 109 pages.

Les gilets jaunes à l’épreuve de la pandémie

Ils fleuraient bon la lutte sociale à l’ancienne à l’automne 2018, d’autant plus que la hausse du carburant apparaissait comme une cause très légitime. Macron, au cours des premiers mois de son mandat, avait lui aussi su trouver les mots injustes même s’il n’est peut-être pas entièrement responsable de la haine sans borne qu’il a attirée sur lui. Le mouvement se cristallisa rapidement autour de sa personne et, bien qu’il ait inlassablement demandé sa démission pendant des mois, je doute qu’il ait pu survivre sans lui.

On parlait de dictatures, de violences policières, mais leurs comportements finirent par lasser. La mayonnaise ne prenait pas. Sans but précis, sans leaders, ils finirent par ressembler au cavalier sans tête de Sleepy Hollow et s’évaporèrent dans la chaleur de l’été 2019. Ils ne retrouvèrent pas leur vigueur des origines à la rentrée même si une autre lutte sociale « à l’ancienne » les aida à reprendre un peu du poil de la bête. Le blocage des transports, un grand classique aussi de la lutte sociale. La nostalgie de 95 n’était pas loin. Mais 25 ans plus tard, le blocage des transports n’avait plus la même signification. Les pauvres en furent les premières victimes.

Et puis, à la fin de l’hiver, un phénomène inédit frappa la planète. Pour y faire face, un procédé venu d’un autre âge, mais qui fait toujours ses preuves fut mis en place par le gouvernement : le confinement. Cette mesure « liberticide » avait de quoi raviver la flamme contestataire des plus jeunes opposés à toute forme d’autorité, mais également des plus vieux, bercés dans leur fougueuse jeunesse par « l’interdit d’interdire ». On pouvait à nouveau crier à la dictature.

Un bémol de taille demeurait, la mesure avait été prise dans un but de protection sanitaire. Donc, un seul moyen pour continuer le combat, dénoncer la surestimation du danger de la maladie par le gouvernement voire, nier son existence si possible. L’exercice était périlleux. Impossible par exemple pour les adorateurs du « mage des pauvres », Didier Raoult, de nier l’existence de la maladie.

Cependant, minimiser la maladie est une idée séduisante, car la maladie fait peur, beaucoup plus que le vaccin imaginaire de Bill Gates. À partir du moment où l’on a décidé que toutes les sources sont  fausses et qu’on a plus aucun référentiel de réalité, on choisit la vérité qui nous plaît le plus. Mais les avis seront de plus en plus divisés, d’autant plus si certain d’entre eux font partie du personnel médical, ont eux-mêmes attrapé le virus ou ont des proches qui l’ont attrapé.

Bref l’engouement initial n’est plus là. Les gilets jaunes survivront, toujours moins nombreux et toujours plus radicalisés. Et puis, le rejet des élites reste une thématique porteuse et Macron est toujours là. Qu’ils se rassurent, le traitement de la pandémie par le gouvernement semble jugé favorablement par les Français et l’éventualité d’une réélection se profile. Il leur reste donc peut-être quelques années à vivre.

Édouard

Le complexe de Thomas

Petit rappel. Après la crucifixion, Jésus apparaît aux apôtres en l’absence de Thomas. Lorsqu’on raconte l’événement à ce dernier, il reste sceptique et précise qu’il n’y croira pas tant qu’il n’aura pas vu Jésus de ses propres yeux. Un peu plus tard, Jésus apparaît à nouveau aux douze et prend Thomas à parti « heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

À mesure que le déconfinement progresse, de nombreuses voix s’élèvent pour remettre en cause la réalité de la pandémie. Les personnes les plus réceptives à cette théorie seraient bien entendu des personnes non infectées, n’appartenant pas au corps médical, n’ayant pas eu de proches infectés ou ayant eu à côtoyer des individus infectés. Cela fait beaucoup de monde, mais moins que ce que les « Saints Thomas » de Facebook avancent.

Ces derniers, lorsqu’ils s’efforcent de donner un chiffre relativement sérieux, s’accordent pour dire que l’épidémie n’a fait que 300 000 morts (on a dépassé les 370 000). Personne n’a pourtant jamais dit que cette maladie était essentiellement mortelle. Il faut donc se référer tout d’abord aux 6 000 000 de personnes infectées dans le monde, chiffre auquel il faut ajouter les proches et les personnels soignants.

Bon, cela fait un peu plus, mais n’exclut toujours pas qu’une écrasante majorité de la population mondiale n’a pas été concernée, directement ou indirectement par le coronavirus et n’a eu connaissance de l’existence de la pandémie que par les médias.

Il est alors tentant, surtout quand on est un peu complotiste sur les bords, de dire que tout cela n’est qu’une vaste supercherie ourdie par des gouvernements soumis à Bill Gates dans le but de parer tout individu d’une puce électronique qui sera injectée par un pseudo-vaccin. La circulation des délires collectifs n’est pas en perte de vitesse ces derniers temps.

J’y vois cependant, autre chose : l’expression d’une angoisse refoulée pendant plusieurs semaines, la peur d’attraper le virus et le décalage entre les mesures imposées par les pouvoirs publics et l’effet, relativement « modeste » du coronavirus. Bien entendu, on pourra dire que la modestie des effets est le fruit du confinement, sans doute à juste titre, mais on ne pourra pas le vérifier même si les situations suédoise et brésilienne permettent de douter du bienfait de l’absence de confinement.

Les médias en ont-ils trop fait ? Difficile à dire. Eux même y croyaient sans doute et puis il y a la perception individuelle du danger qui, bien entendu, ne peut être généralisée.

Enfin, il y a peut-être aussi une sorte de déception. Ce grand cataclysme attendu qui allait changer la face du monde, qui allait permettre la naissance d’un modèle alternatif à l’économie de marché n’aurait donc été qu’un pétard mouillé ? On sent que le changement tant attendu ne se fera pas. On rejoint Thomas qui devait voir en Jésus une sorte de Magicien/chef de guerre qui allait débarrasser la Palestine de la présence romaine.

En définitive, la pandémie du coronavirus a bien eu lieu, mais elle n’a peut-être pas été à la hauteur des peurs et des attentes. Faudra-t-il une prochaine vague plus meurtrière pour que le monde change vraiment ou saurons-nous tirer profit de cet avertissement ?

Nous allons être rapidement fixés. Mais peut être aussi que cela n’a été qu’un commencement…

Édouard   

De l’irrationalité scientifique en France


Je me garderai bien de dire ce que sera demain. Le plus probable est qu’il sera différent de tout ce qu’on peut imaginer aujourd’hui. Ce qui m’intéresse c’est le choc provoqué par le coronavirus et son impact sur notre système de représentation. Pour le meilleur et pour le pire, l’humanité est condamnée à vouloir donner un sens à un monde qui n’en a pas.

Ce qui m’intéresse ici est l’impact que cet événement aura pu avoir sur la vision du monde de notre beau pays. Jusqu’en janvier 2020, les choses étaient assez simples en France. Fiers de leur loi de 1905 et de leur athéisme, brandi comme une sorte d’acquis social, les Français pensaient définitivement avoir terrassé toutes formes de croyances irrationnelles colportées par les religions.

 Et puis, le coronavirus s’est abattu sur le monde et sur la France en particulier. Une épidémie de telle ampleur semblait venir d’un autre âge, justement d’un âge d’avant la science, où seule la religion était capable de satisfaire des hommes en mal d’explications.

Plus personne ne croit en une punition divine aujourd’hui et tout le monde comprend le principe de l’épidémie, ce qui n’était pas le cas jusqu’au début du XIXe siècle. Il n’en demeure pas moins que la quête de sens s’est fait rapidement sentir. La théorie du complot est doublement séduisante. D’abord, elle apporte une réponse simple à la réalité perçue et permet de soulager l’angoisse née du doute. D’autre part, elle permet de se complaire dans une irresponsabilité permanente puisque ce sont des puissances occultes qui dirigent notre vie. Ainsi, nous n’aurions d’autre choix que de nous laisser porter par le courant. Avec le complot, le libre arbitre ne serait qu’une illusion.

La noblesse de la démarche scientifique réside dans le doute permanent dont elle est indissociable. Autrement, elle ne vaut pas mieux qu’une croyance religieuse dogmatique.

Cet épisode aura permis aux Français de voir le vrai visage de la science et de comprendre que la médecine s’inscrit elle aussi dans un cadre précis, tâtonne, fait des erreurs, a ses dogmes, ses mystères et ses gourous…

Je ne me permettrai pas de porter un jugement définitif sur les effets bénéfiques de la chloroquine, mais je n’ai pas plus de raison d’y croire qu’en l’authenticité du Saint Suaire de Turin, cela relève de la croyance. En tant que croyant et défenseur de la science, je suis aussi choqué par l’opprobre jeté aujourd’hui sur la vaccination, innovation scientifique qui plus que toute autre, aura permis à la science de prouver toute sa puissance au XIXe, rejetant dans l’oubli les croyances fantaisistes.

Enfin, je ne jetterai par la pierre à Didier Raoult, mais je regrette qu’il ait tenu le devant de la scène scientifique pendant deux mois, éclipsant le travail de milliers de chercheurs qui œuvrent de par le monde pour trouver une solution à la pandémie et qui auraient eu certainement aussi des choses à dire.

Mon souhait pour demain est que les Français retiennent une seule chose de cet épisode : il n’y a qu’un ennemi dans le monde de la pensée… la certitude.

Édouard

Babel

« Sur toute la terre, on parlait la même langue, on se servait des mêmes mots ».

Il est saisissant de se rendre compte que le passage biblique concernant la tour de Babel semble renvoyer à la mondialisation. On y voit un Dieu méchant, avant tout soucieux de préserver son ascendant sur les hommes qui pourraient l’égaler en travaillant ensemble. Il sauve la face en semant la discorde entre les hommes qui ne se comprendront plus et ne pourront plus construire une tour allant jusqu’au ciel.

La langue commune aujourd’hui, c’est l’anglais et bien plus encore, le langage des GAFA.

Nous nous trouvions donc dans un monde « pré babélien » fin 2019. Doit-on en conclure que le coronavirus punit les ambitions démesurées des hommes ? Je ne pense pas, mais il est troublant de voir que cette maladie a ravagé les pays riches et semble avoir épargné les pays pauvres. Il est troublant aussi de constater que les deux pays les plus engagés dans l’ultralibéralisme que sont les « États-Unis » et le « Royaume-Uni » sont aussi les plus touchés.

De là à penser que le coronavirus a une conscience sociale, il n’y a qu’un pas que beaucoup n’hésitent pas à franchir. Didier Raoult, sous une apparence scientifique contestable, fait lui aussi transpirer le fantasme d’une maladie « Robin des bois ». La chloroquine serait ainsi le médicament des pauvres luttant contre l’industrie pharmaceutique mondialisée…les gilets jaunes ne sont pas loin.

Non, les noirs peuvent eux aussi attraper le coronavirus, contrairement à ce qu’avance un certain racisme aux États-Unis. Non, les Africains ne sont pas préservés du coronavirus parce qu’ils prennent de la chloroquine contre le paludisme.

Pour moi, l’explication est simple. Plus le pays est engagé dans le processus de mondialisation, plus il est infecté. Le business Man de Starmania rêvait d’être un artiste. Aujourd’hui, on ne sait plus très bien à quoi il rêve, ni d’ailleurs s’il arrive encore à dormir, mais par contre, c’est lui qui va transporter le coronavirus à travers le monde. Bien entendu, je ne stigmatise les hommes d’affaires que dans la mesure où ils symbolisent les voyageurs du XXIe siècle. Oui, voyager peut-être dangereux, pour soi et pour les autres. L’industrie du tourisme sera sans doute la grande perdante de cette pandémie…les autres suivront dans la mesure où tout est lié.

Le coronavirus nous rappelle que la mondialisation est mortifère. Beaucoup en étaient convaincus, d’autres s’efforçaient de se voiler la face. Aujourd’hui, nous en avons la preuve en image. Oui, la garantie du bonheur pour tous par la consommation, prônée dès les années 60 était une utopie. Nous n’en finissons pas d’en prendre conscience.

Et si la société de consommation avait atteint ses limites, tout comme la tour de Babel qui n’aurait pas dû dépasser une certaine hauteur ? Peut-être avons-nous atteint un plafond qu’il ne faudra pas dépasser, au risque de s’attirer les foudres de la nature. Peut-être allons-nous enfin réussir à appréhender l’économie autrement que dans une logique de croissance. Le temps du développement durable est peut-être enfin arrivé.

Édouard