La classe Eco

Mon cher Umberto,
Je n’avais pas lu beaucoup de livres de toi : le nom de la Rose au collège, le pendule de Foucault au lycée que j’avais un peu lu pour faire style et puis, plus récemment, Baudolino.
La nouvelle de ta disparition il y a 2 heures a inondé mon corps d’un froid qui ne me quitte plus. Je ne pensais pas tous les jours à toi et c’est aujourd’hui que je réalise combien tu étais important pour moi.
La découverte à 15 ans de Guillaume de Baskerville combattant l’obscurantisme médiéval a été une révélation et bien plus encore, la naissance d’une vocation : c’est lui que je voulais être et c’est toujours lui que je veux être.
Tu étais pour moi une sorte de frère Guillaume, un élément essentiel autour duquel l’univers tournait, comme le pendule de Foucault. Tu étais un phare pour moi, pourquoi t’es-tu éteint ? Où aller maintenant, quel chemin suivre ?
Il y a d’autres gardiens du temple heureusement, mais beaucoup de marchands aussi et les défenseurs acharnés de la liberté de penser ne sont pas innombrables. Il faudra faire sans toi, trouver un nouveau phare et aider les jeunes générations à tracer leur route. Tu me fais vieillir Umberto, ou peut-être me fais tu seulement prendre conscience que je ne suis plus l’adolescent fasciné par l’intelligence de Guillaume de Baskerville.
Tu me manqueras mais je sais aussi que tout ce que tu as créé est immortel, tu nous a laissé tous les outils qui nous aideront à trouver notre voie.
Merci
Edouard

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Le buffet de la gare d’Agen

Quelque chose d’un peu âpre dans l’assiette, une impression qui se noie dans le goût des pruneaux. Ils se marient décidément bien avec la côte de porc. Une atmosphère un peu rustique dans la présentation des tagliatelles qui ne sont pas complètement cuites et un peu refroidies. Si elles avaient été parfaites, cela m’aurait semblé suspect, m’aurait fait un peu peur aussi. Une mouche vient se poser sur ma main, elle aussi fait partie du décor. Goûter cette atmosphère sans fioriture brassée par les mouvements réguliers des clients et des serveurs est devenu pour moi un rituel indispensable, comme un rappel de vaccin. J’ai besoin de cette absence de sophistication, de cette impression de crudité, de ce sentiment un peu nu, la présence de ce naturel qui n’aurait jamais l’idée d’essayer de se donner l’apparence d’un autre.
Je ne sais pas vraiment depuis combien de temps je connais le buffet de la gare d’Agen. Au moins vingt-cinq ans. Je ne m’engagerai pas sur un nombre d’années précis. Pour cause de travaux, il est resté fermé pendant trois ou quatre ans. Le voilà revenu avec quelques lustres art nouveau. Les tables et les chaises ont visiblement été changées. Quelques affiches rétro sont venues garnir les parois autrefois vides et un parquet tout neuf a remplacé le vieux lino. Cependant, les cadres moulurés des murs blancs et les miroirs au fond de la salle sont bien les mêmes que dans les années 80. Me voilà rassuré. Peu importe le lifting, l’âme de ce vieil ami taiseux n’a pas été vendue au diable. Je n’attends d’ailleurs pas qu’il s’exprime, seule sa présence m’importe. Mon car va bientôt arriver, je vais devoir y aller, mais inutile de lui dire, il le sent bien. Je ne lui serrerai pas non plus la main, pas d’effusions excessives, ce n’est pas son genre.
Edouard

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Une vie Chinoise

Les 60 dernières années de la Chine en BD.

Belle collaboration sino-française récompensée par de nombreux prix. Pourquoi la Chine des années 50, qui semblait à peine sortie du moyen-âge, est elle aujourd’hui en passe de devenir la première puissance mondiale ? Mao ? Oui, il en est beaucoup question, le grand timonier restera incontestablement le personnage clef de l’histoire de la Chine du 20e siècle. Certes, tout ce qu’il a fait n’était pas bien, semblent reconnaître les Chinois d’aujourd’hui : le collectivisme, la révolution culturelle…il y a eu des ratées, mais bon, l’erreur est humaine, et puis il était influencé par la « bande des quatre », en particulier par sa femme. Mais le but a été atteint, c’est l’essentiel. Comme disait Deng Xiaoping, « peu importe que le chat soit noir ou blanc du moment qu’il attrape les souris ». Mao restera donc pour tous les Chinois celui qui a cristallisé ce sentiment d’humiliation nationale et qui en a fait le moteur de sa politique, qui a fait naître un nouvel espoir : « la Chine qui n’était rien pour le monde de la première moitié du XXe siècle peut et va prendre sa revanche sur l’Histoire », nous répètent les auteurs.

En France, dans les années 80, la perception culturelle et économique de la Chine était faible. L’extrême orient, c’était surtout le Japon, ces dessins animés, ces cinéastes, ces écrivains. La Chine, on en parlait surtout sous un angle politique, c’était l’après-Mao ou alors, c’était de l’histoire ancienne : les empereurs, les porcelaines, la muraille, les soldats en terre cuite…. Ce qu’il y avait de plus actuel dans la culture chinoise, c’était encore les restaurants chinois.
Pour beaucoup, ce fut le chinois arrêtant seul les chars sur la place Tian’anmen en 89 qui symbolisa la Chine des années 80. Et après…la chute du communisme, la fin de la guerre froide. La Chine n’était pas tombée, le parti semblait toujours aussi fort et le pays toujours plus libéral. Comment était ce possible ?

J’avais tout de même été intrigué en voyant tous ces Chinois à Bamako en 2004 : quelque chose se passait. Et aujourd’hui, la Chine est là, du moins économiquement, c’est incontestable. Le dessinateur et le scénariste ne donnent pas d’explications claires à cette transformation, ils la constatent. Ce simple constat est sans doute plus époustouflant qu’une analyse détaillée des mécanismes de la transformation, et préserve sa part de mystère.

La culture chinoise vue par l’occident a-t-elle évoluée depuis les années 80 ? Li Kunwu semble en douter. Lorsqu’il se rend à Angoulême dans les années 2010, tout le monde pense qu’il est japonais. Économiquement, personne ne sera surpris que la Chine l’emporte sur les États-Unis. Culturellement, ça ne semble pas encore gagné. Ceci dit, Li Kunwu est un signe qui ne trompe pas : la révolution est en marche.
Une vie chinoise
Li Kunwu/P.Otié
Kana
2015

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Séville

Le souvenir qui me semble le plus à même de résumer la ville est le parfum qu’exhalent les orangers plantés le long du Guadalquivir à la tombée de la nuit. La ville de Carmen, de Don Juan, de la corrida et du flamenco est toute en sensualité, une sensualité hautement démonstrative visible partout. Les Sévillans n’aiment pas beaucoup parler anglais et j’ai dû faire un petit effort pour ressortir mes rudiments d’espagnol laissés de côté depuis une vingtaine d’années. Tout revient heureusement vite et les autochtones sont très indulgents. Mes efforts n’auront pas été déçus, la langue faisant bien évidemment partie de l’enchantement.
La religion n’échappe pas à ce phénomène. Tout d’abord la foi des habitants de la ville qui, en cette période de noël, sont nombreux à accrocher sur leurs balcons de grands draps rouges sur lesquels est dessiné l’Enfant Jésus (je n’ai vu aucune trace du passage du père noël). L’exubérance religieuse se lit ensuite dans la décoration baroque des églises, dans leurs dorures, dans le gigantisme de la cathédrale de la ville. Mais cette sensualité religieuse ne concerne pas que le catholicisme, la splendeur de la religion musulmane est elle aussi omniprésente à l’Alcazar, dans les palais Pilatos et Lebrija ou dans les constructions plus ressentes du Parque Maria Luisa.
Bien entendu, les rapports entre les deux confessions ont été tendus. L’exubérance de l’une ayant eu au moins en partie pour but d’écraser l’autre. Les restes de la grande mosquée qui s’échappent des flancs de la cathédrale construite sur ses ruines en témoignent.
Pourtant, la Giralda, ancien minaret et aujourd’hui symbole de la ville a bien été préservé ainsi que l’Alcazar. Au jeu du gigantisme, les deux religions semblent ex aequo. J’ai tout d’abord été surpris par cette coexistence architecturale, n’ayant trouvé que très peu de traces du monde musulman lors de mes voyages à l’est de l’Europe à Athènes et à Budapest, deux villes ayant connu une occupation musulmane beaucoup moins ancienne. Et puis, un mot m’est revenu : « Al-Andalus », ce monde musulman, puits de science et de philosophie, pays d’Averroès illuminant par sa culture une Europe médiévale chrétienne engluée dans l’obscurantisme. Séville est en effet située à un carrefour culturel : d’une part, celui de l’Empire romain et du monde catholique de l’Europe de l’Ouest ; d’autre part, celui de l’empire Almohad qui rayonnait sur l’Afrique du Nord et le sud de l’Espagne,
Al-Andalus n’est plus, l’empire Almohade non plus. Où est aujourd’hui la splendeur de ces royaumes ? Est elle définitivement perdue dans un monde musulman désorienté et pris en otage par des factions extrémistes vendant de faux espoirs à des jeunes sans avenirs? 2015 aura-t-elle été la deuxième mort d’« Al Andalus »? Nous sommes en plein dans la période des vœux et, pour 2016, je fais le vœu que le monde musulman retrouve sa dignité en écrasant le cancer qui le ronge : qu’il retrouve l’esprit d’Al-Andalus.

Edouard

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Qui a tué Neandertal ?

Il y a 30000 ans, disparaissait l’homme de Neandertal, 10000 ans après l’arrivée en Europe de notre ancêtre, Homo Sapiens. Depuis 2010, on sait qu’il y a eu interfécondité entre Neandertal et Sapiens. Peut-on encore dire que Neandertal a disparu puisqu’il est présent dans notre génome ? Sinon, pourquoi a-t-il a disparu ?
L’ouvrage date de 2014… ça va, ce n’est pas trop faisandé, on a fait d’autres découvertes depuis en particulier celle d’une présence de Neandertal dans le génome d’un Éthiopien vieux de 4500 ans qui a fait l’objet d’un article dans Le Monde en octobre. Concernant la polémique relative à la présence du génome néandertalien chez les populations africaines, encouragée par certains médias soucieux d’entretenir le buzz, j’ai appris en lisant ce livre que l’on savait déjà il y a plus d’un an que le génome de Neandertal était présent chez les Massaïs. Donc, pour tordre le cou à cette polémique :
1- Neandertal appartient à une espèce s’étant développée hors d’Afrique, il est normal que son génome y soit moins présent qu’ailleurs.
2- Il n’y a pas eu à ce jour d’études suffisamment poussées en Afrique permettant de déclarer que le génome de Neandertal y est absent. Il a d’ailleurs été prouvé que ce génome était ponctuellement présent sur le continent noir, apporté soit par Neandertal lui-même, soit par des populations métissées.
Mais l’objet de l’ouvrage d’Eric Pincas n’est absolument pas de statuer sur la présence du génome de Neandertal en Afrique, une question qu’il ne fait qu’effleurer. L’auteur constate seulement que la présence du génome de Neandertal chez l’homme moderne est trop sporadique pour qu’on puisse conclure à une dilution génétique de ces populations dans Sapiens et que la cause de l’extinction doit être cherchée ailleurs.
Eric Pincas écarte ensuite l’hypothèse du génocide de masse systématique perpétré par Sapiens. Les futures découvertes archéologiques nous donneront peut-être de nouveaux éclaircissements, mais pour le moment, nous n’en avons aucune preuve. Ce qui est certain, c’est d’une part que la conceptualisation d’un génocide demande un degré d’abstraction que Sapiens n’avait peut-être pas atteint et d’autre part que la cohabitation a tout de même duré 10000 ans. Écartée ensuite l’hypothèse selon laquelle Sapiens aurait apporté des maladies ayant anéanti Neandertal. Là encore, les populations néandertaliennes étaient trop éparpillées sur le territoire pour qu’on puisse imaginer que des épidémies ont pu être à l’origine d’exterminations massives.
L’acteur principal de cette extinction serait donc…Neandertal lui-même. Contraint à la compétition avec un partenaire technologiquement mieux outillé (armes en os) et mieux à même de créer du lien social (par le biais de l’art en particulier), le « bon » sauvage replié sur lui-même et pratiquant une très forte endogamie, n’aurait pu résister. À SUIVRE…

Eric Pincas
Michalon
2014
Edouard

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Le réveil de la Force

Une génération est passée depuis l’épisode 6. Un tyran masqué construit une arme diabolique permettant de détruire une planète entière d’un seul tir tandis que les rebelles continuent péniblement à essayer de se faire une place. Le tyran va toutefois voir ses plans déjoués par un jeune héros sorti de nulle part.

Le n°7 ne serait donc qu’un pale copier/coller de « la guerre des étoiles » avec un Dark Vador remplacé par une très mauvaise copie, une « étoile de la mort » sans doute encore plus redoutable que la précédente, mais qui reste une « étoile de la mort » et un Luke Skywalker remplacé par une jeune pilleuse d’épaves prénommée Rey qui est certes une fille, mais n’en découvre pas moins ses pouvoirs extraordinaires et joue du sabre laser comme Yvette Horner joue de l’accordéon, sans jamais n’avoir pris aucun cours ?

Que les fans se rassurent, il y a en fait une nouvelle dimension : Dark Vador, Luke, Leia et Han Solo sont devenus des mythes pour la jeune génération qui essaie de les copier en attendant de construire sa propre histoire. C’est aussi un clin d’œil à toute une génération, bien terrestre cette fois-ci, qui aura attendu 32 ans pour revoir Han Solo, Chewbacca, Luke et Leia et 10 ans pour revoir R2-D2 et C3-PO. Pourtant, les temps changent imperceptiblement.

Revenons au titre : « le réveil de la Force ». Qu’est-ce qui fait que la Force se réveille ? Elle semble en effet bien faible. Leia porte dans ses gènes la Force de son père, mais n’en fait pas usage et Luke, le dernier Jedi, est introuvable. La Force semble plus visible du côté des Siths et le nouveau Dark Vador, qui n’est pas dépourvu de Force, est manipulé par un empereur Sith géant et fantomatique. La Force côté Jedi revient cependant en Rey. Pourquoi ? On ne sait pas et d’ailleurs, elle ne semble pas bien comprendre ce qui lui arrive.

Beaucoup de fans de la saga avaient critiqué l’explication scientifique donnée à la Force dans l’épisode 1 qui, en la réduisant à un particularisme génétique, risquait de lui faire perdre tout son mystère. L’opus 7 tord visiblement le cou au « tout génétique », à moins que nous découvrions dans les épisodes 8 et 9 actuellement en préparation que Rey est en fait la fille de Luke Skywalker. Si c’est le cas, je veux juste dire à George Lucas qu’il ferait bien de trouver autre chose.

Ici, la Force semble se présenter comme une entité autonome, poursuivant son propre dessein et ayant « choisi » Rey pour une raison qui nous échappe encore. La scène la plus géniale à mon sens et qui veut tout dire sur ce mystère retrouvé de la Force est celle du combat entre le nouveau Dark Vador et Rey et l’utilisation qui est alors faite de la Force pour récupérer le sabre laser tombé à terre.

Bon, j’ai essayé de ne pas trop spoiler et je pense que sur ce coup-là, la Force était avec moi. Bon film à tous.

Edouard

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La guerre

Tout d’abord, c’est à 3 heures du matin, un mail de mon frère actuellement en Thaïlande qui me dit regarder les infos et que je ne comprends pas trop. Ensuite, c’est une amie qui parle sur Facebook de bruits de mitraillette pris pour des feux d’artifice. Alors, je découvre l’horreur sur le site du Monde.
Un peu plus tard dans la matinée, je vois un militaire posté non loin de chez moi, mais je me dis qu’il est plus là pour rassurer les populations que pour prévenir un quelconque danger. Et puis, encore un peu plus tard, ce sont des types en civil avec des badges « ministère de la Défense » qui m’expliquent que le Pathé Beaugrenelle est fermé. C’est seulement à ce moment que j’ai commencé à réaliser. La guerre, ce serait donc cette peur sournoise qui s’installerait en chacun de nous, ce côté obscur de la Force qui se déploie comme une onde de choc et qui envahit l’intimité de tout un peuple ?
Comme beaucoup de Français, je n’ai jamais connu la guerre sur le territoire. Comme tout le monde, j’en ai entendu parler et j’ai beaucoup écouté les témoignages de ceux qui ont vécu la Deuxième Guerre mondiale. Je pensais cependant que la guerre était une maladie, un peu comme la lèpre ou la peste qui, dieu soit loué, n’existait plus en France. Il y avait bien eu l’ attentat à Charlie Hebdo en janvier, mais un attentat, ce n’est pas une guerre, surtout s’il est organisé par des jeunes illuminés en quête de reconnaissance sociale. C’était un drame des banlieues, une histoire triste de jeunes sans avenir. La France a bien réagi, on touchait à la liberté d’expression, une valeur fondamentale, elle en est sortie renforcée. Ensuite, ça à été la Syrie, c’est loin la Syrie. Il y avait bien la question des réfugiés qui était préoccupante, mais ça restait une conséquence collatérale d’une situation lointaine.
Six attaques aussi violentes qu’aveugles, au moins 128 morts, une centaine de blessés…on est passé dans une autre dimension, il y a forcément une tête pensante derrière tout ça. Et puis, ce n’est plus un symbole qui est attaqué, c’est une nation.
Et après ? Peut-être d’autres attentats. Après, en tout cas, ça va être la riposte. EI veut la guerre et il l’aura puisqu’il faudra bien réagir, tout comme Bush ce devait de réagir après le 11 septembre. Bercé dans ma jeunesse par les chansons de Renaud, indigné par les docteurs Folamour qui pullulent sur la planète, profondément convaincu de l’efficacité très relative des conflits armés, je reconnais aujourd’hui que l’agresseur ne nous laisse pas toujours le choix de la solution pacifique. Sans doute aussi qu’en vieillissant, j’ai fini par admettre à contrecœur que la réponse à la violence ne pouvait parfois être que la violence.
François Hollande chef de guerre, ce sera lui, on n’a pas le choix, puisse-t-il être éclairé. Première aussi pour le ministère de la défense regroupé à Balard (inauguration par le président de la République la semaine dernière), un regroupement qui devait impliquer une meilleure coordination de nos armées…pourvu que ça fonctionne. Heureusement, nous ne sommes pas seuls, on se demande même qui s’aventurera à soutenir EI. Cette série d’attentats semble un peu suicidaire. Et si c’était un chant du cygne ?
Edouard

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Le crime du comte Neville

Aristocrate désargenté, le comte Neville est passé maître dans l’art de recevoir. Alors qu’il s’apprête à organiser la dernière réception avant la vente de la propriété familiale, il croise la route d’une voyante qui a recueilli sa fille Sérieuse (c’est son prénom) en cavale.

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de roman d’Amélie Nothomb. J’ai retrouvé avec plaisir cette fluidité extraordinaire associée à un fond particulièrement dense. En trois heures, l’animal est avalé, sans qu’on ait pris le temps de mâcher, ce qui rend la critique un peu difficile.

Roman sur l’art divinatoire ? Certainement pas. Il y a bien une prédiction, mais ce n’est qu’un prétexte.

Roman sur les relations père/fille? Beaucoup plus, on pourrait dire que l’ouvrage n’est qu’un long dialogue entre Sérieuse et son père. Sérieuse est à la recherche d’une relation autant idéale qu’impossible avec son géniteur. Le dialogue prend des tournures de tragédie grecque (que la dimension divinatoire contribue bien entendu à mettre en relief) ou l’amour d’un enfant se heurte au respect de l’étiquette.

Roman sur l’adolescence ? Sans doute. Peut-être même qu’il y a une part autobiographique. Sérieuse a 17 ans. Depuis l’âge de 12 ans, toute énergie semble l’avoir quitté. Si elle est capable de décrire ce qu’elle ressent, elle est incapable de leur donner une dimension émotionnelle. Jusqu’au jour où…(ne comptez pas sur moi pour vous le dire).

Roman sur la condition aristocratique ? Naturellement. Il s’agit ici de l’aristocratie belge, une société implantée au sein d’une monarchie bien vivante. Cependant, il semble que toute ressemblance avec les sociétés des autres pays européens ne soit pas fortuite. Y compris pour ce qui concerne les vieux pays dans lesquels la république semble bien installée.
« Nous n’avons pas plus de droits que les autres, mais nous avons beaucoup plus de devoirs », répète le comte comme un leitmotiv. À ce titre, le « paraître » aux yeux du comte, loin de constituer une attitude hypocrite, est beaucoup plus qu’une vertu : c’est un « devoir ».
Sauver les apparences, c’est non seulement le devoir de préserver le rang de sa famille, mais c’est aussi le devoir de préserver l’image de la société aristocratique, prise dans son ensemble.

Bon ben voilà, je pense que je n’ai rien oublié, il faudra peut-être que je relise le bouquin pour en être certain.

Amélie Nothomb
Albin Michel
2015

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La nébuleuse du crabe

Connaissez-vous Crab ?

Cet ouvrage m’a été offert par un admirateur de Georges. Il y a des points communs entre les univers de Georges et de Crab. Je n’irai toutefois pas jusqu’à parler de filiation. S’il devait y en avoir une, ce serait plutôt avec le personnage de Plume, d’Henri Michaux, dont j’avais étudié les aventures en terminale et qui m’avait beaucoup marqué.

Au bout de 124 pages, on ne sait toujours pas bien qui est Crab ou, plus exactement, ce qu’est Crab. La seule chose qui est au final incontestable, c’est l’existence de Crab, tout du moins dans la tête de son créateur, Eric Chevillard, et dans la tête des lecteurs.

La chose à laquelle Crab ressemble le plus est encore l’être humain même s’il semble défier tous les principes élémentaires de la physiologie et de la psychologie. Quand je pense à Crab, je vois une méduse nager dans l’océan, une chose informe et à dimensions variables. Ce qui est certain, c’est que Crab est un personnage organique. Dans la mesure où ses organes sont plus ou moins comparables à ceux des organes humains, la piste humaine semble se préciser.

Une date nous est donnée : 1821, mais difficile de savoir s’il est possible d’en faire un usage particulier. La date n’est là que pour préciser que Crab était un grand photographe un an avant l’invention de la photographie. Crab n’a pas vraiment l’air d’être doué pour le relationnel et il ne semble pas avoir un réseau émotionnel très développé. Crab n’a peut-être qu’une intelligence analytique, mais il est difficile de comprendre l’usage qu’il en fait. Son comportement semble toutefois répondre à une certaine logique. Ma scène préférée est celle au cours de laquelle Crab, venant de terminer l’écriture de ses mémoires, refuse de bouger d’un poil de peur d’avoir à changer une ligne de son ouvrage.

Les rapports entre Eric Chevillard et Crab semblent un peu compliqués. J’ai trouvé que l’auteur était très dur avec Crab, voire cruel, tant est si bien que je me suis demandé si Crab n’était tout simplement pas un cancer, mais cela reste une piste parmi tant d’autres. Il faut dire qu’avec un nom comme ça, on est tenté de se poser la question. Il y a de plus quelque chose d’un peu cancéreux dans la lecture de l’ouvrage. Crab ne se lit pas d’une traite, mais par petites gorgées et le grand nombre de portraits et de mises en situation imprègnent le lecteur comme autant de métastases.

Pour terminer, un petit focus sur la proximité avec Georges. Georges a incontestablement une maturité moins affirmée, mais je ne lui présenterai pas Crab comme un modèle. Georges restera toujours un peu lunaire, mais je souhaite qu’il soit en interaction avec son environnement et ses semblables. Non, je ne pense pas que Crab soit un bon exemple pour Georges. Enfin, maintenant que les présentations ont été faites, il y aura forcément une influence…pourvu que Crab ne le colonise pas.

Eric Chevillard
Editions de minuit
2010

Edouard

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Afrique, terre d’accueil

Le premier article posté sur ce blog il y a plus de 5 ans maintenant, traitait de l’interfécondité entre Sapiens et Neandertal que l’on venait de prouver. Je suis depuis lors avec beaucoup d’attention les avancées scientifiques attachées à ce sujet passionnant qui touche au concept de « race » à l’origine des politiques désastreuses que l’on connaît et qui ont entraîné l’Europe dans les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Le Monde ayant publié cette semaine un article faisant état d’une nouvelle avancée, il convient donc que je mette mes fiches à jour.

D’aussi loin que remontent mes souvenirs, c’est-à-dire depuis le milieu des années 80, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la préhistoire à l’école primaire, on m’a toujours parlé de Neandertal comme d’un mystérieux cousin ayant disparu d’Europe quelque temps après l’arrivée de Sapiens. L’hybridation des deux espèces m’avait été présentée comme peu probable et les circonstances de la disparition de Neandertal sonnaient comme un tabou. Aussi, je m’étais mis à imaginer un génocide tiré du schéma biblique Caïn/Abel au cours duquel le fourbe Sapiens aurait exterminé le bon et inoffensif Neandertal.

Et puis, il y a cinq ans, on fit la preuve de l’interfécondité des deux espèces. Dans la mesure où la présence de Neandertal n’était connue que sur le continent eurasien, on conclut que cette hybridation ne concernait pas les Africains. Ce constat était aussi logique d’un point de vue scientifique qu’il était idéologiquement dérangeant. Il supposait en effet une différence génétique claire entre les Africains et les Eurasiens et pour tout dire, une différence « raciale ».

Dès lors, vrais et faux scientifiques, racistes et antiracistes s’engouffrèrent dans la brèche. Sur le site du Monde, tous n’étaient au final d’accord que sur un point : se taper sur la gueule. Il y avait pourtant une question simple qui aurait permis de mettre fin aux passions, mais à laquelle personne ne pensa (y compris moi) : a-t-on réellement la preuve de l’absence de trace du génome de Neandertal chez les Africains d’aujourd’hui ?

Cette présence du génome de Neandertal chez un Éthiopien de 4500 qui vient d’être révélée, apporte heureusement un éclairage et une idée s’impose : si on a pas trouvé de trace physique de Neandertal en Afrique et si on observe une présence de son génome chez cet Éthiopien, c’est donc que celui-ci avait été apporté soit par Neandertal lui-même, soit par un Sapiens métissé et donc que l’Afrique n’a pas été de tout temps une terre d’émigration, telle qu’elle nous est aujourd’hui présentée par les médias, mais aussi une terre d’accueil pour des populations venant de l’est et/ou du nord. C’est toute l’imagerie du bon sauvage qui s’écroule.
Et si le mythe de l’Africain préservé tant culturellement que génétiquement et depuis la nuit des temps des méchants blancs et de leur civilisation n’était qu’un mythe forgé par les anciennes puissances coloniales ?
Lors de mon passage à Bamako il y a une dizaine d’années, j’avais été frappé par la forte présence chinoise dans la ville. C’est peut être très européen, au fond, de penser que l’Afrique ne puisse être qu’un lieu dont on part et non une terre d’accueil.

Notre culture est telle que même chez les moins racistes d’entre nous, un fond constitué d’a priori racistes demeure. Demain, on trouvera peut-être un squelette de Neandertal en Afrique, on démontrera peut-être que le berceau de l’humanité n’est pas l’Afrique… Merci à la science en tout cas de faire avancer le schmilblick.

Edouard

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