Quattrocento

« 1417 : un grand humaniste florentin découvre un manuscrit perdu qui changera le cours de l’histoire… ».
Le résumé inscrit sur la couverture, au-dessus d’une image de livre ouvert aux couleurs acidulées ne m’a pas vraiment rassuré et, si un bandeau attaché à l’ouvrage n’avait pas précisé qu’il avait reçu le prix Pulitzer 2012, j’aurais diagnostiqué un sous Dan Brown et passé mon chemin sans y prêter plus d’attention.
Ce récit de la redécouverte au XIVe siècle de « De rerum natura » (de la nature des choses) écrit par le poète et philosophe latin Lucrèce (1er siècle avant Jésus Christ) est passionnant.

Le redécouvreur n’est autre que le Pogge, secrétaire apostolique du pape Jean XXIII, destitué au concile de Constance (1414), laissant ainsi un nom de pape libre qui sera repris presque 550 ans plus tard par Angelo Roncalli.
Quattrocento n’est pas un roman, mais s’appuie sur des recherches historiques, d’où le prix Pulitzer. Je ne suis toutefois pas tout à fait convaincu que la redécouverte de « De rerum natura » ait pu à elle seule enclencher le mécanisme conduisant à la renaissance, mais la thèse est intéressante.
L’auteur explique de manière très didactique que le livre au moyen âge était une chose rare, tout comme les lecteurs et que si la culture antique a progressivement disparu, ce n’est pas tant du fait d’une censure imposée par l’Église que par un oubli progressif des textes anciens. Les copistes n’étaient pas très nombreux et, étant exclusivement des clercs, se consacraient avant tout aux textes sacrés. On pense beaucoup au « nom de la rose » en lisant « quattrocento ». L’énorme bibliothèque labyrinthique imaginée par Umberto Ecco n’a jamais existé, mais peut être que l’ombre de « de la nature » se cache derrière le prétendu ouvrage d’Aristote sur le rire, jalousement caché par les moines.
« De la nature », niait la vie après la mort, le rapport direct entre les dieux et les hommes et érigeait en seul principe de vie la recherche du plaisir dans un univers qui n’était finalement qu’un agglomérat d’atomes. Pour les gardiens des dogmes chrétiens, il avait sans doute plus de raisons qu’un autre texte antique d’être oublié, mais ne le fût pas. C’est effectivement incroyable qu’un exemplaire en ait été conservé dans un monastère allemand au XVe siècle. Sans doute avait il été recopié par un moine qui, comme tant d’autres, fut séduit par la grande beauté poétique de l’ouvrage et privilégia la forme au fond. Mais l’objet ne peut faire à lui seul la découverte et ce qui importe est au moins autant qu’il surgisse dans une société prête à lui donner du sens, c’était effectivement le cas du XVe siècle italien qui allait initier un tournant majeur de la culture occidentale. Celle-ci allait en effet devenir un syncrétisme entre le message chrétien et la culture antique. Le questionnement permanent de l’une par l’autre fut, plus que l’ouvrage de Lucrèce à lui seul, le moteur de son évolution.
Stephen Greenblatt
Flammarion
2013
Edouard

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Le crépuscule d’une idole

La police de caractère du nom de l’auteur est quatre fois plus grosse que le titre de l’ouvrage. S’il n’y avait pas une photo de Freud sur la couverture, on penserait que l’idole en question est Michel Onfray.
Je ne sais pas qui considère Freud comme une idole. Pas moi en tout cas. Il me rappelle en premier lieu quelques cours animés en terminale : c’est toujours marrant de parler de sexe. Pour tout dire, n’ayant jamais voulu tuer mon père ni coucher avec ma mère, ses théories œdipiennes me semblaient pour le moins fumeuses. Par contre, j’avais été fasciné par l’inconscient et je le suis toujours.
Ce pavé de presque 600 pages est peu digeste, on y trouve de tout : beaucoup de choses intéressantes, mais qui ne m’ont pas bouleversées et des moins intéressantes. S’agissant de Sigmund, je n’ai pas été surpris par la mégalomanie du personnage, gourou mû par l’appât du gain et un besoin inouï de reconnaissance sociale. J’avais entendu parler des dégâts que ses séances avaient pu causer chez certains de ses patients, en particulier chez sa fille Anna. J’avais aussi entendu parler de la falsification de résultats visant à asseoir le caractère scientifique de sa thérapie. C’est pour moi le point le plus passionnant de l’ouvrage, très didactique, où l’auteur s’attache longuement a établir la frontière entre science et philosophie.
Pour ce qui concerne les tâtonnements de Freud, ses échecs, ses essais douteux, je le trouve moins percutant. À ce titre, l’ouvrage manque cruellement de contextualisation. Tous les aliénistes du début du XXe siècle tâtonnaient, le médecin viennois ni plus ni moins qu’un autre. Même chose pour la curabilité. Quels aliénés guérissait-on à la belle époque en dehors de ceux qui n’étaient pas malades ?
Je n’ai pas aimé le ton haineux d’Onfray qui ne passe rien à Freud ni à la psychanalyse. Son acharnement devient ridicule, voire suspect. Serait-il jaloux ?
Je conseillerai à ceux qui auraient l’ouvrage a portée de main, mais qui n’auraient pas envie de s’y plonger de lire au moins la conclusion.
L’écrivain essaie d’expliciter les raisons du succès de la psychanalyse et fait beaucoup de parallèles avec la religion, son autre grand moulin à vent. Il ne combat d’ailleurs pas tant la religion que l’idée simpliste qu’il s’en fait. Passons…chacun ses dadas. Il accuse ensuite la psychanalyse de brouiller les cartes entre l’homme malade et l’homme sain. Serait-il nostalgique des théories des années 30 qui assimilaient les aliénés à des non humains ? Juste après il écrit : « on ne déchire pas le voile des illusions sans encourir la haine des dévots ».
Ce qui manque à la psychanalyse aujourd’hui, c’est un leader susceptible de rassembler tous les courants et d’adapter les intuitions freudiennes aux avancées scientifiques du XXIe siècle. Certains psychanalystes ont sans doute longtemps adoré une idole fossilisée du maître au lieu de regarder le monde changer autour d’eux et c’est sans doute à ceux-là qu’Onfray s’adresse. Mais, ce qu’il convient de combattre, ce n’est pas Freud, c’est l’idolâtrie.
Edouard

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Noé

Que d’eau, que d’eau !

On ne présente plus ce mythe qui n’est certes pas antédiluvien, mais qui a tout de même du kilométrage : une histoire piquée par les Hébreux aux Mésopotamiens qui, eux-mêmes la tenaient de…on parle de l’ouverture du Bosphore, de la fin de l’âge de glace, pas facile à dater avec précision, mais très vieux en tout cas.

Bien sûr, l’adaptation biblique est libre, mais c’est le propre des mythes d’être triturés et digérés par les sociétés qui font le choix de les adopter. Ceci dit, il y a une certaine fidélité au récit originel, on ne massacre pas comme ça un récit véhiculé depuis 5000 ans. Le réalisateur met ici l’accent sur quelques détails bibliques un peu oubliés. Ainsi, Noé n’était effectivement pas un descendant de Caïn, mais de Seth, un rejeton d’Adam et Ève dont on ne parle pas souvent, moins impulsif que son aîné. Ca semble nous sauter aux yeux que les descendants de Seth sont plus zen que ceux de Caïn et Russel Crowe, qui incarne le patriarche, a bien un faux air de Charles Ingalls dans la première partie. Heureusement, à tout bien regarder, et c’est ce qui donne un peu d’épaisseur au film, il apparaît plus nuancé, indécis, souvent les yeux levés vers le ciel pour y recueillir un signe du tout puissant ou ce qu’il interprète comme tel. Violent, impitoyable, frisant la folie, obsédé par « son devoir », il finit par boire pour noyer les doutes qui l’assaillent et on le retrouve nu, ivre mort sur le rivage : une anecdote biblique authentique que le réalisateur reporte fidèlement, mais qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe dans son scénario.

Autre détail biblique: les Nephilim. Nulle part, il n’est écrit qu’ils aient construit l’arche, mais pourquoi pas. La genèse est plus que laconique sur ces « géants » qui auraient existé avant le déluge. Ces Anges déchus pétrifiés empruntent ici beaucoup à l’univers Tolkieno-Jacksonien. Physiquement, ils sont un mélange entre les Ents, les arbres géants des « deux tours » et les montagnes vivantes du premier volet du hobbit : « un voyage inattendu ». Psychologiquement, les Nephilim font penser à l’armée des spectres du « retour du roi ».

Donc, une relative fidélité au récit biblique des effets spéciaux qui rendent en particulier possible l’arrivée en masse des espèces animales dans l’arche, des combats au milieu de paysages désolés et grandioses qui font penser à Mad Max : la magie opère et la présence d’Emma Watson, l’Hermione d’Harry Potter, y est peut être pour quelque chose.

Bon d’accord, c’est une belle histoire, mais est-ce suffisant pour expliquer sa longévité? Ce qui assure la pérennité d’un mythe, c’est aussi sa capacité à s’adapter aux attentes des contemporains, à les toucher à travers le temps et l’espace. Pour parler du monde d’après le déluge, Noé utilise à plusieurs reprises l’expression « Nouveau Monde ». On pense bien entendu à l’Amérique d’après-guerre, s’érigeant au-dessus des cendres de l’Europe. Mais les hommes du « Nouveau Monde » restent cependant des hommes, capables du meilleur comme du pire. Noé, c’est aussi l’histoire d’un petit groupe d’élus qui, après un long cheminement, finit par accepter sa condition humaine. Une approche intéressante du récit biblique.

Edouard

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Prague

L’instant que je retiendrai est quand, dans Obecní dům (la maison municipale), j’ai commencé à comprendre comment j’allais écrire cette chronique.
J’étais venu voir le Golem, le fameux protoFrankenstein israélite, créé au XVIe siècle par rabbi Loew, sous le règne de l’empereur Rodolphe II. Dans la fraîcheur matinale de janvier, on sent bien sa présence dans le vieux cimetière juif. On se dit qu’il doit être caché quelque part, entre toutes ces pierres tombales hirsutes et rongées par le temps, mais je ne l’ai pas vu. Heureusement, pour la somme modique de 160 korunas (environ 7€), j’ai pu acheter un Golem miniature. Il n’a pas l’air très facile à manier et en plus, je crois qu’il ne comprend que l’hébreu.
Mais heureusement, j’ai trouvé autre chose. En premier lieu, la suite de l’histoire du Saint-Empire romain germanique que j’avais commencé à découvrir l’été dernier. J’ai été soufflé par la puissance de la Bohème médiévale. Contrairement à la Hongrie, elle n’avait pas à se soucier des assauts ottomans, ces derniers n’étant jamais remontés aussi haut. Rome aussi était loin et ce n’est peut-être pas un hasard si les hussites y virent le jour. Ces derniers seront à l’origine du protestantisme qui s’étendra comme une traînée de poudre sur l’Europe au XVIe siècle. Était-ce uniquement par souci de protéger la foi catholique ou était-ce un prétexte pour soumettre ce voisin aussi prospère qu’indomptable que Vienne y procéda à la contre-réforme ? Toujours est-il que les églises baroques construites un peu partout dans la ville, fleurons du catholicisme triomphant, sont souvent impressionnantes. A l’époque, pas facile de séparer art, religion et politique.
Et puis, le temps à fait son œuvre…et l’art a survécu pour donner à la ville son charme si particulier. Chaque nouvelle strate architecturale trouvant sa place dans le paysage urbain sans pour autant chasser la précédente.
A la fin du XIXe, l’art nouveau marque à son tour la ville de son empreinte. Mucha, que nous connaissons surtout en France pour ses affiches, peint les vitraux de la cathédrale saint Guy, située juste derrière le château cher à Kafka. L’art nouveau envahit la ville, mais aussi l’intérieur des maisons : meubles, tapisseries, bibelots et finit aussi par laisser sa trace dans les vêtements et même les sous-vêtements : magnifique exposition à la maison municipale jusqu’en 2015. L’art prend alors une autre dimension et s’affranchit du religieux et du politique, il devient insaisissable, imprévisible et ne cessera de grandir. Ce sera les maisons cubistes, ce sera Tančící dům, la maison qui danse, ce monstre de verre et de béton qui semble se déhancher sur un air endiablé..
L’art : ce géant qui envahit tout, qui ne s’inquiète ni des fleuves, ni des montagnes, ni des frontières, ni des forteresses, ni des langues, ni des religions, ni du pouvoir. Lui qui est seul capable de transporter et d’unir tout un continent dans un même élan d’émotion. Lui, ce Golem, dont personne n’arrêtera jamais la course. Prague a un indiscutable talent pour mettre en valeur ses différents visages.

Edouard

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Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle

On lit à la page 61 ‘Où l’on vient enfin à la première des scènes pour lesquelles tu as acheté ce livre, cher et hypocrite lecteur’. Il déclarait à la première page ‘Je n’ai rien contre les catholiques. Au contraire’.
Il présente son opuscule (non, ce n’est pas un gros mot) comme une réaction contre une pensée totalitaire qui asservit les humains. En foi de quoi il séduit tout ce qui porte une jupe et/ou une petite culotte.

Son pèlerinage tient du marathon sexuel.
C’est totalement et volontairement amoral et irrespectueux et par moments hilarant.
Ces dames et demoiselles en ont, si j’ose dire, sous la pédale.
J’ai une affection particulière pour Muriel, abandonnée par son vétérinaire de mari, qui retrouve Étienne à Bazas.
Elle arrive à lui faire promettre de faire le pèlerinage ‘pour de vrai’. Nom de dieu, c’est lui qui l’écrit.
Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. Quoi que…

Amitiés fricoteuses,
Guy.
Etiennne Liebig – La Musardine – 224 p.

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Tintin et les forces obscures

La place de l’étrange et du bizarre dans les aventures de Tintin, dans la vie d’Hergé et plus généralement dans l’Histoire.

Dans notre Monde dominé par la science et la raison, l’obscur est tout ce qui est à la périphérie ou en dehors du cadre conventionnel de compréhension de la nature, sans lequel il serait difficile de nous orienter.

Pas simple de faire une synthèse de tous ces phénomènes. Heureusement, les aventures du très rationnel reporter sont ici l’occasion de faire un point de situation en 11 tableaux des aspects les plus saillants de l’obscurité.

On distingue plusieurs familles. Tout d’abord, les phénomènes qui tendent à être rattrapés par la science : le rêve avec la découverte du sommeil paradoxal, l’hypnose avec le développement de l’imagerie cérébrale. Il y a ceux qui narguent la science avec la voyance qui n’a bien entendu aucun fondement scientifique, mais qui n’en a pas moins la dent dure et la télépathie qui laisse perplexe, en partie à cause de la communication entre les vrais jumeaux. Il y a ensuite les phénomènes qui répondent à des modes, comme la radiesthésie dans les années 30 et les extraterrestres dans les années 5o. Après, il y a ces croyances : superstitions, mysticisme, paranormal, qui nous impressionnent tous à divers degrés, car nous sommes heureusement tentés d’imaginer qu’il y a autre chose que la vérité scientifique conventionnelle, des choses qu’elle n’a pas encore expliquées ou des choses qu’elle n’expliquera jamais, qui sont d’un autre ordre. Bref, tout ce qui est peu palpable et qui répond à notre irrésistible besoin d’évasion.

Restent deux tableaux : le premier regroupe ceux qui profitent du système, de la crédulité de l’individu, de son besoin de reconnaissance, de son besoin d’intégration ; de ceux qui n’hésitent pas à maquiller la science pour la rendre surnaturelle ; je veux bien entendu parler des sectes et autres sociétés secrètes, très abondantes dans l’œuvre d’Hergé.

Pour finir, il y a la folie, notion qui, entre « Tintin au pays des soviets » et « Tintin et l’alph-art » a fait l’objet d’une révolution copernicienne grandement liée à l’apparition des neuroleptiques dans les années 50. La folie n’est plus aujourd’hui dans la langue française qu’un adjectif qualifiant un acte inconsidéré. Pour le reste, on parle de maladie mentale.
Dans l’univers manichéen d’Hergé, il y a le gentil, le méchant et le fou. Pour le lecteur de 7 ans qui a besoin de repaires, ce triptyque simpliste est largement suffisant. Dans les 70 années qui vont suivre, il aura bien le temps de comprendre que les choses ne sont pas si simples et, arrivé à l’âge de péremption du lectorat de Tintin, il retrouvera dans ses aventures, avec tendresse et émotion, l’innocence de ses 7 ans.

Cet ouvrage est donc un très bon cru que je conseille en priorité à tous ceux qui, comme moi, ont un background culturel qui a été forgé à partir des aventures du reporter à la houppe.

Edouard

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Le médecin de famille

1960, Argentine, Josef Mengele, qui continue à exercer sous un faux nom, repère Lilith, une fillette de 12 ans qui en paraît 9, étant victime d’un arrêt de croissance.

Film bouleversant à plusieurs égards. L’année tout d’abord. 16 ans se sont écoulés depuis la fin de la guerre et pourtant, contrairement à ce que laissait espérer le titre de la BD de Calvo et Dancette publiée en 44, on réalise que la « bête » n’est pas morte. Au-delà du personnage de Mengele, ce qui fait froid dans le dos, c’est ce qu’on perçoit de la colonie nazie reconstituée. Certes ce n’est plus la bête triomphante de 1940, mais elle remue toujours, même en dehors de son espace vital. C’est une bête condamnée à vivre dans la clandestinité, traquée par les agents du Mossad qui continue à diffuser son venin.

Mengele propose un traitement par hormones de croissance aux parents de la petite fille. Le père refuse, mais la mère finit par accepter. À l’époque, l’endocrinologie était à ses balbutiements. La passion du médecin pour la génétique s’ancre dans l’idéologie du surhomme, dans la recherche de l’homme parfait. Rien n’est dit sur l’origine des flacons contenant le liquide laiteux injecté dans le ventre de Lilith. On ne sait pas qui les a envoyés ni comment ce liquide est fabriqué. Ce qu’on sait seulement, c’est qu’il avait effectué ses expériences sur des bœufs et que jusqu’au milieu des années 80, les hormones humaines étaient prélevées sur des cadavres.

On aborde ici le second aspect bouleversant du film qui touche à la question du progrès scientifique. Jusqu’où peut-on aller ? Quelles limites ? La science de Mengele n’a pas de conscience, n’a pas de limite. Ce n’est pas tant un sadique qui jouit de la souffrance de ses patients qu’un scientifique passionné qui considère qu’aucune limite ne doit entraver sa marche, que la vie humaine n’est rien comparée à la quête du surhomme. On aborde souvent le nazisme sous l’angle de la cruauté qui n’est pas la même chose que l’égarement idéologique. Certes, les deux sont liés, on peut être cruel et s’égarer idéologiquement; on peut être cruel sans s’égarer idéologiquement; mais on peut aussi ne pas être particulièrement cruel et être tellement aveuglé que l’on commet des monstruosités sans même en avoir conscience. Je pense que Mengele devait être un peu comme ça. D’ailleurs, il est très gentil avec Lilith qui est complètement fascinée par le personnage. Je me suis interrogé sur le prénom. Y a-t-il un lien à faire avec la première femme d’Adam ? Si je rencontre un rabbin, je ne manquerai pas de lui poser la question.

Bref, les nazis n’étaient pas des surhommes…ce qui les rend encore plus effrayants.

Edouard

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Athènes

L’instant que je retiendrai est mon arrivée à Roissy: 13° ! Aznavour avait sans doute raison, la misère doit être moins pénible au soleil. Car de la misère, il y en a beaucoup là bas. On ne peut peut être pas tout imputer à la crise, mais quand même, les commerces indiqués dans mon guide qui ont fermé depuis sa publication, cet énorme personnage dégoulinant de graisse tagué sur un mur et sur le ventre duquel sont tatoués, un €,un $ et deux mots sans appel « always hungry »…il y a des signes qui ne trompent pas.

Donc, le soleil est là, la mer aussi, bleue, comme le ciel, Le Pirée, ce port du bout du monde que le soleil inonde, de ses reflets d’argent…et puis il y a la méditerranée, sa culture, sa cuisine, alors forcément, c’est moins pénible. Ça, c’est la carte postale, c’est le petit rab d’été que viennent chercher les Européens de l’ouest (beaucoup de Français) en octobre.

Mais bien entendu, la culture grecque ne se limite pas à son économie, à sa météo et à sa gastronomie. Athènes, pour l’occident, c’est tout d’abord l’antiquité, celle de l’Acropole, du Parthénon,  celle des mythes importés par les Romains et de la philosophie, les fondements de notre civilisation occidentale.

L’Ouest ne pense pas immédiatement à l’Empire byzantin et à la religion orthodoxe. Pourtant, cette dernière, très éloignée du catholicisme triomphant de l’Ouest, est très présente. Une religion en résistance, comme en témoignent ces microéglises qui pullulent un peu partout.

Avec la « résistance », on aborde une part de la culture grecque dont il est encore difficile de parler et sur laquelle mon guide prend bien soin de ne pas s’étendre : l’occupation ottomane.

Les Grecs ont-ils résisté pendant 400 ans sans être imprégnés par les Turcs ? Religieusement, ils ont résisté, c’est certain. Il y a bien la mosquée de Monastiraki, les bains des vents,  les pâtisseries orientales, quelques narguilés disséminés ici et là, mais…c’est plutôt discret pour la capitale d’un pays qui ne s’est libéré qu’en 1821. Peut-être que les ottomans n’accordaient pas beaucoup d’importance à Athènes, c’est bien possible. Cette influence ottomane, on la retrouve tout de même au musée des arts et traditions populaires, toute une gamme de vêtements et d’objets inspirés des cultures indienne et chinoise, importées par les Turcs. Ces 400 ans, on les retrouve aussi dans les 400 plis des jupes des gardes nationaux : la résistance à l’ottoman fait partie intégrante de l’identité nationale. Pas facile de régler le conflit chypriote ou d’admettre la Turquie dans l’Union européenne dans ces conditions.

La question de l’héritage ottoman ne concerne pas que la Grèce, mais une bonne partie de l’Europe de l’est. Qui, à l’Ouest, est disposé à reconnaître que nos bases culturelles romaines, catholiques et protestantes ne peuvent plus constituer à elles seules le référentiel culturel de l’Union européenne ? Et l’Europe de l’est, que fera-t-elle de cet héritage ? Peut-on vivre sereinement en escamotant son passé ? Un beau sujet de philo.

Edouard

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La puissance discrète du hasard

 

Ancien joueur de tennis et de squash professionnel, excellent joueur d’échecs, l’auteur cultive depuis longtemps un amour de la vie, de la philosophie, en un mot, de l’écriture.
Voilà un dilettante qui s’exprime avec brio.

Il parle au début de son livre de la grande, tendre et chaleureuse franc-maçonnerie de l’érudition inutile.
Il s’agit d’un voyage dans différentes manières de sentir le monde, d’où la pensée magique n’est pas exclue.
Notre synchronicité avec la vie qui nous entoure, n’est-ce pas là un beau thème de réflexion?
Que pensez-vous de ce haïku japonais ancien ?
« Quand je serai mort
sois la gardienne de mon tombeau
sauterelle. »

L’ouvrage fourmille de citations et de références.
Un chapitre entier est consacré à la sérendipité, dont voici une des définitions: l’art de trouver ce que l’on ne cherche pas en cherchant ce que l’on ne trouve pas. Ne vous est-il jamais arrivé, en cherchant, mettons, votre cravate jaune canari, de retrouver votre paire de bretelles passée au chapitre pertes et profits?
De nombreux exemples, à commencer par la célèbre découverte de la pénicilline par Alexander Fleming, attestent le rôle du hasard dans la progression des sciences.

Quelques titres de chapitres:
Au bon endroit, au bon moment.
Au mauvais endroit au mauvais moment.
Est-il encore permis de flâner?
L’effet placebo est-il un mythe?

Une promenade érudite, donc, mêlant avec humour l’anodin et le plus profond,

Amitiés hasardeuses,

Guy

Denis Grozdanovitch – Denoël – 321 p.

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Man of steel

La planète Krypton va bientôt disparaître. Un couple décide d’envoyer leur fils nouveau né vers des cieux plus cléments…vous connaissez la suite.

Très belle première partie pour se nouvel opus de Superman. Les images de Krypton sont magnifiques : les fans de SF y trouveront leur compte, les écologistes aussi (on pense très fortement à l’exploitation des gaz de schiste).

Seconde partie plus classique avec l’enfance terrienne du héros, élevé comme il se doit par des agriculteurs du Kansas. Beaucoup de palabres entre le jeune Clark et son père adoptif (Kevin Costner) qui l’encourage à ne pas dévoiler ses super pouvoirs. Passage intéressant sur les souffrances physiques et morales du jeune garçon, victime de l’hyper développement de ses sens. Il ne semble pas que ses parents l’aient amené chez un pédopsychiatre et le monde ne s’en portera pas plus mal. Malgré les conseils de Kevin, Clark Kent ne peut s’empêcher d’aider ses petits camarades. Il est comme ça Superman, c’est plus fort que lui.

La troisième partie retombe dans l’univers très codifié des comics. Clark part à la recherche de ses origines et retrouve l’hologramme de son père biologique (Russel Crowe) qui lui prodigue des conseils à la Yoda. C’est là qu’entre en scène le méchant échappé de Krypton pour conquérir la terre et détruire ses habitants. S’ensuit un gloubiboulga d’explications pseudo scientifiques, des combats virils avec beaucoup d’explosions et de tours qui s’écroulent (mais où sont-ils allés chercher cette idée ?) ainsi que l’inévitable romance pleine de guimauve avec la belle Loïs Lane : bref, l’univers des teen movies. Dérogation aux codes Kentiens, la kryptonite qui est à superman ce que les crucifix sont aux vampires, n’apparaît pas sous forme solide et est remplacée par une histoire d’atmosphère un peu compliquée. On connaît aussi enfin l’origine du fameux « S » cousu sur son légendaire pyjama bleu. Ce n’est pas un « S », mais un mot qui signifie « espoir » en kryptonien.

Pour tout dire, j’ai été un peu déçu (sauf pour la première partie), peu- être que je commence à être un peu vieux pour apprécier les aventures de Superman. Le message délivré fait très républicain, une planète où rien n’existe en dehors des États-Unis. On se demande si l’Amérique ne se replie pas à nouveau sur elle et si l’effet Obama ne s’essouffle pas : c’est un peu déprimant. Le dernier opus nous présentait un Superman désorienté dans un monde dans lequel il n’avait plus sa place. Le voilà renvoyé d’où il vient, les BD pour ados des années 50. Clark Kent arrivera-t-il à s’échapper de cette prison ? On espère de tout cœur qu’il s’évadera et reviendra nous donner un peu d’espérance.

Edouard

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