Inside Llewyn Davis

La vie pathétique d’un chanteur de folk raté dans l’Amérique du début des années 60.

Il y avait un truc qui me plaisait dans le titre et comme je suis assez fan des Coen, je ne me suis pas méfié. Ce film est complètement déprimant. Je reconnais cependant qu’il y a une grande part de subjectivité dans ce jugement : l’établissement appelé pompeusement lounge où j’ai bu un tord-boyaux immonde juste après la séance et oublié mon écharpe n’y est certainement pas indifférent. OK, je rectifie mon jugement : je n’ai pas aimé ce film.

Pourquoi ? Tout d’abord, comme l’a judicieusement souligné mon compagnon de beuverie, parce que Llewyn est présenté sous un jour plus que noir, sans aucun espoir de salut, tant et si bien qu’à trop taper dessus, les réalisateurs révèlent une quasi-cruauté et s’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est la cruauté des réalisateurs pour leur personnage.

Bon, à leur décharge, je reconnais que l’univers des chanteurs folk au début années 60 ne devait pas toujours être particulièrement riant, comme en témoigne d’ailleurs le contenu des chansons. Ceci dit, une petite note d’espoir aurait été la bienvenue. Je ne parle pas d’humour, car l’humour des réalisateurs est heureusement là, mais très noir, comme toujours.

Une autre explication de cette déception vient à mon avis du titre et de l’attente qu’il avait fait naître en moi. Je veux bien entendu parler du mot « inside » qui m’avait laissé imaginer quelque chose de beaucoup plus introspectif ; à un truc du genre « dans la peau de John Malkovich ». Or, ici, Llewyn n’a aucune épaisseur. Il agit de manière totalement impulsive et irraisonnée comme le font presque toujours les personnages des deux frères.

On comprend vaguement vers le milieu du film que l’ « inside » renvoie à l’envers du décor, en opposition à l’ « outside » qui renverrait à la scène. Cependant, on voit très peu cet « outside » et le peu qu’on voit ne semble pas tellement plus reluisant que l’ « inside ».

Y a-t-il un message derrière tout ça ? Peut-être n’ont-ils pas souhaité en délivrer. Il n’en reste pas moins que celui que j’ai retenu est « beaucoup d’appelés, peu d’élus ». C’est vrai que les films parlent généralement plus des artistes qui réussissent que de ceux qui ne réussissent pas et c’est bien de parler aussi de ceux-là, beaucoup plus nombreux que les quelques stars qui sortent du lot. Ce que je veux seulement dire, c’est que le personnage de Llewyn aurait dû être moins loser absolu, cela l’aurait rendu plus crédible et nous aurait donné envie de nous identifier un peu à lui et non de le protéger contre le sadisme de ses démiurges.

Edouard

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Mort et résurrection de Lou Reed (Black Angel Death Song Revisited)

Je n’ai rien ressenti ce dimanche soir. Les vacances en famille avaient été bonnes. Le titre était tombé brutalement en ouverture du flash de 19h : « Lou Reed est mort ». Bon. Deux interviews autorisées plus tard, j’éteins. Les enfants continuent à se chamailler à l’arrière, aucune faiblesse du régulateur, la voiture glisse à bonne vitesse.
Premier titre sur France Info, pas mal. Demain, je vérifierai en replay sur TF1 et France 2. L’info est traitée dans une sous-rubrique en fin de journal. Claire Chazal écorche le nom du Velvet, le titre des albums. Traitement à la va-vite, superficiel et approximatif. Je suis un peu rassuré. Je me demandais depuis plusieurs années comment sa mort serait couverte par les médias. Existait-il dans l’imaginaire collectif, icône grand public ou marginal insignifiant ? J’ai maintenant une réponse. Fin de l’histoire. De toute façon, je l’avais tué depuis plusieurs années. La prétention avec laquelle il accompagnait des choix artistiques indéfendables depuis The Raven (2003) avait achevé d’enterrer ce monstre en moi que la joie du foyer familial avait déjà paisiblement enseveli au fil des ans.
———
Y a-t-il une nécessité à replonger dans une œuvre lors du décès de son auteur ? Sans doute une vague curiosité morbide, pour voir si la perception que vous en aviez est altérée ou magnifiée par les évènements.
J’y ai donc retouché au troisième jour. Une petite dose au début. Sur Transformer, mille fois entendu, le vaccin tenait encore bon. C’est en arrivant à Ride Sally Ride que tout a commencé à se déliter, le cœur contraint reprenant peu à peu sa véritable forme une fois libéré du poing desserré.
C’est obscénité, cynisme, morgue, autant de lieux communs (véridiques) dont est barbouillée toute biographie de Lou Reed, en particulier ces rubriques nécrologiques toutes bricolées sur les mêmes assertions faciles. C’est aussi une voix caressante et intime, une justesse des mots et de l’intention, des abymes de désespoir, une carapace contre la société normalisante, des lames sensuelles dans le Goliath. Et dès les premières années, derrière cet étal de noirceur, un désir résurgent de rédemption : de Beginning to see the light à Trade in, en passant par cet album charnière, the Blue mask, funambule entre le Ciel et l’Enfer. À défaut de rédemption, on lui a offert la réhabilitation. Il s’y est engouffré, enfoncé, complu.
Mais aujourd’hui l’errance a pris fin. Je m’emplis à nouveau de toi. Je sens le flux revenir et irriguer mes veines. Ton œuvre est cette héroïne que tu as chantée. Ce n’est pas une poudre blanche, c’est une âme sœur et liquide en injection sous-cutanée. Extase et effroi. Excitation suprême, fièvre, stupeur, manque absolu. Je ressens physiquement les piqûres, elles me font souffrir. Je porte tes stigmates. Ad vitam. « I’m waiting for my man ». Le dealer est revenu, et elle est meilleure que jamais.
Au revoir Lou. Et bienvenu de retour.

Pierre

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Blue Jasmine

Jasmine (Cate Blanchett, sublime), rescapée du naufrage financier de son époux, un homme d’affaires véreux qui a fini par se suicider en prison, débarque à San Francisco pour se faire héberger par Ginger, sa sœur, caissière dans une supérette, qui mène comme elle peut une petite vie chaotique.

Woody est de retour. J’avais eu peur l’année dernière avec son opus romain qui dégageait des effluves de vieux brouillon retrouvé dans un fond de tiroir et recyclé à la hâte. Me voilà rassuré, il est encore capable d’innover. Ce dernier chef-d’œuvre aborde le thème cruel du « déclassement social ».

Les fans du réalisateur auront au premier abord un peu de mal à trouver la filiation avec le reste de l’œuvre. Pour ma part, je remonterais à « vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu » pour retrouver l’origine d’une noirceur qui ne faisait alors que pointer le bout de son nez. Autre similitude, l’absence de référence au psy alors que de toute évidence, Jasmine en aurait grandement besoin… peut-être consultait-elle lorsqu’elle en avait les moyens.

Je rapprocherais aussi « Blue Jasmine » d’un autre chef d’œuvre. Il faut pour cela faire abstraction de l’intrigue criminelle très scénarisée de « Match point » pour ne retenir que l’histoire de l’ascension sociale d’un jeune homme sans scrupules et sans morale, servi par une chance inouïe. Jasmine en est le miroir inversé, elle n’a finalement pas grand-chose à se reprocher même si elle est indirectement responsable de sa situation. Projetée un temps dans une jet set que sa présence illuminait, elle y perdra ses repères et en sera chassée pour avoir misé sur le mauvais cheval. Le voyage à San Francisco sera l’ultime soubresaut d’une lutte contre une déchéance dont elle ne se relèvera pas.

Jasmine était beaucoup trop fragile pour supporter la chute, peut-être l’était-elle aussi pour supporter sa trop grande beauté. Incapable d’abandonner son passé flamboyant, elle s’y réfugiera pour ne plus en sortir. Comme Scarlett Johansson dans Match Point, Jasmine a joué… et a perdu.

Sa sœur semble plus solide, mais il faut dire aussi que Ginger ne tombe jamais de très-haut. N’ayant jamais goûté au grand luxe, elle n’a pas vraiment conscience de son existence. Moins prétentieuse, moins naïve, moins superficielle, elle se contente de transpercer les carapaces poisseuses de ringards improbables pour y trouver un peu de tendresse.

L’élément clef du film est pour moi le « hasard », cet électron libre que l’on qualifie de chance ou de malchance. On aimerait que les méchants soient toujours punis et que les bons soient toujours récompensés, mais il n’en est rien: le hasard s’abat toujours à l’aveuglette, il n’est pas immoral, il est amoral.
Edouard

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Roy Lichtenstein

À Beaubourg jusqu’au 4 novembre. Bon plan pour les Parisiens qui bossent au mois de juillet et/ou août et qui veulent éviter les queues et la chaleur, l’expo est ouverte tous les jours sauf le mardi jusqu’à 21h.

Longtemps, je n’ai pas eu conscience que Roy Lichtenstein pouvait exister et qu’une figure pouvait surnager de ce flot de couleurs acidulées et de personnages hyperexpressifs surgis de l’univers des comics américains des années 60.
Et puis, je me suis rendu compte que certaines images revenaient plus que d’autres, des images qui s’étaient échappées des griffes des Marvel et autre Strange pour dire autre chose, des images qui permettront à l’époque aux situationnistes de dénoncer la société de consommation, des images qui deviendront des archétypes du Pop-Art.

On ne peut pas limiter Roy Lichtenstein à ses jeunes femmes blondes au physique aseptisé, tout comme on ne peut limiter Andy Warhol à Einstein tirant la langue ou Piet Mondrian aux pubs de Loréal.

À notre décharge, on ne peut pas dire qu’ils s’échinent beaucoup à se distinguer du vulgum.
Évidemment se sont des pops-artistes dont l’objectif est de brouiller les frontières entre le «commun» et l’ «artistique», comme autant de profanateurs de nos vieux schémas simples.

Derrière le pop-art et en particulier derrière l’œuvre de Lichtenstein, se cache une théorie de qui pose la question du positionnement de l’art dans la société. L’expo est à ce titre très didactique, on suit les différentes étapes du mûrissement de la théorie de Lichtenstein et des différentes formes qu’il lui donne.

Lichtenstein, lui aussi transforme le commun, j’ai été à ce titre troublé par ces sculptures de tasse à café décorées qui ont la taille de tasses a café, mais qui, pour une raison que je ne sais pas l’expliquer ressemblent plus à des sculptures qu’à des tasses. Le mot « pop » prend avec lui un autre sens que « populaire », celui d’éclosion, d’instantané comme dans « pop-up » ou dans « pop-corn », comme un bouchon de liège qui s’échappe d’une bouteille de champagne. Ce n’est pas un hasard si l’artiste aimait peindre des explosions et magnifiait les coups de pinceau.

Après avoir tirés le populaire vers l’artistique, Lichtenstein tire l’artistique vers le populaire en revisitant tous les classiques : Monet, Cézanne, Picasso, Fernand Léger, Matisse, Brancusi, Mondrian… Difficile de ne pas être insensible à sa reprise de la cathédrale de Rouen de Monet. Ca marque de fabrique, ses grisés avec ses petits points qui renforcent cette impression de relief que l’on retrouve dans toutes ses œuvres.

Ses petits points, qui prennent toute leur force dans son impressionnante série sur les « miroirs », finissent par occuper toute la toile à la fin de sa vie (1997) quand il revisite les paysages zen chinois.
Edouard

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Man of steel

La planète Krypton va bientôt disparaître. Un couple décide d’envoyer leur fils nouveau né vers des cieux plus cléments…vous connaissez la suite.

Très belle première partie pour se nouvel opus de Superman. Les images de Krypton sont magnifiques : les fans de SF y trouveront leur compte, les écologistes aussi (on pense très fortement à l’exploitation des gaz de schiste).

Seconde partie plus classique avec l’enfance terrienne du héros, élevé comme il se doit par des agriculteurs du Kansas. Beaucoup de palabres entre le jeune Clark et son père adoptif (Kevin Costner) qui l’encourage à ne pas dévoiler ses super pouvoirs. Passage intéressant sur les souffrances physiques et morales du jeune garçon, victime de l’hyper développement de ses sens. Il ne semble pas que ses parents l’aient amené chez un pédopsychiatre et le monde ne s’en portera pas plus mal. Malgré les conseils de Kevin, Clark Kent ne peut s’empêcher d’aider ses petits camarades. Il est comme ça Superman, c’est plus fort que lui.

La troisième partie retombe dans l’univers très codifié des comics. Clark part à la recherche de ses origines et retrouve l’hologramme de son père biologique (Russel Crowe) qui lui prodigue des conseils à la Yoda. C’est là qu’entre en scène le méchant échappé de Krypton pour conquérir la terre et détruire ses habitants. S’ensuit un gloubiboulga d’explications pseudo scientifiques, des combats virils avec beaucoup d’explosions et de tours qui s’écroulent (mais où sont-ils allés chercher cette idée ?) ainsi que l’inévitable romance pleine de guimauve avec la belle Loïs Lane : bref, l’univers des teen movies. Dérogation aux codes Kentiens, la kryptonite qui est à superman ce que les crucifix sont aux vampires, n’apparaît pas sous forme solide et est remplacée par une histoire d’atmosphère un peu compliquée. On connaît aussi enfin l’origine du fameux « S » cousu sur son légendaire pyjama bleu. Ce n’est pas un « S », mais un mot qui signifie « espoir » en kryptonien.

Pour tout dire, j’ai été un peu déçu (sauf pour la première partie), peu- être que je commence à être un peu vieux pour apprécier les aventures de Superman. Le message délivré fait très républicain, une planète où rien n’existe en dehors des États-Unis. On se demande si l’Amérique ne se replie pas à nouveau sur elle et si l’effet Obama ne s’essouffle pas : c’est un peu déprimant. Le dernier opus nous présentait un Superman désorienté dans un monde dans lequel il n’avait plus sa place. Le voilà renvoyé d’où il vient, les BD pour ados des années 50. Clark Kent arrivera-t-il à s’échapper de cette prison ? On espère de tout cœur qu’il s’évadera et reviendra nous donner un peu d’espérance.

Edouard

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Mud, sur les rives du Mississipi

Neck et Ellis, deux préados, vivent au bord du Mississippi. Neck a eu vent de l’existence sur un îlot au milieu du fleuve, d’un bateau perché dans un arbre. Les deux copains décident de coloniser le navire, mais quand ils arrivent, ils s’aperçoivent que celui-ci est habité.

Qui est Mud, l’habitant du navire ?

Pour Ellis, ce sera une sorte de héros romantique. Pour Neck, ce sera un type bizarre avec lequel on peut s’arranger. Pour la police, Mud est un meurtrier. Pour Galen, c’est l’homme qui a tué son frère. Pour Tom (magnifique Sam Shepard), c’est un fils adoptif. Pour Juniper (Reese Whiterspoon, l’actrice de « de l’eau pour les éléphants »), c’est l’homme de sa vie, aussi désaxé qu’elle.

Et Mud, qui pense-t-il être ? Il ne sait pas trop. Il dit qu’il n’est pas fort pour la vérité. On sent qu’il a besoin d’être dans l’action pour ne pas à avoir à se poser trop de questions.

Pour moi, Mud est un paumé, gravement barge, dangereux, mais pas méchant avec un cœur gros comme ça. Mud est un Peter Pan, un enfant qui refuse de devenir adulte, un romantique qui croit au grand amour. C’est sur ce point qu’Ellis le rejoint. Mud poursuit les mêmes illusions que lui. À 14 ans, ce serait triste de ne pas en avoir et, contrairement à celui qu’il commence par admirer, Ellis va grandir rapidement.

La scène de bravoure au cours de laquelle le vagabond témoigne son amitié à son jeune admirateur semble copier/coller de la scène finale de True Grit (en fait, c’est plus la fin de « 100 dollars pour un shérif » dont « True Grit » est le remake).

Jeff Nichols, comme dans Take Shelter, s’intéresse à la folie innocente et meurtrière de l’Amérique profonde. Il serait surprenant que le réalisateur n’ait pas eu connaissance de l’opus des frères Coen qui surfent sur le même registre, sur un ton plus humoristique, il est vrai.

Plagiat éhonté ou clin d’œil d’un fan ? Accordons-lui le bénéfice du doute. Le fait que Mud casse la moto en arrivant laisse d’ailleurs penser qu’il s’agit bien d’un clin d’œil.

Un petit mot pour finir sur le Mississippi. Des images superbes. Un fleuve immense qui semble presque une mer comme on le voit sur le dernier plan : un géant assoupi, qui rend dérisoires les gesticulations des humains incapables de perturber son sommeil.

Edouard

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Spring Breakers

Quatre copines décident d’aller faire un « spring break » en Floride, c’est-à-dire d’aller s’éclater pour fêter la fin des cours. Comme elles n’ont pas de fric, elles décident de braquer un petit commerce.
Le début de « spring breakers » fait penser à « Thelma et Louise » façon teen-movie. Cependant, cette impression laisse rapidement place à autre chose.
Arrivées sur place, elles vivent en bikini et se mêlent à une foule d’ados qui dansent, boivent et se droguent à longueur de journée.
Sans trop savoir pourquoi, elles sont embarquées par les flics mais rapidement libérées par un «gangsta» qui paie leur caution.
Les « gangstas », pour ceux qui ont oublié, c’est ces grands blacks des clips qui passaient en boucle sur MTV dans les années 90. Ils avaient des manteaux de fourrure, des chapeaux, des dents en or et des grosses bagouses ; comme Picsou, ils nageaient dans le fric et un troupeau de bimbos surexcitées leur tournait autour; ils prenaient des airs supérieurs tout en prohibant un pistolet automatique et en caressant un pitbull. Vous vous souvenez maintenant ?
Bon, le « gangsta » qui prend les filles sous son aile n’est pas bien méchant. Un peu paumé, il est surtout dans la représentation et à part se la péter, il ne fait pas grand-chose.
Les gamines sont là pour s’amuser et dans un premier temps, elles acceptent leur rôle d’objet sexuel, le seul que ce milieu très phallocrate leur propose. L’une d’entre elles se lasse rapidement. Une seconde s’en va aussi après avoir pris une balle dans le bras. Les deux qui restent sont bien décidées à faire durer le clip jusqu’au bout et plongent dans l’ultra violence, comme les filles de « Boulevard de la mort ». Toutefois, chez Tarantino, cette violence, dirigée contre un serial-killer, semblait légitime alors que là, la violence est gratuite : on reste dans la représentation, dans le « happening » : on se dit qu’elles vont se faire filmer et mettre leurs exploits sur YouTube, histoire d’épater les copines.
Sont-elles des femen ? C’est bien possible. Souhaitent-elles instaurer une domination féminine en créant un univers ultra-violent inversé ? Peut-être, mais elles ne semblent pas avoir de revendications bien précises. Ce qui semble clair par contre, c’est qu’en 20 ans, le genre « gangsta » a pris du plomb dans l’aile.
Edouard

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Django

Le Dr King Schultz, chasseur de prime, exerce sa profession dans le « far-south » quelques années avant la guerre de Sécession. À la poursuite de trois frères, il va acheter les services d’un guide en la personne de l’esclave Django.

Bon, « Django » n’a pas détrôné « Kill Bill » dans mon top5 tarantinesque, mais c’est tout de même pas mal. Ce que j’aime bien dans les Tarantino, c’est l’hyperstructuration du scénario et je trouve que plus ça va, moins ses films sont structurés.
S’attaquer au « western spaghetti » n’est pas non plus chose facile et fatalement, on a tendance à se dire que c’est pas mal, mais ce n’est quand même pas du Sergio Leone. C‘est sans doute que je suis blasé avec l’âge, mais je n’ai pas retrouvé la tension de « il était une fois dans l’ouest » ou « et pour quelques dollars de plus ».
Il y a peut-être le rapport à la violence de Leone qui a du mal à se concilier avec celui de Tarantino. Chez Leone, la violence est permanente, oppressante et invisible alors que chez Tarantino, la violence est ultravisuelle. On sent qu’il hésite à nous resservir des ballets sanglants comme dans Kill-Bill, mais qu’il le fait tout de même parce qu’il ne se résigne pas à faire des plans fixes interminables sur le héros, ce n’est pas son truc.
Autre différence entre Tarantino et Leone : les dialogues. La profusion des mots est aussi indispensable au premier que leur économie est vitale pour l’autre.

Et puis, Jamie Foxx est pas mal dans le rôle de Django, mais ce n’est tout de même pas Clint Eastwood. Quand on le voit mettre son doigt sur la gâchette de son pistolet, on se dit seulement qu’il a du mal à maîtriser ses pulsions. Encore une fois, je trouve que Tarantino a du mal à retransmettre cette lourdeur extérieure aux personnages.

Bon, je châtie bien parce que je suis complètement fan du réalisateur, c’est quand même très bien. La palme revient une fois de plus à Christoph Waltz, le chasseur de prime allemand qui pourrait être une sorte de grand oncle d’Amérique de l’officier nazi d’ « inglorious bastards » : une vraie icône du genre, tout autant bon, brute et truand.
Leonardo Di Caprio est très bien aussi dans le rôle du négrier ainsi que Samuel L.Jackson dans le rôle du bounty (noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur). Kerry Washington, la femme de Django est un peu effacée je trouve.

Rien à dire évidemment sur le message antiesclavagiste. Django bouscule les blancs comme les noirs qui, à force de se faire rabâcher qu’ils sont inférieurs (Di Caprio en donne la preuve « scientifique » dans une scène qui est sans doute la plus forte du film) finissent par en être eux-mêmes persuadés.
Rapprochement intéressant aussi entre Di Caprio qui vend des vivants et Waltz qui vend des morts. Le métier de « chasseur de prime » y est très controversé. Faut-il y voir une critique du port d’arme ?
Edouard

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Une odyssée américaine

Après quelques années comme prof de lettres, Cliff décide de s’occuper d’une ferme au Michigan. Sa femme le quitte au bout de 25 ans de vie commune,et il décide de faire le tour des États-Unis en voiture.
Il emporte un puzzle avec lequel jouait son petit frère ,et qui représente les cinquante états de la nation. Lors de chaque passage d’un état à un autre, il jette la pièce correspondante par la fenêtre de sa voiture.
Pendant la première semaine, il est accompagné par une de ses anciennes élèves plutôt givrée et nymphomane. Cela tombe bien au début, puisque lui est du genre chaud lapin.
Son road-movie lui fera rencontrer une série de personnages folkloriques, dans des paysages à couper le souffle. Et son voyage se terminera par un espoir de réconciliation avec l’épouse infidèle.
Tout cela raconté avec paillardise, et une santé de conquérant des grands espaces.
Voilà un auteur qui a du souffle
Amitiés de grande prairie,
Guy.
Jim Harrison – J’ai lu – 284 p.

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Cosmopolis

Eric Packer, golden boy de 28 ans, déambule en limousine dans Manhattan à la recherche d’un coiffeur.

Si David Cronenberg, le pape du film poisseux, a décidé d’arracher Robert Pattinson aux crocs de la sirupeuse saga Twilight, ce n’est pas un hasard. S’il n’incarne plus Edward, le vampire bio romantique, le nouveau personnage campé par Pattinson n’en est pas très éloigné. Le moins perspicace des cinéphiles l’aura perçu, ne serait-ce que du fait qu’il ne semble pas avoir été démaquillé en quittant la série.

Eric est un vampire des temps modernes. Arrivé en haut de l’échelle sociale, au bout du rêve américain, il a le monde à ses pieds, mais n’a plus goût à rien.

Les deux premiers tiers du film se passent à l’intérieur de sa limousine blindée et insonorisée décorée comme un jeu vidéo.
Le golden boy ne bouge presque pas et parle beaucoup. Quelques hommes lui rendent visite et beaucoup de femmes plus ou moins tarifées parmi lesquelles on reconnaîtra notre Juliette Binoche nationale dans un rôle à contre-pied de celui de la femme exemplaire qu’elle campe habituellement…les fans risquent d’être choqués.

Mais le sexe, pas plus que les discussions autour du yuan, pas plus que les des deux ascenseurs qu’il s’est fait installer pour se rendre dans son bureau, ne semble à même de le ranimer. S’est donc un vampire rassasié qu’on voit petit à petit se déliter psychologiquement. On pense à « la grande bouffe » et à l’ « envie d’avoir envie » de Johnny.

En arrivant chez son coiffeur, un père spirituel qui vit dans un quartier chaud de la grande pomme, il décide de se passer des services de son garde du corps pour aller au-devant de tueurs potentiels.

La dernière scène est du concentré de Cronenberg. Une tension lancinante et écœurante entre un meurtrier qui n’a pas le courage de passer à l’acte et une victime qui semble espérer trouver dans la mort le délice d’une ultime sensation.

Cosmopolis est une variante visqueuse et psychologique de Margin Call, film actuellement sur les écrans sur le cynisme d’une banque d’affaires à l’origine de la crise des subprimes. On sent qu’Hollywood a un peu la gueule de bois ces derniers temps.

Bref, un film qui vous retourne l’estomac, au propre comme au figuré. Un film que je ne regrette pas d’avoir vu, mais que je ne conseillerai qu’aux fans de Cronenberg.

Edouard

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