La mort de la mort

À la fin des années 90, les perspectives que laissait entrevoir l’avènement d’internet couplé avec les progrès scientifiques tout particulièrement dans la génomique ont abouti sur l’idée que l’homme du futur n’aurait plus grand-chose à voir avec ce qu’il est aujourd’hui et qu’il serait donc un « post-humain ». Au dire des partisans de cette théorie, le post-humain se caractériserait par sa très forte interconnexion avec l’informatique qui en ferait une sorte de cyborg. Par ailleurs, cette créature (pas certain qu’on puisse encore parler d’individu à ce stade) serait dotée d’une longévité exceptionnelle qui le rendrait quasi immortel, ne pouvant rejoindre l’au-delà que par accident, assassinat ou suicide.

Nous n’en sommes pas là aujourd’hui. C’est pourquoi les partisans du « post-humaniste », déterminés à assurer son avènement, qualifient de « transhumaniste » la période séparant l’homo sapiens actuel du cyborg du futur. Le transhumanisme se résume en quatre lettres : NBIC. Ce serait en effet de la combinaison entre les Nanotechnologies, la Biologie, l’Informatique et les sciences Cognitives que devrait naître le post humain.

Force est de constater aujourd’hui que le monde évolue à une vitesse vertigineuse et que les progrès de l’informatique et de la génomique sont bien là. S’agissant des nanotechnologies et des sciences cognitives, les progrès sont moins médiatisés.

Comme toujours face à ces phénomènes, les attitudes des uns et des autres sont divisées : il y a ceux qui voudraient inverser la tendance, ceux qui pensent que rien ne doit entraver la marche du transhumanisme (dont Laurent Alexandre fait visiblement partie) et l’immense majorité qui tente de s’adapter aux transformations de la société sans attacher à celles ci, plus de crédit que leur valeur factuelle.

Je ne pense pas qu’un retour en arrière soit possible et je suis convaincu que des évolutions scientifiques majeures changeront effectivement l’être humain en profondeur. Ceci dit, l’abolition de tout garde-fou me semble extrêmement dangereuse. L’auteur fustige beaucoup l’Europe qui, selon lui, serait en passe de rater le tournant transhumaniste avec ses réserves bioéthiques, ce qui devrait la mettre à la traîne de la Chine et des États-Unis.

À tout bien réfléchir, le nazisme était un projet comparable au transhumanisme et ne s’en distinguait que par le contexte des années 30. Les nazis étaient eux aussi friands de ce qui était considéré alors comme des nouvelles technologies, notamment l’endocrinologie. Tout comme les nazis, les transhumanistes semblent particulièrement favorables à l’eugénisme et dans une certaine mesure à l’euthanasie sans prôner toutefois (au moins officiellement) l’extermination industrielle. Ces éléments expliquent certainement la position de l’Europe, plus échaudée que ces partenaires, qui doit rester un garde fou.

Pour ceux que le sujet intéresse, je conseillerais plutôt « le transhumanisme » de Béatrice Jousset-Couturier aux éditions Eyrolles qui m’a paru nettement plus sérieux.

 

Dr Laurent Alexandre

JC Lattès

2016

Édouard

Du yéti au calmar géant

Étymologiquement, la cryptozoologie est la « science des animaux cachés ». Proche de l’ethnozoologie, elle concerne les animaux dont l’existence est attestée par certains groupes sociaux, mais non prouvée scientifiquement.

La science est née au XXe siècle lorsque les bornes de la zoologie moderne, issue des théories évolutionnistes darwiniennes, commenceront à se substituer aux perceptions religieuses et superstitieuses de l’animalité. L’histoire du monstre du  Loch Ness, née au début du XXe siècle et médiatisée dans l’entre-deux-guerres est à ce titre édifiante. Celui-ci devait initialement donner une existence scientifique au Kelpie, un monstre protéiforme du folklore écossais en l’existence duquel beaucoup croyaient encore au XIXe.

L’objet de la cryptozoologie n’est pas de remettre en cause la théorie de l’évolution, mais plutôt de la titiller, d’en montrer les failles, d’en repousser les limites. Ceci dit, il n’y a pas toujours du beau monde autour de la cryptozoologie : créationnistes, racistes, escrocs et affabulateurs en tous genres tenteront toujours de se l’approprier.

En 1912, Conan Doyle publie « le monde perdu » qui posera les fondamentaux de toute histoire de dinosaures cachés au fond d’une contrée sauvage et inexplorée. Dans l’entre-deux guerre, le genre fleurira, mais ce n’est qu’à partir de 1938, avec la découverte du coelacanthe, un poisson que l’on croyait disparu depuis des millions d’années, que la discipline commencera à se défaire d’une réputation douteuse, frisant avec le paranormal.

Les techniques d’investigation sous-marines et terrestres aidant, la cryptozoologie.pourra se développer et partir à la rencontre des croyances populaires. Contrairement aux fins des épisodes de Scoubi-Doo, le monstre n’est pas forcément un méchant déguisé aux desseins peu avouables. La preuve de l’inexistence est rare, il en est cependant ainsi pour Nessie dont l’existence physique est mathématiquement aussi probable que celle du père Noël. Le monstre est souvent une chimère, un agglomérat de plusieurs animaux aperçus par différents individus. Yéti et Bigfoot, son cousin d’Amérique, sont peut-être de grands singes. L’Almasty du Caucase appartient peut-être à une espèce humaine inconnue à ce jour. Christophe Colomb affirmait avoir vu des sirènes en précisant qu’elles n’étaient pas aussi belles qu’on le disait : il avait vu des lamantins. Le calmar géant existe bien, on a pu le filmer, mais il n’attaque pas les bateaux. Le serpent de mer est…un serpent de mer, probablement une chimère. Par contre, le dragon des mers existe bien, mais il est tout petit, c’est un cousin de l’hippocampe.

Pour notre plus grand bonheur, il existe encore au XXIe siècle des contrées à explorer, des « peut-être », des « probablement » des « sans doute », des « on ne sait pas » sans lesquels la science ne peut respirer.

Édouard

Du yéti au calmar géant

Valérie Toureille

Delachaux et Niestlé

Le cimetière de Prague

Simon Simonini, notaire viscéralement antisémite souffrant d’un profond dédoublement de personnalité et faussaire de haut vol, déambule dans la France et l’Italie du XIXe siècle. Il sera notamment l’auteur du « bordereau » de l’affaire Dreyfus et de la première version des « protocoles des sages de Sion ». Traduits en Russe et diffusés à partir de 1905, ils entretiendront la flamme du complot Judéo-Maçonnique au cours des décennies suivantes.

Le cimetière de Prague est l’avant-dernier roman d’Umberto Eco qui nous à quitté en 2016. C’est un « négatif » du « nom de la Rose ». Simon Simonini, apôtre de l’obscurantisme dans une Europe postrévolutionnaire en cours de reconstruction idéologique est un anti-Guillaume de Baskerville porteur de lumière dans l’occident médiéval. En opposition au « faux vrai » que constituait le livre d’Aristote sur le rire jalousement gardé par les frères, il est ici question de « vrai-faux » puisque le bordereau et les protocoles ont bel et bien existé.

Eco est un érudit et avant tout un essayiste. La question du vrai et du faux jalonnera son œuvre, dans ses essais (la guerre du faux en 1985) mais aussi dans Baudolino, personnage qui dit être un menteur professionnel. Sur bien des aspects, le travail du romancier s’apparente à celui du faussaire. Il ne s’en distingue qu’en affirmant que le récit auquel il s’est efforcé de donner une apparence de réalité n’est pas vrai.

Le succès des faux au XIXe siècle dépend largement de l’état d’esprit d’une société qui tend à se détacher de la religion pour se raccrocher à une science encore balbutiante, en particulier dans les domaines de la psyché, frisant souvent avec le paranormal. Dans cette nébuleuse fleurissent des sociétés secrètes parfois rattachées à la franc-maçonnerie voire au satanisme et dont l’existence est souvent moins défendue par leurs adeptes que par leurs détracteurs. L’érudition de l’auteur en la matière est foisonnante et même parfois écœurante.

Dans ce maelstrom, le judaïsme ne trouve plus une place évidente. Ce sera le rôle de faussaires comme Simonini et d’antisémites farouches comme Édouard Drumont  de le positionner. Dans l’Europe en cours de déchristianisation de la révolution industrielle et du communisme naissant, les juifs se voient accusés du déclin de la religion, d’être les suppôts du grand capital et de diffuser le communisme (la haine ne soucie pas des incohérences). Un tel pouvoir de nuisance ne peut être exercé que par une organisation internationale. De là à faire le lien avec la Franc-maçonnerie, il n’y a qu’un pas que beaucoup n’hésiteront pas à franchir. Au début du siècle, l’antisémitisme est un baril de poudre et les « protocoles des sages de Sion » allumeront la mèche.

Dénoncés comme faux dès 1921, ces protocoles n’en seront pas moins authentifiés dans Mein Kampf en 1925 dans une Allemagne humiliée par le traité de Versailles et à la recherche d’un bouc émissaire.

Édouard

Umberto Eco

Le livre de poche

Rogue one

Une vingtaine d’années après qu’Anakin Skywalker, le futur Darkvador,  ait été ramassé par l’Empereur, à demi mort au bord d’un torrent de lave et un peu avant que le monde entier découvre l’existence de Luke Skywalker dans le premier épisode de la saga sorti en 1977, les rebelles réussissent à s’emparer des plans de l’étoile de la mort.

Si ce premier paragraphe vous donne mal à la tête, c’est que vous n’êtes probablement pas un fan. Ceux-ci existent, paraît-il, dans la galaxie. Pour ma part, je suis beaucoup plus que fan. Étant né quelques mois avant la sortie du premier opus, je peux dire que StarWars, c’est toute ma vie. Dès lors, il me semblerait inimaginable d’ignorer les aléas de la Saga, au même titre que ceux de ma propre famille.

Je ne vais tout de même pas jusqu’à collectionner les produits dérivés, tout juste ai-je une fève « Yoda » posée sur mon ordi au boulot, gagnée lors d’une galette des Rois il y a quelques années. L’interférence avec la fête chrétienne en dit long sur la place qu’a prise la Saga dans notre univers culturel. StarWars, c’est la mythologie du XXIe siècle. Les Iphigénie, Pénélope, Ulysse, Patrocle, Hercule et Achille des Greco-Romains se nomment aujourd’hui Leia, Luke, Anakin, Han, Chewbacca et R2D2, mais leurs préoccupations sont proches.

« La Force » reste l’élément central de la série. On ne sait pas exactement ce qu’elle est, on ne la voit que par sa manifestation, par le biais de ceux qui en font usage. D’où vient le pouvoir et qui détient la violence légitime aurait on dit en d’autres temps ?

La question de l’origine de La Force ne se posait pas vraiment dans les 6 1ers épisodes qui racontaient l’histoire d’une famille, les Skywalker, chez laquelle La Force était très présente. On aurait pu se demander comment La Force était venue aux autres Jedi (Yoda, Obi-Wan et cie), mais aucune info ne nous est donnée à ce sujet.

L’épisode 7 ouvre une brèche possible avec le personnage de Rey qui en est doté, mais dont on ne connaît pas les origines. Toutefois, dans le même épisode, le fils de Leia et Hann Solo reproche à son père dépourvu de Force d’être la cause d’une puissance diminuée qui coulerait dans ses veines, semblant ainsi accréditer la thèse du « tout génétique ».

Je m’attendais, comme beaucoup de fans à en savoir plus avec « Rogue One ». On restera sur notre faim. Les héros qui volent les plans de l’étoile de la mort pourraient bien être les parents de Rey, mais aucune certitude ne nous est donnée. D’ailleurs, ces héros ne semblent pas pouvoir faire usage de La Force et pas non plus aptes à la transmettre à leur descendance.

Et si la Force n’avait rien de génétique, si beaucoup la portaient en eux et n’en faisaient pas usage faute de la connaître ? Et si la Force, comme tout don, se composait d’un acquis et d’un inné, qu’il serait impossible de vraiment maîtriser sans travail ? Ce serait vraiment bien sauf qu’à trop vulgariser La Force, on finirait par la tuer, elle deviendrait un produit de consommation qui n’aurait plus aucun charme ? Je sais plus ce que je souhaite. Je me contenterai donc de dire « The Force be with you ? » aux scénaristes du prochain opus.

Édouard

Les soleils des indépendances

Les aventures de Fama, dernier représentant de la lignée déchue des Doumbuya et de sa femme Salimata dans l’Afrique de l’Ouest postcoloniale.

Publié pour la première fois en 1968 aux presses de l’Université de Montréal, puis aux éditions du Seuil en 1970, ce roman est une merveille.

Tout d’abord, la puissance de l’écriture est fascinante : une écriture simple, crue, colorée, parfois violente et souvent drôle… je ne trouve pas de meilleur verbe que « capturer » pour qualifier l’effet des mots d’Ahmadou Kourouma. En livre de poche, l’ouvrage fait moins de 200 pages, mais se déguste très lentement, comme une noix de cola. Bien entendu, si vous avez la chance de connaître un peu l’Afrique de l’Ouest, la saveur n’en sera que plus forte.

D’un point de vue historique, le roman présente ensuite un grand intérêt.

Gentil petit toubab, j’ai bien appris mes leçons: la conférence de Bandung et la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Culpabilisé dès mon plus jeune âge pour des horreurs commises par  mes semblables, je me suis longtemps morfondu dans « les sanglots de l’homme blanc » dont parlera Pascal Bruckner en 1983. De fait, il était évident pour moi que les gentils noirs, libérés du joug du méchant blanc, avaient retrouvé avec l’indépendance leur bonheur perdu, l’innocence vaguement rousseauiste des origines. Visiblement, mes enseignants n’avaient pas lu « les soleils des indépendances », c’est bien dommage.

Mon propos n’est bien entendu pas de réhabiliter la période coloniale. Je veux seulement dire que dans mon aveuglement, je ne m’étais jamais demandé comment les Africains avaient eux-mêmes pu vivre la décolonisation.

Fama vit pour le maintien des traditions et grâce aux traditions puisqu’il gagne sa vie en organisant des enterrements qui respectent strictement les coutumes Malinké. Cette tradition animiste très légèrement saupoudrée d’islam, constituerait le vestige d’un prétendu âge d’or ante-colonial qu’il n’a pas connu. Pour Kourouma, les indépendances, loin de permettre aux peuples de retrouver la pureté d’une société originelle, ont surtout généré de profonds troubles sociaux, peut-être pires que ceux dont la colonisation avait été la cause.

Dépositaires d’un syncrétisme communiste auquel Fama ne comprend rien, les libérateurs ne sont pas tous des gardiens des traditions. La nouvelle classe dirigeante le condamne à 20 ans de prison pour un rêve qu’il leur a raconté, puis le libère dans la liesse générale pour des raisons qui lui échappent.

Fama est un personnage terriblement attachant, la figure universelle de l’individu ballotté par ses désirs, ses devoirs et la société qui l’entoure : un archétype d’humanité.

Édouard

Ahmadou Kourouma

Points

Dublin

Je ne gardais de mon premier passage à Dublin que l’image splendide de la bibliothèque de Trinity College. Le souvenir de mon second passage, quelques années plus tard, est bien meilleur. Toutefois il s’inscrivait dans le cadre d’un road movie camping/pubs/Guinness entre potes à travers le pays qui ne m’avait pas permis de m’imprégner pleinement de l’esprit de la ville. Ceci dit, je garde de ce second voyage le goût du charme incomparable des pubs irlandais, bien plus palpable dans les villages isolés du Connemara que dans la capitale, même s’il est possible d’en retrouver un zest en s’écartant un peu du centre.

L’animal n’est pas d’abord facile, à commencer par son nom. Créée par les Vikings au IXe siècle, « Dubh Linn » signifierait « bassin aux eaux noires ». Mais que penser alors de l’ »Eblana » citée par Ptolémée au IIe siècle ? La vérité est ailleurs, dans la crypte de St. Michan’s qui aurait inspiré l’univers de Dracula, dans la simplicité des habitants, dans la rusticité du Irish Stew, dans l’âpreté de la Guiness, dans les cris des mouettes qui retentissent très loin du Liffey.

Swift, Stoker, Wilde, Shaw, Joyce, Beckett…Dublin est la ville du « livre », en tant qu’outil de création, en tant que diffuseur d’imaginaire et de savoir. Le « livre », c’est bien entendu la bibliothèque du Trinity collège mais ausi le livre de Kells, joyaux de l’enluminure médiévale, sans oublier la richesse éblouissante de la Beaty library. Mais Dublin est aussi une ville d’inspiration littéraire avec ses restes de folklore celtique que l’on trouve ici et là, ses paysans affamés du XIXe siècle immortalisés au « famine Memorial » et qui monteront à bord du Jeanie Johnston pour traverser l’Atlantique et changer le destin de l’Amérique du Nord.

Dublin est une ville pauvre. La pauvreté est visible dans la vétusté des immeubles et dans le regard des SDF, mais elle fait aussi partie du Folklore. C’est celle que rappellent les pains des pauvres exposés à Saint Ann’s Church, celle de Molly Malone, personnage populaire écossais adopté par les Irlandais (le 13 juin est la journée Molly Malone) et chanté par U2, The Dubliners et Sinéad O’Connor.

Dublin, c’est aussi une religion catholique longtemps en résistance, c’est cette longue lutte contre l’occupant anglais qui ne trouvera une issue qu’au XXe siècle. La république d’Irlande n’existe que depuis 1949, Dublin est à ce titre une jeune capitale. Les travaux importants engagés pour l’agrandissement du réseau de tramway témoignent de cette vivacité. Le centre dédié à la révolution irlandaise a ouvert ces portes en avril, permettant ainsi de tourner une page, de poursuivre sur de nouvelles bases. Quand on fait entrer l’histoire dans les musées, c’est qu’on commence à avoir peur d’oublier et donc, que le passé ne nous obsède plus. « The Spire », cette aiguille de 120 mètres de haut, construite en 2003 à l’emplacement d’une statue de Nelson dynamitée par l’IRA en 1966 est le symbole de cette Irlande en devenir. L’histoire n’est pas terminée et le casse-tête du statut de l’Irlande du Nord dans la mise en œuvre du Brexit pourrait bien aboutir à une réunification de l’île. Une affaire à suivre…

 

Edouard

DAESH est en nous

Comme notre société de consommation, DAESH se nourrit de nos frustrations. Il donne un sens à la vie de tous les détraqués de la planète, tous ceux qui n’ont plus de repères, qui n’ont plus rien à perdre. Comme notre société de consommation, DAESH se nourrit du spectaculaire, des clichés faciles et présente la vie comme un jeu vidéo. Certains chassent les Pokémons, d’autres chassent les infidèles. Le concept est juste un peu différent et ceux qui jouent à DAESH sont juste un peu plus fêlés que les premiers.

La machine est lancée et on ne sait plus comment l’arrêter. Je doute que DAESH en soit capable. Il continuera à revendiquer les attentats et finira par ne plus connaître ses « amis DAESH », ne pourra plus les contrôler, fera semblant et se contentera de les « liker ».

A-t-on déjà perdu le pilote de l’avion DAESH? Peut-être. On l’a d’abord cru avec le chauffeur de Nice puis il s’est avéré que l’ « islamisation rapide » était moins évidente. A ce titre, les médias se sont bien gardés d’insister sur leurs contradictions. Ceci dit, l’attentat était prémédité, mais y a-t-il un lien avec DAESH ? Et l’égorgement du prêtre de Saint Étienne de Rouvray, qu’a fait DAESH ? Ce qui me semble clair, c’est que ces jeunes paumés cherchent un label DAESH qui leur donnera quelques minutes de « gloire » posthume.

Je ne vois pas quel pourrait être l’intérêt de DAESH à commanditer l’égorgement d’un prêtre dans une petite ville de province. Ce qui est clair, c’est qu’à chaque étape dans l’horreur, il se coupe de plus en plus de la communauté musulmane qui, je l’espère, va enfin se soulever pour écraser ce cancer qui la ronge. Aurait-il pu dire « Ah non, celui-là, c’est pas moi » ? Pouvait-il se taire ? Je ne pense pas. Avec un meurtre d’une telle puissance symbolique, DAESH était obligé de revendiquer sous peine de reconnaître implicitement qu’il ne maîtrisait plus rien.

Je veux m’opposer à tous ceux et toutes celles qui vomissent sur « les gouvernements successifs ». C’est bien français de tout faire porter par le gouvernement quand les choses ne vont pas, ça permet de ne pas se remettre en question, de ne pas se demander si nous n’avons pas notre part de responsabilité. Les gouvernements successifs, qui ont su très bien aussi nous faire croire qu’ils maîtrisaient une machine emballée, ont bien entendu eux aussi leur part de responsabilité, mais ne leur mettons pas tout sur le dos.

Ce n’est pas uniquement aux dirigeants de combattre DAESH, mais à nous tous, musulmans, chrétiens, juifs, bouddhistes, agnostiques, athées ; quelles que soient nos professions, nos convictions et nos origines.

Quand le label DAESH ne sera plus, quand tous les désorientés de la Terre s’apercevront que leurs crimes ne garantira plus la « Une » au JT du 20h, quand DAESH ne rendra plus « populaire », sans doute arrêteront-ils.

Edouard

You shall not pass !!

Ce serait faire trop d’honneur à Deach de le comparer à Sauron, je trouve que l’image du Balrog lui va bien. Ne baissons pas la garde, ne nous laissons pas envahir par la lassitude, par le « à quoi bon » ? Poursuivons la lutte, en premier lieu pour les victimes et leurs familles, mais aussi pour les forces de sécurité qui ne baisseront pas la garde, pour les militaires qui se battent en Syrie, pour les étrangers et binationaux qui vivent dans notre pays, qui n’ont rien à voir avec l’islamisme et sont pourtant eux aussi éclaboussés à chaque attentat.

Ne nous laissons pas envahir par la haine et par les schémas simples. J’invite tous les lecteurs de ce blog à se procurer « qui est l’ennemi ? », l’ opuscule très clair et très didactique écrit par Jean-Yves Le Drian qui explique pourquoi la guerre ne sera pas éclair et pourquoi la victoire définitive restera toujours incertaine.

Combien de camions encore, combien de kamikazes, combien de victimes innocentes ? Combien de temps encore ? Des mois ? Des années ? Personne ne le sait, mais ce qui est certain, c’est que nous sommes dans une guerre d’usure. Le perdant sera celui qui aura abandonné le premier.

Alors, ne nous détournons pas de l’horreur et regardons les choses en face. Ne les laissons pas voler le 14 juillet. Ne sombrons pas non plus dans le populisme et je salue à ce titre l’initiative de Teresa May consistant à mettre les Brexiteurs aux commandes, on verra s’ils continuent à dire que tout est simple (mettre aux affaires étrangères, Boris Johnson qui a insulté la quasi-totalité des chefs d’État de la planète, il fallait le faire).

 

Ne doutons pas de nous, préférons le « We’ll do it » au « Yes we can ».

La question du terrorisme aura une place majeure dans la campagne présidentielle de 2017. Puissent les chefs des partis de gouvernement être inspirés. On ne lâche rien !

 

Edouard

Instrument des ténèbres

Bouleversante alchimie entre Barbe, née à la fin du XVIIe siècle en France et Nadia, vivant aux États-Unis dans un XXe siècle finissant. Ce qui fait le lien entre les deux femmes, c’est l’écriture. En effet, Nadia est écrivain et Barbe: un de ses personnages.

Ce livre, dont je n’avais jamais entendu parler, mais qui avait dû faire un certain bruit à l’époque, puisqu’il a reçu plusieurs prix en 1996 et 1997, est une prouesse à plusieurs titres.

Historiquement, la retranscription du monde de Barbe est fascinante. J’ai toujours du mal à imaginer un système de représentation dépourvu de tout socle scientifique, un monde dans lequel tout phénomène est interprété à la lueur de superstitions plus ou moins influencées par la religion chrétienne, seul référentiel officiellement valable. Quand elle pointe le bout de son nez, à travers une médecine rudimentaire ici, la science est vue avec réserve. Elle reste un ensemble de pratiques douteuses. Les paysans y reconnaissent une odeur de soufre qui ne vient d’on ne sait où : « il vaut mieux pas savoir ». C’est cette société sans « Lumières » qui fera de Barbe une sorcière, elle qui n’avait pourtant connu d’autres démons que sa condition de femme sans attache.

On pouvait s’y attendre, c’est tout d’abord par le biais de l’intimité féminine que Barbe et Nadia se rejoignent. Barbe n’a peut être pas été inventée de toute pièce et Nadia a sans doute trouvé durant son séjour dans le Massif central, des documents officiels concernant des femmes qui auraient très bien pu être Barbe. Toutefois, on s’en rend rapidement compte, Nadia a mis beaucoup d’elle dans Barbe, peut-être plus qu’elle ne l’aurait voulu.

Ce que met Nadia dans Barbe lui échappe en effet partiellement, tout comme ce qu’elle met d’ailleurs dans le reste de l’ouvrage. Nancy Huston nous plonge ainsi dans les ténèbres de la création littéraire. Nadia dialogue avec un « autre » fantomatique qu’elle nomme « daîmon ». Il est sa muse, son inspiration, sa plume, son mentor, son bourreau. Daîmon fait remonter toutes ces choses enfouies dans l’inconscient de Nadia, tous ses souvenirs qu’elle voulait oublier et qui lui explosent à la figure, tous ses vrais morceaux d’existence qui se retrouvent dans chaque personnage, dans chaque animal, dans chaque arbre et jusque dans le ciel de la campagne française, un peu comme si l’histoire de Barbe n’était en définitive qu’une vision kaléidoscopique de celle de Nadia.

Les relations entre les deux consciences de l’écrivain s’enveniment rapidement. Le récit de l’histoire de Barbe finit ainsi par devenir le reflet d’une lutte intérieure entre Nadia et daîmon. L’issue restera incertaine jusqu’à la fin, mais Nadia finira tout de même par s’imposer. Tout d’abord indigné par la ruse de Nadia, daîmon finit par reconnaître sa défaite. Libéré, s’étant affranchi de toutes contraintes, de tout déterminisme, l’écrivain va maintenant pouvoir voler de ses propres ailes. Contre toute logique, contre toute vraisemblance, il sauvera in extremis la pauvre Barbe vouée à une mort certaine, se sauvant lui-même par la même occasion. C’est maintenant le seul maître à bord.

Texte: Édouard

Illustration: Magali

Instrument des ténèbres

Nancy Huston

1996

Malaise dans la Civilisation

N’étant ni psychanalyste, ni philosophe, ni anthropologue, je ne me permettrai aucune critique, dans le sens littéraire, de cet essai publié en 1929.
Une citation, dans l’optique des derniers événements qui ont secoué la France et la Belgique:

‘Il est humiliant de constater combien sont nombreux parmi nos contemporains ceux qui, obligés de reconnaître l’impossibilité de maintenir leur religion, tentent pourtant de la défendre pied à pied par une lamentable tactique de retraite offensive.’

Quelques pistes de réflexion (inspirées par mes recherches sur internet):

Le sentiment de culpabilité est le problème capital du développement de la civilisation et le progrès de celle-ci doit être payé par une perte de bonheur due au renforcement de ce sentiment.
Le sentiment de culpabilité est absolument identique à l’angoisse devant le Surmoi.
Il n’est pas reconnu comme tel, il reste en grande partie inconscient et se manifeste comme un malaise, un mécontentement auquel on cherche à attribuer d’autres motifs.
Freud précise la signification des concepts qu’il a développés dans son ouvrage : « surmoi », « conscience morale », « sentiment de culpabilité », « besoin de punition », « remords ».
Le remords désigne la réaction du Moi dans un cas donné de sentiment de culpabilité.
Freud affirme l’existence, au-delà du Surmoi individuel,  d’un « Surmoi collectif » : l’éthique.
Il fait deux objections au Surmoi individuel et au Surmoi collectif :
a) par la sévérité de ses ordres et de ses interdictions, il se soucie trop peu du bonheur du Moi.
b) il ne tient pas assez compte des résistances à lui obéir.
Freud se demande si la plupart des civilisations ou des époques culturelles et même l’humanité entière ne sont pas devenues « névrosées » sous l’influence des efforts de la civilisation,
et il introduit la notion de « névrose collective ».
Les hommes d’aujourd’hui ont poussé si loin la maîtrise des forces de la nature qu’avec leur aide il leur est devenu facile de s’exterminer mutuellement jusqu’au dernier. Ils le savent bien,
et c’est ce qui explique une bonne part de leur agitation présente, de leur malheur et de leur angoisse.

Conclusion:
Lire Freud s’avère difficile, son style est indigeste. Mais quelle lucidité…

Pour alléger un peu mon propos, une anecdote concernant un autre fumeur de cigares, Winston Churchill.

Après un bon repas, on présente la boîte à cigares.
Un des invités en rafle 5, avec un sourire d’excuse ‘C’est pour la route’
Churchill lui réplique ‘Merci d’être venu d’aussi loin’.

Amitiés fumantes,

Guy

Sigmund Freud – PUF

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