Napoléon

Splendeur et décadence d’un militaire Corse.

N’étant pas un grand admirateur de l’homme, j’y suis allé sans crainte, curieux de comprendre le bruit que la sortie du film faisait en France. Les gardiens de la mémoire de Napoléon seront certainement choqués. C’est un point de vue anglo-saxon en tout cas, notre empereur aurait certainement pu y être présenté sous un meilleur jour.

Anachronismes ? Réécriture de l’histoire ? Je pense que Ridley Scott a lu beaucoup plus d’ouvrages sur Napoléon que moi (c’est pas difficile).

L’Histoire n’est pas objective, surtout quand une aventure qui s’est déroulée sur 20 ans doit être contée en 2h30. Le réalisateur choisit les quelques événements qu’il retiendra et l’angle sous lequel il les présentera.

Le père d’ « Alien » ouvre son histoire sur un épisode qui n’est certainement pas le plus glorieux de la révolution française : l’exécution de Marie-Antoinette. Une scène bien sanglante que n’auraient pas reniées ses bébêtes extraterrestres.

La révolution dans son ensemble est d’ailleurs présentée comme une pagaille ultra violente. Napoléon, d’abord spectateur, va petit à petit réussir à établir un nouvel ordre. Jusque-là, on est tous d’accord.

Je ne connaissais pas l’épisode de la prise de Toulon par les anglais. Le rôle de Napoléon dans la campagne d’Egypte n’est pas très clair. La bataille d’Austerlitz est bien. J’ai tout de même eu l’impression que c’était très à l’est dans le film pour les Pays-Bas. Les cinéphiles feront le parallèle avec « Alexandre Nevski » d’Eisenstein et la bataille sur la glace contre les chevaliers teutoniques. Il y avait aussi une histoire de soleil, il me semble, à Austerlitz mais là, le ciel est plutôt voilé. Puis, viennent la campagne de Russie et, pour finir, comme on sait, Waterloo.

Tout ça est entrecoupé par les amours entre Napoléon et Joséphine. J’ai été surpris que le tsar Alexandre 1er vienne voir Joséphine à la Malmaison, mais il semble que ce soit vrai.

Une autre bataille qu’on ne voit pas et qui est juste évoquée m’a intriguée : la bataille de Borodino. J’ai toujours su que c’était une victoire, mais alors que Joaquin Phoenix l’évoque comme telle, un texte apparait en anglais à l’écran faisant état de perte. En fait, par perte, il faut entendre « nombre de morts ».

Dès lors, naît une ambiguïté que l’on retrouvera dans le plan final du film listant les batailles de Napoléon et précisant, pour chacune d’elles, le nombre de morts associés. Qu’est-ce qu’une victoire militaire ? Est-ce le gain du belligérant ayant pu satisfaire ses desseins géopolitiques ? C’est généralement come ça qu’on l’imagine. Mais peut-on vraiment parler de victoire dès lors qu’il y a 1000, 10 000 ou 100 000 morts ?

La réponse de Ridley Scott est clairement « non » mais c’est une conception très moderne, qui n’a commencé à se développer qu’après la première guerre mondiale. A l’époque de Napoléon, l’avantage géopolitique passait avant le nombre de morts. Il en est autrement aujourd’hui. La dimension géopolitique du film est d’ailleurs quasi inexistante.

Le parallèle avec l’actualité est tentant. Peut on dire que la prise de Bakhmout est une victoire Russe compte tenu du nombre de morts qu’elle a causé ?

Et si ce film était en fait un film anti guerre ? L’orgueil des français en sort froissé mais on s’en remettra.

Edouard

Je suis devenu le parent de mes parents

Les premiers symptômes d’une maladie neurodégénérative sont apparus chez Nadine Valinduck à l’âge de 50 ans. Son fils, Vincent Valinduck, médecin généraliste et chroniqueur à Télématin, évoque l’aide qu’il a apportée à sa mère pendant 14 ans, jusqu’à son décès. 

Cette histoire est celle d’un engagement total, mettant en jeu la santé physique et mentale du chroniqueur. C’est en définitive une histoire vieille comme le monde à laquelle tout le monde est malheureusement un jour confronté : le vieillissement des parents.

Cette histoire est cependant singulière compte tenu de la précocité de la maladie et donc de la jeunesse de l’auteur ainsi que sa profession. D’une certaine manière, c’est aussi l’histoire d’une aventure médicale. 

Seul, il n’aurait jamais réussi à sortir vivant de cette entreprise qui ne peut être qu’une aventure collective. Son père, tout d’abord très réticent à recourir à une aide extérieure et son frère. Puis, par la force des choses, s’est mis en place un système d’aide à domicile. Enfin, Vincent a ressenti le besoin de se confier à une psychologue pour pouvoir continuer la route. 

Bref, s’occuper jusqu’au bout d’un parent atteint d’une maladie neurodégénérative n’est pas impossible mais cela reste une aventure humaine à haut risque. Tout le monde n’a pas le temps, ni la santé, ni la volonté pour s’engager dans une telle entreprise. La question de la vie privée du jeune médecin n’est qu’allusivement évoquée mais ce relatif silence est assourdissant.

Il y a une dimension sacrificielle dans ce comportement. La religion n’est absolument pas évoquée mais on pense forcément aux paroles du Christ: « il n’y a pas de plus bel amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». 

Il n’est à aucun moment question d’EHPAD. L’auteur avoue s’être posé la question du placement en ‘ »institution » pour rejeter tout de suite cette hypothèse.

Dans les derniers moments de Nadine, on aurait pu effectivement se poser la question. Bien entendu, toutes les personnes âgées rêvent de mourir chez elles. Mais quand les gens n’ont plus conscience de leur environnement… Bref, chacun fixera les limites de l’acceptable. 

L’auteur se décrit comme un « Aidant », un mot que je ne connaissais pas. C’est en définitive à eux que ce livre est dédié, à toutes ces personnes de l’ombre qui agissent pour soutenir un proche. Ils seraient plusieurs millions et rendent, parfois sans le savoir, un service remarquable à la société sans pour autant bénéficier d’une réelle reconnaissance.

Dans une société vieillissante ne valorisant pas l’altruisme, leur place deviendra de plus en plus importante. Les aidants méritent mieux que l’ombre. Aidons les aidants. 

Edouard

Je suis devenu le parent de mes parents 

Vincent Valinduck 

Stock

2023

Fossiles et croyances populaires

Cela faisait longtemps que je me posais la question. Comment, avant l’avènement d’une classification scientifique du vivant à la fin du XVIIIème, interprétait-on les vestiges de temps immémoriaux tels que les fossiles marins et les os pétrifiés d’animaux aujourd’hui disparus ?

Je ne sais plus où j’ai lu la critique mais elle précisait que ce sujet était peu traité en France alors qu’il l’était beaucoup plus dans le monde anglo-saxon. Peut-être parce qu’en France, on est obsédé par une confrontation science/religion et qu’on a du mal à admettre que les cadres conceptuels païens n’étaient pas moins fantaisistes que celui de la chrétienté dont ils différaient finalement assez peu concernant les fossiles.

Quoi qu’il en soit, je me suis empressé de me procurer l’ouvrage.

La fascination pour les fossiles marins remonte à très loin, sans doute à la préhistoire (des fossiles transpercés laissent entendre qu’ils pouvaient servir d’ornements). Quel sens leur donnait-on ? Difficile à savoir pour les périodes anciennes. Peut-être, comme dans des traditions plus tardives, les imaginaient-on tombés du ciel ou seulement comme de mystérieuses productions naturelles dignes d’être portées en collier.

Jusqu’au XVIIIème siècle, personne n’avait l’idée de creuser pour remonter le temps. Aussi, les os de dinosaures étaient très rares. Les morceaux de squelettes retrouvés appartenaient bien plus souvent à la mégafaune du pléistocène. Cela n’empêchait d’ailleurs pas de les attribuer à des dragons, surtout si une légende locale préexistait à la découverte. Avec l’avènement du christianisme, ces dragons furent bien souvent terrassés par des saints mais cela ne changeait finalement pas grand-chose.

Les os pouvaient également provenir de géants. La croyance en leur existence passée était très forte, et pas seulement en Europe. A cet effet, les conquistadors eurent la surprise de s’apercevoir que cette croyance était partagée par les amérindiens.

En Asie, les fossiles broyés on fait longtemps partie de la pharmacopée. Les peuples de Sibérie pensaient que les mammouths, qu’ils retrouvaient congelés, étaient en fait des animaux qui vivaient sous la Terre et qui mourraient systématiquement lorsque par malheur ils remontaient à la surface. Bref, sur toute la planète, on essayait d’expliquer ces phénomènes pour le moins étranges.

Ce n’est peut-être pas un hasard si le jésuite Pierre Theilard de Chardin qui s’évertua toute sa vie à rapprocher la science et la religion, fût aussi l’un des plus grands paléontologues du début du XXème siècle. Dans le domaine de la paléontologie, les explications apportées par le christianisme n’étaient pas plus concluantes que celles du paganisme. En l’occurrence, il n’y avait pas de concurrence entre science et religion mais juste un vide dans lequel la science put s’engouffrer.

Edouard

Fossiles et croyances populaires

Eric Buffetaut

Le cavalier, 2023