Zelensky et la voie du nord

Comme tout le monde, j’ai été surpris par la percée par l’Ukraine d’un nouveau front au nord et son avancée en Russie. Un peu embêté aussi parce que cet événement renvoyait aux archives mon dernier post dans lequel je misais sur une guerre longue au cours de laquelle il ne se passerait pas grand-chose.

Force est de constater que depuis la semaine dernière, il se passe quelque chose. Aucun des militaires russes en âge de combattre n’a connu une telle situation. Sans doute ont-ils entendu parler des déroutes de Napoléon et d’Hitler, des tentatives d’invasion malheureuses qui confirmaient la règle de l’inviolabilité de la Russie.

Pour reprendre l’image de Poutine en joueur compulsif décrit dans mon précédent post, c’est comme si celui-ci rentrant chez lui en taisant, comme d’habitude, son activité à sa femme et ses enfants, se faisait suivre par le bandit manchot envahissant son domicile en défonçant la porte. Ça devient complètement surréaliste, un scénario à la Tex Avery.

Le premier effet de cette intrusion est qu’elle révèle aux proches du joueur compulsif en quoi consiste la réelle activité du chef de famille. À l’échelle de la Russie, difficile de savoir quelles conséquences cela aura, mais le message est passé. Pas besoin d’être un Napoléon ou un Hitler pour violer les frontières de la Russie, un Zelensky suffit. On comprend que le débat ne se limite plus à la question de la frontière orientale de l’Ukraine, mais soulève la question de la posture impérialiste de la Russie vis-à-vis des différentes républiques composant la Fédération de Russie, de Saint-Pétersbourg à Vladivostok. Poutine restera-t-il dans les mémoires comme l’homme ayant enterré le régime tsariste dont l’URSS avait hérité ?

Difficile de savoir ce qu’il adviendra sur un plan stratégique. Cette course se finira-t-elle en pétard mouillé comme celle de Wagner ? Plus les jours passent, plus cette hypothèse s’efface. Y a-t-il une suite de prévue ? Ce qui est certain, c’est que les Ukrainiens et les Occidentaux vont faire très attention aux mouvements des troupes russes qui vont dégarnir le front pour repousser les Ukrainiens.

Quoi qu’il en soit, les Ukrainiens et leurs alliés ont peut-être trouvé le talon d’Achille de l’armée russe.

Celui-ci n’était certainement pas à rechercher dans sa puissance de feu. Le schéma de type « première guerre mondiale » ne semblait pouvoir aboutir que sur un conflit long, extrêmement coûteux et à l’issue incertaine.

La fragilité de l’armée russe est sans doute plutôt à rechercher dans son gigantisme, dans le poids de son organisation interne, tentaculaire et ultra rigide qui limite la réactivité dont elle aurait besoin pour faire face à une situation imprévisible. Et je ne parle pas des recherches de responsabilités au sein de l’armée ayant permis cette situation. Quand on sait que les Ukrainiens, massés de l’autre côté de la frontière, ont attendu que les Russes déminent des champs qu’ils avaient eux-mêmes minés pour pouvoir la traverser, ça laisse un peu songeur.

Les Russes doivent se demander maintenant comment ils vont pouvoir s’organiser pour repousser les Ukrainiens tout en se rejetant les uns sur les autres la responsabilité de l’invasion. Ça risque de prendre du temps et pendant ce temps…

Édouard

Chacun cherche son woke

Je n’ai jamais très bien compris ce qu’était le wokisme. Une recherche outrancière de l’égalitarisme ? Peut-être. Demander aux enfants de choisir leur sexe, rebaptiser « dix petits nègres ». Je voyais bien de quoi il s’agissait, mais de là à définir un concept global…

Est-on forcément wokiste quand on se préoccupe du bien-être des minorités ou à partir d’un certain stade, seulement ? A ce moment, je suis peut-être wokiste pour certaines personnes et anti wokiste pour d’autres.

L’anti wokisme se focalise beaucoup sur les minorités sexuelles. Il semblerait dès lors qu’un wokiste, c’est une personne qui remet en question la norme sexuelle. Le wokisme bousculerait ainsi le rôle de l’homme blanc hétérosexuel et en bonne santé comme pivot naturel des sociétés humaines.

Et nous revoilà sur Vladimir torse nu sur son cheval, héraut de l’anti wokisme, pourfendant un occident dégénéré. Le wokisme serait donc associé à l’idée d’un ordre naturel menacé.

Je ne sais pas si la cérémonie d’ouverture des JO était woke, mais force est de constater qu’elle a fait peu de cas de l’homme blanc hétérosexuel en bonne santé. Chacun jugera, selon ces propres critères, si elle entre ou non dans la catégorie woke.

Passé la cérémonie d’ouverture, une nouvelle polémique aura permis aux anti wokistes de se faire à nouveau entendre. Je veux parler des interrogations concernant la participation de l’Algérienne Imane Khelif, aujourd’hui en finale, et de la Taïwanaise Liu Yu-Ting aux épreuves de boxe féminine.

La trace des Russes est une fois de plus perceptible dans cette histoire puisque l’International Boxing Association (IBA), qui avait initialement rejeté les candidatures de ces boxeuses, a été écarté à son tour par le Comité international olympique (CIO) du fait de sa proximité avec le géant russe Gazprom.

Les autorisations du CIO ont finalement permis à ces boxeuses de participer au JO, mais pas d’éteindre la polémique, comme on a pu le voir avec la réaction de la boxeuse italienne devant combattre Imane Khelif et déclarant forfait au bout de 45 secondes en refusant de lui serrer la main, soutenue par la présidente italienne d’extrême droite Giorgia Meloni, Elon Musk et J.K Rowling.

En l’occurrence, il n’y avait pourtant pas de dopage ou d’opération chirurgicale faisant de ces femmes des transgenres. Elles avaient toujours été des femmes, mais dotées d’un système hormonal naturel hors norme.

On en revient à la question de savoir si la société doit ou non accepter une nature hors norme. Et si l’objet du wokisme était seulement de remettre en question l’existence d’une norme naturelle ?

Edouard

Les impossibles victoires russes

Les mois se suivent et se ressemblent : la prise d’un village par les Russes, la destruction d’un centre d’hydrocarbure par les Ukrainiens et des morts, des morts, toujours des morts. On voit bien que quelque chose bouge, mais rien de décisif. On finit par se lasser aussi de ce paysage monotone. Il y a bien l’arrivée des F16, mais personne ne semble imaginer que cela puisse changer quoi que ce soit.

Et puis, il y a l’été et la plage, les barbecues entre amis, les JO, le feuilleton de la vie politique française qui reprendra le lendemain des JO. Alors l’Ukraine… c’est toujours pas terminé ?

Il n’y a en définitive qu’une façon de battre les Russes : l’épuisement pour que le pays s’écroule de lui-même, comme en 1990. Comme un joueur de jackpot accro à la guerre, Poutine dépense toujours plus : il sent que le vent va tourner, il a presque gagné, c’est tout comme s’il avait gagné… et quand il sera à poil, les négociations pourront commencer.

Cela peut prendre du temps. Il ne faut pas que l’Ukraine s’épuise la première, d’où une aide homéopathique des alliés occidentaux pour que les Ukrainiens tiennent, mais aussi pour que la Russie ne perde pas espoir de l’emporter et qu’elle continue à dépenser encore et toujours… c’est presque bon, on va y arriver !! L’aide des Occidentaux ne peut cependant qu’être homéopathique parce qu’ils savent que plus la Russie se sentira acculée, moins elle sera contrôlable avec un risque d’utilisation de l’arme nucléaire.    

Pris par son élan, Poutine n’a peut-être plus conscience que sa course est autodestructrice et quand bien même, il ne peut plus s’arrêter. L’économie russe ne tient plus que par la guerre, elle s’effondrera après, il le sait.

Certains experts en géopolitique savent peut-être comment tout ça va se terminer. J’en doute. En tout cas, les JO montrent que la vie planétaire peut très bien continuer sans la Russie. Ils sont tous là, on les a vus dans leurs bateaux sur la Seine, lors de cette interminable litanie étatique à l’occasion de l’ouverture des JO.

Les copains de Vladimir sont là aussi et en particulier la Chine et la Corée du Nord. Ils auraient pu dire, « si Vladimir n’est pas invité, on vient pas », mais ils ne l’ont pas fait. On sent que c’est plutôt « désolé mon pote, on te racontera ».

Tout le monde aura remarqué le coude à coude entre la Chine et les États-Unis en tête du tableau des médailles. La Russie n’est pas visible, normale, la guerre froide est terminée et la Chine doit se consoler de l’absence de cet ex-grand frère. On ne parle plus non plus des athlètes russes et biélorusses qui devaient participer aux JO sous bannière neutre.

Et pendant ce temps, Vladimir mise encore et toujours, espérant en vain que les trois Zelenski s’afficheront sur le bandit manchot.

En définitive, personne ne semble s’apercevoir de l’absence des Russes aux JO et c’est sans doute un coup énorme porté à Poutine, condamné à l’indifférence mondiale, enlisé dans une guerre hors d’âge. Les soldats russes vont-ils enfin se demander pour qui ils se battent et pour qui ils se font tuer ? Qui sait ?

La prestation de Philippe Katherine lors de la cérémonie d’ouverture était volontairement ridicule. On aime ou on n’aime pas, mais en tout cas, tout le monde l’a remarqué (en particulier en Chine et au Japon). Il a peut-être fait des envieux à Moscou.

Édouard