
Dans l’acronyme MAGA, il y a le mot « great » qui renvoie à une idée de grandeur et le mot « again » qui semble renvoyer à une grandeur perdue qu’il faut retrouver.
Pour moi, la grandeur des Etats-Unis, ce serait l’après-guerre, dans les années 60 en particulier, alors même qu’ils étaient un phare pour l’occident. Je vois sa puissance culminer au début des années 90 avec la chute de l’URSS et son déclin commencer après le 11 septembre 2001.
La puissance américaine n’est plus au XXIe siècle sur l’échiquier géopolitique, celle qu’elle était dans la deuxième moitié du siècle précédent. Les États-Unis doivent maintenant composer avec d’autres acteurs comme l’Union européenne et surtout la Chine. Par ailleurs, le « Sud global » n’est plus le tiers monde, un groupement de pays sous-développés ou en voie de développement dont le seul horizon serait de parvenir à s’approprier le modèle politico-économique occidental.
Le « Sud global » est au contraire aujourd’hui constitué d’États qui proposent des schémas de développement alternatifs au duo « démocratie/libéralisme » érigé en dogme depuis la chute du mur de Berlin.
Toutefois, le comportement de Donald Trump ne semble pas indiquer que l’acronyme MAGA renvoie à la grandeur américaine des décennies 1945-1990, mais à une période bien antérieure.
Je vois deux signes en particulier :
– Tout d’abord les droits de Douane hallucinants qui renvoient clairement à une politique isolationniste mise en place à la fin du XIXe siècle ;
– Ensuite la volonté colonialiste (Canada, Groenland…) qui renvoie à la conquête de l’Ouest en laissant supposer l’existence de territoires vierges que les États-Unis auraient le droit de s’approprier. Il y a tout de même une certaine lucidité derrière les choix géographiques. Trump a bien compris qu’avec le réchauffement climatique, l’arctique pourrait bien devenir prochainement le nouveau point d’équilibre du Monde.
Donc, le « great » renverrait plutôt aux États-Unis de l’après-guerre de sécession, aux États-Unis du Wild West Show de Buffalo Bill mis en place en 1870, à un temps où le Ku Klux Klan faisait trembler les Afro-Américains à peine libérés de l’esclavage. Ces États-Unis, c’est aussi ceux décrits dans « naissance d’une nation » en 1915, le premier long métrage de l’histoire du cinéma.
Bref, loin de renvoyer à une puissance géopolitique, le mot « great » semble plutôt renvoyer au bien-être d’un âge d’or perdu et largement fantasmé.
Pour moi, la réélection de Trump a été la réaction un peu désespérée d’une super puissance qui se sent déclassée dans un Monde dans lequel elle ne trouve plus sa place. Donald fait rêver sa base, mais le réveil risque d’être douloureux.
Espérons que l’Amérique de demain redeviendra le gardien des valeurs qui ont fait sa grandeur. On pourrait déjà rappeler aux électeurs de Trump que la statue de la Liberté est arrivée dans le port de New York en 1886.
Edouard

