You shall not pass !!

Ce serait faire trop d’honneur à Deach de le comparer à Sauron, je trouve que l’image du Balrog lui va bien. Ne baissons pas la garde, ne nous laissons pas envahir par la lassitude, par le « à quoi bon » ? Poursuivons la lutte, en premier lieu pour les victimes et leurs familles, mais aussi pour les forces de sécurité qui ne baisseront pas la garde, pour les militaires qui se battent en Syrie, pour les étrangers et binationaux qui vivent dans notre pays, qui n’ont rien à voir avec l’islamisme et sont pourtant eux aussi éclaboussés à chaque attentat.

Ne nous laissons pas envahir par la haine et par les schémas simples. J’invite tous les lecteurs de ce blog à se procurer « qui est l’ennemi ? », l’ opuscule très clair et très didactique écrit par Jean-Yves Le Drian qui explique pourquoi la guerre ne sera pas éclair et pourquoi la victoire définitive restera toujours incertaine.

Combien de camions encore, combien de kamikazes, combien de victimes innocentes ? Combien de temps encore ? Des mois ? Des années ? Personne ne le sait, mais ce qui est certain, c’est que nous sommes dans une guerre d’usure. Le perdant sera celui qui aura abandonné le premier.

Alors, ne nous détournons pas de l’horreur et regardons les choses en face. Ne les laissons pas voler le 14 juillet. Ne sombrons pas non plus dans le populisme et je salue à ce titre l’initiative de Teresa May consistant à mettre les Brexiteurs aux commandes, on verra s’ils continuent à dire que tout est simple (mettre aux affaires étrangères, Boris Johnson qui a insulté la quasi-totalité des chefs d’État de la planète, il fallait le faire).

 

Ne doutons pas de nous, préférons le « We’ll do it » au « Yes we can ».

La question du terrorisme aura une place majeure dans la campagne présidentielle de 2017. Puissent les chefs des partis de gouvernement être inspirés. On ne lâche rien !

 

Edouard

Séville

Le souvenir qui me semble le plus à même de résumer la ville est le parfum qu’exhalent les orangers plantés le long du Guadalquivir à la tombée de la nuit. La ville de Carmen, de Don Juan, de la corrida et du flamenco est toute en sensualité, une sensualité hautement démonstrative visible partout. Les Sévillans n’aiment pas beaucoup parler anglais et j’ai dû faire un petit effort pour ressortir mes rudiments d’espagnol laissés de côté depuis une vingtaine d’années. Tout revient heureusement vite et les autochtones sont très indulgents. Mes efforts n’auront pas été déçus, la langue faisant bien évidemment partie de l’enchantement.
La religion n’échappe pas à ce phénomène. Tout d’abord la foi des habitants de la ville qui, en cette période de noël, sont nombreux à accrocher sur leurs balcons de grands draps rouges sur lesquels est dessiné l’Enfant Jésus (je n’ai vu aucune trace du passage du père noël). L’exubérance religieuse se lit ensuite dans la décoration baroque des églises, dans leurs dorures, dans le gigantisme de la cathédrale de la ville. Mais cette sensualité religieuse ne concerne pas que le catholicisme, la splendeur de la religion musulmane est elle aussi omniprésente à l’Alcazar, dans les palais Pilatos et Lebrija ou dans les constructions plus ressentes du Parque Maria Luisa.
Bien entendu, les rapports entre les deux confessions ont été tendus. L’exubérance de l’une ayant eu au moins en partie pour but d’écraser l’autre. Les restes de la grande mosquée qui s’échappent des flancs de la cathédrale construite sur ses ruines en témoignent.
Pourtant, la Giralda, ancien minaret et aujourd’hui symbole de la ville a bien été préservé ainsi que l’Alcazar. Au jeu du gigantisme, les deux religions semblent ex aequo. J’ai tout d’abord été surpris par cette coexistence architecturale, n’ayant trouvé que très peu de traces du monde musulman lors de mes voyages à l’est de l’Europe à Athènes et à Budapest, deux villes ayant connu une occupation musulmane beaucoup moins ancienne. Et puis, un mot m’est revenu : « Al-Andalus », ce monde musulman, puits de science et de philosophie, pays d’Averroès illuminant par sa culture une Europe médiévale chrétienne engluée dans l’obscurantisme. Séville est en effet située à un carrefour culturel : d’une part, celui de l’Empire romain et du monde catholique de l’Europe de l’Ouest ; d’autre part, celui de l’empire Almohad qui rayonnait sur l’Afrique du Nord et le sud de l’Espagne,
Al-Andalus n’est plus, l’empire Almohade non plus. Où est aujourd’hui la splendeur de ces royaumes ? Est elle définitivement perdue dans un monde musulman désorienté et pris en otage par des factions extrémistes vendant de faux espoirs à des jeunes sans avenirs? 2015 aura-t-elle été la deuxième mort d’« Al Andalus »? Nous sommes en plein dans la période des vœux et, pour 2016, je fais le vœu que le monde musulman retrouve sa dignité en écrasant le cancer qui le ronge : qu’il retrouve l’esprit d’Al-Andalus.

Edouard

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Où est Charlie ?

34, 32, 18 : âges des trois tireurs présumés originaires de Gennevilliers (sources Libé). Ils se sont réclamés d’Al Qaïda et les experts disent qu’ils ont été entraînés, probablement en Syrie. Cela n’en fait pas des chefs de guerre pour autant. Il s’agit peut être de trois pauvres types en quête de reconnaissance et n’ayant trouvé une raison d’être que dans ce massacre épouvantable et spectaculaire.
Peut-être ont-ils aussi reçu des ordres d’en haut, peut être y a-t-il une internationale djihadiste unifiée ayant décidé de frapper Charlie. Peut-être, mais j’en doute. Le journal n’ayant pas perçu de menaces particulières ces derniers temps, on est en droit de se poser la question.
Le propre des terroristes et de créer du sens par leur action. Ne leur faisons pas ce plaisir et considérons que cet acte est aussi odieux et stupide qu’insensé. Ne donnons pas envie à d’autres petits Ben Laden en herbe. Ne donnons pas à cet acte plus de sens qu’il n’en a.
Que voulaient-ils nous faire croire en massacrant la rédaction? Que la France est un nid à djihadistes ? Muscler l’islamophobie ? La criminalité est une activité profondément laïque, comme la connerie, peu importe la religion, que le criminel soit croyant, athée ou agnostique, il n’en reste pas moins un criminel.
Au-delà du massacre proprement dit, les auteurs sont coupables d’un second crime au moins aussi odieux que le premier. Je ne sais pas si ce crime existe dans le Code pénal, mais il faudrait le mettre si ce n’est pas le cas, c’est celui de commettre un crime au nom d’une communauté qui n’a rien demandé. En l’occurrence, c’est prendre en otage la communauté musulmane. Ce n’est pas aux chrétiens, aux juifs, aux bouddhistes aux athées, aux agnostiques de se débarrasser des islamistes, c’est aux musulmans de le faire. L’islamisme ne libérera jamais le monde musulman, il est son cancer. Si la mort de Cabu, de Wolinski et des autres pouvait permettre cette prise de conscience, ils ne seraient assurément pas morts pour rien, ils ont bien le droit à cet honneur.
En tout cas, ils n’auront pas réussi à tuer notre Charlie qui, ce soir plus que jamais, brille en chacun de nous.
Edouard

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