Un vote pour une vie

L’objet du scrutin du 23 avril ne sera pas uniquement de présélectionner deux candidats pour le second tour de l’élection présidentielle. La question à laquelle nous devrons répondre est « quelle vie politique voulez-vous pour demain ? »

En effet, sur les quatre candidats qui, au dire des médias, semblent à même de pouvoir se maintenir au second tour, un seul se raccroche à la bipolarité traditionnelle de la vie politique française : François Fillon.

S’il arrive au second tour, il est possible que la traditionnelle répartition gauche/droite demeure. Contre Marine Le Pen, on retombera dans le cas de figure de 2002 avec un Front National qui semble faire moins peur, mais tout de même assez, je l’espère, pour ne pas faire sombrer la France dans le populisme d’extrême droite. Contre Jean-Luc Mélenchon, les choses seront différentes et bon nombre d’électeurs de gauche n’estimeront peut-être pas qu’il est nécessaire de faire barrage à ce candidat qui, pour ma part, n’est pas moins dangereux que Marine Le Pen.

J’espère de tout cœur un second tour Fillon-Macron qui poserait une réelle question de choix de société. Les détracteurs d’Emmanuel Macron lui reprochent de s’inscrire dans la continuité de François Hollande et de n’être qu’un socialiste déguisé. Cette attitude a bien entendu pour but de faire peser sur le candidat d’ « En Marche », le bilan d’un quinquennat que personne ne souhaite défendre, mais elle révèle aussi une incapacité de ces derniers à comprendre que le projet d’Emmanuel Macron s’inscrit dans une vision complètement rénovée de la vie politique française qui apparaît de plus en plus indispensable dans un monde en évolution permanente dans lequel la France n’est rien sans l’Europe.

Les sondages, depuis un bon moment, misent sur un second tour Macron/Le Pen. Contrairement à beaucoup d’électeurs de ma génération si j’en crois les nombreux articles du Monde à ce sujet, je n’ai pas évolué depuis 2002 et je continue à penser que la présence du Front National au second tour serait une honte pour notre pays. Je ne pense tout de même pas que je retournerai manifester place de la Bastille, je n’ai plus le même punch et puis il y avait l’effet de surprise en 2002 qui n’existerait plus aujourd’hui.

Un second tour Macron-Mélenchon serait peut-être aussi intéressant, mais j’ai des doutes concernant  un report massif sur Macron dans cette configuration : de nombreux électeurs de gauche qui se rabattront sur Mélenchon et ceux de droite se réfugieront dans l’abstention.

Reste la configuration Le Pen-Melenchon qui me plongerait dans l’embarras. Ce serait une caricature de débat gauche/droite, une partie de catch politique aussi ridicule que dangereuse : rien que d’y penser…brrr

Édouard

La fin de l’ère primaire

Mis en examen le 15 mars, il maintient sa candidature et tient à nous le faire savoir après nous avoir dit qu’il se retirerait en cas de mise en examen. Il apparaît donc comme un homme incapable de respecter une parole donnée, ce qui achève de le décrédibiliser. La question qu’il faut se poser est « avait-il le choix de faire autrement ? » ou plutôt, « avaient-ils le choix ? »

Il sera mis en examen huit jours avant la clôture des candidatures. En cas de désistement aujourd’hui, les républicains n’auraient plus eu que trois semaines pour trouver un nouveau candidat. Je me demande si, administrativement, cela serait possible. En tout cas, faute de remplaçant, il est condamné à se maintenir.

Une partie de ses électeurs iront vers Macron, le FN ou rejoindront le camp des abstentionnistes. Demeurera la vieille garde, ceux qui sont décidés à le défendre coûte que coûte, ceux qui voudront croire à la théorie du complot dont leur poulain, évidemment innocent, serait victime.

Comme le chevalier noir de sacré Graal des Monty Python, il continuera à se battre jusqu’au bout sans jambes et sans bras, parce qu’il n’a pas le choix.

Absent du second tour, il ne donnera peut-être pas de consigne pour le report des voix : on l’imagine mal demander à ses électeurs de se reporter sur Marine Le Pen. Ou alors, à l’issue d’une émouvante intervention télévisée, il nous expliquera qu’il faut tout faire pour faire barrage au Front national. Aura-t-il encore un auditoire ? Sa voix portera-t-elle assez dans le brouhaha général ? Intéressera-t-elle encore un électorat sachant très bien ce qu’il a à faire ? Rien n’est moins évident.

La victoire de François Hollande en 2012 était largement liée au désamour des Français pour Nicolas Sarkozy et aussi, au succès des primaires à gauche qui donnèrent au candidat une légitimité sans précédent. Cinq ans plus tard, les primaires à droite comme à gauche se sont révélées être des pièges décrédibilisant le système de bipolarité politique sur lequel reposait toute la vie politique française. Quel crédit accorder à une primaire si le candidat élu est noyé dans des affaires judiciaires peu après son élection ? Quel crédit accorder à une primaire de la gauche dont sont absents le centre gauche et l’extrême gauche ?

Finalement, les primaires auront été comparables à cette météorite qui fit disparaître les dinosaures et qui permettra indirectement aux mammifères de se développer et à l’être humain de voir le jour.

C’est peut-être enfin l’opportunité de reconstruire une vie politique déjà à bout de souffle depuis des décennies. En marche !

Edouard.

 

François le Petit – Chronique d’un règne

Après ses 6 chroniques sur le règne de Nicolas Premier, l’auteur s’attaque à celui de François IV Hollande. Le ton reste aussi impertinent, le style aussi réjouissant, et l’irrespect identique.

À la suite de son message sur twitter, Madame de T., devenue la marquise de Pompatweet, finira par devenir persona non grata au Château. Elle le quitta avec pertes et fracas, et prépara en secret un livre que les Français se sont arraché quelques mois plus tard. Entretemps, François IV s’inspira de Mazarin: « Parle toujours avec un air de sincérité, fais croire que chaque phrase sortie de ta bouche te vient tout droit du cœur et que ton seul souci est le bien commun ».

Une série de personnages folkloriques apparaissent au fenestron ou en compagnie des gazetiers: la bigote baronne Boutin, le commodore Mauroy, le diabolique archidiacre Waucquiez, le duc d’Évry (Manuel Valls), Mademoiselle Julie, la comtesse Bruni, l’abbé Buisson, M. d’Hortefouille, et bien sûr « Nicolas-le-Bateleur qui agitait toujours son épaule droite et marchait toujours en canard, chaloupant mieux encore que dans ses caricatures puisqu’il semblait se parodier lui-même ».

Le style volontairement suranné et les imparfaits du subjonctif régalent le lecteur emporté dans un tourbillon de révélations plus réjouissantes les unes que les autres. Si l’on peut dire.
Le livre se termine au moment de l’attentat contre Charlie Hebdo, et les Crétins wahhabites ne sont pas épargnés.

Comme l’écrit l’auteur: « À suivre ? Hélas ! »

Guy

Patrick Rambaud – Grasset

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Eric Woerth: un homme « sportif »

Cette année encore, j’ai assisté aux rencontres de la modernisation de l’État. Eric Woerth, un habitué des « rencontres », devait initialement intervenir mardi matin. Lundi, on me donne un nouveau programme à l’entrée qui reportait d’un jour cette intervention.
Ce matin, compte tenu de la violence des assauts politico-médiatiques qui l’avaient encore frappé la veille, un doute sérieux quant à son éventuelle participation planait au-dessus de l’amphi principal de la maison de la chimie.
Finalement, il est arrivé (presque à l’heure), au milieu d’un essaim de photographes et de journalistes.
Une fois sur l’estrade et avant même d’avoir ouvert la bouche, il fut unanimement applaudi par l’assemblée, sans doute soulagée de ne pas s’être déplacée pour rien.
Eric Woerth n’était pas venu parler de l’affaire Bettencourt et était là pour donner sa vision du fonctionnaire de 2020. Après un bref exposé « adaptabilité-mobilité », se fût au tour des « questions-réponses » :
– Que pensez-vous de la votation helvétique ?
– Ne me parlez pas de la Suisse…pas en ce moment. Je ne connais pas ce pays.
(rires)
Un peu plus tard.
– Avez-vous peur d’engager une réforme globale du statut des fonctionnaires ?
– Oh, vous savez, il y a peu de choses qui me font peur.
(rires)
Il y avait quelque chose de presque magique chez cet homme attaqué de toute part et jonglant avec son public, les journalistes et les photographes qui le mitraillaient sans cesse. C’était presque beau : une magie pareille à celle qu’on voit parfois chez les vraies équipes de foot.
Cet homme, sans doute pas aussi noir que le prétendent ses détracteurs, mais peut-être pas aussi blanc que l’imaginent ses supporters, je l’ai trouvé simplement « sportif ».

Edouard

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