Quel avenir pour les Etats-Unis ?

Qu’est ce qui se passait dans la tête de Trump quand il a parlé de l’annexion du Groenland ? Y croyait-il vraiment ? Faisait-il du buzz pour sa base MAGA qui ne voyait pas l’absurdité des enjeux géopolitiques d’une telle décision ? Toujours est-il qu’il n’a pas fait rire à Copenhague.

Cette déclaration aura finalement fait prendre conscience à l’Europe de sa vulnérabilité, découlant de sa double dépendance.

Dépendance par rapport à la Russie d’abord. Au bout de quatre ans de guerre, l’Europe continue à nourrir la Russie, faute de pouvoir s’en passer et par là même l’aide à poursuivre sa guerre en Ukraine tout en armant l’Ukraine.

Dépendance militaire par ailleurs vis-à-vis des Etats-Unis qui la soumet à son bon vouloir.

Peut-être pourrait on regarder autrement la fin de la guerre froide. Et si, loin de s’effondrer après la chute du mur de Berlin, l’URSS ne s’était pas partagée l’Europe avec les Etats-Unis.

En bon assureur, les Etats-Unis protégeaient les européens tant qu’il ne se passait rien et tentent aujourd’hui de se dérober alors que l’Europe a besoin d’eux. Ils n’ont que mépris face à l’impuissance de leur (ex ?) assuré.

En 35 ans, les deux anciennes puissances ont pris du plomb dans l’aile. La Russie ne retrouvera pas la puissance de l’URSS et ne peut que retarder l’effritement de l’ex-empire en usant son héritage.

Les Etats-Unis sont aussi fragilisés. Ils gardent la première marche du podium mais sont talonnés par de nouveaux acteurs : la Chine mais aussi l’Inde et le Brésil.

Et l’Europe ? A-t-elle aujourd’hui d’autre choix que de s’affirmer ? Peut-elle encore jouer la carte du nationalisme comme elle a fait pendant 35 ans en se voilant la face pour ne pas se rendre compte de sa double dépendance ?

Et les Etats-Unis, que deviendront ils quand ils ne seront plus à la tête du monde libre et qu’ils ne seront plus la première puissance économique mondiale ? Un Etat Voyou ? Celui des Trump des Vance et des Rubio, un far-ouest sans foi ni loi, isolé du reste du monde ? Bien entendu, derrière le « make américa great again », se cache l’angoisse d’un déclassement géopolitique.

Il y a 25 ans, à New York, quelques mois avant les attentats du World Trade Center, je me souviens avoir choqué un américain en lui disant que les Etats-Unis étaient notre ennemi.  J’avais ajouté « économiquement » pour rendre le message moins violent… nous y voilà.

Tout ça va prendre du temps et l’indépendance de l’Europe ne se fera pas d’un claquement de doigts. Les successeurs de Trump seront peut-être aussi moins caricaturaux.

Toujours est-il que la prise de conscience est maintenant irréversible. Quelque chose est en marche.

Edouard

Copenhague

Mon voisin, un sexagénaire qui commande un whisky et un verre de vin blanc, potasse pendant toute la durée du vol un guide touristique sur la Norvège. Je me suis demandé si je ne m’étais pas trompé d’avion, mais non, le Danemark était bien la destination. Une certaine routine encadre mes voyages, celle de tout touriste : atterrir, sortir de l’avion, retrouver ses bagages, tirer de l’argent à un distributeur (le Danemark n’est pas dans la zone euro), acheter un billet pour le centre-ville (la ligne de métro 2 vous amène en 15 minutes à Kongens Nytorv), trouver son hôtel, poser ses bagages…il faut aimer les rituels pour aimer les voyages. Vient ensuite la seconde étape consistant à poser les autres bagages, ceux qui nous ont accompagnés à Roissy et qu’on aurait bien laissés, ceux de la vie de tous les jours : il m’a fallu un certain temps pour poser les tableaux Excel et les SOMMEPROD du boulot. Ceux-ci s’évaporent petit à petit lorsqu’on commence à prendre conscience de la géographie de la ville, à avoir quelques repères, à être moins crispé sur le plan : il n’est pas simple de s’y retrouver entre tous ces canaux, d’autant plus que la ville est en pleins travaux, l’extension du métro devant se poursuivre jusqu’en 2018. En allant voir la petite sirène, mon guide serré sur le cœur, les bagages étaient encore là : « Je ne choquerai personne en disant que la petite sirène ne présente pas un intérêt sculptural exceptionnel, abandonnée sur son rocher à l’écart de la ville, elle semble s’ennuyer comme un rat mort, n’ayant pour toute compagnie que des groupes de touristes qui ne parlent pas sa langue ».
Ceci dit, la promenade le long de la mer valait le coup, tout comme le parque du kastellet qui jouxte la statue. De retour, quelque chose avait changé et je repensais au toit de la bourse formée de quatre pattes de dragon torsadées se terminant en pointe ainsi qu’à la flèche de l’église Notre-Sauveur de Christianshavn aux allures de tour de Babel. Tout ça était…merveilleux. Le mot magique était lâché, le dernier bagage était en passe de toucher terre.
L’émerveillement n’est pas vraiment dans ma nature et il est de bon ton en France d’adopter une position blasée, désabusée, de peur de passer pour l’idiot du village. Pourtant, la magie a fait son œuvre et je me suis mis à m’émerveiller de tout : des cabanes délabrées de Christiana, de la corne de Narval conservée au musée national, de l’esprit très Méliès du parc de Tivoli (avec un gros petit faible pour les montagnes russes), de la salle du trône du palais de Rosenborg, des couronnes royales, des boutiques de Storget et en particulier celles de la fameuse marque de briques emboîtées et colorées créée par Ole Kirk Christiansen en 1932, devenue un élément essentiel de l’univers ludique des 4-12 ans…
Je me suis tellement émerveillé que j’ai commencé à m’émerveiller sans m’en rendre compte, ne sentant plus qu’une vague torpeur, un sentiment de bien-être permanent, sans doute celui dont parlait mon guide, marchant insouciant, bercé par les chanteurs du Holmens Kanal, par les couleurs ocres des maisons, par les bateaux se faufilant entre les canaux et par la valse continuelle des vélos (on pense beaucoup à Amsterdam). Mais tout ça ne pouvait durer, l’heure du départ approchait et de nouvelles aventures m’attendaient.

Edouard

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