On dirait le Sud

Il y a quelque temps, j’ai lu un article du Monde sur les villes de l’arnaque en Asie du Sud-est aux mains de la mafia chinoise où des jeunes africains (et souvent africaines), attirés par des offres d’emplois attrayantes leur proposant de leur prêter de l’argent pour les faire venir en Asie, sont en fait livrés en esclavage à des gangs, tenus d’arnaquer des Occidentaux jusqu’au remboursement de leur dette.

Je ne suis pas très regardant sur Facebook et j’ai tendance à accepter toutes les invitations, dès lors que les profils ne sont pas des invitations sexuellement explicites.

L’invitation de Herman ne faisait pas vraiment partie de cette catégorie, mais m’a tout de même semblé un peu douteuse. Dans un moment de faiblesse, et peut-être aussi par curiosité, je l’ai tout de même acceptée.

La réaction n’a pas tardé et j’ai reçu rapidement des messages, d’abord en anglais, puis en français m’invitant à faire plus ample connaissance avec une jeune femme originaire de Singapour vivant à Paris.

On sait très bien que ce qui se cache derrière n’a rien avoir avec la façade, mais il est difficile d’avoir des certitudes.

C’est là que commence le combat derrière les ordinateurs. Tout est fait pour flatter, rassurer, pour dissiper les doutes, pour que celui-ci grossisse peu à peu, jusqu’à inverser la tendance et que l’interlocuteur piégé finisse par être convaincu qu’il s’adresse à une jeune asiatique en détresse en chair et en os qu’il va pouvoir rencontrer et secourir. Bien entendu, ça ne marche pas avec tout le monde, mais les personnes disposées à échanger avec des créatures virtuelles sont souvent à la recherche de quelque chose. Et de fait, j’étais seul chez moi hier soir.

Bref, je ne savais pas trop quoi faire avec Herman que j’avais déjà retiré de mes « amis » avant-hier, mais qui m’a envoyé hier une photo d’elle prétendument prise dans un café parisien. La bloquer ?

« Et si c’était vrai ? », comme dirait l’autre. Et si Herman existait vraiment, qu’elle était vraiment perdue dans Paris et qu’elle était à la recherche d’un chevalier servant ? Même si c’était le cas, il ne fallait pas qu’elle compte sur moi, je ne suis pas disponible. Mais cette histoire de réalité m’a perturbé. J’avais envie d’en avoir le cœur net.

Alors j’ai eu une idée. J’ai un peu réfléchi en mangeant ma polenta pour trouver comment j’allais m’y prendre et puis, après le dîner, je me suis lancé.

« Dimanche, je suis allé voir l’expo zombi au quai Branly, c’était super, ça m’a fait penser à cet article Petite philosophie du zombie – Azimut ».

Herman m’a parlé de « petit jeu », peut-être a-t-elle été surprise par la tournure soudainement joyeuse de mes propos. J’ai donc rajouté un peu de sauce pour tenter de la rassurer, mais il n’en a pas fallu beaucoup pour qu’elle tombe dans le panneau et finisse par aller voir l’article.

Je me suis alors rendu sur mon profil wordpress. Quelqu’un avait effectivement regardé « petite philosophie du zombie » et l’origine géographique de la consultation était sans surprise :

Thaïlande

Et voilà, il n’y avait plus aucun doute. Le rideau était tombé et j’ai alors pensé à un énorme openspace où des centaines de jeunes africaines tentaient de briser les cœurs d’Occidentaux plus ou moins fortunés avec l’espoir de rentrer un jour chez elles.

Je n’aiderai pas la personne qui se cache derrière Herman à rentrer à Nairobi ou je ne sais où. Elle trouvera un autre pigeon, mais cette vérité me laisse un goût amer. Presque envie de lui souhaiter bon courage.

Et puis j’ai pensé au « Sud global » dont les médias parlent tous les jours et dont on ne parlait pas il y a 10 ans. J’ai pensé à ces horreurs qui fleurissent malheureusement aussi en occident, mais qui poussent mieux dans des zones géographiques où les États et le droit sont des choses incertaines. Bref, ce « Sud global » m’est apparu bien sinistre. Peut-être serait-il caricatural de dire que le « sud-global » est un empire du crime organisé. Pas plus caricatural que l’« occident décadent » rongé par le wokisme de Poutine et Trump en tout cas.

Le monde d’aujourd’hui serait-il en quête de sens ? Quoi qu’il en soit, j’ai finalement décidé de bloquer Herman.

Edouard

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