Le temps de la sorcière

Einar, reporter au « journal du soir » de Reykjavik, est envoyé à Akureyri, une ville du nord de l’Islande où plusieurs personnes ont trouvé la mort dans d’étranges circonstances.

Après les Suédois Stieg Larsson (millenium) et Henning Mankell, je poursuis ma découverte des polars vikings avec l’islandais Arni Thorarinson.

Première grosse difficulté : les noms propres. Ils ont tous des prénoms imprononçables qui semblent échappés du seigneur des anneaux et se ressemblent beaucoup. Aucune indication pour savoir si un prénom et féminin ou masculin. Pour couronner le tout, pas de nom de famille. Juste le prénom du père auquel on ajoute « son ». Bref, impossible de savoir qui est qui pendant les 200 premières pages.
À cela, s’ajoutent un style un peu lourdingue (faute du traducteur ?) et une intrigue qui progresse à la vitesse d’un glacier tétraplégique.

Pas d’elfe, pas de troll, mais une perruche avec laquelle Einar entretien d’étranges relations.

À la page 350, me voilà sur le point de jeter l’éponge quand arrive la blague d’Asbjörn, le chef d’Einar (que j’ai péniblement fini par identifier). Ce n’était pas sa première blague, mais les autres étaient super pourries et je ne savais pas s’il fallait les prendre au premier ou au second degré. Celle de la page 350 est très drôle. Bien grasse, mais très drôle.

M’étant bien marré, je décide d’essayer de voir le roman sous un autre angle. À mesure que se profile le dénouement, je me rends compte que les elfes et mes trolls sont bien là, mais qu’aujourd’hui, on les trouve plus facilement dans une pièce de théâtre ou dans la tête d’un déséquilibré qu’au fond d’un fjord. Je perçois ainsi mieux le message de Thorarinsson qui dénonce la disparition de la culture islandaise dans le flot de la mondialisation.

Tout est donc perdu ? Peut être pas. La fin est assez rude. Une rudesse qui fait très…viking. Ainsi, comme après le ragnarök (fin du monde) de la mythologie nordique, un Nouveau Monde sort du chaos, un monde dans lequel Björk et Thorarinsson remplacent Thor et Odin.
Le temps de la sorcière
Arni Thorarinson
Points
2007

Edouard

 

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Oscar Wilde et le jeu de la mort

Londres, 1892. Oscar Wilde réunit 13 personnes autour d’une table et leur propose une partie de « jeu de la mort ». Pour jouer, chaque participant doit inscrire le nom d’une personne qu’il voudrait voir morte sur un bout de papier. Tous les bouts de papier sont regroupés dans un chapeau. Après, les « victimes » sont retirées une à une du chapeau, le but du jeu étant de retrouver le « meurtrier » correspondant.

Inconditionnels d’Oscar Wilde, des romans policiers « à l’ancienne » et des corporations masculines « so british », ce livre est fait pour vous.

Je ne fais pas partie du lot. Je ne conteste pas que la lecture du roman est agréable ni que les recherches faites par Gyles Brandreth sur la société victorienne sont intéressantes. L’époque est intéressante aussi. C’est un hommage aux années les plus fastueuses de la vie de l’écrivain. Trois ans plus tard, Oscar Wilde sera jugé et condamné pour homosexualité. Sa déchéance se poursuivra pendant plusieurs années et se terminera à Paris où l’auteur mourra en 1900.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Je trouve le caractère « précieux » du style tout comme les aphorismes permanents d’Oscar Wilde un peu écœurants. L’académisme du roman me semble désuet. Tout est lisse, la psychologie des personnages n’est pas très creusée. Pour moi, un roman policier doit être plus qu’un « who done it ? » (qui a fait le coup ?) dont les romans d’Agatha Christie sont l’archétype. Il est vrai que la forme qui évoluera plus tard dans des directions aussi diversifiées que le « Thriller » et le « polar » était encore très académique à l’époque de Wilde. Il faudra attendre des décennies pour que le style « policier » se marie avec la plupart des genres littéraires. Gyles Brandreth respecte visiblement les codes de l’époque et sans doute aussi ceux d’Oscar Wilde qui était un grand théoricien de l’ « esthétisme » en littérature.

Je n’ai donc pas grand-chose à reprocher à cet ouvrage, en dehors du fait qu’il n’est pas ma « cup of tea ».
Oscar Wilde et le jeu de la mort
Gyles Brandreth
10/18
2010

Edouard

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L’aliéniste

Avant l’avènement de la médecine moderne, un psychiatre s’appelait un aliéniste.
Les seuls médicaments à sa disposition: le chloral et la cocaïne. L’histoire racontée ici commence en 1896. John Moore, un journaliste, aidé de Laszlo Kreizler (l’aliéniste), tente de débrouiller une série de crimes dans un New York sordide à souhait. Avec une
jeune femme ambitieuse et deux frères plutôt folkloriques, ils vont former un quintette assez créatif. Tout cela avec la bénédiction de Théodore Roosevelt, le futur président encore préfet à l’époque. C’est bien raconté, bien traduit, un roman policier
moderne dans une période qui ne l’est pas (encore). Sigmund Freud prendra la relève un peu plus tard. Mais ce sera une autre histoire.

Amitiés enquêteuses,
Guy (29/09/2012)

New York : 1896. Dans un quartier chaud de Manhattan, on retrouve les corps horriblement mutilés de jeunes garçons. Pour faire face à l’inefficacité de ses services ; Théodore Roosevelt, alors préfet de police de la ville, fait appel à l’aliéniste (nom donné aux psychiatres à l’époque) Laszlo Kreizler et au journaliste d’investigation criminelle John Moore. La petite équipe que vont constituer les deux hommes va se lancer à la poursuite du meurtrier en faisant usage de méthodes considérées alors comme peu orthodoxes.

Plus qu’un « grand roman », l’aliéniste est un livre qui présente un « grand intérêt ». L’ouvrage (pas loin de 600 pages) ne nous fait pas seulement découvrir la physionomie de l’île à la fin du XIXe siècle, mais nous mène aussi au cœur des débats idéologico-scientifiques qui secouaient alors les États-Unis. Enfin, il décortique le mythe du « serial killer » créé par les journalistes londoniens dans les années 1880, lors de l’affaire « Jack l’Éventreur ».

Caleb Carr s’est très bien documenté : c’est peu dire. Trop ? Non, si on décide de prendre le livre comme une sorte d’essai vulgarisé. Oui, si l’on recherche surtout une intrigue romanesque. L’action est très lente à se mettre en marche et, après les 200 premières pages, ne voyant toujours rien venir, c’est presque avec surprise qu’on la voit tout à coup prendre forme.

L’intérêt principal du livre réside donc pour moi dans le côté « essai ». Qu’est-ce qu’un tueur en série ? Un homme normal corrompu par la société ou un être diabolique qui ne mérite pas de faire partie du genre humain ? Kreizler et ses acolytes pensent qu’ils font partie de la première catégorie et, en traquant leur proie, ils cherchent aussi (et surtout ?) à étayer leur thèse. Ce qui est en jeu, ce n’est rien de moins que les bases de l’identité du pays : le rêve américain. Admettre que des conditions socio-économiques peuvent encourager de telles déviances, c’est admettre qu’il n’y a pas d’égalité face à la réussite sociale.

En conclusion, l’auteur met en évidence le fait que le serial Killer est aussi nécessaire à l’équilibre de la société américaine que celle-ci l’est au sien (si toutefois, on peut parler d’ « équilibre » pour un tueur en série).
Bref, on pouvait arriver aux mêmes conclusions en lisant un album des schtroumpfs : Gargamel est indispensable à l’équilibre du village et les petits êtres bleus donnent un sens à sa vie.

Edouard

L’aliéniste

Caleb Carr

2008

Pocket

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Meurtriers sans visage

Dans la campagne suédoise, un couple de fermiers est sauvagement assassiné. Kurt Wallander mène l’enquête. Seul indice de départ, la femme, quelques minutes avant de rendre le dernier souffle, a prononcé le mot « étranger ».

Ce qui m’a d’abord sauté aux yeux, c’est que le roman était terriblement mal écrit : style lourd, longueurs, dialogues sans originalité, quelques phrases qui ne veulent rien dire, fautes de français et nombreuses coquilles y compris dans l’orthographe même du nom « Wallander ». Cela m’a d’autant plus surpris que je venais de lire « Les chaussures italiennes », le dernier opus de Mankell que j’ai trouvé d’une grande beauté poétique. Dans les 100 dernières pages, on retrouve un peu du style des « chaussures ».
Quelles explications donner ? Tout d’abord, il y a sans doute une question de traducteur : Philippe Bouquet, le traducteur de « Meurtriers sans visage », n’est sans doute pas aussi bon qu’Anna Gibson qui traduira presque tous les autres romans de l’auteur (je me demande même si elle n’a pas traduit la dernière partie de « Meurtriers sans visage »).
Une explication aussi peut venir de Mankell lui-même puisque ce roman, écrit en 1991, figure en tête de la série des « Wallander » et, de manière plus générale, en tête de sa bibliographie : presque 20 ans se sont écoulés entre les deux livres.

Pour apprécier le roman, il faut se replonger dans l’immédiate après guerre froide, pleine de craintes et d’incertitudes…un monde oublié, un monde sans téléphones portables, sans internet et qui commence à peine à utiliser les tests ADN : le moyen-âge.

La personnalité de Wallander ressemble à celle de beaucoup d’enquêteurs de polars : le flic solitaire, alcoolique et divorcé qui a des problèmes relationnels avec son père et sa fille et qui drague le procureur (une femme : on n’est pas chez Almodovar). Les autres personnages ne sont pas non plus très marqués et semblent interchangeables (la fille et le père de Wallander sortent tout de même du lot).

Alors quoi ? Une dernière partie qui fait basculer le tout dans le roman noir avec une poursuite lugubre et sous la pluie au milieu d’une foire de la campagne suédoise ? Un engagement politique sans manichéisme qui préfigure un peu Stieg Larsson ? On sent un frémissement et, sans se l’expliquer vraiment, on a envie de lire la suite de la série, ne serait-ce que pour savoir comment les personnages principaux vont évoluer.

Meurtriers sans visage
Henning Mankel1
1991

Edouard

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Le pingouin

Un petit polar sympa qui nous vient tout droit d’ex-Union soviétique. Quelques pages pour nous mettre en jambes et prendre nos marques par rapport à l’esprit slave, si proche de l’occidental et pourtant si particulier, et nous voilà embarqués dans les aventures de Victor, écrivain raté qui vit à Kiev avec Micha, un pingouin souffreteux et dépressif.

Parce qu’il faut bien vivre, Victor va accepter d’écrire des nécrologies de personnes bien vivantes pour le compte d’un mystérieux journal. On pouvait s’en douter, ce travail va le mener beaucoup plus loin qu’il ne l’imaginait et sa vie va en être profondément bouleversée, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Autour de Victor et Micha, gravite toute une galerie de personnages originaux et hauts en couleur, allant du parfait salaud mafieux, jusqu’à l’attendrissante Sonia, petite fille de 4 ans (de la même taille que Micha) recueillie par Victor.

Au début, on a un peu l’impression d’être dans un roman de l’écrivain finlandais Arto Paasilinna : vie en harmonie avec la nature, plaisirs simples…
Et puis, par petites touches, à mesure que le sort s’acharne sur Victor, Andreï Kourkov va s’éloigner de ce schéma initial pour nous dépeindre le vrai visage de l’Ukraine postsoviétique avec sa pauvreté, son insécurité, sa fragilité, ses doutes, ses peurs et ses angoisses.

Il y a, en fait, plusieurs grilles de lecture du « pingouin », comme il y a plusieurs approches possibles du personnage de Victor. Le rêveur paumé du début du roman, manipulé et complètement porté par les événements, va évoluer pour finalement réussir à reprendre la situation en main, si bien que l’on se demande si on ne s’est pas fait rouler dans la farine par l’auteur et si Victor est bien le personnage que nous décrit Kourkov.

Bref, on a envie d’en savoir plus et justement, il y a une suite que je vais m’empresser de me procurer.
Edouard
Le pingouin
Andreï Kourkov
Points, éd. 2000
1ère éd. 1996
274p. , 7€

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