Brunehaut

Pour ceux et celles qui, comme moi, ont été traumatisés dans leur enfance par l’image de cette reine mérovingienne traînée sur le sol attachée à la queue d’un cheval lancé au galop, ce livre est l’antidote indispensable pour une bonne résilience.

Pour les autres, il permettra une révision des connaissances sur une période charnière de notre histoire où l’on voit l’Empire byzantin abandonner ses prétentions sur l’Occident pour laisser la place au moyen âge.

À la fin du VIe siècle, les descendants de Clovis se partagent un royaume correspondant en gros à l’hexagone moins la Bretagne, l’ex Allemagne de l’Ouest, le Benelux et la Suisse : le « regnum francorum ».
L’un d’eux, Sigebert, épouse Brunehaut, une princesse wisigothe qui réussira à régner sur l’ensemble du royaume pour être finalement destituée et exécutée par son neveu Clotaire en 613.

Il faut bien l’avouer, il y a des longueurs et la période de la vie de Brunehaut sur laquelle l’auteur est le mieux documenté, en particulier grâce à Grégoire de Tours, n’est pas forcément la plus intéressante.
Les querelles incessantes entre Sigebert et ses frères ainsi que les tentatives désespérées de Frédégonde (la célèbre belle sœur de Brunehaut) pour tirer son épingle du jeu finissent par lasser.

Le meilleur du livre, c’est pour moi le dernier chapitre consacré à la légende de Brunehaut dans lequel Dumézil s’intéresse à l’évolution de la perception de la reine des Francs, au cours des siècles qui ont suivi sont supplice. Cette perception s’est rapidement divisée en deux courants, l’un historique et l’autre mythique.
Ils finiront par ne plus rien avoir l’un avec l’autre puisqu’au XIXe siècle, on retrouve Brunehaut germanisée en Brunehilde et devenue reine d’Islande dans la Tétralogie de Wagner.

La reine Brunehaut
Bruno Dumézil
Fayard, 2008
425p. ,29€

Edouard

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On a tous en nous quelque chose de Neandertal

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En ce début de XXIe siècle, l’homme blanc s’était enfin trouvé une place dans l’histoire de l’humanité. En réaction aux théories racistes qui voulaient faire de lui le représentant d’une race supérieure et qui en avaient fait la honte de l’humanité, il avait fini par accepter qu’il n’était pas différent des Africains et des Asiatiques. Du suédois au pygmée en passant par le canaque et l’Amazonien, nous étions tous les mêmes. Il y avait quelques différences physiques, c’est vrai, mais si peu…

S’il était un meurtrier, il en était de même pour ses cousins des autres continents. La génétique était là pour le prouver, l’homo sapiens était le seul survivant de la race homo.
Comment expliquer cette situation ? Pour la plupart des disparitions, il n’y était pour rien puisqu’elles avaient eu lieu bien longtemps avant qu’il hante les continents. Mais pour les autres, les contemporains de sapiens, comment expliquer ? Sans répondre, on pensait à une extermination perpétrée par nos ancêtres. En Europe, le débat tournait autour de Neandertal découvert en 1856. Ce cousin plus grand, plus fort et doté d’une volumineuse boîte crânienne avait disparu mystérieusement. Nous avions peut être échangé avec ce voisin, peut être même plus, mais en tout cas, selon toute vraisemblance, il n’y avait pas eu d’union fertile et les deux espèces ne s’étaient pas métissées.
Sapiens aurait-il exterminé Neandertal ?

Plusieurs relents bibliques dans cette hypothèse. Caïn et Abel, tout d’abord. Les Sapiens, enfants de Caïn, ne pouvaient être que des graines de meurtriers. David et Goliath ensuite. Si Sapiens avait survécu, ce n’était peut être pas seulement parce qu’il était un tueur, mais aussi parce qu’il était plus malin et qu’il avait su mieux s’adapter que son lourdaud de cousin.

Et puis, patatras, l’info est tombée dans Le Monde du 8 mai 2010, on a enfin la preuve que Neandertal et Sapiens se sont mélangés. Que penser ? Étant donné que les néandertaliens sont une espèce made in Europe, peut-on parler d’une race européenne ? Ca fait froid dans le dos, d’autant plus que cela fait 70 ans que l’homme blanc tente de penser le contraire. Et s’il y avait des races génétiquement différentes ? Et si les Européens appartenaient réellement à un même ensemble métissé qui les différenciait des autres humains ?

Dans les années 50, une telle théorie n’aurait pu émaner que de nostalgiques des chemises brunes, des claquements de bottes et des croix gammées. Mais aujourd’hui, que penser ? Le « tous pareils » difficilement tenable devra-t-il laisser la place au « tous différents » même si « les gens qui ne sont pas comme nous, ça nous dérange ».

Edouard

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