N’oubliez pas « volte-face »

À l’heure où France 2 annonce le retour de « n’oubliez pas les paroles », il est tant de dire un mot de « volte-face ». La dernière trouvaille de Nagui programmée depuis la rentrée sur la plage 19-20 devrait donc rejoindre le cimetière des jeux télévisés. Peut-elle espérer autre chose que l’éternité coincée entre « Jeopardy ! » et « Qui est qui ? » ? terminera-t-elle dans 20 ans en note de bas de page d’une thèse de sociologie sur la télé de divertissement dans les années 2010 ?
Pour ma part, je pense qu’il y a quelque chose à creuser dans l’émission. Le problème avec « volte-face », c’est l’ennui. Il y a un soi-disant suspense lorsque se rapprochent les deux fauteuils des candidats qui peuvent buzzer pour décider de répondre eux même à la question posée par le présentateur, mais ça ne prend pas vraiment. Sinon, le reste du temps, on papote, on prend plus ou moins de risques sur les questions, on est bien, entre gens de bonne compagnie…c’est un peu « vivement dimanche ».

Je ne sais pas si c’est une bonne idée cette histoire de fauteuils mouvants. C’est long quand ils se rapprochent et il y a cette voix off qui est un peu ridicule. Peut être qu’avec une musique sympa genre « le bon, la brute et le truand », ç’aurait été mieux.
En fait, il n’y a de réel suspense que quand les fauteuils se rapprochent et que l’on attend que l’un des deux joueurs buzz le premier. Plus tôt il buzzera, moins il gagnera de fric. Cette situation ne peut malheureusement se produire… qu’à la douzième question. Bref, ce qui est sympa dans les quizz, c’est le buzz. Et là, ils buzzent pas beaucoup. J’ai d’ailleurs remarqué qu’avec le temps, les candidats avaient de moins en moins envie de buzzer. Est-il possible de faire mieux que question pour un champion ?

Le duel de la 12e question, c’est une idée à creuser. Comme tout le jeu d’ailleurs. Les règles sont un peu compliquées à comprendre, mais le concept est innovant. En fait, c’est tout le contraire de « chéri(e) fais les valises » dans lequel il y avait incontestablement du mouvement. Le problème était qu’il n’y avait rien d’autre. Si on veut faire dans le jeu intello, il faut à mon sens dépasser le quizz comme le fait « mot de passe », l’ex-« pyramide » (aaah, le couple Laurent Broomhead/Marie-Ange Nardi, c’était quelque chose : l’introduction de chapeau melon et bottes de cuire dans l’univers du jeu télé, en voilà une idée innovante).

Que « « n’oubliez pas les paroles » se rassure, il n’est pas encore là le jeu qui réussira à prendre sa place.
Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

R « o »blochon

 

La publicité est-elle un art ? Question provocante a priori puisque son seul objet et de nous vendre des produits et que tous les efforts de l’artiste consistent à démontrer que ce qu’il fait n’a rien de commercial. Discours totalement hypocrite puisque, si l’on veut être plus qu’un peintre du dimanche, qu’un chanteur de salle de bain ou qu’un écrivain en herbe, il faudra nécessairement faire entrer une dimension commerciale dans son activité artistique.
On pense aussi à tous les artistes qui ce sont illustrés dans la publicité (Lautrec, Mucha…), et à tous ceux qui ont gravité autour de la publicité (Dali et son chocolat Lanvin, Gainsbourg et le Martini…). À mon sens, la publicité n’est sans doute pas la plus belle activité artistique ni la plus noble, mais est peut-être la plus honnête.
Bref, tout ça pour en venir à l’objet de ce billet par lequel je voulais rendre hommage à la petite fille qui joue dans la pub du reblochon.
Petit rappel qui paraîtra fastidieux au français qui visite ce blog, mais qui sera certainement utile aux autres.
Le reblochon est un célèbre fromage français au caractère affirmé que les enfants appellent souvent à tort r « o »blochon.
Le clip dure à mon avis moins d’une minute. Il met en scène un père et sa fille à laquelle je donnerais 7-8 ans.
Comme on s’y attendait, la petite fille prononce « roblochon ». Son père la corrige gentiment en lui renvoyant un affectueux « reblochon ». La mauvaise élève renvoie le « roblochon » et en écho, la voix paternelle renvoie un « reblochon » en appuyant bien sur le « e ».
Et c’est là qu’opère la magie. Dans ce dialogue entre le père et la fille, un seul mot est utilisé : le nom du fromage prononcé avec deux orthographes différentes. Tout le reste passe par le ton sur lequel le mot est prononcé et l’expression du visage des deux acteurs.
L’ultime « roblochon » de la petite fille est prononcé avec un énorme aplomb et son visage en dit long. Une expression enfantine sous laquelle on devine autre chose :
– J’ai compris, on dit « reblochon »… mais qui il est ce vieux con pour me donner des ordres ? Je l’emmerde, je fais ce que je veux. Ce sera donc ROBLOCHON.
Bref, on sent la préadolescente qui se réveille dans ce visage et peut être même quelque chose de plus féminin encore. Sacrée gamine. Gare aux mecs qui se trouveront sur son passage dans dix ans.
Bravo l’artiste. Tu as de l’avenir, j’en suis certain.
Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Hergé fils de Tintin

Georges Remi 1907-1983, sa vie et son œuvre racontées par Benoît Peeters, auteur de bandes dessinées.

S’il fallait résumer se récit en un mot, ce serait « scotchant » ; pas seulement à cause du fameux bout de scotch du capitaine Haddock (« vol 714 pour Sidney » ou « Tintin et les Picaros », je ne sais plus) ni à cause du whisky Loch Lomond que le marin barbu affectionne tout particulièrement, mais aussi, et surtout à cause du récit captivant du parcours de l’homme qui organisera sa vie pendant 47 ans autour du jeune reporter.

On suivra les différentes étapes de l’élaboration de l’univers de l’homme à la houppe, album par album : la mise à l’étrier par un prêtre très conservateur, l’abbé Wallez qui se ressentira dans les premières aventures. La rencontre avec Tchang qui changera son univers à partir du « Lotus bleu ». La très controversée « Étoile mystérieuse » écrite en 1942 et qui lui vaudra beaucoup d’ennuis à la libération. L’amour de la comédie humaine de Balzac qui trouve un écho dans « Coke en stock » et « Les bijoux de la Castafiore » ; deux albums entre lesquels se glissera le très introspectif « Tintin au Tibet »…

Et Hergé dans tout ça ? Il évoluera beaucoup au cours de sa vie. Il était influençable, pour le meilleur et pour le pire. Il était un peu transparent, comme Tintin qui ne commencera que très tardivement à prendre du poids avec ses aventures himalayennes. Accablé par son héros, il traversera une longue dépression avant de reprendre le dessus dans les années 60.
Il régnera durant de nombreuses années en maître sur la bande dessinée européenne avant d’être talonné par de nouveaux venus. Pour ne pas que son héros se fasse terrasser par un irréductible Gaulois, Hergé écrira « Vol 714 pour Sidney », album dans lequel il fera partager ses goûts pour le paranormal.

À partir de 1945 et jusqu’à la fin de sa vie, il sera rongé par l’attitude collaborationniste qu’on lui reprochera.

Hergé- Mes dessins n’avaient rien de choquant.

L’Histoire- pas tous, mais quand même quelques-uns, emprunts d’un antisémitisme sans équivoque. Et surtout, des dessins publiés dans un journal qui était aux mains des Allemands. Les gens l’achetaient pour lire les aventures de Tintin.

En 1976, « Tintin et les Picaros », la dernière aventure du reporter, mettra en scène un Tintin très « gauchisé ». Ultime volonté de rédemption ? L’album sera mal accueilli par les milieux de gauche : c’est à Hergé qu’ils en veulent, pas à Tintin.

Hergé, c’est enfin une icône du XXe siècle. Né à la belle époque, il mourra au début des années 80, des suites d’une longue maladie de sang. Peut-être du fait des nombreuses transfusions qu’on lui fit alors subir, il sera victime d’un mal mystérieux qu’on n’appelait pas encore « SIDA ».

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le secret de la Licorne

Sur un marché bruxellois, Tintin fait l’acquisition de la maquette d’un vieux navire de guerre, la Licorne qu’aurait commandée au XVIIe siècle un certain chevalier de Haddock. Suite à un concours de circonstances, le célèbre reporter va se retrouver à bord d’un cargo : le Karaboudjan. Là, il va faire la connaissance d’Archibald Haddock, un capitaine trompé par son second, confit dans l’alcool et dernier descendant du chevalier de Haddock.

Mouais…c’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit en sortant du cinéma. Les lecteurs de Tintin auront bien entendu reconnu l’intrigue du « crabe aux pinces d’or » dans lequel Tintin rencontre Haddock, s’ajoutant à celle du « secret de la Licorne ». À la fin, il y a aussi un petit bout du « trésor de Rackham le Rouge », mais c’est album devrait être plus largement repris dans le second opus des Spielberg-Jackson.

Combien de temps ai-je passé, vers 7-8 ans à lire et relire le secret de la Licorne, à regarder les vignettes qui faisaient le récit du combat naval entre Le chevalier de Haddock et Rackham le Rouge ? Les aventures de Tintin constituent les fondations de tout mon background culturel. Le graphisme, les intrigues et les dialogues sont si incrustés dans mon esprit qu’il m’est pénible de voir Tintin représenté autrement qu’en « ligne claire ». Un mélange des intrigues, pourquoi pas, mais rajouter des scènes qu’on ne voit pas dans les albums, je crie au sacrilège ! C’est comme si on ajoutait de nouveaux passages dans la Bible…

Dogmatique, moi ? Pour tout ce qui touche à Tintin, peut-être. Les Spielberg-Jackson cassent le sanctuaire Tintin, jalousement gardé pendant des décennies par la veuve d’Hergé. Tintin est-il uniquement une émanation de son créateur ou est-il un personnage à part entière ? Il paraît que Spielberg a fait la découverte de Tintin lorsqu’il tournait Indiana Jones. Pas étonnant qu’il ait mis un peu d’Indiana dans Tintin. Peter Jackson, né dans un pays du Commonwealth, connaissait le reporter depuis son enfance. Sans doute y a-t-il eu débat entre les deux hommes pour savoir ce qu’il était possible ou non de transgresser.

Finalement, peut-être que la sanctuarisation virait à l’asphyxie et risquait de précipiter le reporter dans l’oubli. Peut être que l’homme à la houppe devait se détacher un peu de son géniteur pour parler aux plus jeunes et à ceux qui ne le connaissent pas, aux États-Unis notamment. C’est à ce public que le film s’adresse avant tout et non aux vieux tintinophiles qui n’y trouveront pas tout à fait leur compte.
Tintin survivra-t-il en dehors du cadre voulu par Georges Remi ? L’avenir nous le dira.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Du manège dans les paroles

Il y a six mois, je faisais part à mes lecteurs de ma colère consécutive à l’arrivée de « chéri(e) fais les valises ! », la nouvelle émission de Nagui qui venait éclipser « n’oubliez pas les paroles ».
Aujourd’hui, j’ai toutes les raisons d’être satisfait puisque, comme je l’appelais de mes vœux, « chéri(e) fais les valises ! » n’est plus et que mon karaoké bien aimé est revenu.
Je trouve que la nouvelle formule est encore meilleure que celle qu’on pouvait voir avant les vacances.
Je dois le reconnaître, la formule initiale était sympa, mais un peu simpliste, le risque avec les émissions sympas, mais simplistes, c’est la sclérose, le risque de finir dans le placard des dinosaures télévisuels avec les chiffres et les lettres, l’eurovision, miss France et Michel Drucker.
Le coup des bonus/malus que voit le téléspectateur, mais pas le candidat, c’est sympa, ça met un peu de piment, un peu de suspense. Le nouveau joker qui permet de changer de chanson…pas très utile, mais sympa aussi. Il rappelle que le plaisir est d’entendre les gens chanter le plus longtemps possible.

Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est le changement de thème hebdomadaire. Ça, c’est vraiment bien, on sent qu’on est dans la créativité permanente, qu’on fait évoluer le concept.
À la rentrée, il y a eu les célébrités, puis les sosies…cette semaine, c’est les célibataires.
Un zeste de « tournez manège » dans « n’oubliez pas les paroles » ? Pourquoi pas si c’est expérimental, si ça ne continue pas 30 ans. Comme dit Johnny, « on peut juste essayer pour voir ».

Tout d’abord, il faut des célibataires, ingrédient qui a fait le succès de l’émission phare des années 80. Une femme choisit entre deux hommes qui chantent devant elle. Quels sont les critères de sélection de la candidate ? Très subjectifs, on imagine. Voilà le premier couple sur la piste. Quand ils ne chantent pas, on observe leur comportement. Que vont-ils faire quand ils vont répondre juste à une question ? Rien ? La bise ? Se serrer la main ? À la fin des deux premières chansons, la femme se tourne vers l’homme, mais celui-ci ne semble pas s’en apercevoir. À la troisième, l’homme se décide enfin à se retourner vers la candidate, mais elle ne le regarde pas. Le lendemain, la glace n’a pas vraiment l’air d’avoir été brisée. À 35000€, il attaque et décide de l’embrasser. Elle se laisse faire sans conviction.

La nouvelle candidate est une petite jeune frisée toute mimi avec chapeau et salopette. On retrouve le prétendant malheureux de la veille face à un petit jeune. Le malheureux chante « cœur de loup » de « Jean Jacques Lafontaine ». On a mal pour lui…elle n’était pas née en 89 ! Le petit jeune chante « machistador » de « M ». Elle a les yeux qui brillent en le regardant. L’animateur tente de faire durer le suspens, mais on sait déjà qui a gagné. Deuxième râteau en deux jours, le type est un peu secoué. Naguy s’en aperçoit et semble gêné : il aura une dernière chance. Après, c’est du sadisme. Il y a peut-être un truc à creuser pour consoler le lourdé ? À voir…on innove, on innove. Pourvu que ça dure !

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Blackthorn

Butch Cassidy, le célèbre gangster américain, ne serait pas mort en Bolivie en 1908 comme le veut la version officielle. Le film se fonde sur des recherches ADN effectuées en 1991 qui tendaient à prouver que les restes présumés de Robert Leroy Parker (Butch Cassidy) et de son comparse Harry Longabaugh (Sundance Kid) ne pouvaient être les leurs (Parker avait 12 frères et sœur, ce qui facilite les comparaisons génétiques).
On retrouve donc Butch 20 ans plus tard, toujours en Bolivie, mais sans « le Kid », mort entre temps. Le vieux cow-boy qui se fait appeler James Blackthorn, fossile vivant de l’histoire de l’ouest (très bien incarné par Sam Shepard) décide de rentrer au pays. En chemin, il fait la rencontre d’Eduardo, un jeune ingénieur qui a volé un gros propriétaire minier. Eduardo sera le nouveau Kid de Butch avec lequel, l’espace d’une aventure, il va retrouver la vigueur qu’il pensait avoir perdu.

Le scénario n’est qu’un prétexte. L’intrigue se déroule avec la lenteur qui convient à l’âge du vieux Butch qui ne goûte plus que modérément le parfum de l’aventure, contrairement à Eduardo qui, ayant fini par découvrir la véritable identité de Blackthorn, n’en revient pas de faire équipe avec une légende vivante.

L’acteur principal de Blackthorn, c’est la Bolivie avec ses paysages à couper le souffle. En particulier, les scènes principales tournées au milieu du « Salar de Uyuni », le plus grand désert de sel du monde, sont époustouflantes.

Le plus beau plan qui, à mon sens, résume tout le film, nous montre Cassidy sur un cheval exténué qui ne se déplace plus qu’à tout petits pas, suivi à la même allure à quelques centaines de mètres par un homme parti à sa recherche.
L’issue de la poursuite ne dépend plus de l’habileté du vieillard, mais de sa capacité à résister à l’aridité des lieux irradiés par un soleil implacable.

Un beau film sur la relativité du mot « aventure », sur le vieillissement, sur ce qui compte dans une vie. Perdu dans un monde qu’il ne reconnaît plus et qui le considère comme un fantôme, Butch ne peut que mettre un point final à ses aventures. La rencontre avec Eduardo aura été le dernier soubresaut d’un temps qui n’est plus et qui n’a plus lieu d’être.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

J’ai rencontré le diable

Dans la banlieue de Séoul, une jeune femme tombe en panne sur une route enneigée et attend la dépanneuse en téléphonant à son fiancé pour tromper son angoisse…

La suite immédiate, vous la connaissez. Elle va tomber sur :

1- Un raton laveur ?
2- Une dépanneuse ?
3- Un serial killer ?

Bravo, c’est effectivement la réponse 3.

J’aurais dû me méfier d’un titre aussi pourri, mais une fois de plus, je me suis laissé influencer par les deux T noirs de Télérama et peut être aussi par la nationalité du cinéaste : c’est quoi un thriller coréen ?

Dire que j’ai été déçu serait un euphémisme. Dire que j’ai été révolté serait faire trop d’honneur au réalisateur.

La suite de l’agression de l’oie blanche en panne dans la neige n’est qu’une surenchère dans l’horreur et dans l’ultra violence. Le fiancé va bien entendu se lancer à la poursuite de celui qui a violé, torturé et découpé sa fiancée en morceau avant d’envoyer le tout à un confrère cannibale. Eh oui, pour faire disparaître un corps, rien de mieux que d’avoir un copain volontaire pour boulotter vos victimes (l’histoire ne dit pas s’il mange aussi les os).

Bref, le scénario ne casse pas trois pattes à un canard laqué et semble avoir été imaginé par un pré ado qui aurait lu trop de mangas. Alors on peut dire : oui, mais c’est du cinéma coréen, on ne peut pas tout comprendre. C’est certainement ce qui lui a valu les deux T noirs de Télérama. Nul doute que si le film avait été réalisé par un américain ou un français, il n’aurait pas eu la même note.

À mon avis, le film aurait dû être retravaillé en profondeur. Il y a quelques idées qui, à mon sens, auraient dû mieux être exploitées. Il y a aussi un certain humour qui fait curieusement penser à celui des frères Coen, mais qui est malheureusement noyé sous un flot d’hémoglobine et de chair humaine: le serial killer se faisant prendre en stop par deux autres serials killers qui sortent d’on ne sait où ; le type qui essaie de retirer un couteau qu’on lui a planté dans la main et qui descelle le manche…

Un film qui m’apprendra surtout à me méfier des TT de Télérama.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le retour de la brosse à dents

Depuis un an, « n’oubliez pas les paroles » clôturait mes journées de boulot. C’était un jeu tout simple et c’est sans doute sa simplicité qui en faisait le charme. C’est vrai, les candidats ne chantaient pas tous bien, mais il y avait un quelque chose de « bon enfant » sur le plateau qui rendait cette émission sympathique qui faisait une ambiance de fond idéal permettant de faire tout un tas de choses en jetant un œil sur l’écran de temps en temps. Nagui aussi semblait comme un poisson dans l’eau dans cette sorte de « Taratata pour les nuls ». Bref, j’étais complètement fan de « n’oubliez pas les paroles ». Et puis, patatras, j’ai appris il y a deux semaines que « mon » émission allait être remplacée par « chéri(e), fais les valises ! ». Le titre m’a immédiatement alerté. Certes le «(e)» laissait une lueur d’espoir; « chérie, fais les valises » aurait été la fin de tout, le retour aux clichés machistes des années 50 du genre « maman est dans la cuisine pendant que papa lit son journal ». Mais qui a fait attention à la parenthèse ? Pas moi en tout cas puisque je viens de regarder le titre exact dans le programme télé. Comme si le titre ne suffisait pas à démolir d’emblée le jeu, France 2, dans les flashs sensés nous donner envie de regarder la chose, montrait un Nagui surexcité déguisé en Iznogoud qui ne présageait rien de bon.

De retour du boulot ce soir, en sevrage de ma demi-heure quotidienne de karaoké, j’ai décidé d’accorder une ultime chance au présentateur.

À 19h pétante, il est arrivé dans son costume d’Iznogoud, juché sur le dos d’un éléphant. Devant un public entièrement déguisé, il s’est mis à sélectionner quelques candidats à l’aide d’un quizz. Ensuite nous avons eu droit à un remake d’interville sans les vachettes pour une deuxième sélection, ensuite…j’ai déjà presque tout oublié… à oui, encore un quizz avec des valises qui tournent sur un tapis roulant d’aéroport. Et pour finir, je vous le donne en mille…(roulement de tambour), un schmilblick !!! Oui, mais pas n’importe quel schmilblick, un schmilblick avec un coffre magique qui parle (là, c’est plus du interville, c’est carrément du Chantal Goya).

Et là, moi je dis « stop ». Pourquoi ? Pourquoi Nagui ? Tu t’étais déjà pourtant vautré avec « n’oubliez pas votre brosse à dents » ? Tu sais bien que ça ne marchera pas, ce gloubiboulga à base de vieux trucs télévisuels complètement éculés ? Comment peux tu ne pas comprendre que les gens qui rentrent du boulot ont envie d’un truc sympa et reposant et pas d’une agitation complètement débile ? Combien de temps ça va durer ce truc ? Une semaine ? Deux semaines ? Un mois ? Si dans un mois tu ne nous a pas rendu « n’oubliez pas les paroles »…tu seras plus mon copain.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Black swan

Nina est choisie par son chorégraphe pour interpréter le double rôle du « cygne blanc » et du « cygne noir » dans une nouvelle mise en scène du ballet de Tchaïkovski. Oie blanche par nature, Nina est faite pour le rôle du « cygne blanc ». Pour se fondre dans celui du « cygne noir », elle devra aller jusqu’au bout d’elle-même.

Je ne m’intéresse ni à la danse ni aux ballets et je ne connaissais le lac des cygnes que par le biais de la pub pour le chocolat Lindt. Pourtant, j’ai été complètement retourné par ce film comme rarement je l’ai été (le seul équivalent qui me vient à l’esprit est « Aguirre, la colère de dieu » de Werner Herzog).

Si Vincent Cassel est très bien dans le rôle du chorégraphe français, probablement inspiré de Maurice Béjart, mort en 2007, que dire de Natalie Portman ?
Belle ? Bien entendu, mais ça on le savait déjà.
La encore, il m’est difficile de trouver le mot… incroyable.
Oui, je pense qu’ « incroyable » est le mot qui convient le mieux. L’actrice ne joue pas seulement le rôle d’une danseuse, elle ne joue pas seulement le rôle d’une danseuse devant interpréter deux rôles complètement opposés au cours d’une même prestation. Non, elle va beaucoup plus loin. Elle incarne le mystère terrifiant de la création artistique : ce démon intérieur qui pousse l’être humain jusqu’à la folie pour lui faire atteindre la perfection. Natalie Portman est enceinte du cygne noir. « Black Swan » est l’histoire d’une gestation et l’accouchement est saisissant.

Content qu’un Oscar lui ait été attribué pour ce rôle. Non seulement parce qu’elle l’a à mon avis complètement mérité, mais aussi et surtout parce que cela donne de la valeur aux trophées artistiques. On a trop entendu à tort ou à raison « oui, les oscars, c’est truqué, comme la palme d’or du festival de Canne, le Goncourt… ». Peut-être qu’il n’y a pas tous les ans un chef-d’œuvre absolu et que le choix est parfois difficile. N’empêche que savoir qu’il y a un jury pour voir la réussite quand elle est là, ça fait chaud au cœur.

En surfant sur internet, j’ai vu que Natalie Portman attendait un enfant dans la vraie vie et l’on ne peut s’empêcher de faire un parallèle, d’autant plus que le père est un danseur étoile français rencontré sur le tournage de « Black Swan ».
Oui, bon, le people, normalement c’est pas trop mon truc, mais avouez que là, c’est troublant.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

True Grit

Mattie Ross, une gamine de 14 ans, fait appel au chasseur de prime Rooster Cogburn pour venger son père de Tom Chaney, l’homme qui l’a tué. Dans leur traque, ils sont accompagnés par Laboeuf, un autre chasseur de prime chargé de capturer le même homme pour un crime commis sous une autre juridiction.

42 ans après Henry Hathaway, Joël et Ethan Coen reprennent à leur sauce « cent dollars pour un shérif ». Dans le rôle de Cogburn, Jeff Bridges reprend le rôle initialement occupé par John Wayne.

Paris Première a eu la très bonne idée de programmer le film d’Hattaway le lendemain de la sortie du film des Coen. En regardant successivement ces deux films, j’ai donc enfin pu essayer de percer le secret des champions de la caricature de l’Amérique profonde.

Le film d’Hattaway est archi classique et d’une mièvrerie affligeante : un western « à l’ancienne » digne des années 50 et tourné en 1969, 3 ans après le très moderne « Le Bon, la Brute et le Truand » de Sergio Leone.

La différence entre les deux films n’est à première vue pas à rechercher dans le scénario. Certains plans et dialogues de True Grit sont même des copier-coller de « cent dollars… » La différence la plus flagrante tient tout d’abord aux acteurs.
La Mattie d’Hattaway est une caricature de garçon manqué monté en graine et ses rapports avec Cogburn restent ceux d’une enfant et d’une « grande personne ». Celle des Coen a une féminité toute en devenir et sa relation avec le chasseur de prime est comparable à celle de Natalie Portman et Jean Raino dans Leon. Jeff Bridges semble moins fatigué et plus délicieusement décadent que John Wayne et Matt Damon est moins niais que le « Laboeuf » de 1969.
Ce qui change dans le scénario, ce sont d’abord les proportions. Les Coen ne s’attardent pas sur les conditions de la mort du père de Mattie, ni sur tout un tas de détails secondaires qu’ils évoquent, mais qu’on comprend mieux chez Hattaway. Ils se concentrent sur la traque de Chaney dans un grand ouest désertique au milieu duquel ils sèment des personnages paumés et mille et un détails loufoques qui font leur marque de fabrique.
La principale différence scénaristique tient en fait dans les 15 dernières minutes de True Grit. Cette fin donne une magie, une profondeur et une noirceur scotchante au film qui n’existait bien entendu pas dans la version de 69. Cette fin, qui montre que les blessures les plus profondes sont souvent inattendues et que l’héroïsme le plus fort n’est pas forcément le plus visible, fait de True Grit un film drôle et dur qui me marquera durablement.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.