Blue Jasmine

Jasmine (Cate Blanchett, sublime), rescapée du naufrage financier de son époux, un homme d’affaires véreux qui a fini par se suicider en prison, débarque à San Francisco pour se faire héberger par Ginger, sa sœur, caissière dans une supérette, qui mène comme elle peut une petite vie chaotique.

Woody est de retour. J’avais eu peur l’année dernière avec son opus romain qui dégageait des effluves de vieux brouillon retrouvé dans un fond de tiroir et recyclé à la hâte. Me voilà rassuré, il est encore capable d’innover. Ce dernier chef-d’œuvre aborde le thème cruel du « déclassement social ».

Les fans du réalisateur auront au premier abord un peu de mal à trouver la filiation avec le reste de l’œuvre. Pour ma part, je remonterais à « vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu » pour retrouver l’origine d’une noirceur qui ne faisait alors que pointer le bout de son nez. Autre similitude, l’absence de référence au psy alors que de toute évidence, Jasmine en aurait grandement besoin… peut-être consultait-elle lorsqu’elle en avait les moyens.

Je rapprocherais aussi « Blue Jasmine » d’un autre chef d’œuvre. Il faut pour cela faire abstraction de l’intrigue criminelle très scénarisée de « Match point » pour ne retenir que l’histoire de l’ascension sociale d’un jeune homme sans scrupules et sans morale, servi par une chance inouïe. Jasmine en est le miroir inversé, elle n’a finalement pas grand-chose à se reprocher même si elle est indirectement responsable de sa situation. Projetée un temps dans une jet set que sa présence illuminait, elle y perdra ses repères et en sera chassée pour avoir misé sur le mauvais cheval. Le voyage à San Francisco sera l’ultime soubresaut d’une lutte contre une déchéance dont elle ne se relèvera pas.

Jasmine était beaucoup trop fragile pour supporter la chute, peut-être l’était-elle aussi pour supporter sa trop grande beauté. Incapable d’abandonner son passé flamboyant, elle s’y réfugiera pour ne plus en sortir. Comme Scarlett Johansson dans Match Point, Jasmine a joué… et a perdu.

Sa sœur semble plus solide, mais il faut dire aussi que Ginger ne tombe jamais de très-haut. N’ayant jamais goûté au grand luxe, elle n’a pas vraiment conscience de son existence. Moins prétentieuse, moins naïve, moins superficielle, elle se contente de transpercer les carapaces poisseuses de ringards improbables pour y trouver un peu de tendresse.

L’élément clef du film est pour moi le « hasard », cet électron libre que l’on qualifie de chance ou de malchance. On aimerait que les méchants soient toujours punis et que les bons soient toujours récompensés, mais il n’en est rien: le hasard s’abat toujours à l’aveuglette, il n’est pas immoral, il est amoral.
Edouard

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