Un Monde sans tous ses États

Un milliardaire fou ayant développé des algorithmes surpuissants, parvient à manipuler les électeurs américains en les noyant dans les fake-news. Il fait ainsi entrer à la Maison-Blanche un président fantoche qui n’est rien d’autre que sa marionnette.

Souvenez-vous des scénarios des James Bond. Sur fond de guerre froide, un milliardaire fou rêvait de devenir maître du monde. Heureusement, l’agent 007 était là pour l’empêcher de nuire. Depuis « mourir peut attendre » en 2021, James Bond est mort et on pouvait se demander si, derrière la mort du personnage, ne se cachait pas en fait la mort d’un concept scénaristique devenu obsolète.

Je ne sais pas si c’est parce que 007 est mort, mais force est de constater que le monde est aujourd’hui dominé par un milliardaire fou, Elon Musk, talonné par deux autres, Jeff Bezos et Marc Zuckerberg. Finalement, ce qui fait peur n’est pas tant Donald Trump que ses soutiens.

Les générations futures retiendront peut-être que le personnage de James Bond était en fait le gardien d’un Monde interétatique. C’était un Monde dans lequel il était évident que certaines prérogatives, comme la conquête spatiale, ne pouvaient relever que de la sphère étatique. Ce n’est plus le cas pour la conquête spatiale dans laquelle Elon Musk et Jeff Bezos font aujourd’hui la course en tête, loin devant des États déboussolés.

Lundi, ce scénario sera une réalité. Mardi, aux dires de Donald Trump, la guerre en Ukraine devrait se terminer. Personne n’y croit vraiment, mais tout le monde attend de voir ce qui va se passer.

On peut reprocher beaucoup de choses à Poutine, mais pas de vouloir faire sortir le monde du Schéma interétatique. On le sent plutôt sur un schéma impérial « à l’ancienne ». Il n’y aura donc pas d’affrontement classique État/État.

Je ne suis pas devin, mais il est fort probable que Donald Trump agisse dans l’intérêt d’Elon Musk et celui-ci n’abandonnera l’Ukraine que s’il y trouve son intérêt. Dans ce nouvel ordre mondial, le concept de « diplomatie » n’aura plus de sens puisque seul comptera l’intérêt du puissant, le Ubu d’Alfred Jarry.

Il est donc possible que le Schéma qui se profile ne serve pas les intérêts des Russes, ni ceux des Ukrainiens, ni ceux des Européens, ni peut-être même ceux des Américains. Ce qui est certain, par contre, c’est qu’il servira les intérêts d’Elon Musk.

Donc, ce qui se profile n’est pas une guerre des États, mais une guerre des puissants. Un concours planétaire d’ego surdimensionné auquel l’Union européenne ne participera pas, faute de pouvoir proposer un candidat.

Il va y avoir du spectacle et je ne parierai pas sur Poutine. Généralement, dans les films, ça finit mal pour le méchant . Mais comme 007 n’est plus…

Edouard

Zelensky et la voie du nord

Comme tout le monde, j’ai été surpris par la percée par l’Ukraine d’un nouveau front au nord et son avancée en Russie. Un peu embêté aussi parce que cet événement renvoyait aux archives mon dernier post dans lequel je misais sur une guerre longue au cours de laquelle il ne se passerait pas grand-chose.

Force est de constater que depuis la semaine dernière, il se passe quelque chose. Aucun des militaires russes en âge de combattre n’a connu une telle situation. Sans doute ont-ils entendu parler des déroutes de Napoléon et d’Hitler, des tentatives d’invasion malheureuses qui confirmaient la règle de l’inviolabilité de la Russie.

Pour reprendre l’image de Poutine en joueur compulsif décrit dans mon précédent post, c’est comme si celui-ci rentrant chez lui en taisant, comme d’habitude, son activité à sa femme et ses enfants, se faisait suivre par le bandit manchot envahissant son domicile en défonçant la porte. Ça devient complètement surréaliste, un scénario à la Tex Avery.

Le premier effet de cette intrusion est qu’elle révèle aux proches du joueur compulsif en quoi consiste la réelle activité du chef de famille. À l’échelle de la Russie, difficile de savoir quelles conséquences cela aura, mais le message est passé. Pas besoin d’être un Napoléon ou un Hitler pour violer les frontières de la Russie, un Zelensky suffit. On comprend que le débat ne se limite plus à la question de la frontière orientale de l’Ukraine, mais soulève la question de la posture impérialiste de la Russie vis-à-vis des différentes républiques composant la Fédération de Russie, de Saint-Pétersbourg à Vladivostok. Poutine restera-t-il dans les mémoires comme l’homme ayant enterré le régime tsariste dont l’URSS avait hérité ?

Difficile de savoir ce qu’il adviendra sur un plan stratégique. Cette course se finira-t-elle en pétard mouillé comme celle de Wagner ? Plus les jours passent, plus cette hypothèse s’efface. Y a-t-il une suite de prévue ? Ce qui est certain, c’est que les Ukrainiens et les Occidentaux vont faire très attention aux mouvements des troupes russes qui vont dégarnir le front pour repousser les Ukrainiens.

Quoi qu’il en soit, les Ukrainiens et leurs alliés ont peut-être trouvé le talon d’Achille de l’armée russe.

Celui-ci n’était certainement pas à rechercher dans sa puissance de feu. Le schéma de type « première guerre mondiale » ne semblait pouvoir aboutir que sur un conflit long, extrêmement coûteux et à l’issue incertaine.

La fragilité de l’armée russe est sans doute plutôt à rechercher dans son gigantisme, dans le poids de son organisation interne, tentaculaire et ultra rigide qui limite la réactivité dont elle aurait besoin pour faire face à une situation imprévisible. Et je ne parle pas des recherches de responsabilités au sein de l’armée ayant permis cette situation. Quand on sait que les Ukrainiens, massés de l’autre côté de la frontière, ont attendu que les Russes déminent des champs qu’ils avaient eux-mêmes minés pour pouvoir la traverser, ça laisse un peu songeur.

Les Russes doivent se demander maintenant comment ils vont pouvoir s’organiser pour repousser les Ukrainiens tout en se rejetant les uns sur les autres la responsabilité de l’invasion. Ça risque de prendre du temps et pendant ce temps…

Édouard

Les impossibles victoires russes

Les mois se suivent et se ressemblent : la prise d’un village par les Russes, la destruction d’un centre d’hydrocarbure par les Ukrainiens et des morts, des morts, toujours des morts. On voit bien que quelque chose bouge, mais rien de décisif. On finit par se lasser aussi de ce paysage monotone. Il y a bien l’arrivée des F16, mais personne ne semble imaginer que cela puisse changer quoi que ce soit.

Et puis, il y a l’été et la plage, les barbecues entre amis, les JO, le feuilleton de la vie politique française qui reprendra le lendemain des JO. Alors l’Ukraine… c’est toujours pas terminé ?

Il n’y a en définitive qu’une façon de battre les Russes : l’épuisement pour que le pays s’écroule de lui-même, comme en 1990. Comme un joueur de jackpot accro à la guerre, Poutine dépense toujours plus : il sent que le vent va tourner, il a presque gagné, c’est tout comme s’il avait gagné… et quand il sera à poil, les négociations pourront commencer.

Cela peut prendre du temps. Il ne faut pas que l’Ukraine s’épuise la première, d’où une aide homéopathique des alliés occidentaux pour que les Ukrainiens tiennent, mais aussi pour que la Russie ne perde pas espoir de l’emporter et qu’elle continue à dépenser encore et toujours… c’est presque bon, on va y arriver !! L’aide des Occidentaux ne peut cependant qu’être homéopathique parce qu’ils savent que plus la Russie se sentira acculée, moins elle sera contrôlable avec un risque d’utilisation de l’arme nucléaire.    

Pris par son élan, Poutine n’a peut-être plus conscience que sa course est autodestructrice et quand bien même, il ne peut plus s’arrêter. L’économie russe ne tient plus que par la guerre, elle s’effondrera après, il le sait.

Certains experts en géopolitique savent peut-être comment tout ça va se terminer. J’en doute. En tout cas, les JO montrent que la vie planétaire peut très bien continuer sans la Russie. Ils sont tous là, on les a vus dans leurs bateaux sur la Seine, lors de cette interminable litanie étatique à l’occasion de l’ouverture des JO.

Les copains de Vladimir sont là aussi et en particulier la Chine et la Corée du Nord. Ils auraient pu dire, « si Vladimir n’est pas invité, on vient pas », mais ils ne l’ont pas fait. On sent que c’est plutôt « désolé mon pote, on te racontera ».

Tout le monde aura remarqué le coude à coude entre la Chine et les États-Unis en tête du tableau des médailles. La Russie n’est pas visible, normale, la guerre froide est terminée et la Chine doit se consoler de l’absence de cet ex-grand frère. On ne parle plus non plus des athlètes russes et biélorusses qui devaient participer aux JO sous bannière neutre.

Et pendant ce temps, Vladimir mise encore et toujours, espérant en vain que les trois Zelenski s’afficheront sur le bandit manchot.

En définitive, personne ne semble s’apercevoir de l’absence des Russes aux JO et c’est sans doute un coup énorme porté à Poutine, condamné à l’indifférence mondiale, enlisé dans une guerre hors d’âge. Les soldats russes vont-ils enfin se demander pour qui ils se battent et pour qui ils se font tuer ? Qui sait ?

La prestation de Philippe Katherine lors de la cérémonie d’ouverture était volontairement ridicule. On aime ou on n’aime pas, mais en tout cas, tout le monde l’a remarqué (en particulier en Chine et au Japon). Il a peut-être fait des envieux à Moscou.

Édouard

Quand les Russes auront perdu…

C’est bien connu, pour atteindre un objectif, il faut d’abord le visualiser intérieurement.

La défaite de l’Ukraine, on la connaît. La perte des régions à l’est ainsi que la perte définitive de la Crimée. Les Russes s’arrêteront-ils là ?

La victoire de l’Ukraine serait un retrait généralisé des troupes russes, y compris de Crimée. Mais si c’est le cas, combien de temps resteront-ils derrière leur frontière avant de recommencer ?

Peu importe finalement que les Russes « gagnent » ou « perdent ». La seule chose qui puisse les dissuader, c’est la présence d’une puissance militaire supérieure de l’autre côté de la frontière. Aujourd’hui, il n’y en a qu’une : l’OTAN avec les États-Unis et il n’y a pas de puissance suffisamment dissuasive de l’autre côté de la frontière, l’Ukraine n’étant pas dans l’OTAN.

Armer les Ukrainiens peut aider ponctuellement à résoudre le conflit, mais ce n’est pas une solution pérenne.

Par ailleurs, l’outrance de Donald Trump pose la question de la pérennité de l’OTAN de la guerre froide, axé autour de la lettre « A » : l’Atlantique.

Sans être un adorateur de Trump, on peut douter que l’Atlantique constitue encore aujourd’hui un axe géopolitique majeur, en tout cas pour les États-Unis qui regardent de plus en plus vers le Pacifique.

Et que reste-t-il si les Américains se retirent ? L’UE c’est-à-dire pas grand-chose en termes de puissance militaire. Pendant toute la guerre froide et encore au cours des 30 dernières années, l’Europe a vécu dans une double dépendance : énergétique vis-à-vis de la Russie et militaire vis-à-vis des Américains. Si elle semble avoir montré sa volonté de sortir de sa dépendance énergétique vis-à-vis des Russes, elle réalise aujourd’hui que le soutien indéfectible des États-Unis n’est pas gravé dans le marbre.

Bref, pour que les Russes restent derrière leur frontière après la fin de la guerre, il faudra que l’Ukraine soit intégrée à une structure militarisée continentale suffisamment puissante pour les dissuader de risquer un affrontement.

Cette structure n’existe pas aujourd’hui. Il faudra la créer, mais ça prendra du temps et celui-ci commence à manquer aux Ukrainiens.

Le tracé des frontières extérieures de l’Ukraine dépend aujourd’hui du bon vouloir des élus républicains, mais la pérennité de la paix en Europe dépend des Européens.

L’armée qui a toujours été considérée comme étant au centre du pouvoir régalien étatique ne doit-elle pas devenir une structure supranationale ?

Tant que nous n’aurons pas répondu à cette question, les Russes pourront perdre des batailles, mais pas la guerre.  

Edouard

Viktor le corruptible

C’est une décision symbolique mais elle était indispensable : l’Ukraine est officiellement engagée dans un processus d’adhésion à l’Union Européenne.

A l’heure où, de l’autre côté de l’Atlantique, les républicains hésitent à poursuivre le soutien militaire de l’Ukraine, l’engagement du processus d’adhésion est une manière de leur faire comprendre qu’en cas d’abandon du soutien, les américains se retrouvaient seuls responsables de la victoire de la Russie et que leur attitude est en définitive, une attitude pro-Poutine.

Et si les européens mettaient les bouchées doubles pour faire face à la frilosité américaine ? Pour sauvegarder son impérialisme, les Etats-Unis se doivent de démontrer qu’ils sont indispensables. Non, vraiment, l’oncle Sam ne sortirait pas grandi d’un désengagement.

Derrière l’ouverture des négociations entre l’Union Européenne et l’Ukraine, on retiendra un autre événement moins médiatisé mais d’une dimension symbolique non négligeable : l’abstention de Viktor Orban qui aura permis l’engagement du processus.

Certes, le leader hongrois a sauvé la face en ne votant pas pour l’adhésion, certes il a fait payé cher son silence en campant une position de maître chanteur de l’Union Européenne, certes il discrédite les institutions européennes qui n’ont pas encore les moyens juridiques de faire passer l’intérêt de l’Union avant les intérêts privés des Etats membres mais, même compte tenu de tous ces éléments, l’achat du silence de Viktor Orban par l’Union Européenne n’aura peut-être pas été un mauvais investissement.

Au-delà des effets symboliques de l’ouverture des négociations qu’aura permis cet investissement, il aura démontré de quoi est réellement constitué le principal soutien européen à Poutine.

Elle aura démontré que le soutien idéologique de Budapest à l’opération spéciale s’effrite en définitive facilement avec quelques millions d’Euros. En poursuivant son chantage sur le plan budgétaire maintenant, Orban ne pourra que provoquer l’indignation des citoyens européens, ce qui ne pourra que le marginaliser et faire hésiter d’autres dirigeants qui auraient voulu suivre son exemple

Cet achat peut aussi ouvrir d’autres perspectives. A quoi tiennent réellement les soutiens apportés à Poutine ? Si l’Union Européenne a pu corrompre la Hongrie, peut être l’occident réussirait il à en corrompre d’autres.

Et si la défaite Russe ne dépendait en fait que de l’effritement des soutiens de Poutine ? Il est vrai que c’est une vision moins cinégénique que les combats au corps à corps dans la neige mais certainement moins meurtrière et peut être même plus efficace. Une idée à creuser…

Edouard

Napoléon

Splendeur et décadence d’un militaire Corse.

N’étant pas un grand admirateur de l’homme, j’y suis allé sans crainte, curieux de comprendre le bruit que la sortie du film faisait en France. Les gardiens de la mémoire de Napoléon seront certainement choqués. C’est un point de vue anglo-saxon en tout cas, notre empereur aurait certainement pu y être présenté sous un meilleur jour.

Anachronismes ? Réécriture de l’histoire ? Je pense que Ridley Scott a lu beaucoup plus d’ouvrages sur Napoléon que moi (c’est pas difficile).

L’Histoire n’est pas objective, surtout quand une aventure qui s’est déroulée sur 20 ans doit être contée en 2h30. Le réalisateur choisit les quelques événements qu’il retiendra et l’angle sous lequel il les présentera.

Le père d’ « Alien » ouvre son histoire sur un épisode qui n’est certainement pas le plus glorieux de la révolution française : l’exécution de Marie-Antoinette. Une scène bien sanglante que n’auraient pas reniées ses bébêtes extraterrestres.

La révolution dans son ensemble est d’ailleurs présentée comme une pagaille ultra violente. Napoléon, d’abord spectateur, va petit à petit réussir à établir un nouvel ordre. Jusque-là, on est tous d’accord.

Je ne connaissais pas l’épisode de la prise de Toulon par les anglais. Le rôle de Napoléon dans la campagne d’Egypte n’est pas très clair. La bataille d’Austerlitz est bien. J’ai tout de même eu l’impression que c’était très à l’est dans le film pour les Pays-Bas. Les cinéphiles feront le parallèle avec « Alexandre Nevski » d’Eisenstein et la bataille sur la glace contre les chevaliers teutoniques. Il y avait aussi une histoire de soleil, il me semble, à Austerlitz mais là, le ciel est plutôt voilé. Puis, viennent la campagne de Russie et, pour finir, comme on sait, Waterloo.

Tout ça est entrecoupé par les amours entre Napoléon et Joséphine. J’ai été surpris que le tsar Alexandre 1er vienne voir Joséphine à la Malmaison, mais il semble que ce soit vrai.

Une autre bataille qu’on ne voit pas et qui est juste évoquée m’a intriguée : la bataille de Borodino. J’ai toujours su que c’était une victoire, mais alors que Joaquin Phoenix l’évoque comme telle, un texte apparait en anglais à l’écran faisant état de perte. En fait, par perte, il faut entendre « nombre de morts ».

Dès lors, naît une ambiguïté que l’on retrouvera dans le plan final du film listant les batailles de Napoléon et précisant, pour chacune d’elles, le nombre de morts associés. Qu’est-ce qu’une victoire militaire ? Est-ce le gain du belligérant ayant pu satisfaire ses desseins géopolitiques ? C’est généralement come ça qu’on l’imagine. Mais peut-on vraiment parler de victoire dès lors qu’il y a 1000, 10 000 ou 100 000 morts ?

La réponse de Ridley Scott est clairement « non » mais c’est une conception très moderne, qui n’a commencé à se développer qu’après la première guerre mondiale. A l’époque de Napoléon, l’avantage géopolitique passait avant le nombre de morts. Il en est autrement aujourd’hui. La dimension géopolitique du film est d’ailleurs quasi inexistante.

Le parallèle avec l’actualité est tentant. Peut on dire que la prise de Bakhmout est une victoire Russe compte tenu du nombre de morts qu’elle a causé ?

Et si ce film était en fait un film anti guerre ? L’orgueil des français en sort froissé mais on s’en remettra.

Edouard

La dernière destruction du temple

En 70 après Jésus Christ, l’armée de l’empereur romain Titus détruisit le temple de Jérusalem. Les juifs estiment que cet acte est le point de départ de leur diaspora en Europe et en Afrique du Nord. Les conséquences de cet événement sont toutefois contestées par certains historiens, en particulier au sein de la communauté juive, qui soulèvent qu’à l’époque, des communautés juives existaient déjà tout autour du pourtour méditerranéen.

Une fois l’effroi passé et les morts enterrés, on pourra se poser la question de ce que représente le carnage de ce début d’octobre 2023.

Bien entendu, on essaiera de comprendre comment un Etat sensé disposer des meilleurs services secrets du monde a-t-il pu laisser agir ainsi le Hamas. Les fake news qui n’ont pas tardé à inonder la toile insinuant qu’Israël avait laissé faire en disent long sur l’état d’incompréhension générale fasse à la survenance d’un tel événement.

On se demande ce que peut gagner le Hamas avec cette action. Au premier regard, on pourrait penser « pas grand-chose ». La répression d’Israël sera certainement toute aussi violente et sanglante. Au pays des tables de la loi, la loi du talion est encore de mise.

Pour comprendre ce que peut gagner le Hamas, il faut regarder au-delà de l’horreur du moment. Comme pour tout acte terroriste, le message n’est pas adressé aux victimes mais aux survivants.

Je ne pense pas seulement au camouflet reçu par l’administration Netanyahu, mais à un message adressé à tous les juifs présents en Israël et aussi à ceux de la diaspora.

En 1948, lors de la création de l’Etat, la destruction de 70 était dans la tête des premiers Israéliens : après presque 19 siècles d’errance au cours desquels il fût persécuté, le peuple juif retrouvait enfin la mère patrie, un havre de paix où tous les juifs du monde pourraient vivre librement. Depuis le 7 octobre, on peut se demander ce qu’est devenu ce havre de paix et s’il n’est pas aujourd’hui l’endroit du monde où les juifs ont le plus de risques de trouver la mort.

Qu’adviendra-t-il maintenant, une nouvelle diaspora ?

On devine la suite. Un déséquilibre démographique énorme entre la Palestine et Israël très défavorable à l’état juif en dehors des ultra-nationalistes qui font beaucoup d’enfants. On peut parier sur une fuite continue des Israéliens modérés ayant les moyens de s’implanter en occident. Trois hypothèses : La disparition de l’Etat juif qui semble peu probable compte tenu de sa supériorité technologique et du soutien des Etats-Unis, la création d’un Etat palestinien distinct d’Israël semble beaucoup plus probable ou, soyons fou, la création d’un Etat unique qui regrouperait juifs et musulmans. Rien n’est impossible, l’Ukraine a bien aujourd’hui un président juif et un premier ministre musulman.

En France, les jeunes juifs ont aujourd’hui moins peur du RN que de LFI. Bien entendu, il y a un fond d’antisémitisme dont le RN ne se débarrassera jamais mais la Shoah commence heureusement à s’éloigner, un temps qui a concerné leurs grands-parents et arrières grands-parents alors que l’antisémitisme de la France Insoumise est visible au quotidien sans parler de Zemmour qui est venu brouiller les cartes.

Quoi qu’il en soit, il semblerait que l’idéologie qui motivait les premiers israéliens doive aujourd’hui évoluer. Il est peut-être temps de repenser Israël.

Edouard

Fin d’une icône

Ce qui permet de dire que Poutine est bien à l’origine de la mort de Prigojine, c’est le peu d’efforts qu’il fait pour défendre son innocence. Il l’a clairement dit, « ce n’est pas moi » mais sans insister alors qu’il était si simple, en ces temps de guerre, d’accuser les ukrainiens ou je ne sais qui. En décidant de ne pas se rendre aux obsèques, il enfonce le clou. Bref, tout en disant qu’il n’est pas à l’origine de sa mort, il se comporte de manière à ce que personne ne doute de sa culpabilité.

Le patron de Wagner était la « main » de Poutine. Il incarnait cette brutalité extrême qui s’articulait parfaitement avec l’image que le maître du Kremlin voulait donner de lui. C’est cette force et cette violence qui lui ont valu tant d’admiration de par le monde.

Cette force a commencé à s’éroder dès le début de l’opération spéciale : l’armée russe n’était visiblement pas l’armée rouge. La prise de Bakhmout par Wagner, au prix d’un nombre incalculable de morts, permit toutefois à la puissance Russe de reprendre quelques couleurs.

Peut-être en saura-t-on plus un jour sur cette étrange mutinerie avortée des 23 et 24 juin. Toujours est-il que la sanction du leader s’est fait attendre. Si Poutine a mis deux mois à éliminer Prigojine, c’est clairement qu’il n’avait pas envie de le faire.

Sans doute était-il conscient que l’éliminer, c’était brûler une icône et par là même, écorner son image. C’était porter un coup à la fascination mondiale pour la brutalité russe. Que s’est-il passé au cours de ces deux mois ?

La contre-offensive tant annoncée de l’Ukraine semblait patiner et aucune des deux armées ne semblait pouvoir s’imposer. Poutine a-t-il été effrayé par la reprise de quelques parcelles de terrain par les ukrainiens autour de Backmout ? A-t-il été influencé par des signes de mauvaise augure comme l’écrasement de la sonde russe sur la Lune ? D’autres plus décidés à avoir la peau de Prigojine ont-ils finalement réussi à le convaincre ? On ne sait pas mais ce qui est certain, c’est que quelque chose l’a contraint à agir.

Et maintenant, que reste t’il à Poutine sans sa « main » ? Une bête traquée ? Un tsar de pacotille ? Son pouvoir tenait à la terreur qu’il inspirait et s’il ne fait plus peur, que va t-il devenir ?

Depuis quelques jours, les ukrainiens semblent enfin percer dans le sud et des cérémonies discrètes en l’honneur des 10 membres de Wagner poussent un peu partout en Russie même si les pouvoirs publics s’efforcent d’en faire un non-événement.

Dans une guerre, le mental joue énormément, comme dans un match de tennis, surtout quand aucun joueur n’arrive à s’imposer et qu’arrivés au cinquième set, tout le monde veut en finir.

En tant que pays agressé, les ukrainiens ont toujours eu l’avantage sur le mental et ce n’est pas la mort de Prigojine qui va permettre aux russes de reprendre la main.

Edouard

Et Poutine créa l’Ukraine

Pendant très longtemps, je n’ai pas eu connaissance de l’Ukraine. Plus tard, j’ai cru comprendre que c’était une région de la Russie.

Les plaines d’Ukraine étaient à peine évoquées par Gilbert Bécaud en 1964 quand il chantait « Nathalie », chanson que j’ai entendue pour la première fois en 1997, lors de la sortie du film « on connait la chanson ». Dans les années 2000, des amis m’ont fait connaître Andreï Kourkov : première fois que j’entendais parler d’un romancier ukrainien. Et puis il y a eu la révolution orange en 2004 avec Ioulia Timochenko et ses tresses qui me faisaient un peu penser à la princesse Leia. Ensuite, en 2014, ce fût l’annexion de la Crimée à laquelle l’occident ne semblait prêter qu’une attention distraite.

Un peu faible, tout ça, pour faire un Etat.

Le réel acte créateur de l’Ukraine, pour moi, c’est le refus de Volodymyr Zelensky, quelques jours après l’invasion Russe, de se faire exfiltrer par les américains. C’est là que tout a basculé, que les occidentaux ont enfin compris que l’Ukraine était un Etat et que les américains, en particulier, ont compris tout l’intérêt qu’ils avaient à investir militairement en Ukraine pour faire oublier leur piètre performance afghane tout en matant la Russie et en se faisant une place au soleil en Europe de l’est.

C’est à ce moment-là que moi aussi, j’ai compris que les ukrainiens constituaient une véritable nation. Par la suite, je me suis documenté et j’ai appris que cette zone géographique avait une histoire, distincte de celle de la Russie : tampon entre l’empire russe, l’empire ottoman et le royaume de Pologne et de Lituanie ; carrefour religieux également avec les tatars musulmans, les chrétiens orthodoxes et les uniates catholiques. J’ai aussi appris que c’était d’Ukraine que venaient les fameux cosaques zaporogues, plus précisément originaires de Zaporijia. Remontant encore plus loin, j’ai découvert que c’était là qu’étaient arrivés des vikings au moyen-âge, sur le territoire autrefois occupé par les Khazars, mystérieux royaume de confession juive.

Il y a incontestablement de la matière pour donner une identité à ce pays mais sans l’invasion Russe, cette histoire serait sans doutes encore aujourd’hui perdue dans les archives du temps.

Et maintenant, plus d’un an après le début du conflit, alors que personne ne se risquerait à donner un pronostic, on entrevoit tout de même quelques signes. L’incertitude principale réside en fait dans la définition précise des frontières de l’Ukraine à l’est. Pour le reste, le divorce est maintenant Irrémédiable entre l’Ukraine et la Russie. L’affaiblissement et l’isolement durable de la Russie ne laisse pas beaucoup de doutes avec une dépendance accrue vis-à-vis de la Chine. L’Union Européenne sortira aussi renforcée avec, j’espère, l’élaboration d’une défense européenne s’articulant avec l’OTAN. Affaiblissement relatif de l’Allemagne aussi, au détriment de la Pologne comme nouvelle puissance militaire. Et enfin, accélération de la transition énergétique de l’Europe pour atteindre une autonomie.

Une fois n’est pas coutume, l’avenir semble moins sombre que l’actualité. Rêvons un peu d’horizon en attendant la suite.

Edouard

La Russie selon Poutine

Un peuple enfin libéré du joug communiste qui l’écrasait depuis plus de soixante-dix ans pouvant enfin goûter aux joies du capitalisme…ça, c’est à mon avis surtout ce que les Occidentaux ont eu envie de croire.

Encore aujourd’hui, les médias français mettent l’accent sur l’opposition à Poutine, sur les manifestations, sur les répressions et sur le lavage de cerveau que subissent les Russes. Tout est fait pour nous persuader qu’aucun Russe sain d’esprit ne peut soutenir Vladimir Poutine, si ce n’est sous la contrainte.

Et si cette vision occidentale n’était qu’une illusion ? Je ne sors pas tout à fait cette idée de mon chapeau. Elle m’est venue il y a quelques jours après avoir lu dans les colonnes du Monde un article de l’écrivain russe Sergueï Lebedev.

Mon propos n’est bien entendu pas de chercher à trouver des excuses à Poutine et je n’ai aucun doute concernant l’état mental du personnage. Ce que je veux dire, c’est qu’au-delà de cette folie, il y a peut-être quelques éléments qui peuvent être compris et partagés par une partie de la population russe.

Au premier plan, je vois la chute du bloc soviétique en 1991 qui, contrairement à ce qu’on a bien voulu penser en occident, a dû être un réel traumatisme pour beaucoup de Russes, et pas seulement pour les membres du KGB dont faisait alors partie Vladimir Poutine.

Immédiatement après vient certainement l’indépendance de l’Ukraine, berceau civilisationnel de la société russe. Si Poutine déclare que l’Ukraine n’existe pas, c’est sans doute qu’il le pense.

Au cours des 30 années qui ont suivi la chute du communisme, le pays, s’est assez largement ouvert à l’économie de marché. Parallèlement, Vladimir Poutine aura su camper au cours des vingt dernières années, le rôle d’un personnage puissant, brutal et impitoyable fidèle à la tradition tsariste s’étant perpétuée à travers le communisme tout au long du XXe siècle. C’est certainement aussi à cette posture, digne de la série « Game of Thrones » que le maître du Kremlin doit une certaine admiration populaire internationale.

L’invasion de l’Ukraine m’a immédiatement semblé anachronique. Je ne sais pas si cet événement aboutira à une troisième guerre mondiale, mais pour moi, dans l’immédiat, ce conflit tient plus de la guerre civile. L’enjeu est bien la survie de l’empire, de l’âme russe traditionnelle.

Pour moi, c’est un combat d’arrière-garde. Cela me semble impossible que Poutine l’emporte. Que peuvent faire des chars et des bombes contre des concepts et la marche du temps ?

J’ose espérer que la situation actuelle préfigure le paysage politique russe de demain avec une droite tournée vers la tradition tsariste et une gauche tournée vers l’ouest.

Édouard