Ecriture et orthographe

La relecture est l’antichambre de la démarche éditoriale. Relire, c’est tout d’abord relire soi-même, mais il y a un moment où l’on sent que ce n’est plus suffisant, un moment où on prend conscience de la frontière indéfinissable qui sépare l’auteur du lecteur. Quand le premier relecteur a terminé son travail, il devient par là même propriétaire d’une vision de l’ouvrage. Une vision que l’auteur pourra comprendre, mais ne pourra jamais vraiment partager. Chacun aura sa stratégie de relecture. Moi, j’en ai choisi une à trois niveaux.
Pour le premier niveau, j’ai trouvé une personne qui a de bonnes connaissances en orthographe. Avis à ceux qui comme moi, étaient abonnés au 0/20 en dictée quand ils étaient à l’école : prendre le taureau par les cornes !! De nombreux moyens existent et je ne saurais trop recommander la lecture de « se réconcilier avec l’orthographe » d’Eddy Toulmé, téléchargeable sur numilog, et qui est très bien fait.
Soigner son orthographe, c’est une question de respect pour son premier relecteur qui, d’ailleurs, verra mieux les fautes si elles sont peu nombreuses. C’est aussi commencer à penser aux maisons d’édition qui seront d’autant plus bienveillantes que le texte envoyé sera soigné. Une fois cette traque aux fautes achevée, il restera peut-être quelques coquilles qui seront corrigées au second niveau.

Edouard

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Faire sortir le petit oiseau

J’en ai rêvé pendant des années, je l’ai enfin terminé. C’est vrai, terminer un roman, ce n’est pas encore être écrivain, mais quand même… c’est un début. Un roman après le premier point final, c’est encore un bébé dans le ventre de sa mère. Certains le gardent toute leur vie comme un journal intime. D’un certain côté, je peux comprendre : on peut passer sa vie à retravailler le même roman. D’autres réservent la lecture uniquement à leurs proches. D’autres enfin décident de chercher un éditeur. J’appartiens à cette catégorie.
Pourquoi chercher un éditeur ? Pour devenir riche et célèbre ? S’il est rare de devenir célèbre grâce à la littérature, il est encore plus rare de devenir riche et, si l’on veut écrire, mieux vaut avoir un autre boulot pour rester zen. À cet effet, la lecture d’ « illusions perdues » de Balzac apparaît comme un antidote salutaire contre tous les fantasmes qui entourent la littérature et qui, pour ma part, me bercent depuis mon adolescence. Bref, autant me le dire tout de suite : « je ne serai jamais riche et célèbre grâce à l’écriture ». Ce que je recherche tout de même, c’est une reconnaissance littéraire, au moins par un éditeur. Bon, il ne faut pas me voiler la face, au fond de moi-même, je sais que je continuerai toujours un peu à me faire des films…c’est humain.
Donc, chercher un éditeur, c’est décider un jour de se séparer de sa progéniture et, rapidement, comme l’on met des vêtements chauds à un enfant pressé d’aller jouer dans la neige, on pense à la protection de l’ouvrage. Dès cette étape, il faut trouver le juste milieu entre naïveté et paranoïa.
Tant que le roman n’a pas quitté le disque dur, ça ne semble pas nécessaire de le protéger ou alors, on est déjà dans la paranoïa. L’astuce dont on m’avait parlé et que j’ai revue depuis sur internet est de s’envoyer une version papier de l’ouvrage. D’accord, ce n’est pas le dépôt légal, mais c’est quand même mieux que rien. Pour moi, c’est chose faite et j’irai récupérer mon recommandé lundi.
Pour une protection un peu plus solide, il y a le dépôt à la société des gens de lettres (SGDL), rue du Faubourg Saint Jacques à Paris, en face de l’hôpital Cochin. J’y suis hier passé pour voir. C’est un lieu superbe et un peu intimidant, surtout pour un écrivain en herbe. Déposer à la SGDL, n’est-ce pas un peu être un homme de lettres ? Non, bien entendu, mais j’espère y trouver des gens qui pourront me donner des conseils. C’est un début de réseau : un harpon sur l’univers du livre dans lequel l’éditeur n’est qu’un personnage. Donc, probablement le mois prochain, je déposerai mon manuscrit à la SGDL.
Depuis huit jours, l’oiseau s’est envolé vers mon premier relecteur (qui est une relectrice). Je sais seulement qu’il est bien arrivé. Il me manque déjà…

Edouard

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L’ombre du vent

1945 : Barcelone. Daniel Sempere, 11 ans, est introduit par son père dans un lieu fantasmagorique : le cimetière des livres oubliés. Là, il devra en choisir un parmi les milliers dont plus personne ne se souvient. Le hasard voudra qu’il tombe sur « l’ombre du vent » d’un certain Julián Carax qui va guider le reste sa vie.

L’ombre du vent est un livre très attachant. Ce qu’il y a de plus beau, c’est la langue. Zafón, comme beaucoup d’auteurs de langue espagnole, lie avec majesté les situations les plus sordides aux visions merveilleuses, les haines profondes aux passions exaltées et le grotesque à la sagesse.

Le plus, c’est aussi Fermín, le chétif et non moins invulnérable comparse de Daniel qui va l’accompagner sur les traces de Julián Carax.

L’ancrage historique n’est pas très détaillé, même si on devine l’ombre de Franco derrière le terrible inspecteur Fumero. Sans trop insister, Zafón, l’espace de quelques centaines de pages, ressuscite une époque révolue de l’histoire de l’Espagne, pour le meilleur et pour le pire.

Ce qui est peut-être un peu plus faible, c’est la structure globale du roman. Certains personnages, comme l’aveugle Clara, semblent se rattacher difficilement à l’intrigue. Les magnifiques développements sur la famille Aldaya (qui font penser aux « Amberson » d’Orson Welles) noient un peu l’histoire. Cependant, ces faiblesses contribuent aussi au charme du livre.

« L’ombre du vent » peut aussi être vu comme un long poème en prose sur la marche inexorable du temps et sur l’oubli. Un roman qui semble faire écho au vers d’Apollinaire : « les souvenirs sont cors de chasse dont meurt le bruit parmi le vent ».

Edouard

Carlos Ruiz Zafón
2001

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Un roman Français

Pris en flagrant délit d’absorption de substances illicites sur la voie publique, ou en moins administratif, en train de sniffer de la coke sur le capot d’une voiture à la sortie d’une boîte de nuit, l’auteur de 99 francs est transféré au poste. Les 48 heures de garde à vue qui vont suivre seront l’occasion pour l’écrivain de faire un plongeon dans son passé.

L’auteur commence par avouer son amnésie pour tout ce qui concerne son passé, mais on finira par tout savoir du quadragénaire cynique, chouchou des studios canal +. On saura tout de ses origines aristocratiques par sa mère et grandes-bourgeoises par son père, tous deux natifs du Pays basque ; de son adolescence de golden boy pourri gâté, en partie vécue dans un loft new-yorkais, du complexe d’infériorité qu’il nourrit vis-à-vis de son grand frère, de ses douleurs d’enfant de divorcés et de sa culpabilité de père divorcé…

Beigbeder tente de nous faire croire que tous ces souvenirs lui sont revenus alors qu’il croupissait entre les murs suintants de sa cellule, mais on les sent plutôt sortis du sofa douillet d’un psychanalyste parisien. L’incarcération, dit-il, lui a ouvert les yeux. Tant mieux pour lui. Il n’est plus comme avant. Tant mieux pour lui. Il va changer. Tant mieux pour lui.

À la fin du livre, il déclare qu’il aimerait que ce livre soit son premier. J’ai exaucé ses vœux puisque je n’ai rien lu de lui avant, même si, comme tout le monde, j’ai entendu parler de 99 francs et de son adaptation cinématographique. Avant de le lire, je pensais que Fréderic Beigbeder était quelqu’un qui ne présentait pas un intérêt particulier. Et puis, je l’ai vu présenter son livre à la télé et il m’a touché. Ensuite, j’ai pensé que si le jury du Renaudot l’avait choisi, ça devait être pour une bonne raison. Aujourd’hui, je pense que le Renaudot de Beigbeder, c’est un peu comme le Nobel d’Obama : des encouragements qui sanctionnent une déclaration d’intention. Wait and see. Je ferme la parenthèse Obama.

Pour résumer, j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps (heureusement, dans le TGV) avec un présentateur télé narcissique et je trouve que « 18€ » aurait été un titre plus approprié qu’ « un roman français ». Que reste-t-il de ce voyage dans la peau de Fréderic Beigbeder ? Le style et l’humour ? Oui. Une dénonciation de la politique carcérale française ? Sans doute. Les douleurs des enfants de divorcés associées à une critique de mai 68 ? Peut-être.

Edouard

Un roman français
Frederic Beigbeder
2009

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Illusions perdues

Dans les années 1820, à Angoulême, deux amis, Lucien Chardon et David Séchard rêvent de réussir leur vie. Ce sera la reconnaissance de son talent de poète pour Lucien et l’aboutissement de ses recherches sur un processus révolutionnaire de fabrication de papier pour David.
À la fin de la première partie, les existences des deux jeunes hommes prennent des tournants décisifs. David se marie avec Ève, la sœur de Lucien. Ce dernier monte à la capitale avec sa maîtresse, la belle comtesse Louise de Bargeton à qui il a fait tourner la tête.
Dans la deuxième partie, on suit les aventures de Lucien à Paris. Délaissé par Louise peu après son arrivée, Lucien va se retrouver à la rue, ou presque. Il va remonter la pente en intégrant un petit cercle d’artistes miséreux au grand cœur. Rapidement, il va prendre conscience de son talent, mais, trop peu expérimenté, il dégringolera de son piédestal aussi rapidement qu’il s’y était hissé et reviendra à Angoulême l’oreille basse.
Dans la dernière partie, on assiste aux misères de David qui, en plus de payer les dettes de son beau frère, doit affronter les foudres des frères Cointet, de puissants rivaux qui s’efforcent de profiter du fruit des recherches du jeune inventeur.

Lire « Illusions perdues », c’est se perdre dans le ventre de la « Comédie humaine ». C’est aussi se plonger dans une époque où les rapports sociaux étaient sans doute encore très proches de ce qu’ils étaient sous l’Ancien Régime et où les différences entre Paris et la province étaient évidemment beaucoup plus prononcées qu’elles ne le sont aujourd’hui. C’est aussi un style très délayé, idéal pour une époque où la lecture était une distraction majeure qui n’avait pas à craindre la concurrence du cinéma, mais peu adaptée au XXIe siècle où le temps consacré à la lecture se compte parfois en trajets de RER.

Il n’en reste pas moins qu’ « Illusions perdues » restera un chef-d’œuvre de la littérature. Ce qui restera, c’est sans doute la deuxième partie dans laquelle Balzac décortique le mythe de l’artiste maudit au grand cœur, pauvre, mais honnête que l’on retrouvera en particulier au XXe siècle dans « La bohème » d’Aznavour. C’est aussi une réflexion sur la relativité du mot « talent », sur le besoin de reconnaissance, sur la maturité… Ce que je retiendrai d’ « Illusions perdues », ce n’est pas « inutile d’avoir de l’ambition, attendez la mort de vos parents pour vous enrichir » (c’est l’histoire de David), mais plutôt, « le talent n’est rien si on ne sait pas l’exploiter » (c’est l’histoire de Lucien qui va être pris en main par un jésuite espagnol et qui sera relatée dans un autre roman).

Edouard

Illusions perdues
Balzac
1836-1843

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D’un château l’autre

Si j’ai voulu lire « d’un château l’autre », c’est pour essayer de comprendre comment l’anarchiste antimilitariste du « voyage au bout de la nuit » avait pu finir la Deuxième Guerre mondiale, entouré d’officiers nazis et de la fine fleur de la collaboration française.
J’en serai pour mes frais. Céline ne donne pas vraiment de réponse à la question que lui pose Laval dans le dernier quart du livre : « Mais vous là, docteur, pourquoi êtes vous là ?…Pourquoi à Siegmaringen ?… On me dit que vous vous plaignez beaucoup… »

Ça…pour se plaindre, on peut dire qu’il sait y faire. On peut même dire que « d’un château l’autre » n’est qu’une interminable plainte : plainte insupportable du fond de son cabinet désert de Meudon et de sa prison de Copenhague, suintante de racisme et d’antisémitisme ; plainte inaudible et quasi surnaturelle depuis sa chambre à Sigmaringen ; plainte apaisée enfin, teintée d’humour et d’autodérision lorsque, calmé, il se retrouve chez lui avec sa femme et ses animaux.

Pour ceux qui ne connaissent pas Céline, la lecture de « d’un château l’autre » risque de devenir très rapidement indigeste. Mieux vaut pour eux aborder l’auteur avec « casse-pipe » et « voyage au bout de la nuit » qui sont plus accessibles.
En fait, le plaisir issu de la lecture de ce livre ne vient qu’une fois celui-ci terminé. Ce plaisir, c’est une « impression » extrêmement profonde et durable.
Les phrases avec un verbe, un sujet, un complément se comptent sur les doigts de la main et toutes sont liées entre elles par les trois petits points qui sont la marque de fabrique de l’écrivain.
Céline ne s’intéresse pas au récit en lui-même, mais seulement à l’ « impression » que son lecteur peut en retirer.

C’est sans doute cet impressionnisme littéraire qui fait dire à beaucoup que Céline est, après Proust, l’auteur français le plus original et le plus génial du XXe siècle.
Edouard
D’un château l’autre
Céline
Folio, éd. 2003
1re éd. Gallimard 1957
440p. , 6.27€
Le 01/03/12

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