Un antisémitisme peut en cacher un autre

Il y a 25 ans environ, je me souviens d’avoir eu une discussion avec la copine juive d’un de mes amis qui m’avait beaucoup énervé. Celle-ci, très engagée à gauche, soutenait que critiquer le gouvernement israélien était un acte antisémite. Pour moi, le gouvernement israélien, comme tous les gouvernements du monde, devait pouvoir être critiqué.

Le soutien indéfectible à Israël et l’engagement à gauche n’étaient pas du tout incompatibles à la fin des années 90. La vie politique française était encore organisée sur le schéma qui avait commencé à se mettre en place avec l’affaire Dreyfus, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Être antisémite, c’était être de droite et plutôt d’extrême droite. C’était d’ailleurs l’un des marqueurs principaux de l’appartenance à l’extrême droite.

La collaboration pendant la Deuxième Guerre mondiale a creusé ce clivage. Jean-Marie Le Pen, connu pour ses nombreux dérapages antisémites allant du « détail » à « Durafour crématoire », l’a, à sa manière, perpétué.

J’ai donc été surpris et choqué, comme beaucoup, par le soutien de Serge Klarsfeld, le chasseur de nazis, au rassemblement national. Je ne comprends toujours pas les raisons profondes de ce choix, mais deux phénomènes peuvent l’expliquer en partie :

– D’une part la forte présence du conflit israélo-palestinien dans le discours de LFI, qui s’est fait le fer de lance de la contestation musulmane en France ;

– D’autre part, les efforts importants fournis par le RN pour masquer son ADN. Dernièrement, on a beaucoup parlé de la participation du RN contre la marche contre l’antisémitisme. Le retrait de la candidature de Joseph Martin, candidat RN dans le Morbihan, le 19 juin, après la diffusion d’un tweet antisémite, est à ce titre significatif. Cet acte témoigne de la volonté du RN d’afficher un « zéro tolérance » en matière d’antisémitisme, mais aussi que celui-ci persiste au sein du parti.

Donc, pour moi, il n’y a pas de glissement de l’antisémitisme de la droite vers la gauche, mais il s’agit de deux choses différentes.

Au RN, je ne veux pas croire à la disparition totale de l’antisémitisme même si les cadres font ce qu’ils peuvent pour effacer toutes traces de cet antisémitisme ordinaire hérité du XIXe siècle et qui sera exploité par les nazis.

L’antisémitisme de LFI se polarise essentiellement autour de la question palestinienne. Aujourd’hui, la politique de Benyamin Netanyahou est largement contestée au niveau international et je pense que les personnes qui la contestent ne risquent plus un procès en antisémitisme. Je ne dis pas que la résolution du conflit israélo-arabe avec, par exemple, la création d’un État palestinien ferait disparaître toute trace d’antisémitisme chez LFI, mais il atténuerait certainement sa présence.

Bref, tout ça pour dire qu’aujourd’hui, l’antisémitisme n’est plus un marqueur déterminant du clivage « gauche-droite » et je dois dire qu’entre ces deux formes d’antisémitisme, ce n’est pas celle de LFI qui me semble la plus inquiétante. Si ce phénomène renforce un clivage, c’est au sein de la communauté juive.

Edouard

La dernière destruction du temple

En 70 après Jésus Christ, l’armée de l’empereur romain Titus détruisit le temple de Jérusalem. Les juifs estiment que cet acte est le point de départ de leur diaspora en Europe et en Afrique du Nord. Les conséquences de cet événement sont toutefois contestées par certains historiens, en particulier au sein de la communauté juive, qui soulèvent qu’à l’époque, des communautés juives existaient déjà tout autour du pourtour méditerranéen.

Une fois l’effroi passé et les morts enterrés, on pourra se poser la question de ce que représente le carnage de ce début d’octobre 2023.

Bien entendu, on essaiera de comprendre comment un Etat sensé disposer des meilleurs services secrets du monde a-t-il pu laisser agir ainsi le Hamas. Les fake news qui n’ont pas tardé à inonder la toile insinuant qu’Israël avait laissé faire en disent long sur l’état d’incompréhension générale fasse à la survenance d’un tel événement.

On se demande ce que peut gagner le Hamas avec cette action. Au premier regard, on pourrait penser « pas grand-chose ». La répression d’Israël sera certainement toute aussi violente et sanglante. Au pays des tables de la loi, la loi du talion est encore de mise.

Pour comprendre ce que peut gagner le Hamas, il faut regarder au-delà de l’horreur du moment. Comme pour tout acte terroriste, le message n’est pas adressé aux victimes mais aux survivants.

Je ne pense pas seulement au camouflet reçu par l’administration Netanyahu, mais à un message adressé à tous les juifs présents en Israël et aussi à ceux de la diaspora.

En 1948, lors de la création de l’Etat, la destruction de 70 était dans la tête des premiers Israéliens : après presque 19 siècles d’errance au cours desquels il fût persécuté, le peuple juif retrouvait enfin la mère patrie, un havre de paix où tous les juifs du monde pourraient vivre librement. Depuis le 7 octobre, on peut se demander ce qu’est devenu ce havre de paix et s’il n’est pas aujourd’hui l’endroit du monde où les juifs ont le plus de risques de trouver la mort.

Qu’adviendra-t-il maintenant, une nouvelle diaspora ?

On devine la suite. Un déséquilibre démographique énorme entre la Palestine et Israël très défavorable à l’état juif en dehors des ultra-nationalistes qui font beaucoup d’enfants. On peut parier sur une fuite continue des Israéliens modérés ayant les moyens de s’implanter en occident. Trois hypothèses : La disparition de l’Etat juif qui semble peu probable compte tenu de sa supériorité technologique et du soutien des Etats-Unis, la création d’un Etat palestinien distinct d’Israël semble beaucoup plus probable ou, soyons fou, la création d’un Etat unique qui regrouperait juifs et musulmans. Rien n’est impossible, l’Ukraine a bien aujourd’hui un président juif et un premier ministre musulman.

En France, les jeunes juifs ont aujourd’hui moins peur du RN que de LFI. Bien entendu, il y a un fond d’antisémitisme dont le RN ne se débarrassera jamais mais la Shoah commence heureusement à s’éloigner, un temps qui a concerné leurs grands-parents et arrières grands-parents alors que l’antisémitisme de la France Insoumise est visible au quotidien sans parler de Zemmour qui est venu brouiller les cartes.

Quoi qu’il en soit, il semblerait que l’idéologie qui motivait les premiers israéliens doive aujourd’hui évoluer. Il est peut-être temps de repenser Israël.

Edouard

Et Poutine créa l’Ukraine

Pendant très longtemps, je n’ai pas eu connaissance de l’Ukraine. Plus tard, j’ai cru comprendre que c’était une région de la Russie.

Les plaines d’Ukraine étaient à peine évoquées par Gilbert Bécaud en 1964 quand il chantait « Nathalie », chanson que j’ai entendue pour la première fois en 1997, lors de la sortie du film « on connait la chanson ». Dans les années 2000, des amis m’ont fait connaître Andreï Kourkov : première fois que j’entendais parler d’un romancier ukrainien. Et puis il y a eu la révolution orange en 2004 avec Ioulia Timochenko et ses tresses qui me faisaient un peu penser à la princesse Leia. Ensuite, en 2014, ce fût l’annexion de la Crimée à laquelle l’occident ne semblait prêter qu’une attention distraite.

Un peu faible, tout ça, pour faire un Etat.

Le réel acte créateur de l’Ukraine, pour moi, c’est le refus de Volodymyr Zelensky, quelques jours après l’invasion Russe, de se faire exfiltrer par les américains. C’est là que tout a basculé, que les occidentaux ont enfin compris que l’Ukraine était un Etat et que les américains, en particulier, ont compris tout l’intérêt qu’ils avaient à investir militairement en Ukraine pour faire oublier leur piètre performance afghane tout en matant la Russie et en se faisant une place au soleil en Europe de l’est.

C’est à ce moment-là que moi aussi, j’ai compris que les ukrainiens constituaient une véritable nation. Par la suite, je me suis documenté et j’ai appris que cette zone géographique avait une histoire, distincte de celle de la Russie : tampon entre l’empire russe, l’empire ottoman et le royaume de Pologne et de Lituanie ; carrefour religieux également avec les tatars musulmans, les chrétiens orthodoxes et les uniates catholiques. J’ai aussi appris que c’était d’Ukraine que venaient les fameux cosaques zaporogues, plus précisément originaires de Zaporijia. Remontant encore plus loin, j’ai découvert que c’était là qu’étaient arrivés des vikings au moyen-âge, sur le territoire autrefois occupé par les Khazars, mystérieux royaume de confession juive.

Il y a incontestablement de la matière pour donner une identité à ce pays mais sans l’invasion Russe, cette histoire serait sans doutes encore aujourd’hui perdue dans les archives du temps.

Et maintenant, plus d’un an après le début du conflit, alors que personne ne se risquerait à donner un pronostic, on entrevoit tout de même quelques signes. L’incertitude principale réside en fait dans la définition précise des frontières de l’Ukraine à l’est. Pour le reste, le divorce est maintenant Irrémédiable entre l’Ukraine et la Russie. L’affaiblissement et l’isolement durable de la Russie ne laisse pas beaucoup de doutes avec une dépendance accrue vis-à-vis de la Chine. L’Union Européenne sortira aussi renforcée avec, j’espère, l’élaboration d’une défense européenne s’articulant avec l’OTAN. Affaiblissement relatif de l’Allemagne aussi, au détriment de la Pologne comme nouvelle puissance militaire. Et enfin, accélération de la transition énergétique de l’Europe pour atteindre une autonomie.

Une fois n’est pas coutume, l’avenir semble moins sombre que l’actualité. Rêvons un peu d’horizon en attendant la suite.

Edouard

La faute à Crémieux

Le 24 octobre 1870, le décret Crémieux donnait la nationalité française aux juifs algériens, c’est par ce biais que la famille d’Éric Zemmour put devenir française. Je ne sais pas quelle était la part d’islamophobie dans ce décret, il s’insérait en tout cas dans un processus d’intégration des juifs dans la société française initié en 1789.

Quoi qu’il en soit, il creusa un fossé qui devint vite infranchissable entre les communautés juives et musulmanes d’Algérie qui avaient pourtant pris l’habitude de vivre ensemble pendant des siècles.

Sur le coup, les réactions des juifs algériens furent certainement diversifiées. Certains essayèrent sans doute de continuer à vivre comme avant et j’imagine que  d’autres s’indignèrent de la discrimination faite par le décret. Enfin, une partie déduisirent de la lettre du décret que comme le gouvernement français considérait que seuls les juifs algériens étaient assimilables dans la société française et donc que par essence, les musulmans ne l’étaient pas. Je ne sais pas si la famille Zemmour était divisée, en tout cas, c’est cette dernière voie que l’actuel chouchou des médias semble suivre.

Comme on sait, l’intégration des juifs dans la société française n’était pas du tout pliée en 1870. De Dreyfus à Vichy en passant par Barrès et Céline, il faudra attendre la libération des camps en 1945 et le film d’Alain Resnais « nuit et brouillard » sorti dix ans plus tard pour que l’antisémitisme ordinaire de la société française soit ébranlé en profondeur.

Les musulmans algériens ne bénéficièrent pas pour leur part d’une reconnaissance révolutionnaire ni d’un décret Crémieux. Ils eurent cependant la possibilité d’acquérir la nationalité française entre 1962 (fin de la guerre d’Algérie) et 1967 comme tous les autres Algériens non pieds-noirs et non-juifs. Arrivés dans un pays en voie de déchristianisation et des décennies après la loi de séparation de l’église et de l’état, ils ne furent jamais fixés sur la volonté de la France de les intégrer. Le gouvernement français, désormais laïc, n’avait plus à s’occuper des religions, et était sans doute bien contant de ne plus avoir à le faire.

C’est dans cette zone grise que joue Éric Zemmour, alors qu’Al-Qaïda, Boko Haram et les talibans s’évertuent à démontrer l’incapacité du monde musulman à s’accorder avec les valeurs occidentales.

Fort opportunément, il relance le débat de l’assimilabilité des musulmans à la société française, celui-ci n’ayant jamais été clos faute de n’avoir jamais été officiellement ouvert.

Dans quelques semaines, quelques mois, on n’entendra peut-être plus parler de Zemmour, il aura fini par lasser. Il aura toutefois posé une question qui ne doit pas être un tabou : « les musulmans sont-ils assimilables dans la société française ? » Les médias ne parlent pas de la grande majorité des musulmans parfaitement intégrés à la société française, cela n’intéresse personne, mais cette question ne peut rester sans réponse. La voie d’un « oui » ferme et sans ambiguïté doit être trouvée.

Édouard

L’avenir du complot

« Ta descendance sera aussi nombreuse que les étoiles du ciel ». La promesse divine faite à Abraham dans le livre de la genèse devait être bien séduisante il y a trois mille ans, le soir au coin du feu, alors même que la question de la survie des communautés humaines restait un souci permanent.
Cette prédiction a aujourd’hui un goût plus amer, alors même que la population mondiale approche les huit milliards. Quel avenir offre-t-on aux enfants ? Les ressources de la planète s’épuisent et l’activité humaine a des conséquences désastreuses sur le climat, mettant déjà en danger la survie de l’humanité. La conviction que nous sommes trop nombreux sur Terre fait son chemin.
Que faire ? Changer le système ? Tout le monde en parle, mais on voit bien que dans qu’il n’y aura pas de cataclysme majeur, il ne se passera pas grand-chose. Mais alors, doit-on éliminer physiquement une partie de l’humanité ? Doit-on stériliser les populations ? Qui s’en chargera ? La crise du COVID aura permis aux complotistes d’apporter une réponse : un groupe de super méchants a décidé d’exterminer une partie de l’humanité. Pour ce faire, ils ont fait courir le bruit qu’une pandémie avait envahi la planète ou (selon un autre scénario), ils ont créé et répandu volontairement le virus. Tout ça pour pouvoir diffuser un « pseudo vaccin » produit par leur acolyte, « Big Pharma », destiné à faire aboutir leur projet. Loin de protéger du COVID, ce « vaccin » est meurtrier. Il provoque, sinon la mort du vacciné a plus ou moins long terme, une stérilisation le privant de descendance. De plus il modifie l’ADN des individus traités.
Ces croyances sont présentes un peu partout dans le monde et expliquent en partie la difficile diffusion du vaccin en Afrique. Aujourd’hui, alors même que la progression de la vaccination correspond à l’affaissement de la pandémie, en l’absence de surmortalité massive liée à la vaccination et alors qu’aucun impact sur la natalité n’est constaté, la croyance bat de l’aile et le nombre des adeptes s’effondre.
Revoilà donc l’humanité confrontée à ses angoisses. Que faire pour lutter contre la surpopulation mondiale ?
Pour écrire ce texte, j’ai lu ce qui était dit sur le site complotiste « ripostelaïque ». J’ai été frappé par un article qui concluait que finalement, cette entreprise d’extermination mondiale était un moindre mal au regard de ce qui se serait passé si elle n’avait pas eu lieu.
Aussi effroyable qu’elle puisse paraître, cette croyance avait finalement un caractère rassurant. Elle permettait à tous ceux qui y adhéraient de s’exonérer de toute responsabilité dans la lutte contre la surpopulation.
Exister et faire des enfants a un impact économique et écologique sur la société. S’il devait y avoir une prise de conscience mondiale au sortir de la pandémie, ce devrait être celle-là. Accepter que le groupe exterminateur de gros méchants n’existe pas. Accepter que personne ne procède à une exécution de masse qui résoudra le problème de la surpopulation mondiale. Accepter que nous ayons tous notre part de responsabilité, volontaire ou non, dans les bouleversements planétaires qui s’annoncent.
Heureusement, ceux qui ont écrit la genèse manquaient de données fiables. L’humanité se stabilisera peut-être naturellement à un seuil au-delà duquel la vie sur Terre ne sera plus possible et/ou, contrainte par les circonstances, arrivera-t-elle à mettre en place un autre système économique.
Édouard

Les appelés

Enfant, j’étais intrigué par ce mot qui revenait toujours dans les propos d’un religieux expliquant la naissance de sa vocation souvent à l’adolescence: je me suis senti « appelé ». A l’époque, j’aimais bien ce mot un peu magique qui fleurait bon le surnaturel et j’imaginais une voix céleste qui venait annoncer sa vocation au futur religieux.

Plus tard, sans remettre en question l’appelle, j’ai réalisé qu’il devait aussi y avoir d’autres raisons plus terre à terre justifiant l’engagement religieux.

Le projet de vie idéal recommandé par l’Église catholique est le mariage hétérosexuel, la procréation et l’éducation des enfants dans un cadre religieux afin qu’ils puissent reproduire le schéma éducatif parental.

Qu’advenait-il de ceux qui, pour diverses raisons, parfois liées à des orientations sexuelles qu’ils ne considéraient pas comme « normales », ne se sentaient pas d’épouser ce schéma; attendu que la conception de ce qui est « normal » et de ce qui ne l’est pas dépend d’une prise de conscience de la société à un moment donné. Il y a 100 ans, les homosexuels étaient rejetés et la pédophilie n’était pas criminalisée.

La première solution était la fuite. Cela supposait une mise à l’écart de la communauté et demandait un certain courage. Évidemment, cela dépendait aussi du degré de conditionnement familial du jeune lui permettant de conceptualiser cette issue comme possible.

La deuxième possibilité était de rester « célibataire » dans la communauté. Cette position peu reluisante, mais tolérée faisait de l’individu un adulte inabouti qui se devait de garder un profil bas tout en nourrissant l’espoir de pouvoir un jour se marier et avoir des enfants.

La troisième possibilité était l’engagement dans les ordres. Cette issue était la plus évidente et la seule possible pour certains. Cet engagement n’aboutissait pas seulement à une acceptation de la communauté, mais à un statut social particulièrement valorisé au sein de la communauté. Sur le lot, il y avait certainement quelques hypocrites, voyant le moyen de vivre leur « différence » tout en jouissant d’une reconnaissance sociale. D’autres devaient cependant penser que leurs « pulsions déviantes » étaient une réelle manifestation du mal qu’il convenait de combattre. Dans les groupes de « guérison » d’homosexuels, on voit souvent des dirigeants anciennement homosexuels, persuadés d’avoir été guéris et convaincus de la nécessité de guérir les autres.

Bien entendu, je pense qu’une très grande majorité des religieux ne sont pas des criminels et que la plupart ont effectivement œuvré pour le bien de l’humanité. Je pense seulement qu’aucune considération sexuelle ne doit entrer en ligne de compte dans l’engagement religieux et qu’il faut donc laisser libres les religieux d’organiser leurs vies privées. Je ne suis ni pour ni contre le mariage des prêtres, je suis juste favorable à ce qu’ils conduisent leurs vies privées comme ils l’entendent et dans le respect de la loi.

Édouard

Enseigner l’arabe

Le meilleur hommage à rendre à Samuel Paty et sans doute l’unique moyen de donner un sens au meurtre ignoble dont il a été la victime serait il me semble de faire du débat qu’il voulait engager avec ses élèves un débat national.

Peut-on rire de tout ? Oui, bien entendu. Si comme la plupart des Français, j’ai été indigné par les crimes islamistes commis au cours des dernières années, je dois dire que je ne suis pas particulièrement friand de la vulgarité gratuite des caricatures de Charlie Hebdo. S’il y en a que cela fait rire… pourquoi pas. Il est indéniable aussi que ces caricatures peuvent aussi blesser. Pas seulement les musulmans mais les autres religions aussi. Il est vrai que les catholiques sont un peu vaccinés. Les caricatures associées à cette religion ne sont plus très à la mode et n’effarouchent plus grand monde. L’islam semble un terrain beaucoup plus prometteur et  d’un point de vue marketing, Mahomet est certainement beaucoup plus rentable que Jésus.

Je pense qu’il ne faut pas donner à ces caricatures plus d’importance qu’elles n’en ont. Le but de leur auteur n’est sans doute pas de faire rire les musulmans, mais sans doute pas non plus de les choquer ou de les blesser. Le but est de faire rire les lecteurs de Charlie Hebdo…

Depuis le XVIIIe siècle en France, on caricature une religion qui avait un poids institutionnel écrasant dans la société française et dans son histoire. C’était une autocritique saine, une rébellion qui avait un sens politique précis. Qu’en est-il pour l’islam ? La communauté musulmane est bien présente en France, mais son poids dans la société n’a aucun rapport avec celui qu’a pu avoir le catholicisme. Alors, quel sens ? Le seul que je vois est une caricature d’une religion, uniquement parce qu’il s’agit d’une religion. Une démarche athée ? Sans doute. Cela correspondrait à l’esprit de Charlie hebdo.

Mais il ne faut pas confondre athéisme et laïcité. La laïcité réside dans le respect mutuel et on ne peut pas dire que ces caricatures soient très respectueuses. La laïcité nécessite une prise de recul par rapport à ses croyances, tout autant qu’une acceptation de celles des autres.

De quels moyens disposent aujourd’hui les jeunes d’origine arabophone pour prendre une distance avec l’islam quand l’arabe n’est pas enseigné à l’école et que son apprentissage n’est possible que par un enseignement coranique ? Comment comprendre les subtilités de la langue ? Comment comprendre la culture dans laquelle elle s’inscrit ? Comment discuter de l’interprétation d’une sourate ?

Il en résulte que l’identité de cette génération ne réside plus que dans des caricatures moquant des racines auxquelles ils n’ont pas accès. Il est temps d’offrir aux jeunes d’origines géographiques arabophones une autre voie que l’athéisme ou le salafisme.

Édouard

Le complexe de Thomas

Petit rappel. Après la crucifixion, Jésus apparaît aux apôtres en l’absence de Thomas. Lorsqu’on raconte l’événement à ce dernier, il reste sceptique et précise qu’il n’y croira pas tant qu’il n’aura pas vu Jésus de ses propres yeux. Un peu plus tard, Jésus apparaît à nouveau aux douze et prend Thomas à parti « heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

À mesure que le déconfinement progresse, de nombreuses voix s’élèvent pour remettre en cause la réalité de la pandémie. Les personnes les plus réceptives à cette théorie seraient bien entendu des personnes non infectées, n’appartenant pas au corps médical, n’ayant pas eu de proches infectés ou ayant eu à côtoyer des individus infectés. Cela fait beaucoup de monde, mais moins que ce que les « Saints Thomas » de Facebook avancent.

Ces derniers, lorsqu’ils s’efforcent de donner un chiffre relativement sérieux, s’accordent pour dire que l’épidémie n’a fait que 300 000 morts (on a dépassé les 370 000). Personne n’a pourtant jamais dit que cette maladie était essentiellement mortelle. Il faut donc se référer tout d’abord aux 6 000 000 de personnes infectées dans le monde, chiffre auquel il faut ajouter les proches et les personnels soignants.

Bon, cela fait un peu plus, mais n’exclut toujours pas qu’une écrasante majorité de la population mondiale n’a pas été concernée, directement ou indirectement par le coronavirus et n’a eu connaissance de l’existence de la pandémie que par les médias.

Il est alors tentant, surtout quand on est un peu complotiste sur les bords, de dire que tout cela n’est qu’une vaste supercherie ourdie par des gouvernements soumis à Bill Gates dans le but de parer tout individu d’une puce électronique qui sera injectée par un pseudo-vaccin. La circulation des délires collectifs n’est pas en perte de vitesse ces derniers temps.

J’y vois cependant, autre chose : l’expression d’une angoisse refoulée pendant plusieurs semaines, la peur d’attraper le virus et le décalage entre les mesures imposées par les pouvoirs publics et l’effet, relativement « modeste » du coronavirus. Bien entendu, on pourra dire que la modestie des effets est le fruit du confinement, sans doute à juste titre, mais on ne pourra pas le vérifier même si les situations suédoise et brésilienne permettent de douter du bienfait de l’absence de confinement.

Les médias en ont-ils trop fait ? Difficile à dire. Eux même y croyaient sans doute et puis il y a la perception individuelle du danger qui, bien entendu, ne peut être généralisée.

Enfin, il y a peut-être aussi une sorte de déception. Ce grand cataclysme attendu qui allait changer la face du monde, qui allait permettre la naissance d’un modèle alternatif à l’économie de marché n’aurait donc été qu’un pétard mouillé ? On sent que le changement tant attendu ne se fera pas. On rejoint Thomas qui devait voir en Jésus une sorte de Magicien/chef de guerre qui allait débarrasser la Palestine de la présence romaine.

En définitive, la pandémie du coronavirus a bien eu lieu, mais elle n’a peut-être pas été à la hauteur des peurs et des attentes. Faudra-t-il une prochaine vague plus meurtrière pour que le monde change vraiment ou saurons-nous tirer profit de cet avertissement ?

Nous allons être rapidement fixés. Mais peut être aussi que cela n’a été qu’un commencement…

Édouard   

De l’irrationalité scientifique en France


Je me garderai bien de dire ce que sera demain. Le plus probable est qu’il sera différent de tout ce qu’on peut imaginer aujourd’hui. Ce qui m’intéresse c’est le choc provoqué par le coronavirus et son impact sur notre système de représentation. Pour le meilleur et pour le pire, l’humanité est condamnée à vouloir donner un sens à un monde qui n’en a pas.

Ce qui m’intéresse ici est l’impact que cet événement aura pu avoir sur la vision du monde de notre beau pays. Jusqu’en janvier 2020, les choses étaient assez simples en France. Fiers de leur loi de 1905 et de leur athéisme, brandi comme une sorte d’acquis social, les Français pensaient définitivement avoir terrassé toutes formes de croyances irrationnelles colportées par les religions.

 Et puis, le coronavirus s’est abattu sur le monde et sur la France en particulier. Une épidémie de telle ampleur semblait venir d’un autre âge, justement d’un âge d’avant la science, où seule la religion était capable de satisfaire des hommes en mal d’explications.

Plus personne ne croit en une punition divine aujourd’hui et tout le monde comprend le principe de l’épidémie, ce qui n’était pas le cas jusqu’au début du XIXe siècle. Il n’en demeure pas moins que la quête de sens s’est fait rapidement sentir. La théorie du complot est doublement séduisante. D’abord, elle apporte une réponse simple à la réalité perçue et permet de soulager l’angoisse née du doute. D’autre part, elle permet de se complaire dans une irresponsabilité permanente puisque ce sont des puissances occultes qui dirigent notre vie. Ainsi, nous n’aurions d’autre choix que de nous laisser porter par le courant. Avec le complot, le libre arbitre ne serait qu’une illusion.

La noblesse de la démarche scientifique réside dans le doute permanent dont elle est indissociable. Autrement, elle ne vaut pas mieux qu’une croyance religieuse dogmatique.

Cet épisode aura permis aux Français de voir le vrai visage de la science et de comprendre que la médecine s’inscrit elle aussi dans un cadre précis, tâtonne, fait des erreurs, a ses dogmes, ses mystères et ses gourous…

Je ne me permettrai pas de porter un jugement définitif sur les effets bénéfiques de la chloroquine, mais je n’ai pas plus de raison d’y croire qu’en l’authenticité du Saint Suaire de Turin, cela relève de la croyance. En tant que croyant et défenseur de la science, je suis aussi choqué par l’opprobre jeté aujourd’hui sur la vaccination, innovation scientifique qui plus que toute autre, aura permis à la science de prouver toute sa puissance au XIXe, rejetant dans l’oubli les croyances fantaisistes.

Enfin, je ne jetterai par la pierre à Didier Raoult, mais je regrette qu’il ait tenu le devant de la scène scientifique pendant deux mois, éclipsant le travail de milliers de chercheurs qui œuvrent de par le monde pour trouver une solution à la pandémie et qui auraient eu certainement aussi des choses à dire.

Mon souhait pour demain est que les Français retiennent une seule chose de cet épisode : il n’y a qu’un ennemi dans le monde de la pensée… la certitude.

Édouard

Le déluge

Il est d’usage que des textes de la genèse soient lus dans l’Église catholique à l’occasion de la vigile pascale à commencer par le récit de la création du monde.

Mouais, à part quelques fous furieux du Middle West, plus personne n’imagine aujourd’hui que le monde a été créé en sept jours et s’agissant de l’idée divine de rendre l’homme maître de la nature, était-ce vraiment une bonne idée ?

De leur côté, les juifs sont en pleine Pessah commémorant le passage de la mer rouge par les Hébreux poursuivis par l’armée de pharaon.

Tout comme le récit de l’exode, le déluge évoque le passage d’un monde à un autre qui ne sera plus jamais comme avant, mais les aventures de Noé sont beaucoup plus proches de nous dans la mesure où il s’agit d’une destruction de l’humanité.

Certes, il y aura beaucoup plus de survivants que dans le récit biblique et les animaux ne sont pas concernés, mais ce qui est frappant, c’est la volonté destructrice de Dieu.

Dans le récit babylonien, c’était le vacarme des hommes qui importunait les dieux. Dans la genèse qui s’en est inspirée, c’est leurs pêchés qui provoquent la colère de YHVH.

Rares sont ceux qui oseraient avancer que le coronavirus est un châtiment divin. Pourtant, on sait que la pandémie balaye un monde fou mû par le souci du profit et ignorant la mort.

Le monde d’hier devra-t-il seulement panser ses blessures pour reprendre de plus belle ou un Nouveau Monde devra-t-il naître ? Il n’a fallu que quelques semaines au coronavirus pour arrêter un libéralisme sans tête alors même que tout le monde croyait que c’était impossible.

Si ce nouveau déluge n’est pas un châtiment divin, sans doute devrait-on le prendre comme un signe.

L’orage semble s’être un peu calmé en Europe même si la décrue est encore faible. Le virus ravage désormais les États-Unis qui, ironiquement, avaient fait le choix de mépriser la nature. Ceux-là mêmes qui avaient fini par nous convaincre, à force d’effets spéciaux, qu’ils assureraient toujours notre protection ne semblent même pas capables de se protéger eux-mêmes. Le colosse aux pieds d’argile dont parlait Renaud en 2001 s’est définitivement effondré.

Dans quelques mois, tout cela sera terminé. Il nous reste encore un peu de temps pour imaginer le monde de demain, pour qu’il ne soit pas qu’une résurrection à peine éraflée du monde d’hier, repartant de plus belle jusqu’à la prochaine catastrophe qui sera peut-être encore plus meurtrière que celle-ci.

Si nous ne faisons rien, les vendeurs de paradis artificiels reviendront inexorablement pour nous faire acheter ce dont nous n’avons pas besoin.

Cessons de nous lamenter du confinement, le temps presse. L’avenir sera ce qu’on en fera, ne le gâchons pas, ce serait trop bête.

Édouard