Cosmopolis

Eric Packer, golden boy de 28 ans, déambule en limousine dans Manhattan à la recherche d’un coiffeur.

Si David Cronenberg, le pape du film poisseux, a décidé d’arracher Robert Pattinson aux crocs de la sirupeuse saga Twilight, ce n’est pas un hasard. S’il n’incarne plus Edward, le vampire bio romantique, le nouveau personnage campé par Pattinson n’en est pas très éloigné. Le moins perspicace des cinéphiles l’aura perçu, ne serait-ce que du fait qu’il ne semble pas avoir été démaquillé en quittant la série.

Eric est un vampire des temps modernes. Arrivé en haut de l’échelle sociale, au bout du rêve américain, il a le monde à ses pieds, mais n’a plus goût à rien.

Les deux premiers tiers du film se passent à l’intérieur de sa limousine blindée et insonorisée décorée comme un jeu vidéo.
Le golden boy ne bouge presque pas et parle beaucoup. Quelques hommes lui rendent visite et beaucoup de femmes plus ou moins tarifées parmi lesquelles on reconnaîtra notre Juliette Binoche nationale dans un rôle à contre-pied de celui de la femme exemplaire qu’elle campe habituellement…les fans risquent d’être choqués.

Mais le sexe, pas plus que les discussions autour du yuan, pas plus que les des deux ascenseurs qu’il s’est fait installer pour se rendre dans son bureau, ne semble à même de le ranimer. S’est donc un vampire rassasié qu’on voit petit à petit se déliter psychologiquement. On pense à « la grande bouffe » et à l’ « envie d’avoir envie » de Johnny.

En arrivant chez son coiffeur, un père spirituel qui vit dans un quartier chaud de la grande pomme, il décide de se passer des services de son garde du corps pour aller au-devant de tueurs potentiels.

La dernière scène est du concentré de Cronenberg. Une tension lancinante et écœurante entre un meurtrier qui n’a pas le courage de passer à l’acte et une victime qui semble espérer trouver dans la mort le délice d’une ultime sensation.

Cosmopolis est une variante visqueuse et psychologique de Margin Call, film actuellement sur les écrans sur le cynisme d’une banque d’affaires à l’origine de la crise des subprimes. On sent qu’Hollywood a un peu la gueule de bois ces derniers temps.

Bref, un film qui vous retourne l’estomac, au propre comme au figuré. Un film que je ne regrette pas d’avoir vu, mais que je ne conseillerai qu’aux fans de Cronenberg.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Mikael Blomkvist, reporter chez Millenium, un grand journal d’investigation suédois, est temporairement mis au tapis par un homme d’affaires auquel il s’est attaqué. Un soutien inattendu va lui arriver du nord du pays. Henrik Vanger lui apportera les éléments qui lui permettront de refaire surface s’il accepte d’enquêter sur la disparition de sa nièce. Dans ses recherches, Blomkvist sera assisté par une hackeuse : Lisbeth Salander.

Moins de trois ans après la première adaptation cinématographique de la saga de Stieg Larsson (publiée entre 2005 et 2007), David Fincher propose sa version du premier volet de la trilogie. On pouvait reprocher à l’adaptation très nordique de Niels Arden Oplev un manque de moyens, une fidélité peut-être un peu trop appuyée au roman original et une certaine lenteur dans l’action.

Fincher prend ses aises. On sent en effet plus de moyens et peut être une plus grande maîtrise du scénario.
Le titre en anglais est « The girl with a dragoon tatoo ». Le personnage principal pour le réalisateur américain n’est donc plus Mikael Blomkvist, mais Lisbeth Salander.

Rooney Mara fait ce qu’elle peut, mais trois obstacles l’empêchent de monter sur la première place du podium.

Le scénario d’abord. Larsson avait fait le choix de ménager son importance (dans le premier volet), ce qui la mettait en valeur sans trop l’exposer. En la poussant au-devant de la scène, Fincher lui met d’emblée la barre très haute.

Daniel Craig ensuite. J’avais un peu du mal à imaginer celui qui incarne en ce moment James Bond à l’écran dans le rôle de Blomkvist. Craig a beau faire tout ce qu’il peut pour s’effacer, on ne peut s’empêcher de lui trouver un air de 007. Pour couronner le tout, le générique très sophistiqué du début semble un copier/coller de ceux qui introduisent chacune des aventures du célèbre espion britannique.

L’ombre de Noomi Rapace enfin. La Lisbeth de l’adaptation de 2009 avait un charme animal extraordinaire, proche de celui de Milla Jojovitch dans le Cinquième élément.
Rooney Mara, en dépit de l’immense dragon tatoué sur son corps et de ses nombreux piercings, semble plus sage. Dans certaines prises, je lui ai trouvé des faux airs de Julia Roberts et avec la perruque blonde qu’elle porte à la fin, elle m’a fait penser à Mélanie Laurent.

Globalement, la version de Fincher reste tout de même un très bon divertissement. Pour la suite, j’aimerais bien qu’il réalise la scène de l’ouragan décrite par Larsson au début du deuxième tome. Peut-être faute de moyens, le réalisateur de 2009 l’avait escamotée.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Intouchables

Un riche aristocrate devenu tétraplégique à la suite d’un accident de parapente cherche un auxiliaire de vie. Après un casting laborieux, son dévolu va tomber sur un grand black au casier judiciaire bien fourni.

Réussite totale. Deux super-acteurs (François Cluzet et Omar Sy) pour un scénario d’une grande finesse. Premier passage derrière la caméra pour Omar qui fait un très bon usage de ses dons de comique. On rit beaucoup et François Cluzet aussi.
« Intouchables » n’est pas un film sur l’exclusion sociale, même si cette thématique sert de trame au déroulement de l’intrigue.
Le réalisateur n’est pas non plus tombé dans le scénario facile et un peu éculé du duo improbable qui, contre toute attente, finit par fonctionner.

« Intouchables », c’est l’histoire d’une rencontre entre deux hommes. En dépit des différences apparentes, ils se reconnaîtront immédiatement comme des semblables.
Une rencontre qu’on pourrait résumer par cette phrase de Bernanos: « Je comprends maintenant que l’amitié entre deux êtres peut éclater avec ce caractère de brusquerie, de violence, que les gens du monde ne reconnaissent volontiers que dans la révélation de l’amour ».

Cluzet voit immédiatement dans Omar le corps qui lui fait défaut et Omar voit dans Cluzet la tête qui va faire basculer sa vie dans une autre dimension.

Le tétraplégique et le grand noir sont deux personnages sans pitié et à l’humour mordant.

La pitié, c’est ce que redoute le plus l’aristocrate : le regard condescendant de ses proches qui le ramène à l’état de sous homme et à celui qu’il ne pourra plus être du fait de son accident. Il préfère de loin l’humour « pas de bras, pas de chocolat » de quelqu’un qui l’accepte sans essayer de lui cacher son infirmité que le flot de bons sentiments que lui déverse son entourage une fois par an, le jour de son anniversaire.

Avec le corps du sénégalais, l’aristocrate ne va pas retrouver la vie qu’il a perdue, mais il va en trouver une seconde, d’une tout autre nature, mais qui vaut bien l’ancienne.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le secret de la Licorne

Sur un marché bruxellois, Tintin fait l’acquisition de la maquette d’un vieux navire de guerre, la Licorne qu’aurait commandée au XVIIe siècle un certain chevalier de Haddock. Suite à un concours de circonstances, le célèbre reporter va se retrouver à bord d’un cargo : le Karaboudjan. Là, il va faire la connaissance d’Archibald Haddock, un capitaine trompé par son second, confit dans l’alcool et dernier descendant du chevalier de Haddock.

Mouais…c’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit en sortant du cinéma. Les lecteurs de Tintin auront bien entendu reconnu l’intrigue du « crabe aux pinces d’or » dans lequel Tintin rencontre Haddock, s’ajoutant à celle du « secret de la Licorne ». À la fin, il y a aussi un petit bout du « trésor de Rackham le Rouge », mais c’est album devrait être plus largement repris dans le second opus des Spielberg-Jackson.

Combien de temps ai-je passé, vers 7-8 ans à lire et relire le secret de la Licorne, à regarder les vignettes qui faisaient le récit du combat naval entre Le chevalier de Haddock et Rackham le Rouge ? Les aventures de Tintin constituent les fondations de tout mon background culturel. Le graphisme, les intrigues et les dialogues sont si incrustés dans mon esprit qu’il m’est pénible de voir Tintin représenté autrement qu’en « ligne claire ». Un mélange des intrigues, pourquoi pas, mais rajouter des scènes qu’on ne voit pas dans les albums, je crie au sacrilège ! C’est comme si on ajoutait de nouveaux passages dans la Bible…

Dogmatique, moi ? Pour tout ce qui touche à Tintin, peut-être. Les Spielberg-Jackson cassent le sanctuaire Tintin, jalousement gardé pendant des décennies par la veuve d’Hergé. Tintin est-il uniquement une émanation de son créateur ou est-il un personnage à part entière ? Il paraît que Spielberg a fait la découverte de Tintin lorsqu’il tournait Indiana Jones. Pas étonnant qu’il ait mis un peu d’Indiana dans Tintin. Peter Jackson, né dans un pays du Commonwealth, connaissait le reporter depuis son enfance. Sans doute y a-t-il eu débat entre les deux hommes pour savoir ce qu’il était possible ou non de transgresser.

Finalement, peut-être que la sanctuarisation virait à l’asphyxie et risquait de précipiter le reporter dans l’oubli. Peut être que l’homme à la houppe devait se détacher un peu de son géniteur pour parler aux plus jeunes et à ceux qui ne le connaissent pas, aux États-Unis notamment. C’est à ce public que le film s’adresse avant tout et non aux vieux tintinophiles qui n’y trouveront pas tout à fait leur compte.
Tintin survivra-t-il en dehors du cadre voulu par Georges Remi ? L’avenir nous le dira.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Blackthorn

Butch Cassidy, le célèbre gangster américain, ne serait pas mort en Bolivie en 1908 comme le veut la version officielle. Le film se fonde sur des recherches ADN effectuées en 1991 qui tendaient à prouver que les restes présumés de Robert Leroy Parker (Butch Cassidy) et de son comparse Harry Longabaugh (Sundance Kid) ne pouvaient être les leurs (Parker avait 12 frères et sœur, ce qui facilite les comparaisons génétiques).
On retrouve donc Butch 20 ans plus tard, toujours en Bolivie, mais sans « le Kid », mort entre temps. Le vieux cow-boy qui se fait appeler James Blackthorn, fossile vivant de l’histoire de l’ouest (très bien incarné par Sam Shepard) décide de rentrer au pays. En chemin, il fait la rencontre d’Eduardo, un jeune ingénieur qui a volé un gros propriétaire minier. Eduardo sera le nouveau Kid de Butch avec lequel, l’espace d’une aventure, il va retrouver la vigueur qu’il pensait avoir perdu.

Le scénario n’est qu’un prétexte. L’intrigue se déroule avec la lenteur qui convient à l’âge du vieux Butch qui ne goûte plus que modérément le parfum de l’aventure, contrairement à Eduardo qui, ayant fini par découvrir la véritable identité de Blackthorn, n’en revient pas de faire équipe avec une légende vivante.

L’acteur principal de Blackthorn, c’est la Bolivie avec ses paysages à couper le souffle. En particulier, les scènes principales tournées au milieu du « Salar de Uyuni », le plus grand désert de sel du monde, sont époustouflantes.

Le plus beau plan qui, à mon sens, résume tout le film, nous montre Cassidy sur un cheval exténué qui ne se déplace plus qu’à tout petits pas, suivi à la même allure à quelques centaines de mètres par un homme parti à sa recherche.
L’issue de la poursuite ne dépend plus de l’habileté du vieillard, mais de sa capacité à résister à l’aridité des lieux irradiés par un soleil implacable.

Un beau film sur la relativité du mot « aventure », sur le vieillissement, sur ce qui compte dans une vie. Perdu dans un monde qu’il ne reconnaît plus et qui le considère comme un fantôme, Butch ne peut que mettre un point final à ses aventures. La rencontre avec Eduardo aura été le dernier soubresaut d’un temps qui n’est plus et qui n’a plus lieu d’être.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Les reliques de la mort (2)

Pour tuer le terrible Voldemort, Harry Potter va devoir trouver et détruire les reliques de la mort cachées dans des Horcruxes. Pendant ce temps, Poudlard est assiégée par les forces du mal : la résistance s’organise.

Non Potterophones, s’abstenir. Moi-même, je ne connais que quelques mots et je ne maîtrise leur orthographe qu’à grands coups de Google. Ces mots étranges qui échappent au monde des non-initiés ont certainement joué un grand rôle dans le succès de l’œuvre de J.K Rowling.

Pour le reste, le mystère reste entier, en tout cas pour moi. Je n’ai jamais accroché avec les Harry Potter, sauf peut être avec « les reliques de la mort (1) » que j’ai regardé en vidéo à la demande et qui m’a semblé un peu plus charnu que les autres épisodes.

Pour moi, Harry Potter restera un mix entre Star Wars, Le Seigneur des Anneaux et les Télétubbies, réalisé par un fan de Tim Burton.
Ce qui me fait penser à la célèbre émission de Canal +, c’est le rythme qui a mon goût, est toujours un peu lent.
Ce n’est pas seulement le combat final à la baguette laser entre Harry et Voldemort qui me fait penser à Star Wars (pour info, Voldemort n’est pas le père d’Harry). C’est tout un tas de détails incontournables pour réaliser ce genre de film, mais aussi le contraste entre les intrigues. En regardant un épisode d’Harry Potter, j’ai toujours le sentiment que 80% de l’intrigue m’échappe alors qu’avec Star Wars, n’importe quel crétin peut comprendre. Peut être que j’aurais dû lire les livres En entendant les rires des enfants dans la salle devant des scènes qui me semblaient tout ce qu’il y a de plus ordinaires, j’y ai pensé, mais bon… je suis pas motivé.
Autre livre adapté à l’écran, Le Seigneur des Anneaux qui décrit un univers « héroïc fantasy » pas trop éloigné de celui de J.K Rowling. J’ai bien conscience que je ne serai pas pleinement objectif dans la comparaison puisque j’ai fait une véritable religion de ce roman en le lisant il y a 20 ans et que l’adaptation de Peter Jackson a dépassé toutes mes espérances. Tout de même, que penser du combat final des « reliques… » qui ne semble être qu’une copie grossière de celui du « retour du roi » ? Que penser de Ron (perpétuellement à l’ouest), d’Hermione et d’Harry à côté des personnages de Tolkien ? Le seul personnage d’ « Harry » que je trouve intéressant, c’est Severus Rogue, la touche Burtonienne qui, à mes yeux, contribue à sauver la saga et qui m’incite à me dire qu’il faudrait peut être un jour que je me décide à lire « Harry Potter ».

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

J’ai rencontré le diable

Dans la banlieue de Séoul, une jeune femme tombe en panne sur une route enneigée et attend la dépanneuse en téléphonant à son fiancé pour tromper son angoisse…

La suite immédiate, vous la connaissez. Elle va tomber sur :

1- Un raton laveur ?
2- Une dépanneuse ?
3- Un serial killer ?

Bravo, c’est effectivement la réponse 3.

J’aurais dû me méfier d’un titre aussi pourri, mais une fois de plus, je me suis laissé influencer par les deux T noirs de Télérama et peut être aussi par la nationalité du cinéaste : c’est quoi un thriller coréen ?

Dire que j’ai été déçu serait un euphémisme. Dire que j’ai été révolté serait faire trop d’honneur au réalisateur.

La suite de l’agression de l’oie blanche en panne dans la neige n’est qu’une surenchère dans l’horreur et dans l’ultra violence. Le fiancé va bien entendu se lancer à la poursuite de celui qui a violé, torturé et découpé sa fiancée en morceau avant d’envoyer le tout à un confrère cannibale. Eh oui, pour faire disparaître un corps, rien de mieux que d’avoir un copain volontaire pour boulotter vos victimes (l’histoire ne dit pas s’il mange aussi les os).

Bref, le scénario ne casse pas trois pattes à un canard laqué et semble avoir été imaginé par un pré ado qui aurait lu trop de mangas. Alors on peut dire : oui, mais c’est du cinéma coréen, on ne peut pas tout comprendre. C’est certainement ce qui lui a valu les deux T noirs de Télérama. Nul doute que si le film avait été réalisé par un américain ou un français, il n’aurait pas eu la même note.

À mon avis, le film aurait dû être retravaillé en profondeur. Il y a quelques idées qui, à mon sens, auraient dû mieux être exploitées. Il y a aussi un certain humour qui fait curieusement penser à celui des frères Coen, mais qui est malheureusement noyé sous un flot d’hémoglobine et de chair humaine: le serial killer se faisant prendre en stop par deux autres serials killers qui sortent d’on ne sait où ; le type qui essaie de retirer un couteau qu’on lui a planté dans la main et qui descelle le manche…

Un film qui m’apprendra surtout à me méfier des TT de Télérama.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Minuit à Paris

Un jeune couple d’Américains passe ses vacances à Paris. Lui tente de terminer son premier roman et espère que l’air de la ville lui apportera l’inspiration qui lui fait cruellement défaut. Elle, accompagnée de ses parents, ne pense qu’aux préparatifs de leur mariage. Elle se plonge dans les guides touristiques. Lui se plonge dans le Paris des arts et des lettres des années 20.

Difficile de classer « minuit à Paris » dans la filmographie de Woody Allen. Les codes habituels du cinéaste y sont à peine esquissés et s’effacent derrière l’acteur principal du film : Paris. Woody ne semble plus se soucier de vraisemblance et de cohérence. Tout n’est que rêve, les individus se croisent comme par magie et leur rôle exact dans l’intrigue est imprécis. Le personnage joué par Carla Bruni est à cet effet caractéristique. Guide ? Traductrice ? C’est un « passeur », un « pont » qui permet de faire le lien entre les deux rives de l’atlantique, entre deux univers culturels.

Pour classer « minuit à Paris », il faut peut être rechercher du côté d’Owen Wilson qui campe le rôle du fiancé écrivain. Ce personnage un peu fade ne serait-il pas à rapprocher de celui incarné par « Mia Farrow » dans « la rose pourpre du Caire » ? Dès lors, « minuit à Paris » ne serait-il pas une sorte de « rose pourpre du Caire » inversée ? Le rapprochement est séduisant. Alors que dans le film tourné en 85, l’acteur sortait de l’écran pour se confronter à la vraie vie, le spectateur quitte aujourd’hui le monde réel pour s’engouffrer dans un imaginaire fantasmé.

Mais peut-être est-il vain de vouloir classer « minuit à Paris » dans la filmographie de l’auteur. Peut être faut il se laisser emporter par la vision onirique de Woody Allen qui nous présente un Paris pas vraiment réel, un Paris de carte postale, le Paris qu’il aime et qu’il veut nous faire aimer.

Bref, un film évanescent, plein de charme et difficile à décrypter.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Black swan

Nina est choisie par son chorégraphe pour interpréter le double rôle du « cygne blanc » et du « cygne noir » dans une nouvelle mise en scène du ballet de Tchaïkovski. Oie blanche par nature, Nina est faite pour le rôle du « cygne blanc ». Pour se fondre dans celui du « cygne noir », elle devra aller jusqu’au bout d’elle-même.

Je ne m’intéresse ni à la danse ni aux ballets et je ne connaissais le lac des cygnes que par le biais de la pub pour le chocolat Lindt. Pourtant, j’ai été complètement retourné par ce film comme rarement je l’ai été (le seul équivalent qui me vient à l’esprit est « Aguirre, la colère de dieu » de Werner Herzog).

Si Vincent Cassel est très bien dans le rôle du chorégraphe français, probablement inspiré de Maurice Béjart, mort en 2007, que dire de Natalie Portman ?
Belle ? Bien entendu, mais ça on le savait déjà.
La encore, il m’est difficile de trouver le mot… incroyable.
Oui, je pense qu’ « incroyable » est le mot qui convient le mieux. L’actrice ne joue pas seulement le rôle d’une danseuse, elle ne joue pas seulement le rôle d’une danseuse devant interpréter deux rôles complètement opposés au cours d’une même prestation. Non, elle va beaucoup plus loin. Elle incarne le mystère terrifiant de la création artistique : ce démon intérieur qui pousse l’être humain jusqu’à la folie pour lui faire atteindre la perfection. Natalie Portman est enceinte du cygne noir. « Black Swan » est l’histoire d’une gestation et l’accouchement est saisissant.

Content qu’un Oscar lui ait été attribué pour ce rôle. Non seulement parce qu’elle l’a à mon avis complètement mérité, mais aussi et surtout parce que cela donne de la valeur aux trophées artistiques. On a trop entendu à tort ou à raison « oui, les oscars, c’est truqué, comme la palme d’or du festival de Canne, le Goncourt… ». Peut-être qu’il n’y a pas tous les ans un chef-d’œuvre absolu et que le choix est parfois difficile. N’empêche que savoir qu’il y a un jury pour voir la réussite quand elle est là, ça fait chaud au cœur.

En surfant sur internet, j’ai vu que Natalie Portman attendait un enfant dans la vraie vie et l’on ne peut s’empêcher de faire un parallèle, d’autant plus que le père est un danseur étoile français rencontré sur le tournage de « Black Swan ».
Oui, bon, le people, normalement c’est pas trop mon truc, mais avouez que là, c’est troublant.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

True Grit

Mattie Ross, une gamine de 14 ans, fait appel au chasseur de prime Rooster Cogburn pour venger son père de Tom Chaney, l’homme qui l’a tué. Dans leur traque, ils sont accompagnés par Laboeuf, un autre chasseur de prime chargé de capturer le même homme pour un crime commis sous une autre juridiction.

42 ans après Henry Hathaway, Joël et Ethan Coen reprennent à leur sauce « cent dollars pour un shérif ». Dans le rôle de Cogburn, Jeff Bridges reprend le rôle initialement occupé par John Wayne.

Paris Première a eu la très bonne idée de programmer le film d’Hattaway le lendemain de la sortie du film des Coen. En regardant successivement ces deux films, j’ai donc enfin pu essayer de percer le secret des champions de la caricature de l’Amérique profonde.

Le film d’Hattaway est archi classique et d’une mièvrerie affligeante : un western « à l’ancienne » digne des années 50 et tourné en 1969, 3 ans après le très moderne « Le Bon, la Brute et le Truand » de Sergio Leone.

La différence entre les deux films n’est à première vue pas à rechercher dans le scénario. Certains plans et dialogues de True Grit sont même des copier-coller de « cent dollars… » La différence la plus flagrante tient tout d’abord aux acteurs.
La Mattie d’Hattaway est une caricature de garçon manqué monté en graine et ses rapports avec Cogburn restent ceux d’une enfant et d’une « grande personne ». Celle des Coen a une féminité toute en devenir et sa relation avec le chasseur de prime est comparable à celle de Natalie Portman et Jean Raino dans Leon. Jeff Bridges semble moins fatigué et plus délicieusement décadent que John Wayne et Matt Damon est moins niais que le « Laboeuf » de 1969.
Ce qui change dans le scénario, ce sont d’abord les proportions. Les Coen ne s’attardent pas sur les conditions de la mort du père de Mattie, ni sur tout un tas de détails secondaires qu’ils évoquent, mais qu’on comprend mieux chez Hattaway. Ils se concentrent sur la traque de Chaney dans un grand ouest désertique au milieu duquel ils sèment des personnages paumés et mille et un détails loufoques qui font leur marque de fabrique.
La principale différence scénaristique tient en fait dans les 15 dernières minutes de True Grit. Cette fin donne une magie, une profondeur et une noirceur scotchante au film qui n’existait bien entendu pas dans la version de 69. Cette fin, qui montre que les blessures les plus profondes sont souvent inattendues et que l’héroïsme le plus fort n’est pas forcément le plus visible, fait de True Grit un film drôle et dur qui me marquera durablement.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.