Kafka sur le rivage

Si vous ne l’avez déjà fait, précipitez-vous sur ce chef d’oeuvre.
Kafka Tamura, quinze ans, fuit la maison de son père, près de Tokyo. Il atterrit dans une maison consacrée aux livres, devenue un musée. La gestion repose sur les épaules de la mystérieuse et fort belle Melle Saeki. Il y rencontre le séduisant Oshima-san ,de quelques années son aîné.
Le vieux Nakata prend également la route. Cet homme illettré, à l’intelligence limitée, connaît le langage des chats. Il dispose aussi de pouvoirs occultes.
Sans jamais se rencontrer, les deux personnages vivront des expériences initiatiques qui les transformeront totalement.
Poésie, humour, mystère, cruauté font de ce long conte une expérience inoubliable.
Murakami connaît les mythologies occidentales. Il revisite le mythe d’Oedipe de façon magistrale. Il y ajoute la sagesse du bouddhisme, et il pimente le tout avec Beethoven, François Truffaut, une large touche d’impressionnisme et beaucoup de mystère.
Guy.
Haruki Murakami
10/18
638 p.

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Salut Marie

La Vierge apparaît à Pierre Mourange, vétérinaire et incroyant, veuf inconsolable et caractère plutôt dépressif. Son médecin diagnostique une mélancolie aigüe, son frère cardiologue lui annonce que, justement, il déjeune ce jour-là avec Sainte Thérèse, ses amis ne savent que penser, et les bigotes du coin se l’arrachent.
On sourit souvent, l’auteur a du style, je le soupçonne d’avoir eu certains démêlés avec
les jésuites.

Une bonne lecture pour les vacances,

Amitiés sainte nitouche,
Antoine Sénanque
Grasset – 252 p.

Texte: Guy

Illustration: Magali

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Paradis inhabité

« À ma naissance, mes parents ne s’aimaient plus. Cristina, ma sœur aînée, était alors une peste. Quant à mes frères, Jéronimo et Fabian, jumeaux boutonneux, ils se moquaient pas mal de moi. Aussi, les premières années de ma vie furent-elles solitaires. »

C’est ainsi que commence l’histoire d’Adri (Adriana). Elle n’est pas consciente de sa solitude, mais l’exprime par des rêves, des visions qu’elle est seule à voir. Elle a l’impression que personne ne la comprend et que personne ne l’aime jusqu’au jour où elle rencontre un jeune garçon, seul, lui aussi et lui aussi, élevé par un domestique, Gavri (Gavrila). Nous sommes en Espagne, à Madrid, dans un milieu bourgeois, conservateur et religieux, donc très rigide et à la veille de la guerre civile.

Mais laissons place au rêve, car la jeunesse, c’est comme la licorne, ça ne revient jamais.

J’ai beaucoup aimé ce livre plein de délicatesse, de paillettes, d’anges, de voiles, de nuages, d’or, de lumière et de fuyante licorne.

La Martine… très fleur bleue, en ce moment…

Ana Maria MATUTE

Phébus (domaine étranger) 2011 (2009) 283 p.

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Drood

1865 : Charles Dickens se trouve dans un train qui s’apprête à franchir un pont. Quelques secondes plus tard, la locomotive déraillera et entraînera dans sa chute la plupart des wagons qui précédent celui de l’écrivain. Dickens apportera son secours aux blessés et descendra au fond du ravin. Il y rencontrera un être aussi étrange que fantomatique qui changera sa destinée : Drood. Wilkie Collins, un proche de Dickens, narrera dans les 850 pages qui suivront, les conséquences de l’accident.

L’écrivain Wilkie Collins, dont je n’avais jamais entendu parler avant d’ouvrir Drood, a bien existé. Son entrée sur Wikipédia est assez bien fournie. Curieusement, elle l’est beaucoup plus que celle de Charles Dickens.

C’est peu dire que Drood est une prouesse littéraire. C’est un véritable festival. Dan Simmons jongle admirablement avec tous les genres et bouscule les codes de la littérature sans les violer pour autant. Il innove même et invente le roman rétrofuturiste puisqu’il est censé être écrit en 1879 pour nous, lecteurs du XXIe siècle.

Le livre commence par un tableau assez académique de la société victorienne. Il se poursuit par une descente aux enfers au sens dantesque du terme : bas fonds, crypte, murs suintants, enfants déguenillés, vieillards décharnés, coupe-jarrets, cadavres en décomposition, sectes diaboliques, opium…tous les ingrédients du genre gothique sont là.

Qui est Drood ? Un homme de chair et d’os ? Un génie du mal ? Un magnétiseur fou ? Un ancêtre du docteur Mabuse de Fritz Lang ? Un fantôme ? L’âme du petit peuple de Londres qui vit dans les profondeurs de la capitale, prêt à se révolter à chaque instant (une très brève allusion à la « première internationale » créée à Londres en 1864 est faite) ?

Petit à petit, le narrateur prend le dessus sur les événements qu’il relate. On voit le vrai visage de Wilkie Collins. Drood devient un démon intérieur.

Est-ce Drood qui transforme le « bon vieux Wilkie » en monstre sanguinaire ou est-ce Collins qui crée Drood pour ne pas avoir à assumer sa propre déchéance ?
Quel peut être la place de Drood dans l’esprit d’un personnage rongé par la maladie (la goutte) et l’opium qu’il absorbe de manière immodérée, en particulier sous forme de laudanum ? Quelle crédibilité accorder aux propos d’un narrateur aussi délabré ? La réalité que le lecteur devinera derrière les délires de Collins n’en sera plus que saisissante.

Drood pourrait aussi être l’histoire de l’artiste dépeint par Aznavour dans « je me voyais déjà ». Un écrivain qui enrage de vivre dans l’ombre du maître Dickens. Un écrivain détruit tant par la fascination que par la haine qu’il éprouve pour l’auteur de David Copperfield. Un écrivain convaincu de sa médiocrité et qui espère néanmoins rester dans l’Histoire en s’adressant à des lecteurs du futur.

Drood, c’est en tout cas un livre poignant qui me marquera durablement.

Edouard

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Baudolino

XIIe siècle. Baudolino, conseiller de Fréderic Barbe Rousse, souverain du Saint Empire Romain germanique, raconte ses aventures rocambolesques à Nicétas, un homme rencontré au cours du sac de Constantinople par les croisés.

Difficile de résumer un livre de plus de 660 pages qui est plus une épopée relatant les différents moments de la vie du héros qu’une intrigue très construite du genre de Da Vinci Code ou Millenium. Ce genre de récit, vieux comme l’histoire de la littérature (l’épopée de Gilgamesh : IIe millénaire av JC) n’est plus très à la mode aujourd’hui et il m’a fallu un moment pour m’y habituer. Je me suis aussi rapidement rendu compte que la lecture de l’ouvrage convenait peu au rythme des trajets quotidiens de RER et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles j’ai mis un temps phénoménal à le terminer. Pour déguster ce roman-fleuve, privilégiez les vacances, la plage et l’insouciance au stress quotidien qui convient mieux aux romans rythmés.

L’histoire maintenant. D’un point de vue historique, j’ai beaucoup appris sur l’histoire d’une région de l’Europe qui correspond à la Bavière, la Suisse et le nord de l’Italie. Tout ça, comme dans les romans d’Eco, est raconté dans un style qui mélange érudition et légèreté. Toutefois, contrairement au Pendule de Foucauld et plus encore qu’avec la Nom de la Rose, c’est la légèreté qui prime, frisant ainsi avec la commedia Del Arte.

À partir de la mort de Fréderic, on bifurque dans le fantastique. Le personnage de Baudolino se creuse et nous arrivons petit à petit dans un tableau de Jérôme Bosch, au milieu de personnages fabuleux qui se perdent dans d’interminables querelles théologiques. On bascule ensuite dans l’héroic fantasy avec une menace guerrière couplée d’une belle romance. On quitte à ce moment la théologie pour aborder la philosophie.

Puis on revient au commencement et aux quelques années qui vont suivre, jusqu’à la fin du héros.

Un très beau livre sur un personnage qui a le physique de Sancho Panza et qui pense comme Don Quichotte. Comme dans le roman de Cervantes, l’ouvrage s’articule autour de la notion de vérité. Nous sommes prévenus dès le départ, Baudolino est un menteur. Pourtant, derrière son récit fabuleux, on finit par percevoir quelques accents de vérité, c’est ce qui rend le personnage touchant.

Un grand livre à lire en prenant son temps, un livre qui ne se dévore pas, mais qui vous bouleverse lentement.

Texte: Edouard

Illustration: Magali

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