1Q84

Un authentique envoûtement, et il y a trois livres 😉
Le monde magique de l’auteur japonais prend le lecteur en otage dès les premières pages.
Aomamé prend un taxi à Tokyo, elle se trouve prise dans un monumental embouteillage sur une autoroute urbaine, et finit par quitter le taxi, pour se retrouver dans un monde ‘différent’. Un nouveau genre est né: le roman de rétrocipation, puisque cela se passe en 1984. La référence au livre de Orwell est revendiquée. Et le Q du titre fait appel à la Question du pourquoi des agissements humains.
Parallèlement à la Quête d’Aomamé, le lecteur fait la connaissance de Tengo, mathématicien génial et romancier à la recherche de son identité.
Une série de personnages complète le tableau de chapitre en chapitre, alternativement consacré aux découvertes de Aomamé et de Tengo. Au bout des 548 pages, ils ne sont pas encore rencontrés, mais cette rencontre DOIT avoir lieu, c’est sûr.
Les références musicales et littéraires occidentales foisonnent, et pourtant le lecteur est entraîné dans un environnement oriental, avec son raffinement, et sa cruauté.
Un travail d’orfèvre, comme la peinture sur la porcelaine japonaise réalisée sur un bateau en pleine mer, afin d’éviter la poussière sur l’unique poil de soie du pinceau.
Amitiés sayonara,
Guy
Haruki Marukami – 10/18 – 548 p.

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Une passion indienne

Une histoire tirée d’un fait réel : celle de la 5e épouse du Maharajah de K., une Espagnole de 16 ans, Anita Delgado Briones, de son mariage en 1908 à 1925, fin du rêve.

À cette époque les Indes sont sous « influence » anglaise. Nous voyageons du XXe siècle débutant, au Moyen-âge indien par ses traditions.

Anita a du mal à se faire à son nouveau pays, car elle est rejetée par les Anglais et la famille du maharajah (dont les 4 précédentes épouses). Elle n’est pas intégrée à la purdah et vit sous un autre toit avec son mari qui fait tout son possible pour l’imposer. Elle y mène une vie de fêtes et de petites responsabilités ; savoir recevoir, étudier la préséance pour ne pas faire de gaffe, être toujours belle et afficher les colifichets offerts par son mari (énormes émeraudes, perles, rubis, etc.). Pour mieux s’adapter, elle apprend l’anglais et l’ourdou qui lui permet de discuter avec ses paysans et domestiques.

La belle vie, les fastes, autant en Inde qu’en Europe où ils se rendent souvent … et les retours de bâton.

Un livre intéressant, très bien documenté qui nous fait découvrir une Inde aussi romantique que cruelle. Nous voyons apparaître un certain Gandhi et dans l’épilogue, la chute des anglais et celle des Maharadjahs.

Une belle histoire d’amour avec le fils du Maharadjah qui fit scandale en Angleterre à l’époque, mais surtout une page sur l’Inde et ses traditions.

La princesse Martine qui redescend de l’échelle.
MORO Javier

Une passion indienne

Point, 2012 (R. Laffont 2006 – (2005)), 436 p + photos.

Traduction : Bernadette Andréota

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Parle leur de batailles, de rois et d’éléphants

Un conte typiquement oriental écrit par un français de Niort, né en 1972, qui a fait des études d’arabe et de persan, qu’il enseigne à l’Université autonome de Barcelone, plus de longs séjours au Moyen-Orient. Tout cela suffit à faire un prix Goncourt des lycéens. (2010) Il en faut peu ; juste un peu de magie et une belle écriture sans surcharge.
« Puisque ce sont des enfants, parle-leur de batailles et de rois, de chevaux, de diables, d’éléphants et d’anges, mais n’omets pas de leur parler d’amour et de choses semblables. » (Kipling)
Et l’auteur nous parle d’amours. Amour de l’art, de la beauté, des autres (tous sexes confondus), du travail bien fait, mais aussi de l’orgueil, de la tyrannie, de la jalousie, etc., et de l’Empire ottoman au temps de sa splendeur quand Michelangelo s’y était réfugié pour construire un pont entre les deux rives du Bosphore (des preuves, mais pas de certitude.), de l’Italie sous Laurent le magnifique et Jules II, de. Je ne vais pas réécrire ce livre que j’ai lu 2 fois plutôt qu’une.
Une écriture au style « précis et ciselé comme une pièce d’orfèvrerie » ; un conte entre rêve et réalité qui m’a entraînée dans son sillage avec émerveillement.
La Martine sous le charme
ENARDS Mathias
Actes Sud, 2010, 154 p.

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Kafka sur le rivage

Si vous ne l’avez déjà fait, précipitez-vous sur ce chef d’oeuvre.
Kafka Tamura, quinze ans, fuit la maison de son père, près de Tokyo. Il atterrit dans une maison consacrée aux livres, devenue un musée. La gestion repose sur les épaules de la mystérieuse et fort belle Melle Saeki. Il y rencontre le séduisant Oshima-san ,de quelques années son aîné.
Le vieux Nakata prend également la route. Cet homme illettré, à l’intelligence limitée, connaît le langage des chats. Il dispose aussi de pouvoirs occultes.
Sans jamais se rencontrer, les deux personnages vivront des expériences initiatiques qui les transformeront totalement.
Poésie, humour, mystère, cruauté font de ce long conte une expérience inoubliable.
Murakami connaît les mythologies occidentales. Il revisite le mythe d’Oedipe de façon magistrale. Il y ajoute la sagesse du bouddhisme, et il pimente le tout avec Beethoven, François Truffaut, une large touche d’impressionnisme et beaucoup de mystère.
Guy.
Haruki Murakami
10/18
638 p.

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L’île nue

Un homme et une femme vivent avec leurs deux fils sur une île japonaise désertique privée d’eau douce qu’ils doivent aller puiser dans l’île voisine. Ils passent donc leur vie à faire des trajets en barque et à porter des seaux d’eau.
Ce mythe de Sisyphe nippon réalisé en 1960 par Kaneto Shindo est avant tout une prouesse cinématographique.
Il y a d’abord le bruit : le vent, la pluie, une chèvre, un canard, le bruit de la gaffe de la barque quand elle s’enfonce dans l’eau, le bruit de la grande louche avec laquelle ils prennent l’eau dans les seaux…des bruits humains aussi : des bruits de pas, des cris d’enfants qui s’ébattent, la clameur de vieilles femmes, des rires, des sanglots, des gémissements, mais pas un mot articulé.
Après, il y a l’image : l’image de cette terre assoiffée. Le couple qui y cultive un petit lopin de terre qu’ils abreuvent inlassablement en été.
L’homme ne semble pas trop souffrir du mouvement perpétuel dans lequel il est engagé. Ce n’est pas un homme résigné, mais un homme qui ne se pose pas de questions, qui fait ce qu’il a à faire. C’est un homme qui peut éprouver des sentiments, mais qu’il ne témoigne qu’à ses enfants. Pas une seule fois il n’aura un geste affectueux pour sa femme. Une fois il la frappe parce qu’elle fait tomber un seau. On sent que ce n’est pas pour autant un bourreau, il fait ça mécaniquement. Quand, piquant une crise de nerfs, elle arrachera les jeunes plants qu’elle devait arroser, il la regardera en attendant que ça passe.
Elle, elle en bave, on le sent tout de suite. Tout d’abord parce que même si elle est moins forte que lui, tous les travaux agricoles sont partagés d’égal à égal. On sent aussi que l’épreuve physique a son parallèle psychologique. Ce qui frappe, ce n’est pas tant son visage que ses chevilles qui hésitent en portant l’eau. Cette hésitation dans la démarche va s’intensifier imperceptiblement tout au long du film. Rien qu’en regardant ses pieds, on se dit…c’est certain, un jour, elle va craquer. Quand ? On ne sait pas. Un jour, certainement. Peut être qu’elle partira, pour retrouver les plaisirs de la ville toute proche où ils vendent leur récolte, pour revivre ses instants de bonheur qu’elle a pu avoir dans un restaurant ou devant la vitrine d’un magasin.
Enfin, il y a la musique lancinante du compositeur Hikaru Hayashi qui s’intensifie progressivement tout au long du film pour aboutir au paroxysme final. Cette musique en harmonie parfaite avec les bruits et l’image est le seul vrai langage articulé du film. Dans les dernières secondes qui précèdent le générique final, elle pose une question bouleversante : et si tout ça ne s’arrêtait jamais ?
Edouard

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Kyoko

J’avoue ne pas trop aimer ce qui est japonais. À part les jardins si zen et si bien alignés, je trouve les films ou les livres un peu trop violents, même si les images sont belles.

C’est donc du bout des doigts que j’ai pris ce livre puisque la 4e de couverture disait : « Murakami a voulu écrire un roman sans drogue, sans violence et sans sexe, sur la renaissance et l’espoir. »

Ouf, c’était vrai !

Kyoko est orpheline à 4 ans. Élevée par sa tante et son oncle, pour aller à l’école, elle passe devant le grillage en fil de fer barbelé d’une base militaire américaine. Elle se sent enfermée (« le grillage de barbelés que je portais en moi en permanence. ») et n’arrive pas à être heureuse.

A 8 ans, elle fait la connaissance d’un G. I. qui lui apprend à danser les danses latino. C’est ainsi qu’elle trouve un exutoire pour s’évader du quotidien et l’encourager à continuer. Ses études terminées, elle passe son permis poids lourd et travaille jusqu’à ce qu’elle ait la somme nécessaire pour faire le voyage à New York, revoir José, lui dire merci et danser avec lui.

À 21 ans, elle arrive à N. Y. Elle commence par se faire arnaquer par un chauffeur de limousine « super stretch » (???)

Kyoko est un ange, une brise légère, un papillon, toujours souriante, gracieuse, etc. Elle séduit tous ceux qu’elle croise dans sa quête de José.

Le chauffeur, Ralph, qui n’est pas si mauvais bougre que ça va même l’aider.

Oh, son José, elle va le retrouver, mais dans quel état : phase finale du sida, il a perdu la mémoire et ne se souvient pas de Kyoko. Il vit des rêves qu’il a inventés pour embellir sa vie. Il ne se rappelle que sa jeunesse à Miami et sa maman qu’il voudrait revoir. Qu’à cela ne tienne Kyoko va l’y conduire en minibus aménagé. Moult péripéties l’attendent. Mais stop !

Tous les personnages qu’elle rencontre ont eu des problèmes enfant (orphelins, immigrés, victimes du racisme…) voire, en ont encore. Tout pour faire un livre glauque. Et non ! Le miracle de l’écriture est là, à chaque page.

Cette histoire est racontée par plusieurs narrateurs ; un par chapitre.

Un premier raconte une scène, le deuxième raconte la même scène, mais en parle autrement en rajoutant des détails qu’il n’y avait pas dans la première narration. Répétition ? Pas vraiment, non ! « Tastignouse » comme je suis, vous pensez bien que je n’allais pas accepter de lire 2 ou 3 fois la même histoire sans broncher. Tout le talent de l’auteur est là, dans sa façon de changer de personnage, de ton et de langage. On ne peut détester aucun des personnages, quoiqu’il ait fait. Dans le livre, personne n’aime José. Il n’y a que Kyoko. D’un récit à l’autre, nous arrivons à connaître son histoire, à comprendre pourquoi il mentait et à vouloir le voir arriver à Miami. Même la fin n’est pas triste et rebondit dans le positif, l’avenir. C’est le miracle Kyoko, jolie jeune fille gracile, aérienne, qui sait ce qu’elle veut et ne déroge pas au but qu’elle s’est donné.

« Kyoko est une fable sur l’espoir et la renaissance. »

« J’ai compris que le futur, c’est être en route vers quelque chose. »

Mais attention ! Il y a Murakami et Murakami. Ne vous trompez pas !

Il dit lui même :

« Dans ce roman-ci, il n’y a ni sexe, ni sadomasochisme, ni drogue, ni guerre. Depuis l’œuvre de mes débuts, ces éléments ont été des motifs récurrents, utilisés comme moyens d’éclater ma conscience de soi, mais dans ce roman, c’était inutile. »

Uffa !!! J’ai choisi le bon !

J’ai la même sensation de bonheur qu’après « une odeur de gingembre » … alors que ça n’a rien à voir, que c’est totalement différent, que… sais pas ! Et je ne cherche surtout pas à savoir !!!! Des fois que ça me gâcherait le plaisir… Ah non alors !!!

La Martine flottante, un sourire aux lèvres.

MURAKAMI Ryû R
Picquier Poche, 2000 (1995), 228 p.

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Une odeur de gingembre

« En 1903, Mary Mackenzie embarque pour la Chine où elle doit épouser Richard Collinsgworth, l’attaché militaire britannique auquel elle a été promise. Fascinée par la vie de Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d’esprit rapidement désapprouvée par la communauté des Européens. Une liaison avec un officier japonais dont elle attend un enfant la mettra définitivement au ban de la société. Rejetée par son mari, Mary fuira au Japon dans des conditions dramatiques. »

Ouille ! . Ça sent le mélo et l’eau de rose !

« À travers son journal intime, entrecoupé des lettres qu’elle adresse à sa mère restée au pays ou à sa meilleure amie, l’on découvre le passionnant récit de sa survie dans une culture totalement étrangère à laquelle elle réussira à s’intégrer grâce à son courage et à son intelligence. Par la richesse psychologique de son héroïne, l’originalité profonde de son intrigue, sa facture moderne et très maîtrisée, une odeur de gingembre est un roman hors norme. »

Hors norme veut tout et rien dire, mais je ne sais pas expliquer l’engouement que j’ai ressenti pour ce livre dont je n’arrive pas à sortir.

Tout est écrit avec sensibilité, parfois sautant du coq-à-l’âne pour une pensée pleine d’humour, mais surtout avec réalisme. Tout nous est raconté dans le moindre détail et loin de m’ennuyer je me suis attachée à Mary et j’ai eu beaucoup de mal a accepter le point final.

J’ai été intrigué par sa perception, sa compréhension du Japon (un pays dont je ne sais pas grand-chose et qui ne m’attire pas.) C’est là où je me suis rappelé que l’auteur était un homme et qu’il avait grandi au Japon.

Rentrer à ce point dans la peau d’une femme, et surtout son esprit, est une prouesse que je salue.

Texte: La Martine toute chamboulée

Illustration:Magali

WYND Oswald R
Une odeur de gingembre
Folio 2012 (1977), 474 p.

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Poulet aux prunes

L’histoire se passe à Téhéran en 1958. Nasser-Ali, marié et père de deux enfants est musicien : joueur de Tar (sorte de banjo iranien). N’arrivant plus à jouer, il décide de changer d’instrument, jusqu’au jour où il se rend compte que le problème ne vient pas de l’instrument, mais de lui-même. Petit à petit, une idée germe dans sa tête : il va se suicider. La BD est le récit des 7 jours qui précèdent l’acte fatal que nous ne verrons pas et qui sera présenté sous forme d’un rêve.

Marjane Satrapi, l’auteur du génial Persépolis qui, en 2003, a élevé l’art de la bande dessinée jusqu’à un sommet rarement atteint (et qui, à mon avis n’a d’égal que Maus d’Art Spiegelman) nous offre une bande dessinée bien triste et pour tout dire franchement déprimante. Poulet aux prunes fait penser à « J’ai 28 ans et qu’ai-je fait de ma vie » sans l’humour, l’autodérision, la critique sociale et le brin d’optimisme qui donnaient du croustillant à l’ouvrage de Gérard Lauzier.

Cette histoire ne donne pas envie de se marier, ne donne pas envie d’avoir des enfants et ne donne pas envie d’avoir une activité artistique. En deux mots, elle ne donne pas envie de vivre : normal pour un récit qui a « le suicide » pour thème principal.

Même si l’histoire est bien racontée, si le dessin est original et si Satrapi continue à faire découvrir à l’occident les traditions de la société iranienne, un malaise subsiste après en avoir terminé la lecture. Un auteur a-t-il le droit de dire, même avec talent, que la vie est sans issue alors même qu’elle peut paraître comme telle pour beaucoup de lecteurs ? Bien entendu, la réponse est une question d’éthique. Pour moi, c’est non.

Poulet aux prunes
Marjane Satrapi
2008

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Edouard