Mort d’une extrême droite

Jean-Marie Le Pen était un personnage incontournable de la vie politique française des années 80 et 90. On le haïssait pour ses idées autant qu’on admirait son charisme. On ne ratait pas un débat télévisé avec Le Pen parce qu’on savait que ça allait être un spectacle. C’était un tribun, un show-man on dirait aujourd’hui.

S’il y a un point commun entre Jean-Marie Le Pen est Donald Trump, il est bien là, dans le charisme.

Pour le reste, Jean-Marie Le Pen s’inscrivait dans les idées d’une frange de la population française défigurée par la collaboration et la guerre d’Algérie. C’est un passé nauséabond qu’ont connu mes parents et qui était encore dans toutes les têtes en France au cours des décennies 80 et 90, mais dont la mémoire disparaît peu à peu. D’une certaine manière, même s’il n’est mort qu’en début de semaine, Jean-Marie Le Pen avait déjà fait son temps depuis un moment.

L’extrême droite aujourd’hui est toute autre, plus jeune avec des personnages comme Jordan Bardella et plus mondialisée avec des figures comme Donald Trump et Elon Musk.

Le racisme et l’antisémitisme n’ont malheureusement pas disparu, mais ils semblent moins affirmés, contrairement à l’islamophobie et les discours anti LGBT.

Il faudrait que les jeunes d’aujourd’hui visionnent les sketches des comiques des années 80 pour comprendre : il y avait un racisme et une homophobie ordinaires dont on n’avait pas vraiment conscience. Quant aux autres minorités sexuelles, on n’y pensait même pas.

Beaucoup de racisme aussi sur la couleur de peau dans les années 80. Aujourd’hui, peut-être l’effet Obama, sans doute aussi avec la mémoire du colonialisme qui s’éloigne, ça me semble très atténué.

Le vrai tabou, c’était l’antisémitisme, car la mémoire de la Shoah était profondément incrustée dans l’inconscient collectif. C’est sur ce terrain que Jean-Marie Le Pen a pu indigner la France entière avec « le détail » et « Durafour crématoire ». Les contours de l’antisémitisme sont plus flous aujourd’hui, largement brouillés par le conflit israélo-arabe. On ne risque plus un procès en antisémitisme en critiquant la politique de Netanyahou.  

Reste le débat autour des minorités sexuelles et du genre. C’est toute la question du wokisme, un mot très présent dans le discours de l’extrême droite. D’une certaine manière, c’est un progrès, cela veut dire qu’aujourd’hui, contrairement aux années 80, ces minorités sont reconnues et acceptées par une majorité de la population.

Et enfin, ce qui est nouveau, c’est le complotisme. Ça, c’est l’effet internet et celui des réseaux sociaux. Enfin, ce n’est pas complètement nouveau, le « protocole des sages de Sion » date de la fin du 19e siècle, mais internet permet de donner à ses croyances une ampleur inégalée.

Bref, les extrêmes droites passent et se ressemblent malheureusement un peu.

Edouard

Les impossibles victoires russes

Les mois se suivent et se ressemblent : la prise d’un village par les Russes, la destruction d’un centre d’hydrocarbure par les Ukrainiens et des morts, des morts, toujours des morts. On voit bien que quelque chose bouge, mais rien de décisif. On finit par se lasser aussi de ce paysage monotone. Il y a bien l’arrivée des F16, mais personne ne semble imaginer que cela puisse changer quoi que ce soit.

Et puis, il y a l’été et la plage, les barbecues entre amis, les JO, le feuilleton de la vie politique française qui reprendra le lendemain des JO. Alors l’Ukraine… c’est toujours pas terminé ?

Il n’y a en définitive qu’une façon de battre les Russes : l’épuisement pour que le pays s’écroule de lui-même, comme en 1990. Comme un joueur de jackpot accro à la guerre, Poutine dépense toujours plus : il sent que le vent va tourner, il a presque gagné, c’est tout comme s’il avait gagné… et quand il sera à poil, les négociations pourront commencer.

Cela peut prendre du temps. Il ne faut pas que l’Ukraine s’épuise la première, d’où une aide homéopathique des alliés occidentaux pour que les Ukrainiens tiennent, mais aussi pour que la Russie ne perde pas espoir de l’emporter et qu’elle continue à dépenser encore et toujours… c’est presque bon, on va y arriver !! L’aide des Occidentaux ne peut cependant qu’être homéopathique parce qu’ils savent que plus la Russie se sentira acculée, moins elle sera contrôlable avec un risque d’utilisation de l’arme nucléaire.    

Pris par son élan, Poutine n’a peut-être plus conscience que sa course est autodestructrice et quand bien même, il ne peut plus s’arrêter. L’économie russe ne tient plus que par la guerre, elle s’effondrera après, il le sait.

Certains experts en géopolitique savent peut-être comment tout ça va se terminer. J’en doute. En tout cas, les JO montrent que la vie planétaire peut très bien continuer sans la Russie. Ils sont tous là, on les a vus dans leurs bateaux sur la Seine, lors de cette interminable litanie étatique à l’occasion de l’ouverture des JO.

Les copains de Vladimir sont là aussi et en particulier la Chine et la Corée du Nord. Ils auraient pu dire, « si Vladimir n’est pas invité, on vient pas », mais ils ne l’ont pas fait. On sent que c’est plutôt « désolé mon pote, on te racontera ».

Tout le monde aura remarqué le coude à coude entre la Chine et les États-Unis en tête du tableau des médailles. La Russie n’est pas visible, normale, la guerre froide est terminée et la Chine doit se consoler de l’absence de cet ex-grand frère. On ne parle plus non plus des athlètes russes et biélorusses qui devaient participer aux JO sous bannière neutre.

Et pendant ce temps, Vladimir mise encore et toujours, espérant en vain que les trois Zelenski s’afficheront sur le bandit manchot.

En définitive, personne ne semble s’apercevoir de l’absence des Russes aux JO et c’est sans doute un coup énorme porté à Poutine, condamné à l’indifférence mondiale, enlisé dans une guerre hors d’âge. Les soldats russes vont-ils enfin se demander pour qui ils se battent et pour qui ils se font tuer ? Qui sait ?

La prestation de Philippe Katherine lors de la cérémonie d’ouverture était volontairement ridicule. On aime ou on n’aime pas, mais en tout cas, tout le monde l’a remarqué (en particulier en Chine et au Japon). Il a peut-être fait des envieux à Moscou.

Édouard

Les illusions du NFP

Que penser du rejet par Macron de la candidature de Lucie Castets ? Le NFP est-il légitime à imposer un premier ministre ?

L’équation est simple et peut se résumer par deux principes prévus par la Constitution :

– Le président de la république nomme le premier ministre ;

– Le premier ministre peut être destitué par l’assemblée nationale, après un vote de la majorité absolue des députés.

Donc, Macron doit nommer un premier ministre qui ne risque pas d’être destitué par l’assemblée nationale pour éviter une instabilité gouvernementale qui pourrait être dommageable à tout le monde, y compris à lui-même.

S’il avait une majorité absolue à l’assemblée, ce serait simple, il nommerait qui il veut.

Si un groupe d’opposition avait lui aussi la majorité absolue, pas trop compliqué non plus. Il imposerait qui il veut à Macron.

Nous ne sommes dans aucune de ces situations aujourd’hui et si le NFP est le premier groupe à l’assemblée, il n’a pas la majorité absolue et donc, son candidat peut très bien être renversé.

On pourrait donc lire la constitution ainsi : le président nomme un premier ministre soutenu par une majorité absolue des députés.

Le consensus sur le nom d’un premier ministre ne se trouvera pas au sein du NFP mais au sein de l’assemblée nationale prise dans son ensemble. Le NFP ne semble pas prêt aujourd’hui à accepter cette réalité pour au moins deux raisons :

– Elle l’obligerait à reconnaître que le fait d’être le premier groupe à l’assemblée n’est qu’une victoire très relative sans majorité absolue ;

– Elle menacerait la structure du groupe NFP. On peut imaginer que le PS pourrait accepter de rejoindre une coalition alors qu’il n’en est pas question pour LFI.

Ce phénomène n’est pas spécifique au NFP et tous les groupes sentent que cette histoire de nomination d’un premier ministre risque de les fragiliser. Que penser du RN aussi qui souhaite entretenir aux yeux de son électorat, l’idée du vol de sa victoire du premier tour.

Désigner un premier ministre demandera à tous les groupes parlementaires d’adopter une attitude responsable qu’aucun d’eux ne souhaite. C’est aussi dépasser une vie politique traditionnellement axée sur le mensonge et la manipulation des électeurs.

Les JO arrivent à point et restent un prétexte idéal pour procrastiner. Comme disent nos voisins de l’autre côté des Pyrénées, mañana.

Edouard

Un antisémitisme peut en cacher un autre

Il y a 25 ans environ, je me souviens d’avoir eu une discussion avec la copine juive d’un de mes amis qui m’avait beaucoup énervé. Celle-ci, très engagée à gauche, soutenait que critiquer le gouvernement israélien était un acte antisémite. Pour moi, le gouvernement israélien, comme tous les gouvernements du monde, devait pouvoir être critiqué.

Le soutien indéfectible à Israël et l’engagement à gauche n’étaient pas du tout incompatibles à la fin des années 90. La vie politique française était encore organisée sur le schéma qui avait commencé à se mettre en place avec l’affaire Dreyfus, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Être antisémite, c’était être de droite et plutôt d’extrême droite. C’était d’ailleurs l’un des marqueurs principaux de l’appartenance à l’extrême droite.

La collaboration pendant la Deuxième Guerre mondiale a creusé ce clivage. Jean-Marie Le Pen, connu pour ses nombreux dérapages antisémites allant du « détail » à « Durafour crématoire », l’a, à sa manière, perpétué.

J’ai donc été surpris et choqué, comme beaucoup, par le soutien de Serge Klarsfeld, le chasseur de nazis, au rassemblement national. Je ne comprends toujours pas les raisons profondes de ce choix, mais deux phénomènes peuvent l’expliquer en partie :

– D’une part la forte présence du conflit israélo-palestinien dans le discours de LFI, qui s’est fait le fer de lance de la contestation musulmane en France ;

– D’autre part, les efforts importants fournis par le RN pour masquer son ADN. Dernièrement, on a beaucoup parlé de la participation du RN contre la marche contre l’antisémitisme. Le retrait de la candidature de Joseph Martin, candidat RN dans le Morbihan, le 19 juin, après la diffusion d’un tweet antisémite, est à ce titre significatif. Cet acte témoigne de la volonté du RN d’afficher un « zéro tolérance » en matière d’antisémitisme, mais aussi que celui-ci persiste au sein du parti.

Donc, pour moi, il n’y a pas de glissement de l’antisémitisme de la droite vers la gauche, mais il s’agit de deux choses différentes.

Au RN, je ne veux pas croire à la disparition totale de l’antisémitisme même si les cadres font ce qu’ils peuvent pour effacer toutes traces de cet antisémitisme ordinaire hérité du XIXe siècle et qui sera exploité par les nazis.

L’antisémitisme de LFI se polarise essentiellement autour de la question palestinienne. Aujourd’hui, la politique de Benyamin Netanyahou est largement contestée au niveau international et je pense que les personnes qui la contestent ne risquent plus un procès en antisémitisme. Je ne dis pas que la résolution du conflit israélo-arabe avec, par exemple, la création d’un État palestinien ferait disparaître toute trace d’antisémitisme chez LFI, mais il atténuerait certainement sa présence.

Bref, tout ça pour dire qu’aujourd’hui, l’antisémitisme n’est plus un marqueur déterminant du clivage « gauche-droite » et je dois dire qu’entre ces deux formes d’antisémitisme, ce n’est pas celle de LFI qui me semble la plus inquiétante. Si ce phénomène renforce un clivage, c’est au sein de la communauté juive.

Edouard

Un monde sans Pivot

L’émission « Apostrophes » a été diffusée pour la première fois en 1975. Je suis né un an plus tard. J’ai donc toujours connu Bernard Pivot, une sorte d’oncle télévisuel. Je le trouvais d’ailleurs ennuyeux et trop sérieux et je ne comprenais pas bien ce que disaient tous ces gens qui s’agitaient autour de lui. Ça semblait intéresser mes parents et peut être aussi mes frères et ma sœur, mais je n’en mettrai pas ma main au feu. En tout cas, ils se regroupaient comme moi, avec mes parents, autour de la télé.

Ce que j’aimais dans « Apostrophes », en définitive, c’est que c’était une occasion de se retrouver tous ensemble. Un peu comme Columbo, en fait, mais en moins sympa.

12 ans après la création d’« Apostrophes », en 1987, sortit « Radio Days » de Woody Allen. Dans ce film, le réalisateur racontait son enfance New-Yorkaise dans les années 40, dans un monde où tout tournait autour de la Radio.

J’espère qu’un cinéaste de ma génération tournera un jour « TV Days » pour faire comprendre aux jeunes d’aujourd’hui ce qu’étaient les années 80, un monde sans téléphones portables, sans internet et sans réseaux sociaux.

Dans cet univers, la télé était centrale. Impossible d’avoir des nouvelles du Monde extérieur toute la journée en regardant son téléphone. Il y avait le Journal de 20h00 que ceux qui avaient raté l’édition de 13h00 attendaient comme des naufragés perdus sur une île déserte. Idem pour la météo. Pour savoir comment s’habiller le lendemain, il fallait attendre la fin du journal télévisé pour voir une miss météo remuer ses bras devant une carte de France. Et après, on ne choisissait pas le film. Il fallait lire le « programme » pour savoir ce qu’on allait pouvoir regarder.

Bref, je ne pense pas qu’il soit possible de comprendre l’importance de Bernard Pivot en le sortant du contexte télévisuel des années 80.

Mais on ne peut sans doute pas réduire Bernard Pivot à « Apostrophes ». Je ne connais pas grand-chose de cet homme, à part la fameuse « dictée de Pivot ». Je me souviens en primaire d’une fille qui m’avait dit qu’elle allait faire la « dictée de Pivot ». Ça m’avait beaucoup impressionné, mais je ne m’y suis jamais risqué. S’il y a un mot qui a terrorisé mon enfance, c’est bien le mot « dictée ». Je me demandais comment Richard, mon meilleur copain avec lequel j’apprenais par cœur mes autodictées, faisait pour avoir des supers notes alors que j’avais toujours zéro. Richard m’impressionnait beaucoup, et pas seulement parce que son père avait un téléphone dans sa voiture. Ses capacités orthographiques dépassaient tout ce que je pouvais imaginer.  Et puis, un jour, il s’est fait piquer par la maîtresse avec le texte de l’autodictée sur les genoux.

Je ne dirais pas que c’était mieux avant. C’était mon enfance et dans une vie, rien n’est comparable à l’enfance.

« Apostrophe » a pris fin en 1990. L’émission a été remplacée par « Bouillon de culture », je crois. Je ne me souviens plus avoir regardé « Bouillon de culture ». J’étais maintenant entré dans l’adolescence et passé à autre chose. Depuis longtemps en fait, Bernard Pivot n’était rien d’autre pour moi qu’une pièce du puzzle de mon enfance et sa mort ne la fera pas disparaître.

La fin des années 80, pour moi, c’est plutôt ce jour où mon père, rentrant des États-Unis où il était allé pour son travail, avait sorti de sa valise un objet extraordinaire qui révolutionna la vie familiale et qui deviendra le nouveau pivot de la société : un téléphone sans fil. 

Edouard

La dernière destruction du temple

En 70 après Jésus Christ, l’armée de l’empereur romain Titus détruisit le temple de Jérusalem. Les juifs estiment que cet acte est le point de départ de leur diaspora en Europe et en Afrique du Nord. Les conséquences de cet événement sont toutefois contestées par certains historiens, en particulier au sein de la communauté juive, qui soulèvent qu’à l’époque, des communautés juives existaient déjà tout autour du pourtour méditerranéen.

Une fois l’effroi passé et les morts enterrés, on pourra se poser la question de ce que représente le carnage de ce début d’octobre 2023.

Bien entendu, on essaiera de comprendre comment un Etat sensé disposer des meilleurs services secrets du monde a-t-il pu laisser agir ainsi le Hamas. Les fake news qui n’ont pas tardé à inonder la toile insinuant qu’Israël avait laissé faire en disent long sur l’état d’incompréhension générale fasse à la survenance d’un tel événement.

On se demande ce que peut gagner le Hamas avec cette action. Au premier regard, on pourrait penser « pas grand-chose ». La répression d’Israël sera certainement toute aussi violente et sanglante. Au pays des tables de la loi, la loi du talion est encore de mise.

Pour comprendre ce que peut gagner le Hamas, il faut regarder au-delà de l’horreur du moment. Comme pour tout acte terroriste, le message n’est pas adressé aux victimes mais aux survivants.

Je ne pense pas seulement au camouflet reçu par l’administration Netanyahu, mais à un message adressé à tous les juifs présents en Israël et aussi à ceux de la diaspora.

En 1948, lors de la création de l’Etat, la destruction de 70 était dans la tête des premiers Israéliens : après presque 19 siècles d’errance au cours desquels il fût persécuté, le peuple juif retrouvait enfin la mère patrie, un havre de paix où tous les juifs du monde pourraient vivre librement. Depuis le 7 octobre, on peut se demander ce qu’est devenu ce havre de paix et s’il n’est pas aujourd’hui l’endroit du monde où les juifs ont le plus de risques de trouver la mort.

Qu’adviendra-t-il maintenant, une nouvelle diaspora ?

On devine la suite. Un déséquilibre démographique énorme entre la Palestine et Israël très défavorable à l’état juif en dehors des ultra-nationalistes qui font beaucoup d’enfants. On peut parier sur une fuite continue des Israéliens modérés ayant les moyens de s’implanter en occident. Trois hypothèses : La disparition de l’Etat juif qui semble peu probable compte tenu de sa supériorité technologique et du soutien des Etats-Unis, la création d’un Etat palestinien distinct d’Israël semble beaucoup plus probable ou, soyons fou, la création d’un Etat unique qui regrouperait juifs et musulmans. Rien n’est impossible, l’Ukraine a bien aujourd’hui un président juif et un premier ministre musulman.

En France, les jeunes juifs ont aujourd’hui moins peur du RN que de LFI. Bien entendu, il y a un fond d’antisémitisme dont le RN ne se débarrassera jamais mais la Shoah commence heureusement à s’éloigner, un temps qui a concerné leurs grands-parents et arrières grands-parents alors que l’antisémitisme de la France Insoumise est visible au quotidien sans parler de Zemmour qui est venu brouiller les cartes.

Quoi qu’il en soit, il semblerait que l’idéologie qui motivait les premiers israéliens doive aujourd’hui évoluer. Il est peut-être temps de repenser Israël.

Edouard

Les emmerdés

Quelques vérités tout d’abord :

– On peut ne jamais avoir été vacciné, ne jamais avoir attrapé le COVID et par là même, ne jamais l’avoir transmis à personne ;

– On peut avoir eu trois doses de vaccins, attraper le COVID et en mourir après avoir contaminé d’autres personnes ;

– Un test PCR négatif récent est une meilleure preuve d’absence de COVID qu’un certificat de vaccination.

On peut alors se demander dans ces conditions quel peut être l’intérêt du président de la République d’« emmerder » les non-vaccinés.

A-t-il trouvé des boucs émissaires faciles alors même que la campagne électorale s’est engagée et que le variant Omicron rend encore plus floues les hypothèses de sortie de crise ? C’est bien possible, mais ce n’est peut-être pas la seule explication.

Statistiquement, si les deux premières affirmations ne sont pas impossibles elles sont peu probables si l’on sait qu’un non-vacciné a aujourd’hui 16 fois plus de chances de se retrouver à l’hôpital qu’un vacciné et 38 fois plus de chance de se retrouver en soins critiques.

La décision de passer du passe sanitaire au passe vaccinal peut paraître a priori étrange. Elle ne renforce pas la sécurité sanitaire des lieux clos et semble même la fragiliser puisque les tests négatifs sont une preuve plus fiable d’absence de COVID qu’une preuve vaccinale. Certains y ont vu un nouveau caprice dictatorial, mais là encore, une autre explication est possible. Le gouvernement a peut-être abandonné l’idée d’arrêter la circulation du virus. L’avènement de l’immunité collective tant espérée il y a un an semble hypothéqué par les variants et le rêve de la maîtrise de la circulation du COVID semble aujourd’hui s’éloigner. Dès lors, il ne reste plus qu’une seule possibilité au gouvernement pour limiter les cas graves : promouvoir la vaccination afin de limiter le nombre de morts et d’éviter un engorgement des hôpitaux.

Aucun candidat à l’élection ne voudra se voir accusé d’avoir fait des morts et d’avoir contribué à l’engorgement des hôpitaux. C’est la raison pour laquelle le passe vaccinal sera voté.

Il n’y aura pas non plus d’obligation vaccinale. Non seulement, parce que cela présente un risque politique énorme pour le quasi-candidat Macron, mais aussi parce que la mise en œuvre de cette mesure est impossible dans une démocratie (on imagine mal les militaires attachant les non-vaccinés sur des chaises pour leur inculquer de force le vaccin…).

Donc, Macron utilisera le moyen le plus simple et le seul dont il dispose pour contraindre les non-vaccinés, les emmerder en limitant leur accès à la consommation, car il l’a bien compris depuis les gilets jaunes, la soif de consommation des Français est bien plus forte que leur soif de liberté, d’autant plus qu’en l’occurrence, la liberté prend des allures de roulette russe.

Édouard

La faute à Crémieux

Le 24 octobre 1870, le décret Crémieux donnait la nationalité française aux juifs algériens, c’est par ce biais que la famille d’Éric Zemmour put devenir française. Je ne sais pas quelle était la part d’islamophobie dans ce décret, il s’insérait en tout cas dans un processus d’intégration des juifs dans la société française initié en 1789.

Quoi qu’il en soit, il creusa un fossé qui devint vite infranchissable entre les communautés juives et musulmanes d’Algérie qui avaient pourtant pris l’habitude de vivre ensemble pendant des siècles.

Sur le coup, les réactions des juifs algériens furent certainement diversifiées. Certains essayèrent sans doute de continuer à vivre comme avant et j’imagine que  d’autres s’indignèrent de la discrimination faite par le décret. Enfin, une partie déduisirent de la lettre du décret que comme le gouvernement français considérait que seuls les juifs algériens étaient assimilables dans la société française et donc que par essence, les musulmans ne l’étaient pas. Je ne sais pas si la famille Zemmour était divisée, en tout cas, c’est cette dernière voie que l’actuel chouchou des médias semble suivre.

Comme on sait, l’intégration des juifs dans la société française n’était pas du tout pliée en 1870. De Dreyfus à Vichy en passant par Barrès et Céline, il faudra attendre la libération des camps en 1945 et le film d’Alain Resnais « nuit et brouillard » sorti dix ans plus tard pour que l’antisémitisme ordinaire de la société française soit ébranlé en profondeur.

Les musulmans algériens ne bénéficièrent pas pour leur part d’une reconnaissance révolutionnaire ni d’un décret Crémieux. Ils eurent cependant la possibilité d’acquérir la nationalité française entre 1962 (fin de la guerre d’Algérie) et 1967 comme tous les autres Algériens non pieds-noirs et non-juifs. Arrivés dans un pays en voie de déchristianisation et des décennies après la loi de séparation de l’église et de l’état, ils ne furent jamais fixés sur la volonté de la France de les intégrer. Le gouvernement français, désormais laïc, n’avait plus à s’occuper des religions, et était sans doute bien contant de ne plus avoir à le faire.

C’est dans cette zone grise que joue Éric Zemmour, alors qu’Al-Qaïda, Boko Haram et les talibans s’évertuent à démontrer l’incapacité du monde musulman à s’accorder avec les valeurs occidentales.

Fort opportunément, il relance le débat de l’assimilabilité des musulmans à la société française, celui-ci n’ayant jamais été clos faute de n’avoir jamais été officiellement ouvert.

Dans quelques semaines, quelques mois, on n’entendra peut-être plus parler de Zemmour, il aura fini par lasser. Il aura toutefois posé une question qui ne doit pas être un tabou : « les musulmans sont-ils assimilables dans la société française ? » Les médias ne parlent pas de la grande majorité des musulmans parfaitement intégrés à la société française, cela n’intéresse personne, mais cette question ne peut rester sans réponse. La voie d’un « oui » ferme et sans ambiguïté doit être trouvée.

Édouard

Où va l’humain ?

Qui sont ces gens qui manifestent tous les samedis contre des mesures gouvernementales qui m’ont toujours semblé être le fruit du bon sens, seules à même d’assurer la sécurité sanitaire du pays ? Les mesures prises par Emmanuel Macron ne sont d’ailleurs pas très différentes de celles prises de par le monde par ses homologues pour lutter contre la pandémie.

La négation de la pandémie, la dictature, big pharma, l’innocuité du vaccin…cette foule n’est-elle donc qu’un ramassis d’imbéciles narcissiques atteints par une paranoïa collective ? Je l’ai longtemps cru, sachant qu’une poignée d’entre eux défendaient aussi des convictions religieuses et politiques beaucoup plus concrètes.

La bêtise et la brutalité apparente des « anti » avec lesquels j’ai pu échanger sur Facebook me renforçaient dans mes convictions. Et puis, ce matin, les remarques de l’un d’entre eux m’ont fait réfléchir.

Il s’agissait d’une discussion terminologique autour de la notion « d’eugénisme ». Pour moi, il confondait « eugénisme » et « transhumanisme », deux courants de pensée que j’imaginais opposés. L’eugénisme pratiqué en particulier par les nazis visait à éliminer les plus faibles. Le transhumanisme prétend pour sa part, avec l’aide des nanotechnologies, de la biologie, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives (NTIC), faire évoluer l’homme vers un état post-humain. Si les moyens utilisés par ces deux théories sont différents, elles concourent toutes deux à encourager l’avènement d’un surhomme. Il est vrai aussi que les nazis avaient une passion particulière pour la biologie, la génétique, l’endocrinologie et que les trois autres briques des NTIC n’existaient pas à l’époque.

Le coronavirus semble avoir balayé la dichotomie gauche/droite traditionnelle qui tournait autour de la nécessité de l’intervention étatique dans la société. Il est évident qu’une crise comme celle-là ne peut être gérée uniquement par le secteur privé. Le nouveau débat qui se profile concernerait donc plutôt les moyens de gérer cette crise.

Il est vrai que la vitesse de production des vaccins a été incroyable. Vrai aussi que l’ARN messager, connu depuis des décennies, est pour la première fois utilisé pour un vaccin commercialisé est que nous n’avons effectivement aucun recul sur l’utilisation de ces derniers. Vrai enfin qu’on tâtonne et qu’il y aura sans doute d’autres vaccins plus adaptés si l’on constate que la protection  des vaccins actuels est insuffisante.

La majorité de la population, dont je fais partie, fait confiance aux pouvoirs publics. Y a-t-il vraiment une alternative ? Mais les doutes et les inquiétudes que peuvent avoir certains ne sont pas non plus infondés. Dès lors, on entrevoit un nouveau paysage politique qui opposerait les « bio conservateurs », souhaitant limiter au maximum l’intervention de la science sur le corps humain des « transhumanistes », plus ouverts aux innovations scientifiques. Personne n’est objectif et pour ma part, sans me sentir vraiment « transhumaniste », je ne me sens clairement pas « bio conservateur ». Je pense que les avancées de la science sont inéluctables et pourront avoir des effets positifs tout en étant conscient qu’il faudra mettre des garde-fous pour éviter les dérives.

Dans cette perspective on comprend mieux le sens donné au mot « dictature » qui ne serait pas qu’un abus de langage, mais l’expression d’une partie de la population « contrainte » à la vaccination. Plutôt une menace fantôme en fait, pas un régime dictatorial classique de type Corée du Nord ou Afghanistan.

Bref, si je n’accepte pas qu’on puisse discuter le principe des mesures sanitaires qui me semblent être l’expression du bon sens, je comprends qu’on puisse s’interroger sur la nature des vaccins dans un contexte scientifique mondial amenant à se poser des questions éthiques.

Mais pour moi, l’urgence est de sortir de la pandémie, ne nous trompons pas de combat. Notre seul choix possible est de faire confiance. On verra après…

Édouard

La dictature en danger


Au commencement était la souffrance. Une souffrance bien réelle, mais dont les causes n’étaient pas toujours bien claires : chômage, difficultés professionnelles, familiales, psychologiques… Et puis il y avait cette société de consommation arrogante, demandant de répondre à un standard de vie dont ils se sentaient toujours plus exclus, générant des frustrations qui devenaient de moins en moins supportables. L’arrivée au pouvoir d’un jeune président de la République auquel tout semblait réussir attisa haine et jalousies et acheva de mettre le feu aux poudres.
Ceux qui décidèrent de faire face à cette souffrance entrèrent en « résistance ». C’est un mot qui est très chargé dans notre beau pays renvoyant à l’héroïsme de la Seconde Guerre mondiale et s’inscrivant dans sa tradition révolutionnaire. Et qui dit « résistance » dit « dictature ». L’ennemi était tout trouvé : l’État. La souffrance initiale avait maintenant un sens et était plus facile à supporter.
Les gilets jaunes parlaient déjà de « dictature ». La pandémie donna un nouveau souffle au concept. Les privations de liberté étaient une preuve éclatante que le pays était bel et bien en dictature. Bien entendu, cela supposait un escamotage des raisons réelles ayant motivé ces mesures, à savoir : la situation sanitaire mondiale qu’il convenait à moins de minimiser et au mieux d’ignorer en faisant référence à un complot mondial ayant ourdi cette vaste supercherie.
L’armature de la dictature commençait à avoir des bases solides. Tout était bon pour rendre son existence toujours plus éclatante : couvre-feu, fermeture des commerces, port du masque…
Et puis arrivèrent les vaccins et avec eux, l’espoir de mettre fin à la pandémie. Se faire vacciner, c’était non seulement se protéger et protéger ses semblables, mais aussi limiter la diffusion du virus et contribuer à l’émergence d’une immunité collective. Dès lors, la vaccination se mit en marche avec un certain succès et les vaccinés se mirent à espérer une fin rapide de la pandémie.
À l’inverse, les « résistants » y ont vu une privation supplémentaire de liberté, nouvelle preuve de l’autoritarisme du pouvoir dictatorial en place. Ils furent toutefois surpris de devoir faire face aux réprobations du reste de la société voyant leurs comportements comme des freins à l’émergence de l’immunité collective devant aboutir à la fin de la pandémie et à la levée totale des restrictions.
On peut se demander si les « résistants » souhaitent vraiment la fin de leur « dictature ». Finalement, c’est elle qui donne un sens à leur action. Reconnaître que la « dictature » n’a jamais existé, c’est aussi prendre le risque d’être renvoyé à leurs souffrances irrationnelles.
Heureusement, beaucoup pourront prétexter que les nouvelles contraintes de la dictature gouvernementales ne leur permettent pas d’avoir d’autre choix que la vaccination.
La « dictature » survivra-t-elle à la fin de la pandémie ? Une affaire à suivre.
 
Édouard