Mort d’une extrême droite

Jean-Marie Le Pen était un personnage incontournable de la vie politique française des années 80 et 90. On le haïssait pour ses idées autant qu’on admirait son charisme. On ne ratait pas un débat télévisé avec Le Pen parce qu’on savait que ça allait être un spectacle. C’était un tribun, un show-man on dirait aujourd’hui.

S’il y a un point commun entre Jean-Marie Le Pen est Donald Trump, il est bien là, dans le charisme.

Pour le reste, Jean-Marie Le Pen s’inscrivait dans les idées d’une frange de la population française défigurée par la collaboration et la guerre d’Algérie. C’est un passé nauséabond qu’ont connu mes parents et qui était encore dans toutes les têtes en France au cours des décennies 80 et 90, mais dont la mémoire disparaît peu à peu. D’une certaine manière, même s’il n’est mort qu’en début de semaine, Jean-Marie Le Pen avait déjà fait son temps depuis un moment.

L’extrême droite aujourd’hui est toute autre, plus jeune avec des personnages comme Jordan Bardella et plus mondialisée avec des figures comme Donald Trump et Elon Musk.

Le racisme et l’antisémitisme n’ont malheureusement pas disparu, mais ils semblent moins affirmés, contrairement à l’islamophobie et les discours anti LGBT.

Il faudrait que les jeunes d’aujourd’hui visionnent les sketches des comiques des années 80 pour comprendre : il y avait un racisme et une homophobie ordinaires dont on n’avait pas vraiment conscience. Quant aux autres minorités sexuelles, on n’y pensait même pas.

Beaucoup de racisme aussi sur la couleur de peau dans les années 80. Aujourd’hui, peut-être l’effet Obama, sans doute aussi avec la mémoire du colonialisme qui s’éloigne, ça me semble très atténué.

Le vrai tabou, c’était l’antisémitisme, car la mémoire de la Shoah était profondément incrustée dans l’inconscient collectif. C’est sur ce terrain que Jean-Marie Le Pen a pu indigner la France entière avec « le détail » et « Durafour crématoire ». Les contours de l’antisémitisme sont plus flous aujourd’hui, largement brouillés par le conflit israélo-arabe. On ne risque plus un procès en antisémitisme en critiquant la politique de Netanyahou.  

Reste le débat autour des minorités sexuelles et du genre. C’est toute la question du wokisme, un mot très présent dans le discours de l’extrême droite. D’une certaine manière, c’est un progrès, cela veut dire qu’aujourd’hui, contrairement aux années 80, ces minorités sont reconnues et acceptées par une majorité de la population.

Et enfin, ce qui est nouveau, c’est le complotisme. Ça, c’est l’effet internet et celui des réseaux sociaux. Enfin, ce n’est pas complètement nouveau, le « protocole des sages de Sion » date de la fin du 19e siècle, mais internet permet de donner à ses croyances une ampleur inégalée.

Bref, les extrêmes droites passent et se ressemblent malheureusement un peu.

Edouard

Un monde sans Pivot

L’émission « Apostrophes » a été diffusée pour la première fois en 1975. Je suis né un an plus tard. J’ai donc toujours connu Bernard Pivot, une sorte d’oncle télévisuel. Je le trouvais d’ailleurs ennuyeux et trop sérieux et je ne comprenais pas bien ce que disaient tous ces gens qui s’agitaient autour de lui. Ça semblait intéresser mes parents et peut être aussi mes frères et ma sœur, mais je n’en mettrai pas ma main au feu. En tout cas, ils se regroupaient comme moi, avec mes parents, autour de la télé.

Ce que j’aimais dans « Apostrophes », en définitive, c’est que c’était une occasion de se retrouver tous ensemble. Un peu comme Columbo, en fait, mais en moins sympa.

12 ans après la création d’« Apostrophes », en 1987, sortit « Radio Days » de Woody Allen. Dans ce film, le réalisateur racontait son enfance New-Yorkaise dans les années 40, dans un monde où tout tournait autour de la Radio.

J’espère qu’un cinéaste de ma génération tournera un jour « TV Days » pour faire comprendre aux jeunes d’aujourd’hui ce qu’étaient les années 80, un monde sans téléphones portables, sans internet et sans réseaux sociaux.

Dans cet univers, la télé était centrale. Impossible d’avoir des nouvelles du Monde extérieur toute la journée en regardant son téléphone. Il y avait le Journal de 20h00 que ceux qui avaient raté l’édition de 13h00 attendaient comme des naufragés perdus sur une île déserte. Idem pour la météo. Pour savoir comment s’habiller le lendemain, il fallait attendre la fin du journal télévisé pour voir une miss météo remuer ses bras devant une carte de France. Et après, on ne choisissait pas le film. Il fallait lire le « programme » pour savoir ce qu’on allait pouvoir regarder.

Bref, je ne pense pas qu’il soit possible de comprendre l’importance de Bernard Pivot en le sortant du contexte télévisuel des années 80.

Mais on ne peut sans doute pas réduire Bernard Pivot à « Apostrophes ». Je ne connais pas grand-chose de cet homme, à part la fameuse « dictée de Pivot ». Je me souviens en primaire d’une fille qui m’avait dit qu’elle allait faire la « dictée de Pivot ». Ça m’avait beaucoup impressionné, mais je ne m’y suis jamais risqué. S’il y a un mot qui a terrorisé mon enfance, c’est bien le mot « dictée ». Je me demandais comment Richard, mon meilleur copain avec lequel j’apprenais par cœur mes autodictées, faisait pour avoir des supers notes alors que j’avais toujours zéro. Richard m’impressionnait beaucoup, et pas seulement parce que son père avait un téléphone dans sa voiture. Ses capacités orthographiques dépassaient tout ce que je pouvais imaginer.  Et puis, un jour, il s’est fait piquer par la maîtresse avec le texte de l’autodictée sur les genoux.

Je ne dirais pas que c’était mieux avant. C’était mon enfance et dans une vie, rien n’est comparable à l’enfance.

« Apostrophe » a pris fin en 1990. L’émission a été remplacée par « Bouillon de culture », je crois. Je ne me souviens plus avoir regardé « Bouillon de culture ». J’étais maintenant entré dans l’adolescence et passé à autre chose. Depuis longtemps en fait, Bernard Pivot n’était rien d’autre pour moi qu’une pièce du puzzle de mon enfance et sa mort ne la fera pas disparaître.

La fin des années 80, pour moi, c’est plutôt ce jour où mon père, rentrant des États-Unis où il était allé pour son travail, avait sorti de sa valise un objet extraordinaire qui révolutionna la vie familiale et qui deviendra le nouveau pivot de la société : un téléphone sans fil. 

Edouard

Je suis devenu le parent de mes parents

Les premiers symptômes d’une maladie neurodégénérative sont apparus chez Nadine Valinduck à l’âge de 50 ans. Son fils, Vincent Valinduck, médecin généraliste et chroniqueur à Télématin, évoque l’aide qu’il a apportée à sa mère pendant 14 ans, jusqu’à son décès. 

Cette histoire est celle d’un engagement total, mettant en jeu la santé physique et mentale du chroniqueur. C’est en définitive une histoire vieille comme le monde à laquelle tout le monde est malheureusement un jour confronté : le vieillissement des parents.

Cette histoire est cependant singulière compte tenu de la précocité de la maladie et donc de la jeunesse de l’auteur ainsi que sa profession. D’une certaine manière, c’est aussi l’histoire d’une aventure médicale. 

Seul, il n’aurait jamais réussi à sortir vivant de cette entreprise qui ne peut être qu’une aventure collective. Son père, tout d’abord très réticent à recourir à une aide extérieure et son frère. Puis, par la force des choses, s’est mis en place un système d’aide à domicile. Enfin, Vincent a ressenti le besoin de se confier à une psychologue pour pouvoir continuer la route. 

Bref, s’occuper jusqu’au bout d’un parent atteint d’une maladie neurodégénérative n’est pas impossible mais cela reste une aventure humaine à haut risque. Tout le monde n’a pas le temps, ni la santé, ni la volonté pour s’engager dans une telle entreprise. La question de la vie privée du jeune médecin n’est qu’allusivement évoquée mais ce relatif silence est assourdissant.

Il y a une dimension sacrificielle dans ce comportement. La religion n’est absolument pas évoquée mais on pense forcément aux paroles du Christ: « il n’y a pas de plus bel amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». 

Il n’est à aucun moment question d’EHPAD. L’auteur avoue s’être posé la question du placement en ‘ »institution » pour rejeter tout de suite cette hypothèse.

Dans les derniers moments de Nadine, on aurait pu effectivement se poser la question. Bien entendu, toutes les personnes âgées rêvent de mourir chez elles. Mais quand les gens n’ont plus conscience de leur environnement… Bref, chacun fixera les limites de l’acceptable. 

L’auteur se décrit comme un « Aidant », un mot que je ne connaissais pas. C’est en définitive à eux que ce livre est dédié, à toutes ces personnes de l’ombre qui agissent pour soutenir un proche. Ils seraient plusieurs millions et rendent, parfois sans le savoir, un service remarquable à la société sans pour autant bénéficier d’une réelle reconnaissance.

Dans une société vieillissante ne valorisant pas l’altruisme, leur place deviendra de plus en plus importante. Les aidants méritent mieux que l’ombre. Aidons les aidants. 

Edouard

Je suis devenu le parent de mes parents 

Vincent Valinduck 

Stock

2023

La familia grande

Camille Kouchner, fille de Bernard Kouchner et nièce de Marie-France Pisier, évoque sa culpabilité d’avoir gardé le secret familial concernant l’inceste dont son frère jumeau à été victime et d’avoir par là même protégé son beau-père, Olivier Duhamel.

Je n’aurais probablement jamais lu ce livre si on ne me l’avait mis entre les mains. Je ne regrette pas du tout la lecture, d’autant plus que l’ouvrage ne comporte que 140 pages et que l’écriture est fluide et agréable.

En fait, le buzz médiatique autour du bouquin m’a un peu énervé et je m’attendais à une de ces sempiternelles dénonciations familiales d’enfant de people comme l’a fait Alexandre Jardin il y a quelques années. Quant aux abus sexuels, on en a quand même beaucoup mangé depuis Me Too et Balance ton porc. Y a-t-il vraiment encore quelque chose à dire là-dessus ? Eh bien oui, peut-être qu’on atteint les limites de l’exercice avec la « familia grande ».

La première partie est très people et semble surgie d’un vieux Gala qu’on aurait oublié dans une maison de vacances au bord de la mer. Bernard Kouchner, Christine Ockrent…comme ça semble loin. Et que dire de Marie France Pisier ? En tant que fan de François Truffaut, j’ai tout de suite pensé à la jeune actrice de l’« amour à 20 ans » : 1962, la nuit des temps. C’est un peu du easy reading, mais ça se lit vite et bien. Tout semble harmonieux et la structure familiale semble incassable, même si elle est entachée par le double suicide des grands-parents.

Ensuite vient l’inceste. Victor, le frère jumeau de Camille fera le choix de l’oubli. Peut-être est-ce la meilleure solution. Camille sait. Est-ce la seule ? Elle le pense en tout cas. Elle se tait pour préserver la structure familiale, cette harmonie qu’elle veut immuable. Mais le temps passe et la structure s’use fatalement. En 2011, Marie France Pisier est retrouvée morte, coincée dans une chaise au fond de sa piscine. Comme pour ses grands-parents, Camille ne semble pas chercher les causes profondes du suicide et fait partager sa douleur. Les murs tremblent.

Et puis, les petits-enfants apparaissent et en même temps, les craintes de Camille qu’ils ne suivent le même sort que son frère. La panique l’emporte alors sur le besoin de préserver la « familia grande » qui n’est d’ailleurs plus que l’ombre d’elle-même. Camille évite son beau-père et sa mère par la même occasion. Elle prévient aussi sa belle-sœur, la femme de Victor, et tout finit par se savoir.

La réaction de sa mère est étrange. Elle semble plus en vouloir à sa fille qu’à son époux. Rattrapée elle aussi par le temps, elle meurt d’un cancer en 2017. Alors, la « familia grande » n’existe plus et il n’est plus nécessaire de préserver le secret pour protéger ses fondations. Et donc, Camille se lâche. Les faits sont prescrits juridiquement, mais d’un point de vue médiatique, ils restent imprescriptibles, le lynchage d’Olivier Duhamel peut commencer. Je ne vois pas trop à quoi va servir cette dénonciation sinon à libérer Camille du poids de son secret. J’espère que ce n’est pas juste pour se faire de l’argent facile et/ou pour détruire Olivier Duhamel. Mais elle écrit bien et j’espère qu’elle écrira d’autres romans…pour parler d’autre chose.

Édouard

Lire!

L’émission Apostrophes eut ses heures de gloire de 1975 à 1990.
Bernard Pivot est resté une figure populaire. Académicien Goncourt, il continue ses activités
littéraires.
Avec sa fille Cécile, il nous raconte son amour des livres, avec des photos drôles ou émouvantes.
Un livre à feuilleter avec tendresse, indispensable pour les amoureux de la lecture.
Vous est-il déjà arrivé de vous trouver en présence d’un lecteur ou d’une lectrice, que ce soit dans un train ou un lieu public? La curiosité ne vous pousse-t-elle pas à lire au moins le titre du livre?
Eh bien, posez-lui la question. L’inconnu(e) s’empressera de vous montrer la page de couverture.

Extrait:
« Les gens qui lisent sont moins cons que les autres, c’est une chose entendue. Cela ne signifie pas que les lecteurs de littérature ne comptent pas d’imbéciles et qu’il n’y a pas de brillantes personnalités chez les non-lecteurs. Mais, en gros, ça s’entend, ça se voit, ça se renifle, les personnes qui lisent sont plus ouvertes, plus captivantes, mieux armées dans la vie que les personnes qui dédaignent les livres. »

Amitiés confraternelles!

Guy.

Bernard Pivot et sa fille Cécile Pivot
Flammarion – 191 p.

Sherlock

 

La série est diffusée depuis un certain temps sur ma chaîne fétiche, mais je n’avais pas encore regardé. C’est chose faite depuis jeudi soir avec l’adaptation d’un classique de chez classique : le chien des Baskerville.

Le titre de l’épisode était en fait « les chiens des Baskerville », la couleur est annoncée dès le début, on n’est pas dans une énième adaptation du roman de Conan Doyle, les inconditionnels de sauce victorienne en seront pour leurs frais.

Ce n’est pas non plus une parodie, mais plutôt une ripolinade (vous ne le connaissiez pas celui-là ?) du mythe du célèbre détective-opiomane. Pour tout dire, je n’ai jamais beaucoup accroché avec Sherlock Holmes. Trop mégalo pour ne pas être énervant. J’ai toujours trouvé ses capacités déductives insupportables, ne nous laissant aucun espoir de trouver la clef du mystère.

Je pense qu’un bon auteur de romans policiers doit donner au lecteur le sentiment qu’il va peut-être résoudre l’énigme seul tout en faisant le nécessaire pour qu’il n’y arrive pas. Or, Conan Doyle semble nous dire éternellement « même pas en rêve ». J’aime bien aussi les polars dans lesquels l’enquête est un prétexte…enfin, il fallait bien poser les bases du roman policier et les aventures de Sherlock Holmes ont incontestablement alimenté les fondations du genre.

Bref, il fallait un sérieux ravalement et cette série britannique relève le défi haut la main. Tout ce déroule au XXIe siècle. Sherlock est toujours accompagné de l’inséparable docteur Watson, mais, loin du rôle de faire valoir dans lequel Conan Doyle le cantonnait, il apporte a son ami le soutien médical dont il a cruellement besoin.

En effet, plus que jamais, le grand détective apparaît comme un grand malade.
La consommation d’opium étant réglementée depuis 1912, il s’est aujourd’hui rabattu sur la cigarette. Cette addiction ne semble cependant pas être à l’origine de sa «maladie». S’il continue a user de ses talents déductifs incroyables, ce n’est plus pour nous épater, pour regarder le monde avec dédain, mais parce qu’il ne peut pas faire autrement. Il porte ses capacités comme un superpouvoir dont il doit bien faire quelque chose : c’est un peu le détective malgré lui. Forcément, j’ai beaucoup plus d’affection pour ce Sherlock que pour celui des origines.

Sinon, l’intrigue mise au goût du jour est bien sympa, teintée comme il se doit de scènes bien flippantes. Le méchant est bien méchant et le monstre délicieusement monstrueux. Les gardiens des dogmes fondateurs y auront même trouvé leur compte grâce à la « so gothic » lande accidentée du Dartmoor avec son brouillard, ses silhouettes fantomatiques, ses cris effroyables, ses cachettes et ses bruyères.

À suivre…

Edouard

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Mort d’une télé

10 ans de vie commune. Cela faisait un moment déjà que je voulais m’en séparer, mais bon, elle me rendait de bons et loyaux services, je n’allais tout de même pas la virer comme ça, sans raison.
J’y ai repensé l’année dernière lorsque j’ai eu la nouvelle « Free-Box » : trop vieille pour lire les Blu-Ray. Mouais… pas vraiment un motif de condamnation.
Et puis, il y a deux mois, je l’ai fait tomber pour la première fois. C’était une maladresse, mais peut être aussi une certaine forme de négligence. Elle n’avait rien laissé paraître de ce traumatisme et avait redémarré comme si de rien n’était.
Aucune plainte, aucun reproche. Pourtant, elle aurait pu m’en faire : « Tu ne me regardes plus ! Je ne suis plus qu’une télé trop vieille pour lire les Blu-Ray ! Ah, cette Free-box, il n’y en a plus que pour elle ! Égoïste ! Voilà ce que tu es ! Il n’y a que tes petits plaisirs qui comptent ! Je n’ai rien dit quand tu jouais à angry birds mais ça m’a fait beaucoup de mal, j’ai bien senti que je n’étais plus rien pour toi. Tu me prends pour une console de jeu ou quoi !? Le lecteur de DVD est d’accord avec moi, tu nous négliges. D’ailleurs, il a décidé de faire la grève. Tu pourrais quand même l’utiliser de temps en temps, c’est un bon enregistreur, tu sais bien. Mais non, Mossieur préfère le disque dur de sa Free-box. Heureusement pour lui, tu en as encore un peu besoin du lecteur. Madame n’accepte de lire que les Blu-Ray. Le DVD, c’est tellement dépassé… Ah, je la déteste celle-là, elle ne m’adresse jamais la parole ! Quelle pimbêche ! On n’est pas du même monde, c’est ça ? Que dis-je, je ne suis plus du même monde que VOUS. Alors qu’est ce que tu attends pour me tuer ? Vas- y pauvre minable ! Tu hésites ? Tu ne veux plus de moi, mais tu n’oses pas me le dire, c’est ça ? Un égoïste, un minable et pour couronner le tout, un lâche. Ah, mais je ne vais pas me laisser faire, tu vas voir, je vais lui arranger le portrait, tu la reconnaîtras plus ta Free-Box ».
Non, elle n’a rien dit et a préféré garder pour elle sa rancœur.
Sa nouvelle chute, la semaine dernière, lui aura été fatale. Je me sens coupable de ne rien avoir fait pour arranger l’équilibre instable de la table roulante. Ce n’est tout de même pas ma faute si les roues se sont prises dans les fils de la Free-Box.
Elle n’est pas complètement morte, mais bien amochée quand même : une bande noire sur la gauche et le texte s’affiche de droite à gauche. Un certain nombre de fonctionnalités de la Free-Box ne marchent plus. Pour une raison qui m’échappe, le lecteur de DVD refuse de s’ouvrir ».
Je ne vais pas m’en débarrasser tout de suite. On a quand même fait un bon bout de chemin tous les deux, on ne peut pas se séparer comme ça. Aujourd’hui, je suis passé à la FNAC, ils ont des télés avec lecteur de DVD intégré.
Edouard

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N’oubliez pas « volte-face »

À l’heure où France 2 annonce le retour de « n’oubliez pas les paroles », il est tant de dire un mot de « volte-face ». La dernière trouvaille de Nagui programmée depuis la rentrée sur la plage 19-20 devrait donc rejoindre le cimetière des jeux télévisés. Peut-elle espérer autre chose que l’éternité coincée entre « Jeopardy ! » et « Qui est qui ? » ? terminera-t-elle dans 20 ans en note de bas de page d’une thèse de sociologie sur la télé de divertissement dans les années 2010 ?
Pour ma part, je pense qu’il y a quelque chose à creuser dans l’émission. Le problème avec « volte-face », c’est l’ennui. Il y a un soi-disant suspense lorsque se rapprochent les deux fauteuils des candidats qui peuvent buzzer pour décider de répondre eux même à la question posée par le présentateur, mais ça ne prend pas vraiment. Sinon, le reste du temps, on papote, on prend plus ou moins de risques sur les questions, on est bien, entre gens de bonne compagnie…c’est un peu « vivement dimanche ».

Je ne sais pas si c’est une bonne idée cette histoire de fauteuils mouvants. C’est long quand ils se rapprochent et il y a cette voix off qui est un peu ridicule. Peut être qu’avec une musique sympa genre « le bon, la brute et le truand », ç’aurait été mieux.
En fait, il n’y a de réel suspense que quand les fauteuils se rapprochent et que l’on attend que l’un des deux joueurs buzz le premier. Plus tôt il buzzera, moins il gagnera de fric. Cette situation ne peut malheureusement se produire… qu’à la douzième question. Bref, ce qui est sympa dans les quizz, c’est le buzz. Et là, ils buzzent pas beaucoup. J’ai d’ailleurs remarqué qu’avec le temps, les candidats avaient de moins en moins envie de buzzer. Est-il possible de faire mieux que question pour un champion ?

Le duel de la 12e question, c’est une idée à creuser. Comme tout le jeu d’ailleurs. Les règles sont un peu compliquées à comprendre, mais le concept est innovant. En fait, c’est tout le contraire de « chéri(e) fais les valises » dans lequel il y avait incontestablement du mouvement. Le problème était qu’il n’y avait rien d’autre. Si on veut faire dans le jeu intello, il faut à mon sens dépasser le quizz comme le fait « mot de passe », l’ex-« pyramide » (aaah, le couple Laurent Broomhead/Marie-Ange Nardi, c’était quelque chose : l’introduction de chapeau melon et bottes de cuire dans l’univers du jeu télé, en voilà une idée innovante).

Que « « n’oubliez pas les paroles » se rassure, il n’est pas encore là le jeu qui réussira à prendre sa place.
Edouard

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R « o »blochon

 

La publicité est-elle un art ? Question provocante a priori puisque son seul objet et de nous vendre des produits et que tous les efforts de l’artiste consistent à démontrer que ce qu’il fait n’a rien de commercial. Discours totalement hypocrite puisque, si l’on veut être plus qu’un peintre du dimanche, qu’un chanteur de salle de bain ou qu’un écrivain en herbe, il faudra nécessairement faire entrer une dimension commerciale dans son activité artistique.
On pense aussi à tous les artistes qui ce sont illustrés dans la publicité (Lautrec, Mucha…), et à tous ceux qui ont gravité autour de la publicité (Dali et son chocolat Lanvin, Gainsbourg et le Martini…). À mon sens, la publicité n’est sans doute pas la plus belle activité artistique ni la plus noble, mais est peut-être la plus honnête.
Bref, tout ça pour en venir à l’objet de ce billet par lequel je voulais rendre hommage à la petite fille qui joue dans la pub du reblochon.
Petit rappel qui paraîtra fastidieux au français qui visite ce blog, mais qui sera certainement utile aux autres.
Le reblochon est un célèbre fromage français au caractère affirmé que les enfants appellent souvent à tort r « o »blochon.
Le clip dure à mon avis moins d’une minute. Il met en scène un père et sa fille à laquelle je donnerais 7-8 ans.
Comme on s’y attendait, la petite fille prononce « roblochon ». Son père la corrige gentiment en lui renvoyant un affectueux « reblochon ». La mauvaise élève renvoie le « roblochon » et en écho, la voix paternelle renvoie un « reblochon » en appuyant bien sur le « e ».
Et c’est là qu’opère la magie. Dans ce dialogue entre le père et la fille, un seul mot est utilisé : le nom du fromage prononcé avec deux orthographes différentes. Tout le reste passe par le ton sur lequel le mot est prononcé et l’expression du visage des deux acteurs.
L’ultime « roblochon » de la petite fille est prononcé avec un énorme aplomb et son visage en dit long. Une expression enfantine sous laquelle on devine autre chose :
– J’ai compris, on dit « reblochon »… mais qui il est ce vieux con pour me donner des ordres ? Je l’emmerde, je fais ce que je veux. Ce sera donc ROBLOCHON.
Bref, on sent la préadolescente qui se réveille dans ce visage et peut être même quelque chose de plus féminin encore. Sacrée gamine. Gare aux mecs qui se trouveront sur son passage dans dix ans.
Bravo l’artiste. Tu as de l’avenir, j’en suis certain.
Edouard

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Kate à l’assaut du Castle

Si j’écrivais un jour mes mémoires, je pourrais écrire un chapitre entier sur la deuxième chaîne. Mon enfance s’est articulée autour de RécréA2, cela fait 27 ans que je me réveille avec William Leymergie, je suis un inconditionnel de « N’oubliez pas les paroles » et j’ai même suivi les aventures exotiques et délicieusement régressives de « Rani ». Il n’y a guère qu’avec « Nicolas le Floch » que j’ai du mal. C’est sans doute l’exception qui confirme la règle.

Je n’étonnerai donc personne en avouant que je suis fan de « Castle » : la série policière du lundi soir un poil surréaliste avec une flic super sexy (le lieutenant Kate Becket) accompagnée d’un écrivain « toutou » (Richard Castle) qui se promène sur les scènes de crime avec un gilet pare-balles sur lequel on peut lire l’inscription « Writer ».

Deux ressorts principaux dans la série :
– Le mystère du meurtre de la mère de Becket ;
– La relation entre Becket et Castle.

Cela faisait un moment qu’on savait qu’il y aurait forcément un lien entre les deux thématiques et que le dénouement de l’une conditionnerait celui de l’autre. Restait à savoir quand et comment ? Il eut été tentant pour le réalisateur de faire durer éternellement le petit-jeu à la « Tom et Jerry » de Richard et Kate. Si Tom avait dévoré Jerry, Hanna Barbera aurait nécessairement dû mettre la clef sous la porte. À ma connaissance, la relation entre John Steed et Emma Peel, les héros mythiques de « chapeau melon et bottes de cuire » n’a jamais vraiment évolué (a l’époque, c’est vrai que je ne donnais pas autant d’importance à ces aspects du scénario).

Toutefois, imperceptiblement, au fil des épisodes, on sentait une progression du lien qui unissait Richard et Kate. Peu à peu, la « conclusion » est apparue comme étant incontournable.

Mais alors, s’ils sortent ensemble, que va devenir la série ? Pourra-t-elle survivre aux ébats de la superflic et de l’écrivain ?

Ce soir, le dernier épisode de la saison trois était diffusé à l’heure habituelle. Je l’ai attendu sans trop croire à un dénouement. J’ai été bluffé. Tout à explosé en même temps en un gigantesque feu d’artifice. Les meurtriers de la mère de Becket sont apparus en pleine lumière et Castle s’est enfin décidé à déclarer sa flamme.

Le dernier plan de l’épisode peut laisser penser que tout est fini. Heureusement, Télérama a mangé la grenouille en annonçant une saison quatre pour septembre.
Toutefois, rien ne sera plus comme avant : le capitaine Montgomery est mort et Tom va dévorer Jerry. Et si Télérama s’était trompé ?

Edouard

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