Astérix chez les Pictes

 

Astérix et Obélix se rendent en Écosse pour raccompagner chez lui un Picte échoué sur le rivage armoricain.

Historix qu’ils disaient. Un Astérix qui continue à vivre sans ses créateurs, est-ce possible ? Ben oui, c’est possible. Graphiquement, je ne vois pas la différence, le naufragé Picte ressemble d’ailleurs comme deux gouttes d’eau à Oumpah-Pah, le valeureux Peau-Rouge qui a fait rêver nos chères têtes grises et blanches dans leur enfance. Sinon, d’un point de vue scénaristique, c’est bien pourri…si l’on a plus de 12 ans. Je ne pense pas que ce manque de qualité soit imputable à Ferri et Conrad. Je ne suis plus un mordu d’Astérix depuis de très nombreuses années, mais en feuilletant les dernières aventures, j’avais bien senti une baisse de régime.

Certains disent que le déclin remonte au décès de Goscinny en 1977. Je ne serais pas aussi catégorique, mais il est vrai que pour moi, les albums les plus géniaux sont ceux des années 60 et 70. Ah…les romains décadents d’Astérix chez les Helvètes, c’était quand même quelque chose ; et celui qui n’arrêtait pas de perdre son bout de pain dans la fondue et qui voulait qu’on le châtie alors que tout le monde s’en foutait… il fallait le faire.

« Astérix chez les Pictes » est un album qui semble englué dans l’académisme. Il y avait cet esprit d’Astérix qui, comme celui de Tintin, a bercé mon enfance, un esprit qu’avait su retrouver Chabat dans « Mission Cléopâtre ».

Les 3 jeux de mots par case ne suffisent pas, ni les noms en « mac » des Pictes pour rallumer le feu. Dans les années 60, le petit village d’irréductibles qui résistaient toujours et encore à l’envahisseur renvoyait bien entendu à l’occupation allemande et revisitait le mythe gaulois élevé en dogme depuis la fin du XIXe ; tout ça dans un savant dosage de rigueur historique et d’impayables anachronismes. Le coup de génie des deux fils d’immigrés répondait à une attente profonde de la société française en pleine mutation. Quels sont les grands traits qui caractérisent la société actuelle ? La mondialisation ? La société de consommation ? L’environnement ? L’empire de la finance internationale ? J’espère que les nouveaux auteurs sauront adapter la BD aux attentes du monde actuel.

J’ai profondément douté de leur motivation devant la 7e case de la page 46 : Astérix, jette négligemment une gourde dans un lac en se justifiant par ces mots : « elle ne servira plus ». Il pourrait au moins s’abstenir de polluer.
Ferri-Conrad
Ed Albert-René
2013
Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

HHhH

Prix Goncourt du premier roman (2010)
L’attentat contre Reinhardt Heydrich le 27 mai 1942 à Prague.
Les deux auteurs: des parachutistes, un Tchèque et un Slovaque, entraînés en Angleterre.
Heynrich: la bête blonde, le boucher de Prague, un des concepteurs de la ‘Solution finale’ avec Eichmann.
Le titre du livre: Himmlers Hirn heisst Heydrich (le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich).
Du très beau monde, comme on peut le constater.
L’histoire est vraie (tous les protagonistes y ont laissé leur peau, des centaines d’otages tchèques également), mais le livre est présenté comme un roman. À de nombreuses reprises, l’auteur se laisse emporter par son sujet.
J’ai eu par moments de la peine à rester dans l’histoire. L’auteur emploie la technique du ‘slow motion’ de façon trop appuyée. Le livre doit être pris comme un hommage à des hommes jeunes opposés à une machine inhumaine.
Personne à l’époque ne connaissait l’issue de cette guerre démoniaque.
Merci à ceux qui ont contribué à la mener à bon terme.
Allez voir sur Google des photos de Reinhardt Heydrich: édifiant.
Amitiés opprimées,
Guy
Laurent Binet – Grasset – 441 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Prague

L’instant que je retiendrai est quand, dans Obecní dům (la maison municipale), j’ai commencé à comprendre comment j’allais écrire cette chronique.
J’étais venu voir le Golem, le fameux protoFrankenstein israélite, créé au XVIe siècle par rabbi Loew, sous le règne de l’empereur Rodolphe II. Dans la fraîcheur matinale de janvier, on sent bien sa présence dans le vieux cimetière juif. On se dit qu’il doit être caché quelque part, entre toutes ces pierres tombales hirsutes et rongées par le temps, mais je ne l’ai pas vu. Heureusement, pour la somme modique de 160 korunas (environ 7€), j’ai pu acheter un Golem miniature. Il n’a pas l’air très facile à manier et en plus, je crois qu’il ne comprend que l’hébreu.
Mais heureusement, j’ai trouvé autre chose. En premier lieu, la suite de l’histoire du Saint-Empire romain germanique que j’avais commencé à découvrir l’été dernier. J’ai été soufflé par la puissance de la Bohème médiévale. Contrairement à la Hongrie, elle n’avait pas à se soucier des assauts ottomans, ces derniers n’étant jamais remontés aussi haut. Rome aussi était loin et ce n’est peut-être pas un hasard si les hussites y virent le jour. Ces derniers seront à l’origine du protestantisme qui s’étendra comme une traînée de poudre sur l’Europe au XVIe siècle. Était-ce uniquement par souci de protéger la foi catholique ou était-ce un prétexte pour soumettre ce voisin aussi prospère qu’indomptable que Vienne y procéda à la contre-réforme ? Toujours est-il que les églises baroques construites un peu partout dans la ville, fleurons du catholicisme triomphant, sont souvent impressionnantes. A l’époque, pas facile de séparer art, religion et politique.
Et puis, le temps à fait son œuvre…et l’art a survécu pour donner à la ville son charme si particulier. Chaque nouvelle strate architecturale trouvant sa place dans le paysage urbain sans pour autant chasser la précédente.
A la fin du XIXe, l’art nouveau marque à son tour la ville de son empreinte. Mucha, que nous connaissons surtout en France pour ses affiches, peint les vitraux de la cathédrale saint Guy, située juste derrière le château cher à Kafka. L’art nouveau envahit la ville, mais aussi l’intérieur des maisons : meubles, tapisseries, bibelots et finit aussi par laisser sa trace dans les vêtements et même les sous-vêtements : magnifique exposition à la maison municipale jusqu’en 2015. L’art prend alors une autre dimension et s’affranchit du religieux et du politique, il devient insaisissable, imprévisible et ne cessera de grandir. Ce sera les maisons cubistes, ce sera Tančící dům, la maison qui danse, ce monstre de verre et de béton qui semble se déhancher sur un air endiablé..
L’art : ce géant qui envahit tout, qui ne s’inquiète ni des fleuves, ni des montagnes, ni des frontières, ni des forteresses, ni des langues, ni des religions, ni du pouvoir. Lui qui est seul capable de transporter et d’unir tout un continent dans un même élan d’émotion. Lui, ce Golem, dont personne n’arrêtera jamais la course. Prague a un indiscutable talent pour mettre en valeur ses différents visages.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le chien des Baskerville

Mystère dans la lande anglaise.
Sir Baskerville meurt dans des conditions étranges.
Son héritier fait appel à Sherlock Holmes et son inséparable comparse, le Dr Watson
On rencontre un chien gigantesque, un manoir lugubre géré par un majordome étrange.
Les nuits sont noires, l’assassin machiavélique.
Un modèle du genre.
Amitiés spectrales,
Guy
Arthur Conan Doyle – Poche

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Athènes

L’instant que je retiendrai est mon arrivée à Roissy: 13° ! Aznavour avait sans doute raison, la misère doit être moins pénible au soleil. Car de la misère, il y en a beaucoup là bas. On ne peut peut être pas tout imputer à la crise, mais quand même, les commerces indiqués dans mon guide qui ont fermé depuis sa publication, cet énorme personnage dégoulinant de graisse tagué sur un mur et sur le ventre duquel sont tatoués, un €,un $ et deux mots sans appel « always hungry »…il y a des signes qui ne trompent pas.

Donc, le soleil est là, la mer aussi, bleue, comme le ciel, Le Pirée, ce port du bout du monde que le soleil inonde, de ses reflets d’argent…et puis il y a la méditerranée, sa culture, sa cuisine, alors forcément, c’est moins pénible. Ça, c’est la carte postale, c’est le petit rab d’été que viennent chercher les Européens de l’ouest (beaucoup de Français) en octobre.

Mais bien entendu, la culture grecque ne se limite pas à son économie, à sa météo et à sa gastronomie. Athènes, pour l’occident, c’est tout d’abord l’antiquité, celle de l’Acropole, du Parthénon,  celle des mythes importés par les Romains et de la philosophie, les fondements de notre civilisation occidentale.

L’Ouest ne pense pas immédiatement à l’Empire byzantin et à la religion orthodoxe. Pourtant, cette dernière, très éloignée du catholicisme triomphant de l’Ouest, est très présente. Une religion en résistance, comme en témoignent ces microéglises qui pullulent un peu partout.

Avec la « résistance », on aborde une part de la culture grecque dont il est encore difficile de parler et sur laquelle mon guide prend bien soin de ne pas s’étendre : l’occupation ottomane.

Les Grecs ont-ils résisté pendant 400 ans sans être imprégnés par les Turcs ? Religieusement, ils ont résisté, c’est certain. Il y a bien la mosquée de Monastiraki, les bains des vents,  les pâtisseries orientales, quelques narguilés disséminés ici et là, mais…c’est plutôt discret pour la capitale d’un pays qui ne s’est libéré qu’en 1821. Peut-être que les ottomans n’accordaient pas beaucoup d’importance à Athènes, c’est bien possible. Cette influence ottomane, on la retrouve tout de même au musée des arts et traditions populaires, toute une gamme de vêtements et d’objets inspirés des cultures indienne et chinoise, importées par les Turcs. Ces 400 ans, on les retrouve aussi dans les 400 plis des jupes des gardes nationaux : la résistance à l’ottoman fait partie intégrante de l’identité nationale. Pas facile de régler le conflit chypriote ou d’admettre la Turquie dans l’Union européenne dans ces conditions.

La question de l’héritage ottoman ne concerne pas que la Grèce, mais une bonne partie de l’Europe de l’est. Qui, à l’Ouest, est disposé à reconnaître que nos bases culturelles romaines, catholiques et protestantes ne peuvent plus constituer à elles seules le référentiel culturel de l’Union européenne ? Et l’Europe de l’est, que fera-t-elle de cet héritage ? Peut-on vivre sereinement en escamotant son passé ? Un beau sujet de philo.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Le premier amour

En 1912, Gaspar, vieux mâle solitaire à la cinquantaine bien tassée, est prof de latin dans une petite ville de province hongroise. Habitué aux petites classes (6e, 5e), il se voit confier à la rentrée une classe de terminale dans laquelle une expérience de mixité est tentée : 6 filles pour 24 garçons.

Ce livre traînait depuis des années dans ma bibliothèque, j’avais essayé de le lire une fois, mais j’avais arrêté au premier tiers (j’ai retrouvé le marque-page). J’ai été cette fois-ci bouleversé par ce roman. Une histoire de la folie ordinaire. À quoi tient la manifestation de la folie de Gaspar ? À pas grand-chose, à un grain de sable faisant voler en éclats la mécanique bien huilée de sa petite vie en papier millimétré. D’où vient ce grain de sable ? On ne sait pas vraiment. Un concours de circonstances, des malentendus, l’âge… La petite enfance ? Peut-être, Gaspar y fait allusion lorsqu’il se confie au début à un jeune homme. Peut-être est ce là qu’il faudrait rechercher les origines profondes qui ont bloqué son développement, vers 11, 12 ans peut être, justement à l’âge des « petits » auxquels il aime tant enseigner.

Gaspar est un Peter Pan qui s’aperçoit à 55 ans qu’il ne peut plus sortir de son pays imaginaire peuplé de déclinaisons latines. Toutefois, il n’en a pas conscience et personne ne lui dira jamais. Il sent que les choses ne tournent pas rond, il parle d’un « docteur de l’esprit», pour dire tout de suite après qu’il n’y en a pas dans la ville, trop petite. Vienne n’est pas si loin et Freud y développait alors ses théories… Ágoston Timar, le jeune homme auquel Gaspar se confie au début et qu’il souhaiterait désespérément revoir y habite d’ailleurs. C’est un personnage un peu méphistophélique qui ouvre une porte dans le pays imaginaire de Gaspar sans lui donner les moyens de la refermer. Incapable de trouver seul les clefs, il ne peut que décrire les symptômes de sa transformation.

Le roman est présenté sous la forme du journal intime de Gaspar. Toute la force dramatique tient donc dans le décalage entre ce qu’il décrit et ce que nous comprenons du drame qui se profile. Cette naïveté dans la description est assez drôle au début. Prise au second degré, elle fait penser à du Tchekhov.

Mort en 1989, Sándor Márai n’a sans doute jamais entendu parler de Dalida, pourtant, à l’issue de cette lecture, les paroles de Bambino me reviennent : « l’amour et la jalousie ne sont pas des jeux d’enfants et tu es trop jeune encore pour souffrir comme les grands ». Si le bambino a 10 ans, c’est mignon. Mais imaginez une seconde que le bambino ait 50 ans…brrr

Edouard
Le premier amour
Sándor Márai
Le livre de poche

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Budapest

L’instant que je veux garder est ce petit sourire échangé avec un touriste dans le bus qui allait à l’aéroport. L’objet de ce rapide échange provenait de la défectuosité du composteur. Je ne m’attarderai pas sur l’aspect comique de la situation, qui est d’ailleurs difficile à expliquer. Ce qui m’intéresse, c’est le fait que quand le système D prend le pas sur l’ultra sécuritaire, les rapports entre les touristes évoluent. Une complicité et une solidarité implicite se mettent en place. On se donne des conseils, on se salue discrètement quand on se croise, on ne s’évite pas trop. Je comprends pourquoi certaines personnes âgées ayant connu la guerre regrettent la disparition de ce climat d’entraide consécutive au retour de la paix. On s’autodiscipline un peu plus aussi. Je n’avais plus aucune envie de traverser quand le petit bonhomme était rouge, mais, bien souvent, les passages cloutés n’avaient pas de feu et parfois, les feux n’avaient pas de passages cloutés. Je ne voudrais pas que mes propos soient mal interprétés, mais quand on arrive de Vienne, le contraste est saisissant. Le climat d’insécurité est aussi très inégalement réparti dans la ville. Certes, les abords de la gare de Kelenföe où arrivent les trains de Vienne ainsi que ceux de l’aéroport font un peu penser aux films de Kusturica, mais on ne ressent aucune insécurité dans le centre de Pest (partie est de la ville).
Bon, voilà, c’est dit. Maintenant, c’est une très belle ville. Ceux qui ont un peu voyagé en Europe s’amuseront à essayer de faire la comparaison avec d’autres villes. Le centre-ville fait beaucoup penser à Vienne. Le Danube qui sépare les deux anciennes villes de Buda et Pest est gigantesque et effectivement bleu, bien plus large que la Seine ou la Tamise, on pense au Bosphore, toutes proportions gardées. Pest, chrétienne depuis le XVIIe, n’a pas conservé grand-chose de son passé ottoman et la ressemblance avec Istanbul ne va pas plus loin. Le parlement, immense lui aussi, fait beaucoup penser au Hieronimos de Lisbonne. La rue des seigneurs, dans le quartier du château, côté Buda, fait penser aux quartiers de vieilles villes commerçantes prospères comme Amsterdam ou Bruxelles. S’agissant de l’extraordinaire musée des arts décoratifs construit par Odon Lechner qui est à Budapest ce que Gaudí est à Barcelone ou de la gigantesque synagogue du centre-ville… je n’avais jamais rien vu de tel.
Pour tout dire, j’ai été complètement déconcerté par cette ville et je regrette de ne pas y avoir passé plus de temps pour essayer de mieux la comprendre. J’étais prisonniers de mes clichés sur ce que l’on appelait avant « les pays de l’Est », rebaptisés « nouvelle Europe » par Georges Bush. À côté de Kusturica, ma perception culturelle des pays de l’Est se limitait à M. Preskovitch, au Bratisla Boys et à « je vous trouve très beau ».
Sur le trajet Vienne-Budapest, j’ai été presque surpris de me rendre compte que le « rideau de fer » était constitué d’une nature d’une grande beauté. Finalement, je connais mieux la géographie des États-Unis que celle de l’ex Saint-Empire. J’ai aussi fini par comprendre que le mot « Carpates » ne désigne pas seulement la région d’origine du comte Dracula, mais que c’est aussi une chaîne de montagnes (à l’est de la Hongrie). Budapest se développera encore, les travaux que l’on voit un peu partout dans le centre-ville en témoignent. Jusqu’où ? Cette nouvelle Europe reste un lieu incertain.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Vienne

La première partie du voyage touche à sa fin. Je me donne une demi-heure. Qu’est ce que je retiendrai de Vienne ? En arrivant de l’aéroport, ce qui m’a frappé, c’est que tout m’a semblé super clean, il y avait une petite rivière avec des galets et je me suis dit que les galets paraissaient incroyablement propres, qu’un employé municipal devait certainement les frotter la nuit. Je ne peux pas dire que le coup de foudre ait été immédiat. En plus, je me suis fait engueuler par un flic en arrivant parce que j’ai traversé une rue alors que le petit bonhomme était rouge. Je ne lui ai pas répondu qu’il n’y avait pas de voitures et je me suis platement excusé, j’avais trop peur qu’il m’emmène à la kommandantur. J’ai pensé que c’était parce que j’avais les cheveux trop longs et que je n’étais pas rasé. Je me suis rasé en arrivant à l’hôtel et effectivement, je n’ai plus eu de problèmes après.
Tous ces énormes palais pleins de touristes du centre-ville m’ont semblé pour le moins indigestes. En plus, j’y suis allé le premier jour, alors que je n’avais pas encore vraiment coupé le cordon ombilical avec mon guide.
Les trucs « à faire » que j’ai faits :
– Prendre un café viennois dans un vieux café typique du centre. Heureusement, il ne faisait pas trop chaud;
– Schönbrunn. J’y suis allé en traînant les pieds, mais ça vaut quand même le détour, très joli parc, c’est ce qui manque d’ailleurs aux palais du centre ;
– Klimt. Il y a une expo Klimt, Schiele, Kokoschka jusqu’au 10 octobre au Belvédère. Le chaland est attiré en centre-ville par de grandes affiches au titre racoleur : « dekadenz ». J’ai été un peu déçu, les œuvres sont exposées comme ça, sans explications, sans grands panneaux didactiques. Ceci dit, le parc, l’extérieur et l’intérieur du palais sont magnifiques ;
– Freud. Je suis passé devant sa maison, pas un grand intérêt. Je ne suis pas rentré, je n’avais pas pris rendez-vous.
Une fois les « à faire » faits, on commence à poser ses valises, on prend de la distance avec le guide et on se laisse porter. Ce que j’ai préféré de loin, c’est tout le quartier est de la ville, de part et d’autre du Danube. Bon, moi je l’ai vu plus vert que bleu, c’est peut être une question de luminosité ou alors, parce que « le beau Danube vert », ça fait moins classe. A l’est, il y a plein de gens qui traversent la rue alors que le petit bonhomme est rouge, ça m’a fait plaisir.
Je me suis assis à la terrasse d’un café sur schwedenplatz avec « le premier amour » de Sándor Márai, c’est la que j’ai trouvé l’instant, celui qui résume ce qu’on a ressenti dans une ville et dont on se souvient longtemps. C’est une odeur, une odeur exquise qui émanait de mon voisin qui fumait la pipe. Le tabac à pipe, ce parfum un peu désuet et au charme profond.

  Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

Barcelone

Avant de parler de Barcelone, je veux saluer la collection « un grand week-end » chez Hachette qui me suit dans ma quête culturelle européenne.
Quelques précisions techniques cependant. Les guides ont tous le même format ainsi que les cartes pliables qui vont avec. Bien entendu, toutes les villes n’ont pas la même taille et toutes les cartes ne sont donc pas à la même échelle. Elles ne tiennent pas non plus compte du relief.
Pour des villes « plates » comme Londres, Amsterdam ou Bruxelles, cela n’a pas beaucoup d’importance, mais pour Barcelone qui est construite au bord de la mer à flanc de montagne, c’est différent. Les distances ne veulent pas toujours dire grand-chose à vol d’oiseau.
Ainsi, la localisation du « parc Güell » semble assez fantaisiste. Le métro le plus proche est « Lesseps » et non « fontana » comme indiqué sur le guide. C’est vrai, il y a une petite flèche noire sur le plan que je saurai maintenant traduire par « c’n’est pas du tout là, mais c’est globalement par là ».
De même, c’est un peu galère d’aller à la fondation Miró depuis « Poble Sec » et encore plus depuis « Espanya ». Il faut en fait prendre le funiculaire de « Paral.lel ». Après, on peut toujours redescendre la colline de Montjuïc par les jardins : c’est magnifique.
Un peu difficile de décrire cette ville kaléidoscope en constante mutation urbanistique : impossible de faire le tour. Difficile de ne pas y trouver son compte, de ne pas être fasciné par la Sagrada Familía et de résister aux charmes de la plage de la Barceloneta quand la chaleur vous accable.
Mes trois coups de cœur :
– La fondation Mirò : allez savoir pourquoi je suis plus bouleversé par Mirò que par Giotto…je pense que le snobisme dans l’art est entretenu par les snobs et par ceux qui n’éprouvent pas d’émotions artistiques. Se sont parfois les mêmes.
– Le Palau Güell : Tous ceux qui ont vibré comme moi en lisant « l’ombre du vent » de Zafón retrouveront la splendeur des Aldaya derrière ce palais construit par Gaudí qui semble relever autant de l’architecture que du fantastique.
– La plaça de Prim dans le quartier de Poblenou. Un zest d’Amérique latine sur cette petite place d’un blanc immaculé que protègent deux grands arbres aux troncs noueux qui semblent être là depuis toujours. A13h, lorsque les serveurs d’ « Els Pescadors » installent les tables et que le soleil frappe, ils étendent leurs ombres pour préserver la chaleur du matin. On y accède par une petite rue aux murs défraîchis dans laquelle on aimerait entendre les musiciens de « Buena Vista Social Club ». Les esprits de Sepulveda et de Garcia Marquez ne sont pas loin non plus. On imagine que c’est sur ce genre de place que Santiago Nasar (le héros de « Chronique d’une mort annoncée ») a été assassiné.

Edouard

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.

La jeune fille à la perle

Son père étant devenu aveugle à la suite d’un accident dans sa faïencerie, la jeune Griet, 16 ans, devient servante dans la maison du peintre Vermeer.
Le travail est pénible. Elle doit, en plus, se méfier de la jalousie de l’épouse, de la fille aînée, de la servante qu’elle doit aider et de la belle-mère, qui tiennent toutes, vivement, à leurs prérogatives. Elle est chargée, tout particulièrement de faire le ménage dans l’atelier de Vermeer. Petit à petit, il lui donnera ses peintures à broyer, puis, un jour, lui demande de poser pour un tableau. C’est le scandale ! Protestante, elle ne se sent pas le droit de poser, surtout sans coiffe. Une jeune fille correcte de sa condition ne doit pas montrer ses cheveux aux étrangers. Il faut donc cacher ses séances autant à ses parents qu’à l’épouse du peintre.
Un très joli roman sur la peinture, les mœurs et la vie en Hollande au dix-septième siècle.
J’ai particulièrement aimé les détails donnés sur la fabrication des couleurs et la façon, méticuleuse, dont Vermeer peignait.
Nous ne savons pas grand-chose sur Vermeer ; il avait beaucoup d’enfants, mais peu d’argent. La maison, assez petite, était envahie de bruit. Il s’isolait dans son atelier ou à la Guilde pour avoir du calme. Il peignait peu (2, 3 tableaux par an) et surtout pas sa vie de famille. Ce livre nous explique bien sa passion pour la peinture et, uniquement, pour la peinture. Il ne profitera jamais de ses modèles.
La Martine sous le charme
CHEVALIER Tracy
Folio, 2011 (1999), 313 p.

Rejoignez Azimut sur Facebook en cliquant ici et soyez prévenu de toute nouvelle publication.