La classe Eco

Mon cher Umberto,
Je n’avais pas lu beaucoup de livres de toi : le nom de la Rose au collège, le pendule de Foucault au lycée que j’avais un peu lu pour faire style et puis, plus récemment, Baudolino.
La nouvelle de ta disparition il y a 2 heures a inondé mon corps d’un froid qui ne me quitte plus. Je ne pensais pas tous les jours à toi et c’est aujourd’hui que je réalise combien tu étais important pour moi.
La découverte à 15 ans de Guillaume de Baskerville combattant l’obscurantisme médiéval a été une révélation et bien plus encore, la naissance d’une vocation : c’est lui que je voulais être et c’est toujours lui que je veux être.
Tu étais pour moi une sorte de frère Guillaume, un élément essentiel autour duquel l’univers tournait, comme le pendule de Foucault. Tu étais un phare pour moi, pourquoi t’es-tu éteint ? Où aller maintenant, quel chemin suivre ?
Il y a d’autres gardiens du temple heureusement, mais beaucoup de marchands aussi et les défenseurs acharnés de la liberté de penser ne sont pas innombrables. Il faudra faire sans toi, trouver un nouveau phare et aider les jeunes générations à tracer leur route. Tu me fais vieillir Umberto, ou peut-être me fais tu seulement prendre conscience que je ne suis plus l’adolescent fasciné par l’intelligence de Guillaume de Baskerville.
Tu me manqueras mais je sais aussi que tout ce que tu as créé est immortel, tu nous a laissé tous les outils qui nous aideront à trouver notre voie.
Merci
Edouard

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Le buffet de la gare d’Agen

Quelque chose d’un peu âpre dans l’assiette, une impression qui se noie dans le goût des pruneaux. Ils se marient décidément bien avec la côte de porc. Une atmosphère un peu rustique dans la présentation des tagliatelles qui ne sont pas complètement cuites et un peu refroidies. Si elles avaient été parfaites, cela m’aurait semblé suspect, m’aurait fait un peu peur aussi. Une mouche vient se poser sur ma main, elle aussi fait partie du décor. Goûter cette atmosphère sans fioriture brassée par les mouvements réguliers des clients et des serveurs est devenu pour moi un rituel indispensable, comme un rappel de vaccin. J’ai besoin de cette absence de sophistication, de cette impression de crudité, de ce sentiment un peu nu, la présence de ce naturel qui n’aurait jamais l’idée d’essayer de se donner l’apparence d’un autre.
Je ne sais pas vraiment depuis combien de temps je connais le buffet de la gare d’Agen. Au moins vingt-cinq ans. Je ne m’engagerai pas sur un nombre d’années précis. Pour cause de travaux, il est resté fermé pendant trois ou quatre ans. Le voilà revenu avec quelques lustres art nouveau. Les tables et les chaises ont visiblement été changées. Quelques affiches rétro sont venues garnir les parois autrefois vides et un parquet tout neuf a remplacé le vieux lino. Cependant, les cadres moulurés des murs blancs et les miroirs au fond de la salle sont bien les mêmes que dans les années 80. Me voilà rassuré. Peu importe le lifting, l’âme de ce vieil ami taiseux n’a pas été vendue au diable. Je n’attends d’ailleurs pas qu’il s’exprime, seule sa présence m’importe. Mon car va bientôt arriver, je vais devoir y aller, mais inutile de lui dire, il le sent bien. Je ne lui serrerai pas non plus la main, pas d’effusions excessives, ce n’est pas son genre.
Edouard

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Le général passe la main

Les lecteurs habituels de « Général Lee » auront certainement noté une forte baisse de régime en 2015. Ce phénomène est, en partie, lié à une évolution professionnelle très chronophage, en particulier au premier semestre 2015, mais elle est aussi l’expression d’un sentiment confus : il y avait quelque chose d’usé, de vieilli dans « général Lee » qui devait évoluer.
« Général Lee », qui se veut une ouverture culturelle globale associant de nombreux contributeurs est un concept compliqué. Plusieurs constats. Tout d’abord, le nombre des contributeurs a été très modeste. Ensuite, pour ce qui concerne l’ouverture culturelle globale, il n’y aura probablement jamais d’articles « bricolage », « équitation » ou « course cycliste ». Enfin, l’intitulé même du blog semble peu parlant. Il repose d’une part sur les épaules d’un général sudiste de la guerre de Sécession dont on ne parle jamais et d’autre part sur celles de « shérif fais-moi peur », une série télé aujourd’hui presque oubliée. Toutes ces raisons m’incitent aujourd’hui à faire évoluer le blog en le recentrant sur le sujet qui me tient le plus à cœur : l’écriture.
À partir du 1er mars, «Général Lee » deviendra « Jet d’encre ». L’ensemble des posts seront conservés. Il y aura seulement quelques évolutions dans les rubriques avec en particulier la distinction entre la rubrique « Écriture » et la rubrique « Édition ».  Un effort sera aussi fait dans les classements des posts par pour appuyer la transversalité des sujets abordés.
Pour moi, le travail le plus important, initié dès aujourd’hui, mais qui ne sera probablement pas terminé le 1er mars, concerne le contenu des posts. En effet, un blog dédié à l’écriture ne peut supporter de trop nombreuses coquilles (orthographe, grammaire, conjugaison, ponctuation…). J’avais beau faire attention, j’avais beau essayer d’effacer l’ancien cancre en orthographe abonné au 0 en dictées, il y en avait toujours. Il m’arrivait fréquemment d’en trouver en relisant de vieux articles. Certains lecteurs m’en parlaient, d’autres non, peut-être parce qu’ils ne les voyaient pas ou parce qu’ils ne voulaient pas me vexer. Bref, j’ai décidé de prendre les choses en main. Dans l’accomplissement de cette tâche, je suis aidé par le logiciel québécois: Antidote. Cette application très efficace que m’a fait découvrir Guy, l’un des grands contributeurs de « Général Lee », était aussi recommandée par un ouvrage sur les méthodes en écriture qui m’a été offert à noël. Il m’a fait en particulier découvrir l’univers merveilleux des tirets, des accents circonflexes et des accents sur les majuscules.
Bref, profitez bien pendant le mois à venir de la cousine Daisy collée à la fameuse voiture des maudits Duke et qui s’éclipsera le 1er mars.
Edouard

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Séville

Le souvenir qui me semble le plus à même de résumer la ville est le parfum qu’exhalent les orangers plantés le long du Guadalquivir à la tombée de la nuit. La ville de Carmen, de Don Juan, de la corrida et du flamenco est toute en sensualité, une sensualité hautement démonstrative visible partout. Les Sévillans n’aiment pas beaucoup parler anglais et j’ai dû faire un petit effort pour ressortir mes rudiments d’espagnol laissés de côté depuis une vingtaine d’années. Tout revient heureusement vite et les autochtones sont très indulgents. Mes efforts n’auront pas été déçus, la langue faisant bien évidemment partie de l’enchantement.
La religion n’échappe pas à ce phénomène. Tout d’abord la foi des habitants de la ville qui, en cette période de noël, sont nombreux à accrocher sur leurs balcons de grands draps rouges sur lesquels est dessiné l’Enfant Jésus (je n’ai vu aucune trace du passage du père noël). L’exubérance religieuse se lit ensuite dans la décoration baroque des églises, dans leurs dorures, dans le gigantisme de la cathédrale de la ville. Mais cette sensualité religieuse ne concerne pas que le catholicisme, la splendeur de la religion musulmane est elle aussi omniprésente à l’Alcazar, dans les palais Pilatos et Lebrija ou dans les constructions plus ressentes du Parque Maria Luisa.
Bien entendu, les rapports entre les deux confessions ont été tendus. L’exubérance de l’une ayant eu au moins en partie pour but d’écraser l’autre. Les restes de la grande mosquée qui s’échappent des flancs de la cathédrale construite sur ses ruines en témoignent.
Pourtant, la Giralda, ancien minaret et aujourd’hui symbole de la ville a bien été préservé ainsi que l’Alcazar. Au jeu du gigantisme, les deux religions semblent ex aequo. J’ai tout d’abord été surpris par cette coexistence architecturale, n’ayant trouvé que très peu de traces du monde musulman lors de mes voyages à l’est de l’Europe à Athènes et à Budapest, deux villes ayant connu une occupation musulmane beaucoup moins ancienne. Et puis, un mot m’est revenu : « Al-Andalus », ce monde musulman, puits de science et de philosophie, pays d’Averroès illuminant par sa culture une Europe médiévale chrétienne engluée dans l’obscurantisme. Séville est en effet située à un carrefour culturel : d’une part, celui de l’Empire romain et du monde catholique de l’Europe de l’Ouest ; d’autre part, celui de l’empire Almohad qui rayonnait sur l’Afrique du Nord et le sud de l’Espagne,
Al-Andalus n’est plus, l’empire Almohade non plus. Où est aujourd’hui la splendeur de ces royaumes ? Est elle définitivement perdue dans un monde musulman désorienté et pris en otage par des factions extrémistes vendant de faux espoirs à des jeunes sans avenirs? 2015 aura-t-elle été la deuxième mort d’« Al Andalus »? Nous sommes en plein dans la période des vœux et, pour 2016, je fais le vœu que le monde musulman retrouve sa dignité en écrasant le cancer qui le ronge : qu’il retrouve l’esprit d’Al-Andalus.

Edouard

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La guerre

Tout d’abord, c’est à 3 heures du matin, un mail de mon frère actuellement en Thaïlande qui me dit regarder les infos et que je ne comprends pas trop. Ensuite, c’est une amie qui parle sur Facebook de bruits de mitraillette pris pour des feux d’artifice. Alors, je découvre l’horreur sur le site du Monde.
Un peu plus tard dans la matinée, je vois un militaire posté non loin de chez moi, mais je me dis qu’il est plus là pour rassurer les populations que pour prévenir un quelconque danger. Et puis, encore un peu plus tard, ce sont des types en civil avec des badges « ministère de la Défense » qui m’expliquent que le Pathé Beaugrenelle est fermé. C’est seulement à ce moment que j’ai commencé à réaliser. La guerre, ce serait donc cette peur sournoise qui s’installerait en chacun de nous, ce côté obscur de la Force qui se déploie comme une onde de choc et qui envahit l’intimité de tout un peuple ?
Comme beaucoup de Français, je n’ai jamais connu la guerre sur le territoire. Comme tout le monde, j’en ai entendu parler et j’ai beaucoup écouté les témoignages de ceux qui ont vécu la Deuxième Guerre mondiale. Je pensais cependant que la guerre était une maladie, un peu comme la lèpre ou la peste qui, dieu soit loué, n’existait plus en France. Il y avait bien eu l’ attentat à Charlie Hebdo en janvier, mais un attentat, ce n’est pas une guerre, surtout s’il est organisé par des jeunes illuminés en quête de reconnaissance sociale. C’était un drame des banlieues, une histoire triste de jeunes sans avenir. La France a bien réagi, on touchait à la liberté d’expression, une valeur fondamentale, elle en est sortie renforcée. Ensuite, ça à été la Syrie, c’est loin la Syrie. Il y avait bien la question des réfugiés qui était préoccupante, mais ça restait une conséquence collatérale d’une situation lointaine.
Six attaques aussi violentes qu’aveugles, au moins 128 morts, une centaine de blessés…on est passé dans une autre dimension, il y a forcément une tête pensante derrière tout ça. Et puis, ce n’est plus un symbole qui est attaqué, c’est une nation.
Et après ? Peut-être d’autres attentats. Après, en tout cas, ça va être la riposte. EI veut la guerre et il l’aura puisqu’il faudra bien réagir, tout comme Bush ce devait de réagir après le 11 septembre. Bercé dans ma jeunesse par les chansons de Renaud, indigné par les docteurs Folamour qui pullulent sur la planète, profondément convaincu de l’efficacité très relative des conflits armés, je reconnais aujourd’hui que l’agresseur ne nous laisse pas toujours le choix de la solution pacifique. Sans doute aussi qu’en vieillissant, j’ai fini par admettre à contrecœur que la réponse à la violence ne pouvait parfois être que la violence.
François Hollande chef de guerre, ce sera lui, on n’a pas le choix, puisse-t-il être éclairé. Première aussi pour le ministère de la défense regroupé à Balard (inauguration par le président de la République la semaine dernière), un regroupement qui devait impliquer une meilleure coordination de nos armées…pourvu que ça fonctionne. Heureusement, nous ne sommes pas seuls, on se demande même qui s’aventurera à soutenir EI. Cette série d’attentats semble un peu suicidaire. Et si c’était un chant du cygne ?
Edouard

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Afrique, terre d’accueil

Le premier article posté sur ce blog il y a plus de 5 ans maintenant, traitait de l’interfécondité entre Sapiens et Neandertal que l’on venait de prouver. Je suis depuis lors avec beaucoup d’attention les avancées scientifiques attachées à ce sujet passionnant qui touche au concept de « race » à l’origine des politiques désastreuses que l’on connaît et qui ont entraîné l’Europe dans les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Le Monde ayant publié cette semaine un article faisant état d’une nouvelle avancée, il convient donc que je mette mes fiches à jour.

D’aussi loin que remontent mes souvenirs, c’est-à-dire depuis le milieu des années 80, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la préhistoire à l’école primaire, on m’a toujours parlé de Neandertal comme d’un mystérieux cousin ayant disparu d’Europe quelque temps après l’arrivée de Sapiens. L’hybridation des deux espèces m’avait été présentée comme peu probable et les circonstances de la disparition de Neandertal sonnaient comme un tabou. Aussi, je m’étais mis à imaginer un génocide tiré du schéma biblique Caïn/Abel au cours duquel le fourbe Sapiens aurait exterminé le bon et inoffensif Neandertal.

Et puis, il y a cinq ans, on fit la preuve de l’interfécondité des deux espèces. Dans la mesure où la présence de Neandertal n’était connue que sur le continent eurasien, on conclut que cette hybridation ne concernait pas les Africains. Ce constat était aussi logique d’un point de vue scientifique qu’il était idéologiquement dérangeant. Il supposait en effet une différence génétique claire entre les Africains et les Eurasiens et pour tout dire, une différence « raciale ».

Dès lors, vrais et faux scientifiques, racistes et antiracistes s’engouffrèrent dans la brèche. Sur le site du Monde, tous n’étaient au final d’accord que sur un point : se taper sur la gueule. Il y avait pourtant une question simple qui aurait permis de mettre fin aux passions, mais à laquelle personne ne pensa (y compris moi) : a-t-on réellement la preuve de l’absence de trace du génome de Neandertal chez les Africains d’aujourd’hui ?

Cette présence du génome de Neandertal chez un Éthiopien de 4500 qui vient d’être révélée, apporte heureusement un éclairage et une idée s’impose : si on a pas trouvé de trace physique de Neandertal en Afrique et si on observe une présence de son génome chez cet Éthiopien, c’est donc que celui-ci avait été apporté soit par Neandertal lui-même, soit par un Sapiens métissé et donc que l’Afrique n’a pas été de tout temps une terre d’émigration, telle qu’elle nous est aujourd’hui présentée par les médias, mais aussi une terre d’accueil pour des populations venant de l’est et/ou du nord. C’est toute l’imagerie du bon sauvage qui s’écroule.
Et si le mythe de l’Africain préservé tant culturellement que génétiquement et depuis la nuit des temps des méchants blancs et de leur civilisation n’était qu’un mythe forgé par les anciennes puissances coloniales ?
Lors de mon passage à Bamako il y a une dizaine d’années, j’avais été frappé par la forte présence chinoise dans la ville. C’est peut être très européen, au fond, de penser que l’Afrique ne puisse être qu’un lieu dont on part et non une terre d’accueil.

Notre culture est telle que même chez les moins racistes d’entre nous, un fond constitué d’a priori racistes demeure. Demain, on trouvera peut-être un squelette de Neandertal en Afrique, on démontrera peut-être que le berceau de l’humanité n’est pas l’Afrique… Merci à la science en tout cas de faire avancer le schmilblick.

Edouard

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Temps retrouvé à la Baronnie

La baronne de Marçay n’est pas un personnage de la recherche, pourtant de nombreux éléments de sa vie en font un personnage très proustien : aristocratie, belle époque, Normandie, homosexualité, père homme politique farouchement antidreyfusard…pourtant, il n’en est rien, mais peut être que quelque amoureux de l’écrivain réussira-t-il un jour à établir un lien entre Yvonne Paulmier et tel ou tel personnage de l’œuvre.

Après son mariage avec le baron de Marçay qui se termina je ne sais comment, elle vécut une passion avec Agnès Aignan. Après la mort de la baronne en 1950, Agnès deviendra la propriétaire du domaine situé à Douvres la Délivrande, à côté de Caen, jusqu’à sa mort en 1986. Le domaine reviendra alors à la commune.

La baronnie, qui abrite de beaux restes architecturaux des XIIIe et XIVe siècles, commencera alors sa descente aux enfers et les bâtiments, sans doute déjà endommagés avant 86, continuèrent à se dégrader…jusqu’à l’arrivée d’une équipe municipale motivée qui aura d’une part le courage d’entreprendre d’importants travaux de restauration et de fouilles archéologiques et d’autre part de trouver les financements qui permettront de redonner toute Sa Majesté au lieu.

Hier, 19 septembre 2015, « journées du patrimoine », une grande journée médiévale est organisée sur le site. Les associations médiévales ont afflué de toute la région : chevaliers, archers, forgerons, armuriers, atelier d’enluminure, spectacles de danse, saynètes médiévalales, et potée paysanne, l’ambiance et bon enfant et les enfants ont les yeux qui brillent.

La journée se terminera comme il se doit par un feu d’artifice, lui-même précédé d’un concert en images du groupe Memorandum.

Sous une musique électro gothique, les images projetées sur le mur d’un des plus beaux bâtiments du site confèrent à l’édifice une vigueur à laquelle il n’était sans doute plus habitué.
Pendant 45 minutes, nature sauvage et ouvrages médiévaux s’entremêlent sur un rythme enivrant.
Instant d’émotion particulier à la fin du concert : le visage de la vieille dame que Philippe, le compositeur, a croisé dans son enfance apparaît sur le mur. Son dernier opus, « mademoiselle Agnès », est effectivement dédié à la dernière propriétaire des lieux. Enterrée à quelques dizaines de mètres du lieu du spectacle avec la baronne de Marçay, mademoiselle Aignan a certainement beaucoup apprécié.

Yvonne, a dû être un peu jalouse, je l’imagine espérer secrètement que Philippe accepte de la faire sortir à son tour de l’oubli. Pour ma part, j’espère que ce sera un jour chose faite, elle le vaut bien.

Edouard

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De la démocratie en Europe

Perso, j’étais pour le « oui », en tant que petit européen bien discipliné, craignant que la foudre de Zeus s’abatte sur notre continent si jamais on osait s’opposer aux jugements des dieux FMI et UE. Ce n’était pas cependant un « oui » franc et massif, les avis des différentes autorités sur le net soutenant les thèses semblaient tous convaincants. Alors, que penser… ?
Je l’avais sentie cette haine de l’Europe et beaucoup vue taguée sur les murs lors de mon passage à Athènes il y a deux ans, mais je pensais que les Grecs allaient se résigner au dictat du FMI et de la Commission européenne, continuer à courber l’échine en grognant et à supporter des réformes qui, visiblement, depuis 5 ans, n’améliorent en rien leur quotidien.
Que signifie ce « non » au juste ?
Une volonté de sortir de l’€, de l’Union européenne ? Les Grecs savent bien que ces solutions ne leur permettront pas d’améliorer la situation, mais au moins seront-ils libres. Je ne veux pas y croire. La Grèce et l’Union européenne auraient toutes deux beaucoup à y perdre et passeraient à côté d’une occasion de faire enfin entrer le continent dans un processus démocratique. Moscou dit que c’est un premier pas vers la sortie de l’€…pas étonnant puisque c’est en partie pour retirer les Grecs des griffes soviétiques qu’ils ont été intégrés dans le marché commun.
Alors quoi ? Retour à la table des négociations ? Mais alors, si c’est le cas, les conséquences d’une victoire du « Oui » auraient-elles été différentes ? Sans doute pas, beaucoup de commentateurs l’ont déjà dit. Tsipras est en tout cas mis en face de ses responsabilités. Il a été élu contre l’austérité et n’a pu opposer à ses créanciers que la seule arme dont il disposait, la volonté populaire qui le soutient. Ce qui va se passer maintenant est inédit dans l’histoire de l’Europe et mes capacités divinatoires ne me permettent pas de savoir ce qu’Angela Merkel et François Hollande vont se dire demain ni ce qui va être décidé mardi à l’issue du sommet de la zone €. Il va se passer quelque chose en tout cas. L’Union européenne va devoir faire son introspection et repenser son autoritarisme, dialoguer, écouter : bref, entrer dans un jeu démocratique. J’espère que ce « non » permettra aussi à la Grèce d’agir sur son destin sans nier ses responsabilités.
Et si ce « non » était une chance pour l’Europe ? C’est en tout cas un bel exercice qui a permis à un pays unifié de s’exprimer d’une seule voix avec plus de 61% pour le « non ». L’important n’était peut-être pas finalement le « oui » ou le « non », mais une victoire franche de l’un ou de l’autre. Un 51%/49% auraient présenté un peuple divisé quel que soit l’issue du scrutin : le peuple grec à des choses à dire, écoutons-le.

Edouard

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Où est Charlie ?

34, 32, 18 : âges des trois tireurs présumés originaires de Gennevilliers (sources Libé). Ils se sont réclamés d’Al Qaïda et les experts disent qu’ils ont été entraînés, probablement en Syrie. Cela n’en fait pas des chefs de guerre pour autant. Il s’agit peut être de trois pauvres types en quête de reconnaissance et n’ayant trouvé une raison d’être que dans ce massacre épouvantable et spectaculaire.
Peut-être ont-ils aussi reçu des ordres d’en haut, peut être y a-t-il une internationale djihadiste unifiée ayant décidé de frapper Charlie. Peut-être, mais j’en doute. Le journal n’ayant pas perçu de menaces particulières ces derniers temps, on est en droit de se poser la question.
Le propre des terroristes et de créer du sens par leur action. Ne leur faisons pas ce plaisir et considérons que cet acte est aussi odieux et stupide qu’insensé. Ne donnons pas envie à d’autres petits Ben Laden en herbe. Ne donnons pas à cet acte plus de sens qu’il n’en a.
Que voulaient-ils nous faire croire en massacrant la rédaction? Que la France est un nid à djihadistes ? Muscler l’islamophobie ? La criminalité est une activité profondément laïque, comme la connerie, peu importe la religion, que le criminel soit croyant, athée ou agnostique, il n’en reste pas moins un criminel.
Au-delà du massacre proprement dit, les auteurs sont coupables d’un second crime au moins aussi odieux que le premier. Je ne sais pas si ce crime existe dans le Code pénal, mais il faudrait le mettre si ce n’est pas le cas, c’est celui de commettre un crime au nom d’une communauté qui n’a rien demandé. En l’occurrence, c’est prendre en otage la communauté musulmane. Ce n’est pas aux chrétiens, aux juifs, aux bouddhistes aux athées, aux agnostiques de se débarrasser des islamistes, c’est aux musulmans de le faire. L’islamisme ne libérera jamais le monde musulman, il est son cancer. Si la mort de Cabu, de Wolinski et des autres pouvait permettre cette prise de conscience, ils ne seraient assurément pas morts pour rien, ils ont bien le droit à cet honneur.
En tout cas, ils n’auront pas réussi à tuer notre Charlie qui, ce soir plus que jamais, brille en chacun de nous.
Edouard

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Berlin

Vous n’allez pas me croire. Pour la première fois de ma vie, j’ai pioché dans le minibar de l’hôtel. C’était une bouteille de Gerolsteiner (de l’eau avec des bulles). Tout ça parce que le premier jour, je me suis fait avoir par le froid. Le soir, j’ai donné toute ma monnaie, mais après, j’ai pensé que j’avais pas bien joué. Comment faire pour prendre mon prochain ticket de métro quotidien avec une station sans guichets et un distributeur qui n’accepte que les pièces et les billets de 5 et 10 €? Le lendemain, ayant fini par comprendre l’ enjeu stratégique du petit déjeuner, je me suis bien goinfré. Ensuite, je suis entré dans le supermarché du coin pour acheter un bretzel. Le caissier a dit « sheisse ! » quand il a vu mon billet de 50€ avec lequel il est parti pour revenir deux minutes plus tard avec la monnaie. Bien entendu, je n’étais pas en état de manger le bretzel que j’ai mis dans mon sac.
Les musées à Berlin ont deux grandes qualités. D’abord, ils sont chauffés et ensuite, ils sont suffisamment gigantesques pour faire descendre le petit déjeuner. Le contenu est pas mal aussi, des reconstitutions de temples à couper le souffle notamment…on se sent un peu Indiana Jones dans chaque pièce. Et puis, il faut aller voir Néfertiti, sinon, c’est comme aller à Bruxelles sans voir le Manneken pis, aller à Copenhague sans voir la petite sirène…enfin, vous avez compris. J’ai bien aimé aussi le chapeau d’or. Incroyable, je ne connaissais pas : un calendrier lunaire gravé sur un chapeau en or de 1,20m datant du 1er millénaire av. J.-C.. Je me demande bien comment ils faisaient pour l’utiliser. Peut-être que quand le chef le portait, le chaman devait monter sur une échelle pour pouvoir le consulter.
Vers 13h30, j’ai senti qu’il fallait que je recharge mes batteries, en oubliant que j’avais un bretzel dans mon sac, ce qui aurait peut être été suffisant, je ne sais pas. Enfin bon, on ne va pas refaire l’histoire, surtout à Berlin, c’est fait, c’est fait ! Les bruits de bottes sous la porte de Brandebourg, l’administration du IIIe Reich, le massacre des juifs, Tziganes, homosexuels, handicapés mentaux et opposants politiques de tous poils ; le mur, Checkpoint Charlie, le militaire qui soulève les barbelés pour faire passer à l’Ouest le petit garçon en regardant si personne ne le voit..Tout ça, c’est bien fini ! Je m’égare, où en étais je ? Ah oui, le bret…Non, je n’ai pas fini. Autant vous dire que tout ça, même si c’est du passé, c’est aussi très présent, tout est là partout pour nous le rappeler, pour crier que l’identité de l’Europe au 20e siècle, c’est une bonne dose de folie furieuse. Oui, bien entendu qu’il faut en parler, d’autant plus que toutes ces horreurs paraissent complètement incroyables aujourd’hui et j’espère qu’elles le resteront jusqu’à la fin des temps. Pour tout dire, cela m’a un peu coupé l’appétit et j’ai décidé de me contenter du bretzel pour dîner. Le problème du bretzel, c’est que c’est sec et que ça donne soif, d’où la bouteille de Gerolsteiner.
Si vous avez aussi du mal à assumer ce passé douloureux, vous vous réfugierez peut être dans un monde merveilleux de palais, de portraits d’ancêtres, de parcs romantiques, de princes et de princesses, de joyaux de la couronne, de couverts en argent, de gibiers finement cuisinés…cet univers est celui du château de Charlottenburg à quelques stations de métro du centre. Attention toutefois, comme disait Goya, le sommeil de la raison produit des monstres.

Edouard

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