Hergé fils de Tintin

Georges Remi 1907-1983, sa vie et son œuvre racontées par Benoît Peeters, auteur de bandes dessinées.

S’il fallait résumer se récit en un mot, ce serait « scotchant » ; pas seulement à cause du fameux bout de scotch du capitaine Haddock (« vol 714 pour Sidney » ou « Tintin et les Picaros », je ne sais plus) ni à cause du whisky Loch Lomond que le marin barbu affectionne tout particulièrement, mais aussi, et surtout à cause du récit captivant du parcours de l’homme qui organisera sa vie pendant 47 ans autour du jeune reporter.

On suivra les différentes étapes de l’élaboration de l’univers de l’homme à la houppe, album par album : la mise à l’étrier par un prêtre très conservateur, l’abbé Wallez qui se ressentira dans les premières aventures. La rencontre avec Tchang qui changera son univers à partir du « Lotus bleu ». La très controversée « Étoile mystérieuse » écrite en 1942 et qui lui vaudra beaucoup d’ennuis à la libération. L’amour de la comédie humaine de Balzac qui trouve un écho dans « Coke en stock » et « Les bijoux de la Castafiore » ; deux albums entre lesquels se glissera le très introspectif « Tintin au Tibet »…

Et Hergé dans tout ça ? Il évoluera beaucoup au cours de sa vie. Il était influençable, pour le meilleur et pour le pire. Il était un peu transparent, comme Tintin qui ne commencera que très tardivement à prendre du poids avec ses aventures himalayennes. Accablé par son héros, il traversera une longue dépression avant de reprendre le dessus dans les années 60.
Il régnera durant de nombreuses années en maître sur la bande dessinée européenne avant d’être talonné par de nouveaux venus. Pour ne pas que son héros se fasse terrasser par un irréductible Gaulois, Hergé écrira « Vol 714 pour Sidney », album dans lequel il fera partager ses goûts pour le paranormal.

À partir de 1945 et jusqu’à la fin de sa vie, il sera rongé par l’attitude collaborationniste qu’on lui reprochera.

Hergé- Mes dessins n’avaient rien de choquant.

L’Histoire- pas tous, mais quand même quelques-uns, emprunts d’un antisémitisme sans équivoque. Et surtout, des dessins publiés dans un journal qui était aux mains des Allemands. Les gens l’achetaient pour lire les aventures de Tintin.

En 1976, « Tintin et les Picaros », la dernière aventure du reporter, mettra en scène un Tintin très « gauchisé ». Ultime volonté de rédemption ? L’album sera mal accueilli par les milieux de gauche : c’est à Hergé qu’ils en veulent, pas à Tintin.

Hergé, c’est enfin une icône du XXe siècle. Né à la belle époque, il mourra au début des années 80, des suites d’une longue maladie de sang. Peut-être du fait des nombreuses transfusions qu’on lui fit alors subir, il sera victime d’un mal mystérieux qu’on n’appelait pas encore « SIDA ».

Edouard

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Du manège dans les paroles

Il y a six mois, je faisais part à mes lecteurs de ma colère consécutive à l’arrivée de « chéri(e) fais les valises ! », la nouvelle émission de Nagui qui venait éclipser « n’oubliez pas les paroles ».
Aujourd’hui, j’ai toutes les raisons d’être satisfait puisque, comme je l’appelais de mes vœux, « chéri(e) fais les valises ! » n’est plus et que mon karaoké bien aimé est revenu.
Je trouve que la nouvelle formule est encore meilleure que celle qu’on pouvait voir avant les vacances.
Je dois le reconnaître, la formule initiale était sympa, mais un peu simpliste, le risque avec les émissions sympas, mais simplistes, c’est la sclérose, le risque de finir dans le placard des dinosaures télévisuels avec les chiffres et les lettres, l’eurovision, miss France et Michel Drucker.
Le coup des bonus/malus que voit le téléspectateur, mais pas le candidat, c’est sympa, ça met un peu de piment, un peu de suspense. Le nouveau joker qui permet de changer de chanson…pas très utile, mais sympa aussi. Il rappelle que le plaisir est d’entendre les gens chanter le plus longtemps possible.

Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est le changement de thème hebdomadaire. Ça, c’est vraiment bien, on sent qu’on est dans la créativité permanente, qu’on fait évoluer le concept.
À la rentrée, il y a eu les célébrités, puis les sosies…cette semaine, c’est les célibataires.
Un zeste de « tournez manège » dans « n’oubliez pas les paroles » ? Pourquoi pas si c’est expérimental, si ça ne continue pas 30 ans. Comme dit Johnny, « on peut juste essayer pour voir ».

Tout d’abord, il faut des célibataires, ingrédient qui a fait le succès de l’émission phare des années 80. Une femme choisit entre deux hommes qui chantent devant elle. Quels sont les critères de sélection de la candidate ? Très subjectifs, on imagine. Voilà le premier couple sur la piste. Quand ils ne chantent pas, on observe leur comportement. Que vont-ils faire quand ils vont répondre juste à une question ? Rien ? La bise ? Se serrer la main ? À la fin des deux premières chansons, la femme se tourne vers l’homme, mais celui-ci ne semble pas s’en apercevoir. À la troisième, l’homme se décide enfin à se retourner vers la candidate, mais elle ne le regarde pas. Le lendemain, la glace n’a pas vraiment l’air d’avoir été brisée. À 35000€, il attaque et décide de l’embrasser. Elle se laisse faire sans conviction.

La nouvelle candidate est une petite jeune frisée toute mimi avec chapeau et salopette. On retrouve le prétendant malheureux de la veille face à un petit jeune. Le malheureux chante « cœur de loup » de « Jean Jacques Lafontaine ». On a mal pour lui…elle n’était pas née en 89 ! Le petit jeune chante « machistador » de « M ». Elle a les yeux qui brillent en le regardant. L’animateur tente de faire durer le suspens, mais on sait déjà qui a gagné. Deuxième râteau en deux jours, le type est un peu secoué. Naguy s’en aperçoit et semble gêné : il aura une dernière chance. Après, c’est du sadisme. Il y a peut-être un truc à creuser pour consoler le lourdé ? À voir…on innove, on innove. Pourvu que ça dure !

Edouard

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La position du tireur couché

Martin Terrier, fils d’un prolo alcoolique, n’a jamais connu sa mère. Pour les beaux yeux d’Alice, une bourge du lycée, il quitte sa province et se donne 10 ans pour arriver à un niveau social digne de sa bien-aimée. Il deviendra soldat, puis mercenaire et enfin tueur à gages sous le pseudonyme de « Christian ». Quand le glas des 10 ans sonne, Martin se rend compte qu’on ne sort pas d’un milieu tel que le sien comme d’une boulangerie.

Après « le petit bleu de la côte ouest » en 2005, Jacques Tardi adapte à nouveau en BD un classique de Jean-Patrick Manchette. Les amoureux du roman noir seront comblés. Le noir, c’est tout d’abord le trait incomparable du dessinateur, particulièrement efficace pour illustrer le récit. Le noir, c’est ensuite les codes du genre : violence, sexe, alcool, complot qui dépassent l’individu…le noir, c’est enfin une critique amère sur la cruauté des rapports amoureux et sur le déterminisme social.
Finalement, Martin avait un petit cœur beaucoup trop mou (comme dirait Olivia Ruiz) et était beaucoup trop naïf pour naviguer dans le milieu dans lequel il voulait se faire un nom.
Pour résumer, on pourrait dire que « la position du tireur couché » est une sorte de « cauchemar américain ».

Une seule lecture de la BD n’est pas suffisante pour s’imprégner de toute sa saveur, elle doit être dégustée en trois fois comme le thé des touareg qui, de tasse en tasse, est amer comme la mort, sucré comme la vie et doux comme l’amour. A lire, relire et rerelire sans modération.

La position du tireur couché
Manchette-Tardi
2010

Edouard

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Le Floch fait plouf!

Les fidèles de France2 sont maintenant habitués aux acrobaties du marquis de Ranreuil alias Nicolas le Floch, le commissaire costumé, héros du diplomate et écrivain Jean-François Parot, qui officie dans le Paris de Louis XV. Hier, une fois n’est pas coutume, Nicolas était envoyé dans la campagne bordelaise pour résoudre le mystère d’une série de meurtres perpétrés, au dire de quelques paysans…par une bête sortie des enfers.

La ressemblance de cet épisode avec l’histoire archiexploitée de la bête du Gévaudan n’aura échappé qu’aux moins de 10 ans. Pour que l’intrigue ne se résume pas à un vulgaire copier/coller du « pacte des loups », le réalisateur ajoute quelques éléments de son cru. Autour de la bête rendue encore plus bête par son maître, un aristocrate dépravé, sadique et impuissant, les cinéphiles auront ainsi retrouvé de nombreuses références allant des « chasses du comte Zaroff » à « Thelma et Louise » en passant par « Nosferatu ». Les fans de Mylène Farmer et les trentenaires nostalgiques du clip de « pourvu qu’elles soient douces » y auront certainement aussi trouvé leur compte avec la rousse flamboyante sadomasochiste et non moins fatale qui campe une méchante vraiment très méchante qui a une copine nécrophile (un peu too much ?).

L’ensemble est divertissant, il est vrai, mais manque cruellement d’originalité. Une belle salade de fantasmes pour téléspectateurs du vendredi soir fatigués par leur semaine de boulot.

Edouard

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Ecriture et orthographe

La relecture est l’antichambre de la démarche éditoriale. Relire, c’est tout d’abord relire soi-même, mais il y a un moment où l’on sent que ce n’est plus suffisant, un moment où on prend conscience de la frontière indéfinissable qui sépare l’auteur du lecteur. Quand le premier relecteur a terminé son travail, il devient par là même propriétaire d’une vision de l’ouvrage. Une vision que l’auteur pourra comprendre, mais ne pourra jamais vraiment partager. Chacun aura sa stratégie de relecture. Moi, j’en ai choisi une à trois niveaux.
Pour le premier niveau, j’ai trouvé une personne qui a de bonnes connaissances en orthographe. Avis à ceux qui comme moi, étaient abonnés au 0/20 en dictée quand ils étaient à l’école : prendre le taureau par les cornes !! De nombreux moyens existent et je ne saurais trop recommander la lecture de « se réconcilier avec l’orthographe » d’Eddy Toulmé, téléchargeable sur numilog, et qui est très bien fait.
Soigner son orthographe, c’est une question de respect pour son premier relecteur qui, d’ailleurs, verra mieux les fautes si elles sont peu nombreuses. C’est aussi commencer à penser aux maisons d’édition qui seront d’autant plus bienveillantes que le texte envoyé sera soigné. Une fois cette traque aux fautes achevée, il restera peut-être quelques coquilles qui seront corrigées au second niveau.

Edouard

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Le voyage des cendres

Hector Van Bollewinkel, parrain de la mafia belge de New York, en phase terminale d’un cancer généralisé, décide de se faire sauter la cervelle.
Dans son testament, il lègue sa fortune à ses deux petits enfants (un garçon et une fille de 10-12 ans) à condition qu’ils aillent répandre ses cendres dans son plat pays natal. Le chauffeur qui devait les accompagner ayant eu un brutal empêchement, c’est Canardo, cousin de la veuve du truand, qui va prendre le relais. Dans ce road movie au pays du grand Jacques, ils sont accompagnés par Frida, une Flamande rose aux formes généreuses chargée de parfaire l’éducation des deux marmots.

Le dernier album des aventures de Canardo, le détective crasseux à tête de canard de Benoît Sokal est un très bon cru. Dès avant la première planche, un détail saute aux yeux : le bar de Fred et son ambiance enfumée au milieu de laquelle apparaît Clara, la femme fatale des premiers albums a disparu. Mais l’énorme changement tient aux habitudes de notre canard bien aimé. S’il fume toujours, il ne boit plus.

Dans les premières planches deux canettes de Klutch vides sont pourtant bien visibles derrières le pare-brise de la Cadillac blanche, mais après, plus rien. Ce sevrage semble doper la libido du détective qui finit par tomber dans les bras de Frida (plutôt moteur dans l’affaire). Bref, on est rassuré par le nouveau mode de vie de Canardo qui est bien meilleur pour sa santé. Ce qui fait la réussite de cet album, ce n’est pourtant pas l’ajout de quelques planches un peu hot ni la vraisemblance du scénario. Comme toujours, ce sont les dialogues qui arrachent la mise et les réparties des jumeaux new-yorkais, faussement blasés et ultras vulgaires font mouche à tous les coups. Mais ce qui est émouvant et qui fait sortir cet album du lot, c’est le regard affectueux de Sokal sur son pays. Il est beaucoup question de Flamands et de Wallons dans cette histoire et on ne peut que compatir avec son militantisme pour l’unité de ce petit pays qui tient au moins autant par ses artistes que par son roi.

Le voyage des cendres
Sokal
2010

Edouard

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Mon amie Nane

Georges Bernanos restera toujours pour moi un auteur un peu hermétique, mais je sais maintenant au moins de qui il veut parler dans les premières lignes de « Sous le soleil de Satan » quand il dit « Voici l’heure qu’aima P.J Toulet… ».
Paul-Jean Toulet est né à Pau en 1867, mais il a aussi vécu à l’île Maurice et à Alger. C’est sans doute cette connaissance de l’étranger qui donne à « Mon amie Nane » une saveur un peu exotique qui fait penser aux BD d’Hugo Pratt.

Nane était une « demi-mondaine », comme on disait alors ou une « horizontale » comme on disait au XIXe siècle. Aujourd’hui, les plus méchants diraient que c’était une « poule de luxe ». Les plus compréhensifs, que c’était tout simplement une « femme libérée » et Marc Lavoine lui trouverait bien entendu les yeux revolver.
Nane était une « demi-mondaine » plus légère que fatale. Aujourd’hui, on la trouverait même un peu « blonde ».

Son histoire nous est racontée par l’un de ses amants qui nous fait part, non sans humour, du charme, mais aussi des inconvénients de cette relation évanescente.

En fait, l’histoire importe peu, car Paul-Jean Toulet, avant d’être un romancier, est un grand poète. Son style est si fluide et si pétillant qu’on se laisse submerger par l’enchevêtrement des mots et des phrases sans vraiment prendre le temps d’essayer de suivre le fil de l’intrigue.

Je me souviendrai cependant de la fin de « Mon amie-Nane » qui, comme beaucoup d’histoires de courtisanes, se termine par le mariage de Nane. Le dernier échange épistolaire, d’une grande profondeur, entre Nane et l’amant-narrateur nous oblige à revoir toute leur liaison sous un jour nouveau.

Bref, Paul-Jean Toulet est un grand écrivain qui a marqué la littérature française, et spécialement celle du début du XXe siècle, au même titre que des auteurs comme Proust et Céline. À ce titre, les efforts fournis par Jean d’Ormesson, depuis les années 80, pour faire redécouvrir cet écrivain d’une incroyable modernité sont pleinement justifiés.

Edouard

Mon amie Nane
Paul-Jean Toulet
1905

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Illusions perdues

Dans les années 1820, à Angoulême, deux amis, Lucien Chardon et David Séchard rêvent de réussir leur vie. Ce sera la reconnaissance de son talent de poète pour Lucien et l’aboutissement de ses recherches sur un processus révolutionnaire de fabrication de papier pour David.
À la fin de la première partie, les existences des deux jeunes hommes prennent des tournants décisifs. David se marie avec Ève, la sœur de Lucien. Ce dernier monte à la capitale avec sa maîtresse, la belle comtesse Louise de Bargeton à qui il a fait tourner la tête.
Dans la deuxième partie, on suit les aventures de Lucien à Paris. Délaissé par Louise peu après son arrivée, Lucien va se retrouver à la rue, ou presque. Il va remonter la pente en intégrant un petit cercle d’artistes miséreux au grand cœur. Rapidement, il va prendre conscience de son talent, mais, trop peu expérimenté, il dégringolera de son piédestal aussi rapidement qu’il s’y était hissé et reviendra à Angoulême l’oreille basse.
Dans la dernière partie, on assiste aux misères de David qui, en plus de payer les dettes de son beau frère, doit affronter les foudres des frères Cointet, de puissants rivaux qui s’efforcent de profiter du fruit des recherches du jeune inventeur.

Lire « Illusions perdues », c’est se perdre dans le ventre de la « Comédie humaine ». C’est aussi se plonger dans une époque où les rapports sociaux étaient sans doute encore très proches de ce qu’ils étaient sous l’Ancien Régime et où les différences entre Paris et la province étaient évidemment beaucoup plus prononcées qu’elles ne le sont aujourd’hui. C’est aussi un style très délayé, idéal pour une époque où la lecture était une distraction majeure qui n’avait pas à craindre la concurrence du cinéma, mais peu adaptée au XXIe siècle où le temps consacré à la lecture se compte parfois en trajets de RER.

Il n’en reste pas moins qu’ « Illusions perdues » restera un chef-d’œuvre de la littérature. Ce qui restera, c’est sans doute la deuxième partie dans laquelle Balzac décortique le mythe de l’artiste maudit au grand cœur, pauvre, mais honnête que l’on retrouvera en particulier au XXe siècle dans « La bohème » d’Aznavour. C’est aussi une réflexion sur la relativité du mot « talent », sur le besoin de reconnaissance, sur la maturité… Ce que je retiendrai d’ « Illusions perdues », ce n’est pas « inutile d’avoir de l’ambition, attendez la mort de vos parents pour vous enrichir » (c’est l’histoire de David), mais plutôt, « le talent n’est rien si on ne sait pas l’exploiter » (c’est l’histoire de Lucien qui va être pris en main par un jésuite espagnol et qui sera relatée dans un autre roman).

Edouard

Illusions perdues
Balzac
1836-1843

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Adèle Blanc-Sec

En 1911, la journaliste parisienne Adèle Blanc-Sec décide d’aller en Égypte pour voler une momie susceptible de rendre la vie à sa sœur plongée dans un profond coma à la suite d’un stupide accident de tennis.

Inconditionnel d’Adèle, de la série et du dessinateur Jacques Tardi, je ne pouvais pas manquer le dernier Besson. En y allant, j’étais tout de même un peu méfiant, me demandant si le réalisateur de Léon et de Nikita serait à même de retranscrire à l’écran l’univers du très pacifique Tardi.
Et bien, mes craintes étaient sans fondements, « Les aventures d’Adèle Blanc-Sec » est une réussite totale.

Au début, il est vrai, on n’est pas tout à fait dans la veine de la BD et on se demande si Besson n’a pas transformé notre Adèle en une sorte de Lara Croft à la française. Mais lorsque Adèle revient à Paris, tout est là, du savant inconséquent au méchant plus qu’affreux (Mathieu Amalric) en passant par le monstre préhistorique, l’amoureux transi, le policier stupide, le chasseur cinglé (incarné par Jean-Paul Rouve…génial) et les momies. Tout ça avec les tronches à coucher dehors des protagonistes masculins (les mêmes que dans la BD) et dans un scénario foutraque comparable à ceux des albums.

En effet, Besson n’adapte pas un album particulier, mais picore à droite, à gauche : ici, le ptérodactyle, là les momies, là encore la sœur jumelle… Mais il fait bien et à cet effet, on peut dire que le film est à l’héroïne de Tardi ce que « mission Cléopâtre » d’Alain Chabat à Asterix : la fidélité à un univers plus qu’aux albums. Les fans y trouveront donc leur compte, mais aussi ceux qui ne connaissaient pas Adèle et qui entreront peut-être plus facilement dans l’univers synthétisé et actualisé du film que dans la BD qui manque un peu d’homogénéité (9 albums en 31 ans, de 1976 à 2007).

Un petit mot sur Adèle pour finir. Louise Bourgoin est très bien en femme libre à l’aplomb démesuré, en décalage avec son époque, mignonne, mais pas trop sexy, qui fume dans son bain et qui cherche avant tout à ce qu’on lui foute la paix. Louise Bourgoin est peut-être un peu plus dynamique qu’Adèle, mais ce n’est pas plus mal comme ça. L’Adèle du film s’affranchira-t-elle de l’Adèle de la BD ? On verra ce qu’en fera Besson qui semble nous indiquer à la fin du film la possibilité d’une suite.
Edouard

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D’un château l’autre

Si j’ai voulu lire « d’un château l’autre », c’est pour essayer de comprendre comment l’anarchiste antimilitariste du « voyage au bout de la nuit » avait pu finir la Deuxième Guerre mondiale, entouré d’officiers nazis et de la fine fleur de la collaboration française.
J’en serai pour mes frais. Céline ne donne pas vraiment de réponse à la question que lui pose Laval dans le dernier quart du livre : « Mais vous là, docteur, pourquoi êtes vous là ?…Pourquoi à Siegmaringen ?… On me dit que vous vous plaignez beaucoup… »

Ça…pour se plaindre, on peut dire qu’il sait y faire. On peut même dire que « d’un château l’autre » n’est qu’une interminable plainte : plainte insupportable du fond de son cabinet désert de Meudon et de sa prison de Copenhague, suintante de racisme et d’antisémitisme ; plainte inaudible et quasi surnaturelle depuis sa chambre à Sigmaringen ; plainte apaisée enfin, teintée d’humour et d’autodérision lorsque, calmé, il se retrouve chez lui avec sa femme et ses animaux.

Pour ceux qui ne connaissent pas Céline, la lecture de « d’un château l’autre » risque de devenir très rapidement indigeste. Mieux vaut pour eux aborder l’auteur avec « casse-pipe » et « voyage au bout de la nuit » qui sont plus accessibles.
En fait, le plaisir issu de la lecture de ce livre ne vient qu’une fois celui-ci terminé. Ce plaisir, c’est une « impression » extrêmement profonde et durable.
Les phrases avec un verbe, un sujet, un complément se comptent sur les doigts de la main et toutes sont liées entre elles par les trois petits points qui sont la marque de fabrique de l’écrivain.
Céline ne s’intéresse pas au récit en lui-même, mais seulement à l’ « impression » que son lecteur peut en retirer.

C’est sans doute cet impressionnisme littéraire qui fait dire à beaucoup que Céline est, après Proust, l’auteur français le plus original et le plus génial du XXe siècle.
Edouard
D’un château l’autre
Céline
Folio, éd. 2003
1re éd. Gallimard 1957
440p. , 6.27€
Le 01/03/12

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