Ainsi, Dieu choisit la France

Histoire du vieux couple franco-catholique depuis le baptême de Clovis (496 ou 498) jusqu’à la loi de séparation de l’Église et de l’État (1905).

Je le reconnais, le titre ne m’a pas particulièrement séduit de prime abord et si cet ouvrage ne m’était pas singulièrement arrivé entre les mains, je ne me serai jamais demandé ce qu’il y avait à l’intérieur.

Écrit à la manière des historiens du XIXe siècle, empreint d’un romantisme échevelé que l’auteur s’amuse parfois à surjouer, le livre résume en 9 tableaux, les rapports entretenus entre la France et la papauté pendant plus de 1400 ans.

Après la chute de l’Empire romain d’occident en 476, l’Église catholique se trouvait dépourvue du soutien de la puissance séculière qui avait permis son expansion pendant plus de 150 ans. À côté, le chef Franc,Clovis, avait tout à gagner d’un rapprochement avec une institution qui lui conférait une légitimité spirituelle dans une Europe en cours de christianisation. Pendant plus de 800 ans, se construisit, à côté des dogmes chrétiens, la conviction des souverains Français d’être investis d’une mission divine visant à protéger la chrétienté. Philippe Le Bel marqua un tournant décisif en 1303 en voulant instituer une certaine autonomie de l’Église de France vis-à-vis des institutions romaines. C’est le début du gallicanisme qui allait durer 600 ans. Avec Jeanne d’Arc, la mission divine de la France n’est plus seulement celle des puissants, mais elle devient celle de tout un peuple (en 1920, la canonisation de Jeanne d’Arc rassemblera les catholiques, les royalistes et les classes populaires après le traumatisme de la grande-guerre).

Le massacre de la Saint-Barthélemy (1572) illustre bien les dimensions politiques et populaires de cette mission. Quelques décennies plus tard, les soldats français pourfendront les protestants à La Rochelle et combattront les Espagnols à leurs côtés en Flandre : comprenne qui pourra. La révolution tentera une nouvelle religion, mais on ne change pas comme ça l’ADN d’un peuple. Avec le concordat, Napoléon reviendra au gallicanisme assorti d’un contrôle étroit exercé sur les évêques. Loin d’être ressentie comme une catastrophe par les institutions romaines, la loi de 1905 sera plutôt considérée comme une libération, mais en habile politique, Pie X se gardera bien de crier victoire trop ouvertement.

Certes, la passion médiévale pour le merveilleux et le surnaturel a aujourd’hui largement laissé place à la rigueur scientifique et les églises ne sont plus aussi pleines. On peut toutefois se demander ce qu’est devenue la « mission divine de la France ». La Déclaration universelle des droits de l’homme en découle clairement et on sait combien cette conviction a pu justifier les velléités colonialistes. L’arrogance française, souvent décriée par les étrangers, consistant à penser que notre pays est la mesure de toute chose, en découle certainement aussi.

Édouard

Camille Pascal

Presses de la renaissance

2017

Dictionnaire amoureux des Écrivains et de la Littérature

Voilà de quoi piocher pendant des années.
Comment l’écrit l’auteur: « Rien ne vaut l’écriture d’un tel dictionnaire pour se faire de nouveaux ennemis ».
Journaliste, romancier, biographe, blogueur, membre de l’ Académie Goncourt, il sait de quoi il parle.

Forcément subjectif et incomplet, ce tour d’horizon donne une seule envie: lire, et encore lire.

Deux de mes lectures récentes m’ont été inspirées par ce livre: Danube de Claudio Magris, et la Marche de Radetzky de Joseph Roth. Il y en aura d’autres.

Pierre Assouline a des admirations tenaces (Proust, que je n’aime pas, en fait partie).
Il a aussi des idiosyncrasies persistantes (aucun exemple ici, afin de lui garder votre amitié).

La grande littérature côtoie l’anecdote, et j’aime ça (comme dans la chanson)

Allez, pour vous encourager, celle-ci:

Un jour, George Bernard Shaw envoie à Winston Churchill deux places pour le théâtre accompagnées
d’un mot: « C’est pour la première de ma nouvelle pièce. Venez avec un ami, si vous en avez un ».
À quoi l’intéressé répondit en renvoyant les places accompagnées de ce mot: « Merci, mais malheureusement je suis pris ce soir-là. Cela dit, je viendrai volontiers à la deuxième, si toutefois il y en a une ».

À la prochaine fois,

Guy

Pierre Assouline

Plon

882 p.

Finalement, il y a quoi dans le Coran ?

Ismaël rêve d’avoir un écran plasma dans sa chambre, mais sa femme ne veut pas en entendre parler. Il se demande si le devoir d’obéissance des femmes à leur mari prévu par le Coran ne serait pas un moyen de faire basculer la situation en sa faveur. Il en parle à son ami Rachid.

En 9 tableaux, le réalisateur Ismaël Saidi et l’islamologue Rachid Benzine passent en revue la pratique de la religion musulmane à la lueur du coran. Les tableaux ne brillent pas par leur finesse ni par leur originalité, mais ce n’est bien entendu pas le but poursuivi par les auteurs. L’ouvrage est un bijou didactique. Pour ma part, j’ai appris beaucoup de choses même si j’en connaissais quelques-unes (la dichotomie entre la partie mecquoise et la partie médinoise, l’importance d’un certain nombre de personnages bibliques…) et je me suis aussi rendu compte que certaines de mes certitudes étaient erronées (comme le sens du Djihad).

L’approche de Rachid Saidi est essentiellement exégétique, c’est-à-dire qu’il recherche l’essence du Coran en tentant de remettre les paroles du prophète dans le contexte de l’Arabie du 7e siècle où est apparu le livre saint.

Je ne sais pas si cette approche exégétique est très répandue dans le monde musulman, mais elle fait beaucoup penser à la démarche des pères du protestantisme en leur temps qui dénonçaient les dérives de l’Église catholique et souhaitaient revenir à la lettre des évangiles.

Je ne connaissais rien du 7e siècle en Arabie et j’ai découvert avec grand plaisir cet univers tribal fascinant et l’itinéraire de Mahomet au sujet duquel le Coran ne dit pas grand-chose en dehors de sa qualité d’orphelin et de son itinéraire mecquoise et médinoise. À titre de comparaison, le territoire de la France actuelle était alors christianisé depuis un peu plus d’un siècle (baptême de Clovis en 498) et le royaume mérovingien qui s’était disloqué après la mort de Clovis venait d’être réunifié par Clotaire qu’en 613.

L’itinéraire de Mahomet est fascinant, il a tout du self-made-man. Son histoire tient beaucoup du rêve américain et ferait un tabac à Hollywood.

La thèse soutenue par les auteurs est qu’il est tout à fait possible que les musulmans d’aujourd’hui vivent leur religion tout en demeurant en bonne intelligence avec ceux au milieu desquels ils demeurent et qui sont attachés à d’autres croyances. Tout est donc affaire d’interprétation et l’interprétation à donner aux sourates n’est pas forcément évidente si on n’a aucune idée du contexte dans lequel elles ont été écrites. Un musulman cultivé saura faire la part des choses, mais un musulman illettré pourra facilement se faire endoctriner par un imam radical, surtout s’il n’a aucun autre moyen d’accéder à la culture.

Édouard

Rachid Benzine & Ismaël Saidi

La boîte à Pandore

2017

Danube

Le Danube prend sa source en Forêt-Noire, et termine sa course de 3000 km à son delta en mer Noire.

Le grand érudit italien descend le fleuve comme un touriste. Il traverse la Bavière, l’Autriche, la Slovaquie, la Hongrie, la Serbie, la Bulgarie, la Roumanie. Chaque étape lui donne l’occasion de raconter une histoire, depuis l’invasion par les Huns, l’occupation ottomane, la fin de l’empire austro-hongrois.
On croise des figures historiques connues ou moins connues:
La belle esclave germaine Bissula ramenée à Rome par le poète Ausone en l’an 378 de notre ère. Céline exilé à Sigmaringen.  Trotski paradant à Vienne. Freud, Beethoven, Haydn…

Le livre fourmille d’anecdotes parfois drôles, parfois subtiles.

En Serbie, sur une palissade métallique, un polyglotte approximatif autant qu’amoureux a écrit: « J’ai t’ame »

À Messkirch, au numéro 3 de la Kirschplatz, où habita le jeune Heidegger, une dame demande, quand notre voyageur lui parle du philosophe, s’il veut parler du fils ou du neveu du sacristain.

Le Danube pas si bleu, qui traverse la Mitteleuropa, fut qualifié de jaune par Jules Verne, de boueux par d’autres, mais nous raconte une histoire passionnante.

Claudio Magris habite Trieste. Il enseigne à l’université de Turin.

Amitiés éblouies,

Guy.

Claudio Magris

Folio

557 p.

Terres d’ailleurs

Où sont les extraterrestres ?

Le médiatique et non moins sympathique astrophysicien André Brahic nous a quitté en 2016. Il nous a laissé avant de partir un ouvrage coécrit avec Bradford Smith qui fait le point sur les avancées de l’astrobiologie publié en 2015. Dans la mesure où nous ne connaissons pas à ce jour d’organismes vivants en dehors de notre planète, cette science qui étudie la place du « vivant » dans l’univers ne pourra vraiment se développer qu’à partir du moment où une vie extraterrestre aura été découverte. Ce qu’il convient de trouver avant tout, c’est l’objet d’étude de cette discipline en gestation. Les auteurs sont pleins d’espoirs et recensent les avancées significatives en ce domaine.

Pendant très longtemps la question de savoir s’il y avait de la vie en dehors de la Terre ne relevait pas de la science et, jusqu’aux années 50, l’existence d’individus comparables aux humains dans le système solaire était admise par beaucoup. Les photos prises par les différentes sondes spatiales à partir des années 60 nous ont obligé à admettre que nous sommes les seuls êtres humanoïdes dans le système solaire.

La découverte de 2000 exoplanètes depuis les années 90 dont certaines pourraient être habitées fait renaître l’espoir. Malheureusement, nous n’avons pas les moyens techniques permettant d’y déceler à coup sûr la présence d’organismes vivants. Cela viendra.

Ensuite, la progression de notre compréhension du vivant avec les découvertes sur Terre d’animaux comme l’indestructible tardigrade et de microorganismes dans des environnements encore considérés il y a peu comme invivables laissent espérer de nouvelles découvertes du vivant dans les océans des sous-sols martiens et de ceux des satellites de Jupiter, Saturne et Neptune : Europe, Ganymède, Callisto, Titan, Triton, Encelade… Les pistes sont nombreuses.

Depuis 2015, les choses progressent. Outre le fait que la découverte d’exoplanètes se poursuit, les études récentes sur la présence d’eau dans le sous-sol lunaire ainsi que le décryptage de l’ADN du tardigrade sont des signes qui ne trompent pas.

L’épuisement annuel des ressources planétaires toujours plus précoce et les besoins de l’humanité toujours plus pressants en énergie s’est illustré cette semaine par la promulgation par le Luxembourg de la première loi européenne sur l’exploitation des ressources spatiales. La conquête du système solaire est engagée. Espérons que l’astrobiologie ne deviendra pas un accessoire de ces conquêtes, tout comme la nécessité de convertir les indigènes avait en son temps couvert la boulimie économique des grandes puissances occidentales.

Édouard

André Brahic et Bradford Smith

Odile Jacob

2015

Mes Voyages avec Hérodote

L’ami Ryszard (1932-2007) a parcouru le monde avec son livre de chevet, les « Histoires » dont voici le premier paragraphe « Hérodote d’Halicarnasse présente ici les résultats de son Enquête afin que le temps n’abolisse pas le souvenir des actions des hommes et que les grands exploits accomplis soit par les Grecs, soit par les Barbares, ne tombent pas dans l’oubli ;
il donne aussi la raison du conflit qui mit ces deux peuples aux prises. »
Hérodote, ami de Sophocle, est surnommé le Père de l’Histoire.

Kapuscinski est devenu le précurseur de la non-fiction littéraire. Ses récits sont empreints d’une grande empathie, même s’il se laisse parfois emporter par son sujet.
Égypte, Pologne, Inde, Chine, Soudan, Iran, Congo, Éthiopie, chacune de ces étapes donne lieu à des rencontres parfois drôles, parfois dramatiques.
Dans des circonstances difficiles (la Pologne communiste), avec des moyens fort éloignés des grands reporters contemporains, il est arrivé à passionner de nombreux lecteurs à l’Est comme à l’Ouest.

Pour ceux qui aiment l’histoire, allez jeter un coup d’œil au site

https://www.herodote.net/  dont la lettre hebdomadaire gratuite est un modèle du genre.

Amitiés historiques, bien sûr

Guy

Ryszard Kapuscinski

À la recherche du Mokélé-Mbembé

En 2012, rongé par la maladie au retour d’une expédition, Michel Ballot, l’infatigable traqueur de Mokélé-Mbembé, décide de tout raconter.

Les aventures de ce personnage sont aussi passionnantes qu’attendrissantes. C’est un aventurier « à l’ancienne », comme on n’en fait plus, surgi d’un autre temps tout comme ce mystérieux Mokélé-Mbembé qu’il recherche à la frontière Camerouno-Congolaise dans des contrées inhospitalières inconnues de l’homme blanc, accompagné de valeureux et sympathiques pygmées. On pense beaucoup à Henri de Montfreid. C’est une écriture très factuelle, mais les faits relatés sont suffisamment éblouissants  pour qu’il ne soit pas la peine d’en rajouter. Ballot est un homme d’action, un amoureux de la forêt africaine : ses images, ses bruits, ses odeurs… Que se passera-t-il le jour où il trouvera enfin son Mokélé-Mbembé ? L’enfermera-t-on comme une bête de foire, tel King-Kong ? Sera-t-il massacré pour le fun ou pour ces vertus magiques ? L’espèce sera-t-elle éteinte à peine découverte ?

Un pygmée lui dira « Vous, les blancs, vous pouvez trouver le Mokélé-Mbembé car vous avez tué votre Dieu et vous êtes approprié ses pouvoirs. Pour nous, les noirs, c’est impossible ». Certes, ce pygmée utilise des mots français, mais peut-on dire pour autant qu’il parle la même langue que Michel Ballot ? Sa compréhension du monde, sa conception de la réalité n’a rien à voir avec le scientisme occidental.  Quand on lui montre une image de Brontosaure, il dit « oui c’est lui le Mokélé-Mbembé », mais il parle aussi d’une corne sur le nez et de comportements qui semblent très éloignés de notre sauropode bien aimé. Que lui importe que les blancs n’arrivent pas à mettre le Mokélé-Mbembé dans une case ? Il fait partie de sa culture et son existence ne pose aucun problème. Il l’a vu ou à entendu son cri, a trouvé un éléphant éventré qu’il avait tué ou en a simplement entendu parler. Quel besoin d’aller le chercher puisqu’il ne veut pas se montrer, puisqu’il est certain qu’il existe ?

Au bout d’un moment, Michel Ballot commence à comprendre qu’il y a certainement toute une faune dans cette zone du globe probablement inconnue de l’homme blanc : une race de Rhinocéros, une espèce de félin semi-aquatique, un serpent et/ou un varan géant… Pour lui, tous ces animaux existeraient à côté du Mokélé-Mbembé.

Il ne semble pas imaginer une seconde que l’animal qu’il traque sans relâche pourrait bien n’être qu’une chimère comme il en existe tant en cryptozoologie, c’est-à-dire un animal unique reconstitué à partir de témoignages concernant en réalité des individus très différents. Ceci dit, peut-être le sait-il intérieurement ou peut-être en a-t-il peur et ne veut pas y croire. Ce serait la fin de l’aventure.

Édouard

2014

Éditions Trésor

Sapiens – Une brève histoire de l’humanité

C’est – contrairement au titre – une très longue aventure que la nôtre. Mais fort brève, en la comparant à celle de l’Univers.

En années avant le présent:

13,5 milliards: Apparition de la matière et de l’énergie. Début de la physique. Apparition de l’atome et des molécules. Début de la chimie.
4,5 milliards: Formation de la planète Terre
3,8 milliards:  Émergence des organismes. Commencement de la biologie
…..
6 millions:  Dernière grand-mère commune des humains et des chimpanzés
2,5 millions:  Évolution du genre Homo en Afrique. Premiers outils de pierre
2 millions:  Propagation des humains de l’Afrique vers l’Eurasie. Évolution de différentes espèces humaines (voir plus loin)
500000 : Évolution des Neandertal en Europe et au Moyen-Orient
300000:  Usage quotidien du feu
200000:  Évolution  de l’Homo Sapiens en Afrique orientale
70000:   Révolution cognitive. Émergence du langage fictif. Sapiens se répand hors de l’Afrique
45000:   Sapiens s’établit en Australie. Extinction de la mégafaune australienne
30000:  Extinction des Neandertal
16000:  Sapiens s’établit en Amérique. Extinction de la mégafaune américaine
13000:  Extinction de l’Homo florensis. L’Homo Sapiens reste la seule espèce humaine survivante
12000  Révolution agricole. Domestication des plantes et des animaux. Colonies de peuplement permanentes
5000 :  Premiers royaumes, première écriture, premières monnaies. Religions polythéistes
4250  : Premier empire: Empire akkadien de Sargon
2500   : Empire perse – Bouddhisme
2000 :  Empire des Han en Chine. Empire romain. Christianisme
1400 :  Islam
500  :  Révolution scientifique. L’humanité commence à acquérir un pouvoir sans précédent. les Européens entreprennent la conquête   de l’Amérique et des océans
200  :  Révolution industrielle. État et marché remplacent famille et communauté. Extinction massive des plantes et des animaux

Présent:  Sapiens transcende les limites de la planète Terre. Les armes nucléaires menacent la survie de l’humanité. Les organismes sont   toujours plus façonnés par le dessein intelligent que par la sélection naturelle

Futur:  Le dessein intelligent devient le principe de base de la vie? Les humains se hissent au rang de dieux?

Un livre à la croisée de la biologie, la paléontologie, l’histoire, la sociologie, la futurologie, la philosophie.

Entre deux millions et dix mille ans avant notre temps, au moins six espèces humaines ont coexisté sur notre planète.
Pourquoi seul Sapiens a-t-il survécu? Neandertal aurait été décimé dans ce qui pourrait être le premier génocide de l’histoire humaine. Il était pourtant beaucoup plus costaud que nous. Parlait-il, avait-il la même organisation sociale?

L’auteur n’a pas peur de qualifier Sapiens de plus grand serial killer de l’histoire. On est frappé en voyant le tableau ci dessus, de constater la disparition de la mégafaune australienne (45000) et de l’américaine (16000 ans) après l’installation de nos ancêtres dans ces régions.

La révolution agricole est décrite comme la plus grande escroquerie de l’histoire. La vie des agriculteurs s’est  révélée beaucoup plus pénible que celle de leurs prédécesseurs, les chasseurs-cueilleurs.

De nombreuses pages sont consacrées aux mythes religieux, scientifiques et politiques.
La monnaie, le capitalisme, le communisme sont décrits avec un oeil neuf et inattendu.
Quel serait le secret du désir de conquête des Européens au début de la révolution scientifique?

Le livre se termine par un chapitre glaçant concernant les possibilités de la biologie, avec toutes les dérives possibles des manipulations génétiques. Pour la première fois de son histoire, l’homme a la possibilité de ne plus dépendre de l’évolution biologique.

Un livre passionnant qui pose plus de questions qu’il ne donne de solutions.
L’auteur, âgé de 40 ans, est érudit et provocant. Il est professeur d’histoire à l’université hébraïque de Jérusalem.

Amitiés tourbillonnantes!

Guy

Yuval Noah Harari

Albin Michel – 501 p.

La chute de l’empire humain

Comment l’intelligence artificielle a-t-elle fini par dominer le monde ? Jusqu’où ira-t-elle ?

Cet ouvrage n’est pas un énième essai sur le transhumanisme. Est-ce un ouvrage anti-transhumanisme ? Peut-être. L’auteur évoque peu les défenseurs de ce courant de pensée et semble les considérer comme les adeptes d’une secte fanatique vaguement dangereuse. Il s’intéresse uniquement à l’ « intelligence artificielle » : rapport entre le « I » et le « C » du désormais célèbre quatuor « NBIC » dont tout le monde parle aujourd’hui (nanotechnologie, biologie, informatique, cognitivisme).

L’auteur commence par le commencement à la fin des années 30 et insiste longuement sur ce que doit l’informatique à Alan Turing. Ce dernier, incarné à l’écran par Benedict Cumberbatch dans le film « imitation Game » sorti en 2014, a en effet permis à cette discipline de faire un pas décisif en créant une machine décryptant les messages allemands émis par le redoutable crypteur « enigma ». Ce personnage, tenu à l’écart après-guerre pour homosexualité et mort en 1954 est aujourd’hui bien connu.

L’intelligence artificielle va ensuite connaître une ascension fulgurante pour devenir omniprésente aujourd’hui, tant est si bien qu’il est de plus en plus difficile d’imaginer ce qu’à pu être un monde sans informatique : comment travailler sans Outlook, Word, Excel et PowerPoint ? Comment communiquer sans internet et téléphone portable ?

Après  2016, l’auteur entre progressivement dans la science-fiction. Il n’est pas tant question de prédire comment la machine augmentera les capacités physiques et cognitives de l’être humain en le menant vers l’immortalité (le cheval de bataille des transhumanistes), que d’entrevoir les conséquences que le développement des robots aura sur l’humanité : on est donc bien ici dans un rapport homme/machine de type Terminator.

Un chômage de masse s’installera au niveau mondial, suite à la robotisation de la quasi-totalité des domaines d’activité humaine, y compris dans des secteurs où on n’attend pas aujourd’hui la robotique, comme les professions d’écrivain et d’avocat.  Il s’accompagnera d’une dépendance de plus en plus forte à la machine et donnera naissance à une nouvelle question existentielle : que faire quand on a plus rien à faire ?

Ensuite, à partir du moment où les rêves transhumanistes commenceront à prendre forme, des inégalités sociales vertigineuses apparaîtront entre les quelques privilégiés qui auront accès à cette médecine de pointe et l’immense majorité du reste de l’humanité.

Bref, ce sera la vie politique du XXIIe siècle. Je serai curieux de voir les élections en 2117.

Édouard

La chute de l’empire humain

Charles-Édouard Bouée

2017

La mort de la mort

À la fin des années 90, les perspectives que laissait entrevoir l’avènement d’internet couplé avec les progrès scientifiques tout particulièrement dans la génomique ont abouti sur l’idée que l’homme du futur n’aurait plus grand-chose à voir avec ce qu’il est aujourd’hui et qu’il serait donc un « post-humain ». Au dire des partisans de cette théorie, le post-humain se caractériserait par sa très forte interconnexion avec l’informatique qui en ferait une sorte de cyborg. Par ailleurs, cette créature (pas certain qu’on puisse encore parler d’individu à ce stade) serait dotée d’une longévité exceptionnelle qui le rendrait quasi immortel, ne pouvant rejoindre l’au-delà que par accident, assassinat ou suicide.

Nous n’en sommes pas là aujourd’hui. C’est pourquoi les partisans du « post-humaniste », déterminés à assurer son avènement, qualifient de « transhumaniste » la période séparant l’homo sapiens actuel du cyborg du futur. Le transhumanisme se résume en quatre lettres : NBIC. Ce serait en effet de la combinaison entre les Nanotechnologies, la Biologie, l’Informatique et les sciences Cognitives que devrait naître le post humain.

Force est de constater aujourd’hui que le monde évolue à une vitesse vertigineuse et que les progrès de l’informatique et de la génomique sont bien là. S’agissant des nanotechnologies et des sciences cognitives, les progrès sont moins médiatisés.

Comme toujours face à ces phénomènes, les attitudes des uns et des autres sont divisées : il y a ceux qui voudraient inverser la tendance, ceux qui pensent que rien ne doit entraver la marche du transhumanisme (dont Laurent Alexandre fait visiblement partie) et l’immense majorité qui tente de s’adapter aux transformations de la société sans attacher à celles ci, plus de crédit que leur valeur factuelle.

Je ne pense pas qu’un retour en arrière soit possible et je suis convaincu que des évolutions scientifiques majeures changeront effectivement l’être humain en profondeur. Ceci dit, l’abolition de tout garde-fou me semble extrêmement dangereuse. L’auteur fustige beaucoup l’Europe qui, selon lui, serait en passe de rater le tournant transhumaniste avec ses réserves bioéthiques, ce qui devrait la mettre à la traîne de la Chine et des États-Unis.

À tout bien réfléchir, le nazisme était un projet comparable au transhumanisme et ne s’en distinguait que par le contexte des années 30. Les nazis étaient eux aussi friands de ce qui était considéré alors comme des nouvelles technologies, notamment l’endocrinologie. Tout comme les nazis, les transhumanistes semblent particulièrement favorables à l’eugénisme et dans une certaine mesure à l’euthanasie sans prôner toutefois (au moins officiellement) l’extermination industrielle. Ces éléments expliquent certainement la position de l’Europe, plus échaudée que ces partenaires, qui doit rester un garde fou.

Pour ceux que le sujet intéresse, je conseillerais plutôt « le transhumanisme » de Béatrice Jousset-Couturier aux éditions Eyrolles qui m’a paru nettement plus sérieux.

 

Dr Laurent Alexandre

JC Lattès

2016

Édouard