Bande de menteurs

 

Conseillée par Jim Harrison dans ses mémoires, cette autobiographie d’une petite fille au Texas dans les années 60 tient ses promesses.
Une mère artiste ratée, un père ouvrier et bagarreur, une grand-mère égocentrique et une soeur aînée mythomane construisent un cadre plutôt animé autour de la petite Mary.
Elle s’en sortira grâce à la littérature.
Cette Amérique-là, j’en reprendrais bien encore une louche.

Amitiés yankees,

Guy.

Mary Karr – Pocket – 447 p.

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Vous plaisantez monsieur Tanner

Un livre sans prétention si ce n’est celle de nous distraire et je trouve cela très bien.
« Paul Tanner, documentariste animalier, menait une existence paisible avant d’hériter de la maison familiale. Décidé à la restaurer du fond en comble, il entreprend des travaux. Tandis qu’il s’échine sur les sols, les corps de métier défilent. Maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous. Tous semblent s’être donné le mot pour lui rendre la vie impossible.
Récit véridique d’un chantier, chronique d’un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains. Une comédie menée par un narrateur qui ressemble fort à son auteur. »
Par moment, le livre m’a paru un peu exagéré, mais si peu quand on pense à la galère que nous font vivre les artisans. C’est bien vrai que quand un vient vous réparer quelque chose, il en casse 5 autour de lui.
Ce livre m’a souvent fait rire.
Je le recommande à tous ceux qui ont fait faire de gros travaux chez eux et plus particulièrement à ceux qui ont en projet d’en faire. Ce livre ne les aidera pas à choisir un artisan (il y en a de sérieux, mais aucun gratuit), mais à mieux se préparer psychologiquement à la future catastrophe. Peut-être.
La Martine
DUBOIS Jean-Paul
Ed. de l’Olivier, 2006, 199 p.

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Une étoile aux cheveux noirs

« Au portes de l’automne, un homme entreprend un lent voyage à mobylette à travers la France, d’un port de Bretagne jusqu’à Grenoble. Au bout de la route, sa mère. Sera-t-elle là pour lui ouvrir la porte ? Descendue d’un bateau à Marseille dans les années cinquante, une valise à la main et de l’autre un enfant, elle va subir, à 84 ans, un dernier déracinement. L’appartement dans lequel elle vit depuis quarante ans, au huitième étage d’une cité, doit être rasé et tous ses souvenirs emportés dans des cartons.
Le long de ces mille kilomètres, le fils remonte le cours de l’histoire de sa mère. L’enfance confisquée, les premiers taudis lors de l’arrivée en France, le racisme, mais aussi les parfums épicés de sa cuisine, l’amour porté à ses quatorze enfants.
À cette mère illettrée, dépossédée dès l’enfance de son destin, Ahmed Kalouaz écrit une lettre bouleversante et pudique. Après l’évocation de son père dans « Avec tes mains », il poursuit l’exploration de sa mémoire familiale, semblable à celle de nombreux Français descendants d’immigrés. »
Une très belle écriture, simple, pour un texte intimiste, pudique, entrecoupé de descriptions de paysages sans longueur. Tout est dit en quelques lignes ; les questions qu’il se pose et celles qu’il ne pourra pas poser. Il n’y a rien à sauter, à jeter. J’ai tout consommé avec délice. Probablement à cause des « Français descendants d’immigrés. »
La Martine
KALOUAZ Ahmed
Ed. du Rouergue, 2011, 108 p.

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Avant la dernière ligne droite

L’auteur est un des enfants d’un militaire qui a fini par devenir général.
La vie de garnison, en Afrique, les grands espaces, les copains…

Le livre.
Fugue alors qu’il n’est pas majeur. Son père lui envoie les gendarmes. Il finit par rentrer du Brésil.
Et c’est le début d’une vie d’aventures et d’explorations. Depuis sa tendre jeunesse, Patrice veut écrire. Il veut aussi voyager. Il sera donc écrivain-aventurier. Comme Tintin. Âgé actuellement de 57 ans, il présente toujours comme un gamin.
Les points forts: on se demande comment un seul homme a pu réaliser tout ce qui se passe dans ce livre. Il est Corse, et alors?
Un point faible: qu’avait-il besoin d’aller faire le coup de feu contre les Soviétiques en Afghanistan? Parce que papa n’avait jamais tenu un fusil?

Un livre pour ceux qui aiment les aventures de cow-boys.
Je vais relire Tintin.

Amitiés galopantes,

Guy

Patrice Franceschi – Arthaud – 549 p

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Des mules et des hommes

Harry Crews (1935-2012) a surtout écrit des romans noirs.
Ici, il raconte son enfance pendant la Grande Dépression. Le sud de la Géorgie est une région misérable. La violence et l’ignorance y font la loi. La magie également, et la solidarité chez des paysans manquant de tout.
Le petit garçon connaîtra la maladie, et souffrira de l’alcoolisme de son père.
Je n’ai pas été totalement convaincu par ce récit misérabiliste, et par le style argotique.

Amitiés deep south,

Guy.

Harry Crews – Folio – 295 p.

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Des gens très bien

Alexandre Jardin, le Richard Virenque de la littérature française, dénonce son grand-père.

Jean Jardin, dit « le nain jaune » était chef de cabinet de Pierre Laval les 16 et 17 juillet 1942, jour de la rafle du Vel d’hiv. Cet affreux collabo a réussi se faufiler entre les mailles pas très serrées de l’épuration et a eu la bonne idée de passer l’arme à gauche en 1976, coupant ainsi l’herbe sous les pieds de ceux qui auraient pu le traîner devant un tribunal.
Peu après la disparition de son douteux papa, Pascal Jardin, le père d’Alexandre, tentera de réhabiliter son géniteur par le biais d’un roman qui aura un certain succès à l’époque : la guerre à 9 ans.

Lorsque « des gens très bien » est sorti au début de l’année, je lisais « le Zubial » : surnom affectueux qu’Alexandre donnait à un super-papa très peu crédible. À l’époque, je m’étais bouché les oreilles pour ne pas être influencé par le tsunami médiatique qui avait suivi la publication de son dernier roman.
Aujourd’hui, je me demande si le fils d’Alexandre Jardin ne fera pas dans trente ans le procès du Zubial.

« On m’aurait menti !? » aurait pu être le titre de cet ouvrage, tant il dégouline de naïveté.
Pendant les 200 premières pages, l’auteur parle du lourd silence qui a suivi la guerre et qui a masqué les activités vichystes de son aïeul. Il y a tout de même quelque chose d’intéressant dans ce silence qui a dû se perpétuer au long des décennies 50 et 60. Un silence auquel le rejeton de la génération Giscard que je suis n’avait jamais pensé.

L’écrivain se focalise ensuite sur les fondements de l’idéologie nazie et sur sa dimension antisémite. Il met le doigt sur le décalage entre l’antisémitisme des années 40 et sa conception actuelle : un sujet glissant que traitera peut-être un jour un historien courageux/suicidaire. Jardin, pour sa part, se garde bien de tirer toutes conclusions de ce constat.

« Des gens très bien », faute de présenter un quelconque intérêt littéraire, aurait donc pu présenter un intérêt sociologique. Toutefois, l’auteur dérape quand il fait un amalgame entre islamisme et nazisme : une comparaison simpliste et historiquement fausse.
À cause de son nom, Alexandre Jardin refuse de se rendre en Israël. Il ferait peut-être bien d’y aller…

Edouard
Fini de rire.
Alexandre, auteur comique, règle ses comptes avec Jean, son grand-père.
Jean Jardin était le chef de cabinet de Laval. La rafle du Vél d’Hiv, c’est lui.
Cette page très noire de l’histoire de France est racontée en long et en large dans ce livre-brûlot. Comme dans toute démonstration, les répétitions finissent par lasser le lecteur. Espérons que l’effet cathartique permettra au jeune auteur de continuer une carrière littéraire fertile.
Il est frappant de constater que plusieurs écrivains de cette génération éprouvent le besoin de laver leur linge sale, ou du moins d’exposer sur la place publique leurs déboires familiaux. Exemples:
Didier Van Cauwelaert (°1960) raconte dans ‘Le père adopté’ les angoisses et les affabulations de son père.
Emmanuel Carrère (°1957) revient dans ses livres sur ses rapports conflictuels avec sa mère, Hélène Carrère d’Encausse.
Alexandre Jardin (°1965) parle de son père comme d’un menteur talentueux. Pascal Jardin était le père d’Alexandre. Il eut beaucoup de succès avec ‘Le nain jaune’, un portrait enthousiaste du collabo Jean Jardin. Voilà une famille où l’on ne fait pas qu’échanger des politesses.
Amitiés transgénérationnelles,
Guy
Des gens très bien
Alexandre Jardin
Grasset, 2011
294p.

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La carte et le territoire

Prix Goncourt 2010

Ce titre mystérieux cache une expression employée dans une méthode thérapeutique dénommée PNL (programmation neurolinguistique).
Ma carte n’est pas ton territoire.
Si j’écris ceci, ce n’est pas pour faire le malin, mais pour constater que l’ami Houellebecq semble avoir fait du chemin depuis ses livres précédents, en particulier ‘La possibilité d’une île’, où il flirtait avec la secte des raëliens.
Beaucoup moins provocant que ses autres livres , celui-ci raconte la vie somme toute assez morose de Jed Martin, artiste en vogue dans les cénacles parisiens.
Sa notoriété lui vient d’un travail photographique à partir de cartes Michelin (tiens, voilà encore les cartes). Il n’arrivera pas à sauver l’amour de la très belle Olga. Il n’arrivera pas non plus à empêcher l’assassinat de Michel Houellebecq himself. On rencontre dans ce livre de multiples personnages en pleine actualité: Bill Gates, Roman Abramovitch, Frédéric Beigbeder…

Tout cela est bien ficelé, plutôt péteux par moments (trop?) moderne.
Passionnant sûrement.

Voilà quelqu’un qui nous réservera encore bien des surprises.

Amitiés cartographiques,

Guy.

La carte et le territoire- Michel Houellebecq – J’ai Lu- 414 p.

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Histoire d’une vie

Une autre façon de voir la Shoa. Erwin a 7 ans quand commence la guerre. Il passe d’une enfance choyée au ghetto, les camps, la fuite dans la forêt, puis camp de transit et direction Israël.

C’est par les sensations, les odeurs et la contemplation qu’il nous raconte son long cheminement vers l’âge adulte.

Sa mère a été assassinée dans le ghetto. Il a fait une longue marche avec son père pour arriver dans le camp puis ils sont séparés. En 1941, il réussit à s’enfuir et vit dans la forêt. L’hiver, il travaille dans de petites fermes, souvent battu et mal nourri. Il se referme de plus en plus sur lui-même. Tout est dans les sens, plus dans la parole. Il a énormément de mal à s’intégrer en Israël. Il parle l’allemand, langue de ses parents, le ruthène, celle de la femme de ménage et le yiddish de ses grands-parents pratiquants. Il ne se reconnaît en rien dans cette nouvelle langue ; l’Israélien et il a du mal à l’apprendre. C’est ainsi qu’il deviendra l’un des plus grands écrivains israéliens. Pour quelqu’un qui a du mal à parler et du mal à apprendre l’hébreu, il a quand même écrit une quarantaine de livres et a obtenu le Prix Médicis pour celui-ci.

« Les pages qui suivent sont des fragments de mémoire et de contemplation. La mémoire est fuyante et sélective, elle produit ce qu’elle choisit. La mémoire, tout comme le rêve saisit dans le flux épais des évènements certains détails, parfois insignifiants, les emmagasine et les fait remonter à la surface à un moment précis. »

Beaucoup de non-dits, des faits anodins, des répétitions, mais il avait entre 7 et 13 ans pendant la guerre. C’est très bien qu’il n’ait pas « traduit » en adulte ses souvenirs et n’en ait pas fait un mur des lamentations.

La Martine

APPELFELD Aharon
Ed. de l’Olivier, 2004 (1999), 238 p.

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Le Zubial

« Le Zubial » est le nom qu’Alexandre Jardin et ses frères donnaient à leur père, Pascal Jardin, écrivain et scénariste mort d’un cancer en 1980. « Le Zubial », aux dires de l’auteur qui avait 15 ans au moment de sa disparition, était un être hors normes. Un personnage extravagant qui refusait toute barrière sociale ou morale susceptible de brider sa créativité : un personnage de roman échappé dans la vraie vie, comme l’explorateur de « la rose pourpre du Caire » de Woody Allen.

Je n’ai suivi que distraitement les polémiques autour du dernier livre d’Alexandre Jardin dans lequel il parle du passé vichyste de son grand-père et je ne ferai donc pas d’analogie entre ces deux ouvrages.

Ce que je peux dire, c’est que ce bouquin m’a beaucoup énervé. Enfin, c’est plus l’auteur que l’ouvrage qui m’a énervé. Il y a quelque chose d’assez incroyable chez Alexandre Jardin. Sa naïveté et son immaturité sont d’autant plus désarmantes qu’il ressort tout de même quelque chose d’intéressant du livre : une réflexion sur le poids du père, sur le poids d’une famille et sur l’identité d’une famille résumée à l’image du père. Ces éléments, il les évoque pourtant bien, mais on a le sentiment que c’est par hasard et qu’il n’y fait pas vraiment attention.

On comprend que l’auteur a écrit cet ouvrage pour se soulager du chagrin consécutif à la perte de ce géniteur écrasant à côté duquel il s’est toujours senti « petit garçon » ; de ce père qu’il a tenté d’effacer de sa mémoire pendant de nombreuses années sans jamais y arriver.
Qu’on puisse être fasciné par son papa à 15 ans, ce n’est pas anormal; mais qu’à 32, on dise « il m’a légué une certaine idée de l’amour, tant de rêves et de questions immenses que, parfois, il m’arrive de me prendre pour un héritier », je trouve que s’est inquiétant.
Comme s’il lui était impossible d’imaginer sa vie autrement qu’en la mesurant à l’aune de celle de son père. Ses préoccupations sont peut être finalement celles de tous les « enfants de… » qui ont du mal à exister à côté de l’aura laissée par leur père ou leur mère (Charlotte Gainsbourg, Paul Belmondo, Anthony Delon, Thomas Dutronc…), mais elles n’en restent pas moins effrayantes !
On a envie d’appeler Alexandre Jardin et de lui dire : « Mais qu’est ce que tu sais vraiment de ton père ? Qu’est ce que tu sais de quelqu’un que tu n’évoques qu’à travers ses cabrioles ? Ne serait-il pas temps de te demander qui il était vraiment ? Mais peut être qu’au fond de toi tu as envie de continuer à te persuader qu’il n’était pas vraiment humain, qu’il était autre chose ; qu’il était un « Zubial » ? ».
Le Zubial
Alexandre Jardin
Folio
1999

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Un roman Français

Pris en flagrant délit d’absorption de substances illicites sur la voie publique, ou en moins administratif, en train de sniffer de la coke sur le capot d’une voiture à la sortie d’une boîte de nuit, l’auteur de 99 francs est transféré au poste. Les 48 heures de garde à vue qui vont suivre seront l’occasion pour l’écrivain de faire un plongeon dans son passé.

L’auteur commence par avouer son amnésie pour tout ce qui concerne son passé, mais on finira par tout savoir du quadragénaire cynique, chouchou des studios canal +. On saura tout de ses origines aristocratiques par sa mère et grandes-bourgeoises par son père, tous deux natifs du Pays basque ; de son adolescence de golden boy pourri gâté, en partie vécue dans un loft new-yorkais, du complexe d’infériorité qu’il nourrit vis-à-vis de son grand frère, de ses douleurs d’enfant de divorcés et de sa culpabilité de père divorcé…

Beigbeder tente de nous faire croire que tous ces souvenirs lui sont revenus alors qu’il croupissait entre les murs suintants de sa cellule, mais on les sent plutôt sortis du sofa douillet d’un psychanalyste parisien. L’incarcération, dit-il, lui a ouvert les yeux. Tant mieux pour lui. Il n’est plus comme avant. Tant mieux pour lui. Il va changer. Tant mieux pour lui.

À la fin du livre, il déclare qu’il aimerait que ce livre soit son premier. J’ai exaucé ses vœux puisque je n’ai rien lu de lui avant, même si, comme tout le monde, j’ai entendu parler de 99 francs et de son adaptation cinématographique. Avant de le lire, je pensais que Fréderic Beigbeder était quelqu’un qui ne présentait pas un intérêt particulier. Et puis, je l’ai vu présenter son livre à la télé et il m’a touché. Ensuite, j’ai pensé que si le jury du Renaudot l’avait choisi, ça devait être pour une bonne raison. Aujourd’hui, je pense que le Renaudot de Beigbeder, c’est un peu comme le Nobel d’Obama : des encouragements qui sanctionnent une déclaration d’intention. Wait and see. Je ferme la parenthèse Obama.

Pour résumer, j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps (heureusement, dans le TGV) avec un présentateur télé narcissique et je trouve que « 18€ » aurait été un titre plus approprié qu’ « un roman français ». Que reste-t-il de ce voyage dans la peau de Fréderic Beigbeder ? Le style et l’humour ? Oui. Une dénonciation de la politique carcérale française ? Sans doute. Les douleurs des enfants de divorcés associées à une critique de mai 68 ? Peut-être.

Edouard

Un roman français
Frederic Beigbeder
2009

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