L’armoire des robes oubliées

L’histoire est donnée pour être celle d’une femme en fin de vie qui en essayant de vieilles robes avec sa petite fille, lui dévoile un secret de famille. Tout le monde part dans les souvenirs de la grand-mère (et mère) et de ses propres expériences.
Le secret, qui est que le grand-père a eu une maitresse, occupe un bon tiers du livre.
Les souvenirs remontent en vrac, en flash, au milieu du présent, se mélangent. Il m’a été souvent difficile de savoir qui parlait de quoi. Ce n’est qu’au bout de plusieurs lignes que je rattachais les bouts d’histoire. D’autant qu’Anna, une des petites filles a eu la même aventure qu’Eeva, la nounou maîtresse. Un livre tellement « éblouissant par la richesse de son écriture et sa sensibilité vibrante » que je l’oubliais au fur et à mesure de la lecture.
J’attendais une analyse de la façon de percevoir la mort de l’autre, un secret de famille plus… enfin… moins banal.
Le sujet m’a paru survolé avec beaucoup de remplissage et de manques.
Le grand-père était un peintre abstrait célèbre et reconnu, le livre aussi.
La Martine sur sa faim.
PULKKINEN Riikka
Albin Michel, 2012 (2010), 398 p.

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Le mec de la tombe d’à côté

L’amant de lady Chatterley, en version soft, suédoise et contemporaine.
Désirée (!) et Benny se rencontrent au cimetière.
Elle médite sur la tombe de son mari, mort accidentellement.
Lui rend hommage à sa maman.
Elle est bibliothécaire, intello de gauche.
Il est fermier, un peu réac.
Rien ne les rapproche, et leur passion va buter sur les réalités quotidiennes.
Pas très fatigant à lire, prévisible, et loin de la passion du garde-chasse et de la châtelaine de D.H. Lawrence.
Ne pas trop choquer le lecteur, telle semble être la devise de nos auteurs de livres destinés aux demoiselles.
On ne se méfie pas assez des livres imprimés à des millions d’exemplaires, et traduits dans 356 langues.
Amitiés bof,
Guy.
Le mec de la tombe d’à côté
Katarina Mazetti – Babel – 254 p.

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Les grilles du parc Monceau

Un auteur renseigné par une charmante correspondante. Patrick Virelles (1939-2010), auteur belge, est mort dans l’indifférence et l’alcool (ou le contraire), suite à une vie mouvementée.
Le livre, qui me laisse un peu perplexe, raconte la vie d’un verbicruciste (celui qui imagine les mots croisés). Le cruciverbiste, c’est vous et (parfois) moi. L’auteur est fou de mots, le sujet lui va comme un gant. Mais il en remet une couche. On parle en Belgique d’un zwanzeur, que je traduirais par déconneur. Les scènes avec l’accent parigot m’ont semblé plutôt pénibles.

Je me suis par contre bien amusé avec certaines définitions, comme:

Définition: une scie à ranger avec le marteau et la faucille
Réponse: l’ Internationale (pardon aux nostalgiques)

Déf. : Sa route fait des vagues
Rép. : rhum

Déf. : Ne fut pas embarrassé par le complexe d’ Oedipe
Rép. : Adam

Pour ceux qui aiment chercher un peu:
Déf. : Couvre feu
Réponse en 7 lettres.

Amitiés tordues,

Guy.
Patrick Virelles – Verticales – 381 p.

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Je reviendrai avec la pluie

Comment un livre aussi mal fait a-t-il put me séduire ? La traductrice oublie des mots
et ne traduit pas toujours ceux en japonais. Les dialogues sont parfois assez
succincts : « Vraiment ? -Vraiment. – Hmm. » Pourtant, c’est un très joli livre
d’amour. Pas l’amour à la Dallas. L’amour avec ses faiblesses, ses hésitations,
ses contretemps, ses pardons.

Il faut dire que Takumi (dit Tak-kun) n’a rien du preux samouraï. Il est
fragile, malingre, faible, la mémoire courte ce qu’il explique ainsi : « Elle
constitue bien la preuve que le mode d’emploi utilisé lors de ma construction
comportait des erreurs. Un segment en particulier. »

Peu importe ! Ce sont tous ces « défauts » qui font le charme de ce livre.

Depuis un an, Tak-kun élève son fils, Yûji, tout seul. Mio est partie pour la
planète Archive, une immense bibliothèque où tous les défunts réfléchissent et
écrivent un livre. C’est ainsi que Tak-kun explique l’absence de sa mère à Yûji,
6 ans. Mio avait promis à son mari de revenir avec les premières pluies. Donc,
en se promenant dans un bois, la pluie se met à tomber et que trouvent Tak-kun
et Yûji auprès d’une ruine ? Une petite Mio, trempée et ayant perdu la mémoire.
Ils la ramènent à la maison et lui expliquent qu’elle a été malade pendant une
semaine. Tak-kun se met à lui raconter comment ils se sont connus et leur vie
jusqu’à cette semaine « d’absence ». Pendant six semaines ils vont reconstruire
leur bonheur avec des petits riens, beaucoup de tendresse et de patience,
transformant les défauts de l’autre en qualité. L’écriture est pleine d’humour,
d’images pas toujours avantageuses, ou originales, ou très belles. Exemple,
l’explication du malaise vagal : « Un interrupteur a basculé avec un « clic », une
ampoule s’est illuminée, puis l’aiguille de ma jauge de niveau s’est affolée. »
Un livre plein de pudeur ou « Vraiment » et « Hmm » revêtent une grande
signification très explicite sur l’état d’esprit de celui qui le dit.

L’auteur dit : « Je reviendrai avec la pluie est un livre autobiographique. Que
dire de mon épouse, qui a pris la décision de partager la vie d’un homme comme
moi, un homme aux si nombreux défauts ? »

Ce que j’ai aimé, aussi, c’est que je me suis reconnue dans tous les malaises et
les impossibilités de Tak-Kun (sauf la cigarette et le café.) Mais il n’y a pas
que cela !

C’est un livre très positif et très doux.

Je vous le recommande très chaudement.

La Martine illuminée.

ICHIKAWA Takuji R
Flammarion, 2012 (2003), 321 p.
Traduction : Mathilde Bouhon.

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Quand le requin dort

Une jeune fille complexée raconte sa famille : une mère dépressive, un père assez souvent absent, un frère qui passe son temps libre enfermé avec son piano, une tante qui n’arrive pas à trouver l’homme de sa vie et une grand-mère fataliste et moralisatrice.

La narratrice écrit des histoires et vit une aventure sado-maso (sardo-maso comme le dit un des amants de sa tante) avec un homme marié.

Tout ce petit monde se demande si Dieu existe. Tout dépend de ce qu’ils ont à demander et de l’état d’âme du moment.

Autant j’avais aimé Mal de Pierre et Battement d’ailes, autant celui-là m’a laissé de marbre (de Carrare).

Il y a toujours le splendide décor de la Sardaigne, une histoire entre rêve, réalité, superstition et phantasmes, mais qui saute du coq-à-l’âne. La Baleine de Jonas est devenue un requin.

Ce n’est pas un livre difficile à lire ; les 149 pages sont vite avalées ; oui, mais bouf ! Elle ne manque pas d’imagination. Elle aurait plutôt tendance à la débrider, mais dans le désordre.

D’habitude Mme Agus me faisait rêver. Là, j’ai trouvé l’histoire sordide.

Il était pourtant dit dans la 4e de couverture : « Dans ce livre, le plus poignant de Milena Agus, on retrouve sa voix inimitable, capable de toutes les audaces. »

Poignant. Pourquoi ? Parce que tout le monde est malheureux et ne veut rien changer ?

La Martine maussade

AGUS Milena R Juin.-12
Liana Levi, 2010, (2005), 149 p.

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Prends soin de maman

Voici un livre que j’ai pris au hasard, sans conviction, sans a priori, non plus… (pour une fois…) et… coup de foudre !

Gare de Séoul, le mari prend le métro pensant que son épouse le suivait, comme d’habitude. Et non ! Il fait demi-tour à la station suivante, mais plus de Sonyo. Il prévient ses enfants et la famille se réunit. Personne n’était disponible ce jour-là pour aller chercher les parents à la gare et ils se renvoient la balle de la culpabilité. Ils la cherchent aussi, bien sûr.

À tour de rôle, enfants et mari racontent des souvenirs enfouis de leur rapport avec cette mère si attentive à leur bien-être.

« La mémoire engendre toujours le remords. » P. 14

Au fil des récits, nous découvrons cette femme pauvre, illettrée et très mère poule juive. Elle a tout sacrifié à ses enfants et n’a vécu que pour eux. (J’ai bien aimé le récit fait par Sonyo qui remet certaines choses à leur place.)

Les enfants et le mari trouvaient tout ça normal, dû, et n’y prêtaient pas attention. Pourtant les enfants étaient à l’écoute de leur mère, la respectaient, lui faisaient des cadeaux, etc. Des enfants tout à fait normaux, à mon avis, mais pour eux, cette disparition est un gouffre, un vide angoissant.

« Un hommage bouleversant à l’amour maternel, unique, universel et absolu. »

Un très beau roman d’amour, très bien écrit, où vous reconnaîtrez votre mère et la regarderez d’un autre oeil pendant quelque temps et vous serez repris par votre existence. Ainsi va la vie !

La Martine émue et zen

KYUNG-SOOK Shin R Juin.-12
Oh ! Éditions, 2010 (2008), 266 p.
Traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot

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Portrait de classe

« Pour un garçon d’origine très modeste qui se retrouve dans un pensionnat ultrachic de la Nouvelle- Angleterre, comment s’en sortir ? Mentir sur son passé. »

Et se créer un personnage, superficiel, égoïste qui vole au-dessus de tout.

Comme beaucoup de ses camarades, le héros rêve de devenir écrivain.

Tous les trimestres, l’école invite un écrivain célèbre et les élèves doivent présenter un texte pour concourir à l’honneur de passer un petit moment avec l’invité qui l’aura sélectionné sur son texte parmi tous les autres.

Quand le tour d’Hemingway arrive, le narrateur veut la place, mais n’arrive pas à écrire. Il trouve une histoire, écrite 5 ans plus tôt, par une fille d’un autre collège ; il se reconnaît et se contente de changer les noms. Il est l’élu, mais ne profite pas longtemps de sa gloire. Le directeur reconnaît le plagiat et il est renvoyé sur-le-champ chez son père. Il s’arrête à New York et fait des petits boulots puis s’engage dans l’armée. Nous le retrouvons quelques années plus tard, écrivain et invité par son ancien collège. Lâche, il n’ira pas. S’ensuit l’histoire de deux des profs. Je n’ai pas compris pourquoi.

Tout est en non-dit. Comment devient-il écrivain ? Mystère !

Tout est en mensonge, mépris pour les autres et quand le narrateur s’en rend compte, il pense ce qu’il devrait faire, dire, mais ne le dis pas.

C’est ce que l’on appelle « Un lumineux chef-d’oeuvre contemporain. Aucun lecteur sérieux ne doit l’ignorer. – Le Tchekhov américain. – Un conte magnifiquement ouvragé. Ce livre magnifique, dans lequel chaque mot est choisi méticuleusement. »

Oui, il est bien écrit, mais m’a laissé sur ma faim.

La Martine hermétique aux chefs-d’oeuvre ennuyeux.

WOLFF Tobias R Juin.-12
Plon, 2005 (2003), 203 p.

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Sommeil

Il ne se passe strictement rien dans ce petit bijou minimaliste.
Une jeune femme de 30 ans n’arrive pas à dormir pendant 17 jours. Comme elle ne ressent aucune fatigue, elle passe ses nuits à relire Anna Karénine de Tolstoï. L’angoisse monte à chaque page, et cela se termine dans un état voisin de la schizophrénie.
Le papier glacé et les très belles illustrations en noir et blanc renforcent l’impression de malaise du lecteur.
Je lève mon chapeau nippon, et n’aurai de cesse de lire ‘Kafka sur le rivage’ du même auteur, qui traîne depuis des mois dans ma bibliothèque.

Amitiés sidérées,

Guy

 

Haruki Murakami

10/18

94 p.

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Dernière nuit à Twisted River

Le magicien John Irving a encore frappé. Pourtant cette histoire de draveurs (flotteurs de bois) dans le nord des USA commence plutôt lourdement. Dominic le cuistot, et son fils Danny, 12 ans, s’occupent de la popote des bûcherons. Leur ami Ketchum, braconnier, grande gueule et coeur d’or, les protège dans ce monde impitoyable (!). La mise en train est assez longuette. Dès l’exil du père et du fils au Canada, le livre monte en puissance, pour se terminer en feu d’artifice. On connaît le goût de Irving pour les ours. On connaît son talent pour la description de scènes baroques (Le monde selon Garp, une prière pour Owen…). Ici, l’on assiste à l’atterrissage d’une parachutiste nue dans une auge à cochons. Danny la surnommera ‘Tombe du ciel’, et elle finira par jouer un rôle dans sa vie d’écrivain. John Irving a peu connu son père. L’amour d’un père pour son fils est un thème récurrent dans ses livres. Il semble avoir mis beaucoup de lui-même dans celui-ci.

Amitiés braconnières,

Guy

 Seuil 562 p.

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Kyoko

J’avoue ne pas trop aimer ce qui est japonais. À part les jardins si zen et si bien alignés, je trouve les films ou les livres un peu trop violents, même si les images sont belles.

C’est donc du bout des doigts que j’ai pris ce livre puisque la 4e de couverture disait : « Murakami a voulu écrire un roman sans drogue, sans violence et sans sexe, sur la renaissance et l’espoir. »

Ouf, c’était vrai !

Kyoko est orpheline à 4 ans. Élevée par sa tante et son oncle, pour aller à l’école, elle passe devant le grillage en fil de fer barbelé d’une base militaire américaine. Elle se sent enfermée (« le grillage de barbelés que je portais en moi en permanence. ») et n’arrive pas à être heureuse.

A 8 ans, elle fait la connaissance d’un G. I. qui lui apprend à danser les danses latino. C’est ainsi qu’elle trouve un exutoire pour s’évader du quotidien et l’encourager à continuer. Ses études terminées, elle passe son permis poids lourd et travaille jusqu’à ce qu’elle ait la somme nécessaire pour faire le voyage à New York, revoir José, lui dire merci et danser avec lui.

À 21 ans, elle arrive à N. Y. Elle commence par se faire arnaquer par un chauffeur de limousine « super stretch » (???)

Kyoko est un ange, une brise légère, un papillon, toujours souriante, gracieuse, etc. Elle séduit tous ceux qu’elle croise dans sa quête de José.

Le chauffeur, Ralph, qui n’est pas si mauvais bougre que ça va même l’aider.

Oh, son José, elle va le retrouver, mais dans quel état : phase finale du sida, il a perdu la mémoire et ne se souvient pas de Kyoko. Il vit des rêves qu’il a inventés pour embellir sa vie. Il ne se rappelle que sa jeunesse à Miami et sa maman qu’il voudrait revoir. Qu’à cela ne tienne Kyoko va l’y conduire en minibus aménagé. Moult péripéties l’attendent. Mais stop !

Tous les personnages qu’elle rencontre ont eu des problèmes enfant (orphelins, immigrés, victimes du racisme…) voire, en ont encore. Tout pour faire un livre glauque. Et non ! Le miracle de l’écriture est là, à chaque page.

Cette histoire est racontée par plusieurs narrateurs ; un par chapitre.

Un premier raconte une scène, le deuxième raconte la même scène, mais en parle autrement en rajoutant des détails qu’il n’y avait pas dans la première narration. Répétition ? Pas vraiment, non ! « Tastignouse » comme je suis, vous pensez bien que je n’allais pas accepter de lire 2 ou 3 fois la même histoire sans broncher. Tout le talent de l’auteur est là, dans sa façon de changer de personnage, de ton et de langage. On ne peut détester aucun des personnages, quoiqu’il ait fait. Dans le livre, personne n’aime José. Il n’y a que Kyoko. D’un récit à l’autre, nous arrivons à connaître son histoire, à comprendre pourquoi il mentait et à vouloir le voir arriver à Miami. Même la fin n’est pas triste et rebondit dans le positif, l’avenir. C’est le miracle Kyoko, jolie jeune fille gracile, aérienne, qui sait ce qu’elle veut et ne déroge pas au but qu’elle s’est donné.

« Kyoko est une fable sur l’espoir et la renaissance. »

« J’ai compris que le futur, c’est être en route vers quelque chose. »

Mais attention ! Il y a Murakami et Murakami. Ne vous trompez pas !

Il dit lui même :

« Dans ce roman-ci, il n’y a ni sexe, ni sadomasochisme, ni drogue, ni guerre. Depuis l’œuvre de mes débuts, ces éléments ont été des motifs récurrents, utilisés comme moyens d’éclater ma conscience de soi, mais dans ce roman, c’était inutile. »

Uffa !!! J’ai choisi le bon !

J’ai la même sensation de bonheur qu’après « une odeur de gingembre » … alors que ça n’a rien à voir, que c’est totalement différent, que… sais pas ! Et je ne cherche surtout pas à savoir !!!! Des fois que ça me gâcherait le plaisir… Ah non alors !!!

La Martine flottante, un sourire aux lèvres.

MURAKAMI Ryû R
Picquier Poche, 2000 (1995), 228 p.

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