Le jeu de la dame

Beth a 8 ans lorsqu’elle découvre les échecs, en « fraude », dans la chaufferie, avec le concierge peu loquace de l’orphelinat où elle vient d’entrer. Sans amies, les échecs deviennent vite toute sa vie. Elle est surdouée et a la grande faculté de voir, d’imaginer, l’échiquier dans son ensemble et les différents coups à jouer ou pas. Dans ce jeu, elle dépasse rapidement son maître qui fait appel à un homme venu de l’extérieur. Elle obtient de sa directrice l’autorisation d’aller se battre dans une autre école de la ville. Elle remporte haut la main tous les tournois. Las ! Les filles étaient droguées avec des petites pilules vertes pour qu’elles ne fassent pas de vagues. Beth avait pris l’habitude de les garder et d’en prendre plusieurs à la fois pour dormir quand elle était angoissée. Jusqu’au jour où elle est prise en flagrant délit de vol de ses fameuses pilules. Interdiction de jouer aux échecs pendant 3 ans. Beth est enfin adoptée et en volant dollar après dollar elle peut s’acheter des livres et un échiquier. Et puis, à 13 ans elle s’inscrit à un concours et le gagne. Son premier argent. Mineure, elle a besoin d’un adulte pour ouvrir un compte. Sa mère adoptive, délaissée par son mari, a besoin d’argent. Elle va devenir son agent et organiser ses voyages, la soutenir quand il le faudra et lui faire découvrir l’alcool.
D’abord ignorée parce que femme, elle va battre tous les champions, un à un jusqu’à l’inquiétant champion russe qui lui faisait si peur.
Un livre sur l’opiniâtreté, le courage, l’intelligence, la supériorité, le pouvoir de concentration, mais aussi les faiblesses d’une femme.
Un livre très positif puisque pendant 10 min je me suis sentie toute puissante, invincible et intelligente. Preuve que le livre m’a plu et que je suis bien rentrée dedans au point de faire un dédoublement de la personnalité.
Las ! Une lettre administrative incompréhensible m’a remise sur les rails. Non ! Je ne suis vraiment pas une surdouée !
La Martine dépitée.
TEVIS Walter
10/18, 1994 (1983), 330 p.

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Le blé en herbe

Une lecture recommandée du bout des lèvres par nos maîtres spirituels.
Parue d’abord sous forme de feuilleton – en 1923 – la publication fut interrompue à la suite des protestations des lecteurs. L’histoire de Vica (nom latin de la pervenche) et de
Philippe se passe en Bretagne pendant les vacances d’été. Ils ont 15 et 16 ans. Ils sont promis l’un à
l’autre. Une ‘dame en blanc’ séduira Philippe et lui fera découvrir les plaisirs de la chair…
Ce roman naturaliste sent bon la mer. Il déborde des couleurs de la fin de l’été. Colette semble y avoir mis beaucoup d’elle-même. Elle fut l’initiatrice de son beau-fils, Bertrand de Jouvenel. Pas étonnant que les censeurs aient levé le sourcil.
Une grande dame de la littérature française.
Amitiés sensuelles,
Guy
Colette – Poche

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Une fois deux

Séduit par une critique parue dans Lire, où l’on parle d’un cocktail à base de Georges Perec, Anna Gavalda, et Michel Houellebecq,
je me suis englué dans un invraisemblable galimatias, non pas cocktail, mais bouillie rance pour chats.
Senta rencontre Thomas dans un café de Kreusberg, à Berlin.
Coup de foudre immédiat, suivi d’une plongée dans le stupre et la fornication.
Pas de quoi fouetter un chat.
Mais le livre tourne au cauchemar quand l’auteure se perd dans des digressions à propos d’informatique (Thomas est ingénieur système), en passant par des comparaisons stylistiques théâtrales et picturales.
La dénommée Senta semble passablement givrée.
L’hallucination devient complète lors de la description de l’urinothérapie, que je n’aurai pas le mauvais goût de décrire ici. Le coup de grâce: deux pages sur le quickie.
Ne me considérant pas comme un type bégueule, je me demande si notre monde ne vire pas à la décadence complète? L’humour désopilant annoncé ne m’a pas fait rire une seule seconde.
Amitiés pisse-vinaigre,
Guy.
Iris Hanika – Poche – 285 p.

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Et puis, Paulette

Ferdinand, retraité, s’ennuie tout seul dans sa ferme. Il est veuf (et sans regret), son fils et sa famille sont partis habiter la ville d’à côté, au-dessus du restaurant qu’ils tiennent. Le couple ne va pas bien.
La voisine de Ferdinand, Marceline, a des problèmes avec le toit de sa maison qui menace de s’effondrer. Ferdinand l’héberge, mais en tout bien, tout honneur. Son copain d’enfance se retrouve veuf et se laisse mourir. Il va s’installer à la ferme. Notre trio ne reste pas seul longtemps. Vont s’y rajouter deux vieilles dames (Hortense et Simone) puis une étudiante infirmière (Muriel) et un étudiant en agriculture (Kim). Le tout, joyeusement égayé par les Lulus, les deux petits enfants de Ferdinand.
Bien évidemment tout le monde est un rien parano, mais s’entend à merveille, les tâches sont partagées et tous ont meilleure santé grâce aux produits naturels du potager. Une vraie crèche de Noël !
Et puis, Paulette ??? Pour savoir, il faut arriver jusqu’à la fin. Je ne dirais rien même sous la torture.
Un livre gentillet, plein de bonnes attentions, de bonnes actions, très guimauve et bonbon rose, mais très mal écrit : argot, verlan, régionalisme, gros mots et accent berrichon. Et dire que l’auteur est principalement écrivain pour la jeunesse. Moun Diou !!!
Moui ! Bauf ! C’est comme l’homéopathie : si ça fait pod’ bien, ça fait pod’mal.
Ça occupe, mais ce n’est pas le livre à amener sur une île déserte
La Martine mitigée
Barbara CONSTANTINE

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En vieillissant les hommes pleurent

Une famille dans les années 61.
Albert, le père, tourné vers le passé, travaille chez Michelin et comme agriculteur le reste du temps. Il se sent vieux et las.
Suzanne, la mère, 13 ans de moins que son mari, femme au foyer qu’elle cherche à moderniser, qui rêve de quitter la ferme pour un appartement à Clermont.
Henri, le fils aîné qui ne veut pas reprendre la ferme et a fait des études d’ingénieur hydraulique. Pour l’instant, il fait la guerre d’Algérie.
Gilles, le petit dernier, 10 ans qui lit beaucoup sans trop comprendre ce qu’il lit. En ce moment, c’est Eugénie Grandet qu’il avale.
Et puis, il y a la mère d’Albert, qui perd la tête dans son fauteuil roulant. C’est sa belle fille qui la soigne. Mais aussi la sœur d’Albert qui a l’âge de sa femme, qu’Albert a élevée comme sa fille et qu’il aime jalousement – contrairement à sa femme…
Un jour, Suzanne achète une télévision pour voir son fils à Cinq Colonnes à la Une ; un reportage sur la guerre d’Algérie.
Eux qui pensaient que tout allait bien, réalisent que c’est aussi grave et risqué que celle de 14 et de 40.
Un livre de plus sur la nostalgie ! ? Pas vraiment.
« Réflexion sur la modernité et le passage à la société de consommation. »
Pour moi, une très belle étude psychologique des personnages.
Le point manquant est dû à un essai final sur la ligne Maginot. Une obsession de l’auteur, un écrit délirant dont je n’ai pas compris le but.
C’est le « petit » Gilles, l’ex nul en orthographe, qui la raconte à ses élèves de l’université, à la veille de la retraite. (???)
Et Henri, alors ???
La Martine
SEIGLE Jean-Luc
Flammarion, 2012, 216 p. + 28 P.

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Tonbo

Voilà un petit livre rafraîchissant et sans violence ! Ouf !
Nobu, poussé à la démission par une grande entreprise japonaise, fonde un Juku, établissement de cours privés du soir. Son épouse, infirmière, veut fonder une chorale. Un ancien élève de son père vient le voir et lui raconte ce qu’il s’est passé réellement avant que le père de Nobu se suicide.
Petite histoire d’une famille avec deux enfants qui vit son bonheur au jour le jour et se souvient sans dramatiser du passé.
J’ai beaucoup aimé l’écriture japonaise (zen et hyper polie) qui nous raconte cette histoire avec des détails fleuris.
Je me demande comment font les Japonais pour se relever de tout.
Un livre très positif.
L’auteur, né au Japon, vit à Montréal depuis 1991 d’où une édition franco-canadienne.
SHIMAZAKI Aki
Leméac/Actes Sud, 2010, 135 p.
La Martine béate.

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Une odyssée américaine

Après quelques années comme prof de lettres, Cliff décide de s’occuper d’une ferme au Michigan. Sa femme le quitte au bout de 25 ans de vie commune,et il décide de faire le tour des États-Unis en voiture.
Il emporte un puzzle avec lequel jouait son petit frère ,et qui représente les cinquante états de la nation. Lors de chaque passage d’un état à un autre, il jette la pièce correspondante par la fenêtre de sa voiture.
Pendant la première semaine, il est accompagné par une de ses anciennes élèves plutôt givrée et nymphomane. Cela tombe bien au début, puisque lui est du genre chaud lapin.
Son road-movie lui fera rencontrer une série de personnages folkloriques, dans des paysages à couper le souffle. Et son voyage se terminera par un espoir de réconciliation avec l’épouse infidèle.
Tout cela raconté avec paillardise, et une santé de conquérant des grands espaces.
Voilà un auteur qui a du souffle
Amitiés de grande prairie,
Guy.
Jim Harrison – J’ai lu – 284 p.

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L’amour dure trois ans

Beigbeder écrit des chroniques incisives dans la revue Lire. J’avais apprécié ‘Premier bilan après l’apocalypse’, parfaitement subjectif et plein de mauvaise foi assumée. Au vu de ce roman, il semble meilleur critique que romancier.
Même si un critique l’a comparé à un ‘Musset fin de siècle’… L’histoire en bref: Marc est quitté par Anne, et il conquiert Alice. C’est tout? Ben oui.
Beaucoup de bons mots. La deuxième partie de cette édition est consacrée au scénario du film.
Extrait:
MARC (en voix off)
Je faisais exprès de marcher lentement pour pouvoir penser à elle plus longtemps.
Il se fait doubler par une très vieille dame qui promène son chien.
LA VIEILLE DAME
Pauvre con!
Musset??
Amitiés galipettes,
Guy.

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La délicatesse

Une histoire d’amour qui peut paraître très nunuche : un mec et une nana se rencontrent par hasard et, le hasard faisant bien les choses, vivent un amour sans nuages, sans dispute, sans rien que l’entente, l’osmose et la délicatesse. Nathalie et son 2e amour, pareil, même bonheur malgré le désaveu des autres qui trouvent Markus insignifiant. C’est plutôt rare pour que se soit totalement irréel.

Je ne vois pas pourquoi dédaigner une bulle de tendresse.

Tout est dans l’écriture : simple, limpide, imagée, des dialogues en langage parlé, mais biens, pas vulgaires, beaucoup d’humour ET plein de délicatesse. J’ai bien aimé les chapitres intermédiaires qui apportent un détail supplémentaire au chapitre précédent ; détails souvent amusants, sans aucun intérêt, complètement décalés qui amènent un sourire aux lèvres.

Ce livre a été très critiqué. Tout le monde attendait monts et merveilles, un ovni, à cause des 10 prix littéraires qu’il a eus. C’est justement pour sa simplicité et sa part de rêve impossible que je l’ai aimé, mais surtout pour l’humour.

Un livre à lire au second degré.

La Martine, le sourire aux lèvres

FOENKINOS David
Folio, 2012 (Gallimard 2009), 210 p.

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Schmitt ! À mes souhaits !

Ne comptez pas sur moi pour éreinter E.E S. D’aucuns disent qu’il écrit un bon livre sur 2 ou 3. Il faut croire que je ne suis tombée que sur les bons. La collection « Le cycle de l’invisible » semble me réussir. (J’ai déjà lu « Oscar et la dame rose » et « l’évangile selon Pilate », c’est tout.)
On voit bien que E. E S a fait de la philosophie et qu’il a reçu la Lumière dans le désert (tiens, comme l’autre…) Ses livres posent des questions existentielles auxquelles il répond par « amour, humanisme, tolérance », mais dans un style léger, irréel et plein d’humour.
Mme Ming (dame pipi made in china) qui a créé 10 enfants (dont une légitime selon la loi chinoise) qu’elle aime avec générosité et qui le lui rendront bien lorsqu’elle fêtera son anniversaire à l’hôpital. Le français qui achète en Chine m’est apparu bien bourgeois et bien lâche, tout d’un coup.
Heureusement, il se rachète à la fin, grâce à la morale de Mme Ming
Et monsieur Ibrahim qui va adopter Moïse, le petit juif, et va lui apporter le bonheur et la paix en le faisant tourner chez les derviches pour qu’il se débarrasse de sa haine. Il lui apprendra à sourire et en fera son héritier.
C’est pas beau, ça ? Ça ne vous émeut pas ? Moi, ça me chavire !
Je veux être gentille, souriante, chasser ma haine en tournant sur moi-même, tolérante, humaine et, enfin !, croire à quelque chose.
C’est comme les résolutions du 1er de l’an. On se sent meilleur d’avoir pris de bonnes décisions bien saines et… on oublie. En refermant le livre, on se sent bien. Voilà un auteur qui aide à dormir sans cauchemar.
Je suppose que c’est par humanisme (et non par réalisme) qu’il est devenu Belge, il y a quelques années…

Martine

SCHMITT Eric-Emmanuel
Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus
Albin Michel, 2012, 115 p.
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
Poche, 2012 (Albin Michel 2001), 75 p.

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