Les particules élémentaires

Michel et Bruno sont deux demi-frères, enfants de la libération sexuelle. Bruno passera son existence à rechercher le plaisir sexuel. Michel la consacrera à la recherche fondamentale en biologie dans une profonde solitude. Bruno sombrera dans la folie et les travaux de Michel, quelques années après sa mort, auront des conséquences décisives sur le destin de l’humanité.

Je me souviens que ce bouquin avait fait du bruit à sa sortie en 1998, mais je ne l’avais pas lu à l’époque. Je ne le regrette pas du tout. En premier lieu parce que j’étais trop jeune pour en comprendre toute la profondeur. En second lieu parce qu’il est plus facile aujourd’hui de comprendre pourquoi cet ouvrage a marqué l’année 98.

Quelques repères historiques : Au début des années 90, après la chute du mur de Berlin, la société occidentale commence à s’interroger sur son avenir. En 1992, Francis Fukuyama publie « la fin de l’histoire et le dernier homme ». En 1996 naît la brebis Dolly. Le premier mammifère cloné semble ouvrir des perspectives inouïes à l’humanité. 20 ans plus tard, celles-ci sont clairement revues à la baisse. En 1998 est créée la « World Transhumanist Association », première association transhumaniste internationale. Houellebecq n’utilise pas explicitement  le mot, mais les réflexions de l’auteur s’inscrivent avec évidence dans ce courant philosophique qui faisait alors ses premiers pas et qui n’a cessé de grandir depuis.

L’année 98 marquait pour les Français de l’époque  les 30 ans des événements de « mai 68 » et de la « libération sexuelle » qui y est attachée. Les réflexions de l’auteur sur le bilan plus que moyen de cette libération parlaient clairement à la génération active des quinquagénaires d’alors qui avait vécu ces événements et s’était rangée depuis, non sans en garder une certaine nostalgie.

Houellebecq philosophe beaucoup, un peu trop à mon goût, d’autant plus que je suis rarement d’accord avec ce qu’il dit. Il aurait dû à mon sens mettre ses théories dans la bouche d’un ou plusieurs personnages, ce qui aurait laissé plus de liberté au lecteur pour  adhérer ou rejeter ses théories . En revanche, c’est déjà un vrai écrivain au style fluide extrêmement agréable. Les aventures tragi-comiques de Bruno, en particulier au sein d’une communauté New-Age,  valent leur pesant de cacahuètes.

Peu de choses relient les deux frères à part peut-être leur difficulté à « aimer », à éprouver de la tendresse pour leurs semblables. Difficile de dire qui est le plus égoïste des deux mais compte tenu de leurs obsessions respectives, l’égoïsme de Bruno est le plus ravageur. Toutefois, leur égoïsme semble être pardonné par l’auteur qui les voit comme les jouets d’une société de consommation qui laisse très peu de place à leur libre arbitre.

En 1998, Houellebecq dénonçait une société occidentale narcissique au bord du chaos. Trois ans plus tard, les attentats du World Trade Center l’obligeront à ouvrir les yeux sur le reste du monde.

Edouard
Michel Houellebecq

Flammarion 1998.

Le mariage de plaisir

Chez les musulmans, le mariage de plaisir est un contrat provisoire pour ceux qui partent en voyage.
Cela leur évite la fréquentation des prostituées.

Amir habite Fès, il part au Sénégal, et il rencontre à Dakar Nabou, une sculpturale Peule, qui l’initie
à l’amour sans barrières.  Il tombe amoureux, et la ramène dans son pays, où elle aura beaucoup de peine à s’imposer dans une société où pourtant la polygamie est tolérée. Elle donnera naissance à deux jumeaux, un blanc et un noir.

Ceci pour l’anecdote. Mais ce beau livre va beaucoup plus loin. D’abord le texte, d’une simplicité poétique magnifique. Ensuite, la description d’une société où le racisme n’a rien à envier au nôtre.
La couleur de la peau se révèle une barrière presque impossible à franchir. La destinée des jumeaux, le Blanc et le Noir, présente de manière symbolique la césure entre la misère de l’Afrique, et la (relative) aisance du Maghreb. Un livre qui jette un éclairage inédit sur les événements récents en France d’abord, en Belgique ensuite. L’islam, ce ne sont pas quelques voyous s’envoyant en l’air avec des explosifs. Le contentieux remonte presque aux Croisades 😉 Ben Jelloun ne manque pas de parsemer son récit d’allusions à l’occupation française (et belge) de l’Afrique.
Voilà un homme cultivé, pratiquant une langue ciselée, qui peut nous en apprendre beaucoup, sur son pays, et les nôtres.

Amitiés envoûtées,

Guy.

Le mariage de plaisir – Tahar Ben Jelloun Gallimard – 261 p.

Le système Victoria

S’embarquer dans un livre de Reinhardt, c’est entamer un long voyage. D’abord, il est bavard (voir le nombre de pages). Mais peu à peu, le lecteur est entraîné dans un monde fascinant.

David rencontre Victoria à Paris. L’étincelle est immédiate. Elle est DRH dans une multinationale, capitaliste à droite toute. Il est directeur de travaux de la future plus haute tour de France, salarié professant des opinions de gauche. Rien ne les rapproche. Ils sont d’ailleurs mariés tous deux.
Une passion torride et destructrice va les entraîner vers le drame.

Comme dans ses autres livres, l’auteur démonte les mécanismes de l’ultralibéralisme face aux ‘petits’. Son écriture est somptueuse, sa culture immense. Ses personnages pourraient se révéler caricaturaux, et pourtant ils tiennent la (longue) route. Aucune déclaration d’amour, des scènes d’un érotisme que je ne dévoilerai pas, afin d’éviter  une fatwa de l’inquisition. À plusieurs reprises, je me suis surpris à proférer ‘quel imbécile’. Quand on a la chance de rencontrer une personne comme Victoria, pourquoi tout détruire?

En refermant le livre, je me suis senti lessivé. Nous vivons une époque formidable.

Amitiés secouées,

Guy

Le système Victoria – Eric Reinhardt – Folio – 611 p.

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Les vieilles

Si un jour vous tombez sur cette œuvrette, avec en couverture le visage sympathique d’une petite vieille bien propre, passez votre chemin.
On sourit pendant 30 pages, on commence à s’énerver à la page 50, et on est pris de spasmes à la fin du livre, lorsqu’un astéroïde menace de détruire notre planète.

Les vieilles, ce sont les troubles auditifs, les problèmes de dentiers, le téléviseur en panne, les reproches virulents à la famille, la mémoire qui flanche. Au milieu de tout cela, un bellâtre octogénaire s’entraîne pour
le marathon de Londres. Un crapaud parmi les grenouilles. Lamentable.

Même si un jour à Knokke-le-Zoute
Je deviens comme je le redoute
Chanteur pour femmes finissantes
Que je leur chante  » Mi Corazon  »
Avec la voix bandonéante
D’un Argentin de Carcassonne
(Jacques Brel)

Amitiés batraciennes,

Guy

Les vieilles – Pascale Gautier – Folio – 215 p.

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François le Petit – Chronique d’un règne

Après ses 6 chroniques sur le règne de Nicolas Premier, l’auteur s’attaque à celui de François IV Hollande. Le ton reste aussi impertinent, le style aussi réjouissant, et l’irrespect identique.

À la suite de son message sur twitter, Madame de T., devenue la marquise de Pompatweet, finira par devenir persona non grata au Château. Elle le quitta avec pertes et fracas, et prépara en secret un livre que les Français se sont arraché quelques mois plus tard. Entretemps, François IV s’inspira de Mazarin: « Parle toujours avec un air de sincérité, fais croire que chaque phrase sortie de ta bouche te vient tout droit du cœur et que ton seul souci est le bien commun ».

Une série de personnages folkloriques apparaissent au fenestron ou en compagnie des gazetiers: la bigote baronne Boutin, le commodore Mauroy, le diabolique archidiacre Waucquiez, le duc d’Évry (Manuel Valls), Mademoiselle Julie, la comtesse Bruni, l’abbé Buisson, M. d’Hortefouille, et bien sûr « Nicolas-le-Bateleur qui agitait toujours son épaule droite et marchait toujours en canard, chaloupant mieux encore que dans ses caricatures puisqu’il semblait se parodier lui-même ».

Le style volontairement suranné et les imparfaits du subjonctif régalent le lecteur emporté dans un tourbillon de révélations plus réjouissantes les unes que les autres. Si l’on peut dire.
Le livre se termine au moment de l’attentat contre Charlie Hebdo, et les Crétins wahhabites ne sont pas épargnés.

Comme l’écrit l’auteur: « À suivre ? Hélas ! »

Guy

Patrick Rambaud – Grasset

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L’homme qui savait la langue des Serpents

La christianisation de l’Estonie au XIIIe siècle par des hommes de fer venus de l’ouest que l’Histoire retiendra sous la dénomination de « chevaliers porte-glaive ».

Jet d’encre dispose d’un système intégré d’auto-alimentation. C’est en effet en relisant l’ensemble des posts du blog en février que je suis tombé sur la critique de Guy écrite il y a presque deux ans et demi qui m’a incité à faire l’acquisition de l’ouvrage.

Tout comme nos ancêtres les Gaulois qui vivaient dans des huttes, les ancêtres des Estoniens vivaient en paix dans la forêt jusqu’à l’arrivée des hommes de fer qui leur imposèrent le christianisme et la fastidieuse vie de labeur du villageois moyen de l’occident médiéval. Beaucoup de références échapperont au lecteur français qui n’est pas forcément au fait des turpitudes de la culture de la société estonienne, mais cela n’empêche en rien de goûter à la verve épique de l’auteur. S’il n’y avait qu’un élément culturel local à retenir, évoqué dans la postface de l’ouvrage des éditions du tripode, ce serait que la « langue des serpents » fait référence à la langue estonienne qui a su traverser les millénaires, contre vents et marées.

Tout comme Goscinny et Uderzo, Andrus Kivirähk écorne ce mythe national qui, comme celui du Gaulois, a été forgé au XIXe siècle. Mais le message est beaucoup moins manichéen que celui d’Asterix avec son village idéal d’un côté et les affreux Romains de l’autre. Dans la forêt, les humains parlent la langue des serpents et vivent en harmonie avec les animaux (même plus qu’en harmonie parfois puisque des femmes vivent avec des ours). Au village, les paysans vénèrent le Christ, mangent du pain et cultivent la terre sous la houlette des moines et des hommes de fer. Toutefois, les affreux se rencontrent autant dans la forêt que dans le village. Ce sont les fanatiques qui justifient leurs abominations tant par le supposé message chrétien pour les uns que par les génies de la forêt pour les autres.

L’histoire commence comme un roman d’Heroïc Fantasy avant de flirter avec le surréalisme pour finir en conte philosophique avec une action qui perd beaucoup en vraisemblance en s’intensifiant. Mais c’est pas grave, c’est finalement très ennuyeux la vraisemblance.

La morale de l’histoire est résumée dans la postface : « même si nous nous croyons fort traditionnels ; nous sommes toujours les modernes de quelqu’un, car toute tradition a un jour été une innovation ». C’est donc une réflexion sur la marche inexorable du temps avec ceux qui essaient de le remonter, ceux qui tentent de vivre avec, ceux qui veulent le changer et ceux qui s’érigent en gardiens de dogmes immémoriaux attachés à un temps qui n’a jamais existé ailleurs que dans leur imagination. Nous sommes amenés tout au long de notre vie à détruire des mythes et à en ériger d’autres dont nous deviendrons les gardiens : telle est l’Histoire, telle est la condition humaine.

Si l’on y réfléchit bien, l’univers du livre n’est pas très éloigné de celui des contes de Grimm et Perrault. Et si toutes ces sorcières et tous ces magiciens qui vivent au fond des bois n’étaient en fait que les derniers vestiges de sociétés disparues ? Le bien, le mal, la magie, la sorcellerie, tout ça n’est-il pas finalement qu’une affaire de point de vue ?

Edouard

Un vrai phénomène en Estonie: 40.000 exemplaires vendus pour 1,4 million d’habitants.
Et à juste titre.
Cette foisonnante allégorie entraîne le lecteur dans un monde de conte de fées.
Cela se passe dans une époque médiévale imaginaire.
Le jeune Leemet apprend de son oncle la langue – plutôt les sifflements – des serpents.
Il vit dans la forêt. À côté de la forêt se trouve le village.
Deux mondes que tout oppose
Dans la forêt, on chasse grâce à la langue des serpents qui force le gibier à se laisser égorger.
Au village, on mange du pain, on cultive les champs, et on s’habille de tissus.
Dans la forêt, le Sage raconte des balivernes.
Au village, c’est le dénommé Johannes, sorte de cureton manqué.
Leemet est un réfractaire dans l’âme.
Il deviendra le seul représentant d’un monde en voie de disparition.
Le livre regorge de personnages fabuleux.
La sœur du personnage central est mariée avec un ours.
Sa mère passe son temps à nourrir sa famille avec des élans entiers.
Au village, on est terrorisé par les hommes de fer (les chevaliers teutons), et les moines châtrés.
La Salamandre, animal volant mythique, obnubile, comme une sorte de Graal, les habitants de la forêt.
Le grand-père, à qui les hommes de fer ont coupé les jambes, n’a qu’une obsession: les éliminer tous.La violence de la fin du livre devrait le réserver à des adultes avertis.
Toutes les fées ne sont pas angéliques.
J’ai repensé au livre de Bruno Bettelheim Psychanalyse des contes de fées.
L’Estonie, la plus nordique des républiques baltes, n’a pas fini de nous étonner.
Sofi Oksanen, à moitié finlandaise, est une autre porte-parole de ce pays que l’Europe découvre.
L’élite y a parlé l’allemand pendant des siècles, avant la chape du communisme.
Sous une forme mythologique, les langues commencent à se délier.
Pour ma part, j’en redemande.
Amitiés légendaires,
Guy (le 23/11/2013)
Andrus Kivirähk – Attila – 428 p.

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Le crime du comte Neville

Aristocrate désargenté, le comte Neville est passé maître dans l’art de recevoir. Alors qu’il s’apprête à organiser la dernière réception avant la vente de la propriété familiale, il croise la route d’une voyante qui a recueilli sa fille Sérieuse (c’est son prénom) en cavale.

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de roman d’Amélie Nothomb. J’ai retrouvé avec plaisir cette fluidité extraordinaire associée à un fond particulièrement dense. En trois heures, l’animal est avalé, sans qu’on ait pris le temps de mâcher, ce qui rend la critique un peu difficile.

Roman sur l’art divinatoire ? Certainement pas. Il y a bien une prédiction, mais ce n’est qu’un prétexte.

Roman sur les relations père/fille? Beaucoup plus, on pourrait dire que l’ouvrage n’est qu’un long dialogue entre Sérieuse et son père. Sérieuse est à la recherche d’une relation autant idéale qu’impossible avec son géniteur. Le dialogue prend des tournures de tragédie grecque (que la dimension divinatoire contribue bien entendu à mettre en relief) ou l’amour d’un enfant se heurte au respect de l’étiquette.

Roman sur l’adolescence ? Sans doute. Peut-être même qu’il y a une part autobiographique. Sérieuse a 17 ans. Depuis l’âge de 12 ans, toute énergie semble l’avoir quitté. Si elle est capable de décrire ce qu’elle ressent, elle est incapable de leur donner une dimension émotionnelle. Jusqu’au jour où…(ne comptez pas sur moi pour vous le dire).

Roman sur la condition aristocratique ? Naturellement. Il s’agit ici de l’aristocratie belge, une société implantée au sein d’une monarchie bien vivante. Cependant, il semble que toute ressemblance avec les sociétés des autres pays européens ne soit pas fortuite. Y compris pour ce qui concerne les vieux pays dans lesquels la république semble bien installée.
« Nous n’avons pas plus de droits que les autres, mais nous avons beaucoup plus de devoirs », répète le comte comme un leitmotiv. À ce titre, le « paraître » aux yeux du comte, loin de constituer une attitude hypocrite, est beaucoup plus qu’une vertu : c’est un « devoir ».
Sauver les apparences, c’est non seulement le devoir de préserver le rang de sa famille, mais c’est aussi le devoir de préserver l’image de la société aristocratique, prise dans son ensemble.

Bon ben voilà, je pense que je n’ai rien oublié, il faudra peut-être que je relise le bouquin pour en être certain.

Amélie Nothomb
Albin Michel
2015

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Amours

En 1908, dans le Cher, au centre de la France, une maison bourgeoise. Anselme de Boisvaillant, notaire, est marié depuis quelques années avec Victoire. Un mariage de pure convenance laissant les époux insatisfaits. La toute jeune Céleste, petite bonne de 17 ans, se retrouve enceinte des œuvres du notaire. Qu’à cela ne tienne, sans lui demander son avis, on décide que l’enfant prénommé Adrien deviendra celui des patrons.
C’est compter sans la détermination de Céleste, qui fera exploser les conventions.
Je suspecte la ravissante Léonor de Récondo, vu son patronyme, d’avoir été élevée dans le landernau. Et je ne suis pas sûr que bon-papa et bonne-maman auraient apprécié cette critique sociale au vitriol. Violoniste classique de formation, elle fait une pause carrière en écrivant des romans.
C’est trop injuste, certains ont tout reçu au berceau ;-(
Et ceci n’est pas de la littérature, c’est du Scarlatti 😉
Amitiés envoûtées,
Guy.
Léonor de Récondo
Sabine Wespieser
276 p

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Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède

Nils Holgersson, un jeune garçon suédois transformé en lutin à cause de sa cruauté envers les animaux, décide de suivre un troupeau d’oies sauvages, juché sur le dos du jars de ses parents.

La génération récréA2 peut sortir son mouchoir, le revoilà. Pour ma part je n’ai jamais accroché. Les histoires me semblaient confuses, sans personnages auxquels je voulais m’identifier, comme Actarus, le capitaine Flamme ou Esteban.

Le fait que le prix Nobel 1909 de littérature n’ait été traduit dans la langue de Molière et dans son intégralité qu’en 1990 n’est peut-être pas étranger au manque d’intérêt qu’il pouvait susciter chez un écolier français au début des années 80. Si le dessin animé avait été mieux construit, peut être aurais je été émerveillé comme le furent des générations de petits Suédois, car c’est tout d’abord pour eux que l’histoire a été écrite.

Passionnée par l’éducation des enfants, Selma Lagerlöf a réalisé un ouvrage aussi mythique en Suède que le fût « le tour de France par deux enfants » dans notre pays, jusque dans les années 50. La géographie de la Suède y tient une place déterminante, toute situation géographique étant explicitée par un conte mettant en scène des personnages fabuleux : ah, si on m’avait fait avaler le plateau de Langres et le mont Gerbier-de-Jonc comme ça, la pilule aurait certainement été moins amère! Beaucoup de propos moralisateurs, lénifiants, un peu niais, même, parfois…bon, il faut bien éduquer les enfants. Une culture du bien-être aussi, du bien-vivre qui m’a frappé cet été à Stockholm et que j’ai encore du mal à décrire. Une recherche du bonheur dans une vie simple, notamment par le biais des travaux manuels: elle aurait certainement été heureuse de voir son pays conquérir le monde avec les meubles Ikea.

Mais le merveilleux voyage de Nils Holgersson est plus qu’un manuel scolaire. Tout d’abord, ce livre présente un incontestable intérêt historique : une tranche de l’histoire de l’occident du début du XXe siècle qui n’a rien à voir avec les alliances et contre alliances des grandes puissances européennes qui déboucheront sur la Première Guerre mondiale. L’histoire que nous conte Selma Lagerlöf est celle de paysans pauvres confrontés à un milieu hostile allant chercher fortune toujours plus loin, celle d’hommes et de femmes imprégnés de culture protestante, croyant à la rédemption, à la providence, à la possibilité de toujours s’en sortir et d’atteindre les sommets en partant de rien. Nombre de ces paysans prendront la décision d’aller tenter leur chance de l’autre côté de l’Atlantique, emportant avec eux leur culture et contribueront à forger l’identité de ce qui deviendra la première puissance mondiale.

Mais ce qui rendra immortel « le voyage de Nils Holgerson » réside dans son message écologiste. Ce n’est pas seulement une ode à la beauté de la nature, mais aussi une réflexion sur sa fragilité et sur la nécessité de maintenir son équilibre. On y voit poindre les concepts de parc national, d’écosystème et de développement durable qui semblent aujourd’hui une évidence pour tous et qui, en France, jusque dans les années 90, n’étaient souvent perçus que comme des lubies de quelques babas cool illuminés.
Selma Lagerlöf
Actes SUD
1990

Edouard

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Le Jardin du repos

« Ayant accepté l’invitation de son ancien condisciple, Yao, à résider dans le pavillon du Jardin du repos de sa propriété, un écrivain renommé, mais pauvre, découvre peu à peu, sous l’apparente entente harmonieuse de ses hôtes, leurs difficultés, leurs souffrances et, même, le secret déchirant d’un enfant.
Le Jardin du repos est un roman où, sur un fond de poétique tristesse, se mêlent fraîcheur et tendresse. Le grand écrivain chinois Pa Kin nous présente l’étude d’une famille fortunée, mais décadente, avec son petit monde de serviteurs et, une fois de plus, il nous laisse entrevoir son amour des humbles. »
Malgré la triste histoire qu’il nous raconte, ce livre n’est pas triste. Ce sont les aléas de la vie avec, aussi, ses bons moments.
J’ai beaucoup aimé la délicatesse, l’extrême politesse, la dignité des personnages, l’absence de jugement, de condamnation et les descriptions picturales et poétiques de l’auteur. J’ai beaucoup apprécié celle de ce jardin d’Eden où j’ai pu me reposer délicieusement loin d’un monde brutal et égoïste.
Ma béatitude n’a sursauté qu’à la traduction digne d’un mauvais logiciel informatique. « Un gobelet de thé » !!! Moun Diou !!! Au pays de la délicate porcelaine de Chine !!! J’ai levé le petit doigt et je suis passée outre.
La Martine béatifiée
PA Kin
Folio, 2003 (1944), 252 p.
Traduction : Marie-José Lalitte 1981

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